Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Blaise Cendrars par Philippe Lançon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
LP de Savy
Rang: Administrateur


Nombre de messages : 710
Date d'inscription : 06/04/2005

MessageSujet: Blaise Cendrars par Philippe Lançon   Sam 22 Oct 2005 - 23:44

On est si sérieux quand on a dix-sept ans: on croit tout ce qu'on lit. Par exemple, on croit que Blaise Cendrars a pris le transsibérien à 16 ans, en 1904, puis vécu des aventures en Chine ou chassé l'éléphant en Afrique. On ignore encore que le jeune Frédéric Sauser, né en Suisse, n'a été envoyé qu'à 17 ans par son père chez un joaillier de Saint-Pétersbourg parce qu'il avait de mauvais résultats scolaires et qu'il ne traversa jamais la Russie. Le reste, c'est de la poésie et ça n'appartient qu'à ceux qui en rêvent. On lit ce magnifique et dur poème, le Ventre de ma mère, qui finit par l'accouchement sur ces mots: «Merde, je ne veux pas vivre !» On y sent la violence, la tension, la faim. Mais on ne sait pas encore que la mère du poète était dépressive; qu'il affirma garder un souvenir épouvantable de son séjour en elle; qu'il s'entendait mal avec son père; et qu'il ajouta sur le manuscrit, après ce dernier vers fameux qui semble le négatif de toute son oeuvre, cette phrase méconnue : «Hélas, ne parle pas qui veut.»

On croit tout ce que Cendrars invente ou transforme de lui-même parce qu'on croit en la vie et dans le monde. On arpente avec ce reptile manchot, migrateur, omnivore, populaire, cet ami des peintres si peu esthète et débordant d'une lumière féroce, la planète début de siècle qui accélère mais n'a pas encore rétréci. On sent qu'il fut ici, ailleurs, partout, le poète qu'il fallait au moment où il le fallait ; celui qui inventa, dirait-on aujourd'hui, une mondialisation à la fois joyeuse, douloureuse et effrénée. Henri Michaux, qui l'appréciait, appelait cela «sa vertu voyageuse» : on vit à sa place ses histoires et on avale sans distance, sans morale, sans lendemain, l'énergie qu'il transmet. «C'est en l'écoutant parler, résume Philippe Soupault, que j'ai appris à connaître le don le plus éclatant de Cendrars: l'enthousiasme.»

Plus tard, l'enthousiasme fraîchit. On apprend que tout ce qu'on croyait doit être rectifié: réduit aux acquêts de la vérification. On trouve que l'auteur a vieilli, parce que soi-même on a vieilli. On croit saisir son style à la va-comme-je-t'invente. Ses mises en scène semblent soudain naïves et comme troussées par un fier-à-plume. On prend son imagination pour des mensonges : on juge ce qu'on a aimé - et qui nous fit tout aimer. Pourtant, ces reproches ne tuent pas la fringale que l'écrivain fit naître. La fuite en avant, l'effet de naturel dans l'invention de soi et des autres, l'appétit pour le monde tel qu'il vient, tout reste en place. A un homme qui lui demandait si tout ce qu'il avait écrit de lui était vrai, Cendrars a donné l'explication: «Mais non, bien sûr, et cela n'a d'ailleurs aucune importance. Il faut que tu comprennes que ce qui importe c'est... la locomotive. Je veux dire d'avancer. Ce que tu mets dans la machine importe peu pourvu qu'elle marche et si possible que dans son ventre cela soit un feu d'enfer» (1). Le charbon, comme toujours, c'est l'imaginaire mis en mots.

La première édition critique de ses oeuvres complètes, en cours de publication chez Denoël, est donc un petit événement pour ceux dont Cendrars incendia la jeunesse. Les préfaces et notes de Claude Leroy et son équipe fixent précisément le cadre de ses fictions et autofictions, des personnages successifs qu'il s'est inventé pour mieux se dissiper (2). Claude Leroy, professeur de littérature à Paris X-Nanterre, a publié une thèse sur la main de Cendrars, celle qu'il perdit en guerre et dont il utilisa le manque en véritable écrivain. L'édition comprendra quinze tomes, publiés par trois, chaque année pendant cinq ans. «L'ordre n'est ni chronologique, ni thématique, mais simultané, explique Claude Leroy. Chaque année, on donne à voir plusieurs visages de Cendrars.»

La main manquante

Les trois premiers tomes sont parus l'an dernier. Ils contiennent les Poésies complètes (Tome 1), les romans l'Or, Rhum et, inachevé, L'Argent (Tome 2), puis les oeuvres et articles sur le cinéma (Tome 3). Les trois tomes de cette année sont déterminants pour saisir l'homme Cendrars. Le tome 4 comprend son dernier et meilleur roman, Dan Yack, devenu rare. Cette oeuvre en diptyque fut publiée en deux volumes en 1929, puis réunie quinze ans après. La première partie est un récit à la troisième personne ; la seconde, une confession effectuée par le héros sur des rouleaux de gramophone. Cette structure rappelle Pan, de Knut Hamsun, que Cendrars avait lu, mais aussi Mémoires du souterrain, de Dostoïevski, auteur que ce russophone appréciait. Dan Yack, saute-frontières richissime d'une énergie suicidaire, est sans doute le fantasme le plus proche de l'écrivain: un voyageur métaphysique. Il incarne la mélancolie active et pressée de l'homme-monde, mi-Picasso, mi-Chirico. Ses nerfs sont les latitudes; ses muscles, les longitudes. Sa solitude et ses amis sont partout. Ses aventures sont une métaphore stylisée de l'homme éclaté. Le livre progresse tantôt par phrases sèches, tantôt par brusques flambées. Le récit est impitoyablement moderne dans ses péripéties, ses drames, par la force sadique du montage qui l'anime. En un double mouvement, Dan Yack vit et désespère follement. «La sérénité, écrit Cendrars, ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé et aimer encore le monde.»
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
LP de Savy
Rang: Administrateur


Nombre de messages : 710
Date d'inscription : 06/04/2005

MessageSujet: Re: Blaise Cendrars par Philippe Lançon   Sam 22 Oct 2005 - 23:45

Ce roman ouvre naturellement sur les deux tomes suivants. On y trouve les premières romances autobiographiques de Cendrars : l'Homme foudroyé et un bref récit méconnu et inachevé, le Sans-Nom ; puis, la Main coupée : l'auteur évoque son expérience de soldat pendant la Première Guerre mondiale. Mais il n'y raconte ni la blessure ni l'amputation qui lui vaut son titre. Il ne le fera jamais, comme si l'oeuvre autobiographique devait déployer son exubérance, ses lignes de fuite, ses déhanchements d'avec le réel, pour mieux recouvrir la main manquante ; comme si le texte avait poussé, telle une jungle tropicale, sur la souche du bras amputé.

C'est en évoquant les folies des légionnaires au front que Cendrars a peut-être le mieux défini son projet : «Leur vie est neuf fois sur dix une vie imaginaire. Seule leur mort est réelle parce qu'ils ne sont plus là pour la raconter.» Et c'est en narrant, dans l'un de ses plus beaux passages, la mort par obus du sergent Van Lees, qu'il a suggéré le drame créateur de sa main coupée : «J'ai vu, j'ai vu de mes yeux qui le suivaient en l'air, j'ai vu ce beau légionnaire être violé, fripé, sucé, et j'ai vu son pantalon ensanglanté retomber vide sur le sol, alors que l'épouvantable cri de douleur que poussait cet homme assassiné en l'air par une goule invisible dans sa nuée jaune retentissait plus formidable que l'explosion même de l'obus, et j'ai entendu ce cri qui durait encore, alors que le corps volatilisé depuis un bon moment n'existait déjà plus.» Cendrars pousse le cri sa vie entière autour de cette main droite, première main d'écrivain, qui n'existe plus.

Mais il le fait avec joie et en accumulant les images, les personnages, les facilités, les mots. Et d'abord en devenant l'écrivain de la main gauche. Il a été amputé le 28 septembre 1915. Il affirme renaître à la littérature dans la nuit du 1er septembre 1917. La scène refondatrice est racontée dans le Sans-Nom, texte écrit vers 1935, publié dans une revue sous le nom de Partir en 1952, et depuis lors introuvable. Soudain, dans une grange de Méréville, sa main gauche court sur la page et Cendrars vit en transe sa «plus belle nuit d'écriture». Le texte s'appelle la Fin du monde filmée par l'Ange N.-D. et sera illustré par son ami Fernand Léger: il «reste pour moi, quand mon bras coupé me fait mal ou quand je suis en proie à des idées noires, sentimentalement attaché au souvenir d'un travail heureux, chose si rare dans cet ingrat, dans ce solitaire métier d'écrire qui est maintenant le mien depuis cette nuit mémorable, et le témoignage d'une longue, lente, douloureuse et double cicatrisation, sinon d'une guérison parfaite».

Rivière: «il coupe bras et jambes»

La «nuit de Méréville» est-elle réelle ? L'a-t-il réinventée ? Peu importe : elle existe. Elle rappelle une autre nuit littéraire : celle où Dieu fut révélé dans l'extase à Pascal, dont Cendrars a d'ailleurs emprunté le prénom. «Joie !» écrivait Pascal.

Le mot convient à l'autre Blaise, ce phénix sans grand style, et pourtant métaphore vivante de l'acte littéraire. En désactivant l'image de l'aventurier aux livres superflus, l'édition de Claude Leroy le rétablit dans sa position d'écrivain. Cendrars retouchait beaucoup ses textes, et mêmes les éditions successives de ses textes : son naturel n'est qu'apparent. Mais sa réputation a souffert de sa mythomanie, de sa négligence affichée, pourtant liée à la nature même de son projet, et enfin de son genre «homérique». Ces malentendus apparaissent dès le début de sa carrière.

En 1919, Cendrars est un poète et l'ami du défunt Apollinaire. Le Paris littéraire a lu ses Pâques à New-York et sa Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France : le monde y entre par la page et dévaste tout. Il est question de publier un poème dans le premier numéro de la NRF, temple naissant de la littérature française, dirigé par Jacques Rivière. Mais celui-ci s'en effraie. Il trouve Cendrars facile, frivole, plein de mots inutiles : la goinfrerie de l'un dégoûte l'austérité de l'autre. Sans doute Rivière a-t-il flairé des restes de camelote symboliste. «Si le mot ne cède pas enfin la place à la chose, écrit-il à André Gide, si nous ne renonçons pas, même en poésie, à jouer avec les voyelles et les consonnes, à chercher de l'inédit dans des compositions typographiques plus ou moins bizarres, nous sommes perdus.»
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
LP de Savy
Rang: Administrateur


Nombre de messages : 710
Date d'inscription : 06/04/2005

MessageSujet: Re: Blaise Cendrars par Philippe Lançon   Sam 22 Oct 2005 - 23:47

Gide vient justement de lire la Prose du Transsibérien et lui répond qu'il se trompe. Il le convainc presque. Rivière perçoit bien «un mouvement, un son musical» qui lui rappelle justement Stravinski (correspondant de Cendrars). Mais il ajoute : «J'éprouve trop de regret à penser que nous allons entrer encore peut-être dans une ère d'impropriété, je veux dire, dans une ère où les mots continueront d'avoir un autre rôle, une autre utilité que de signifier. (...) Cendrars me coupe les bras et les jambes. Si c'est lui qui a pris le bon aiguillage, je suis floué, je reste en panne, je ne suis plus bon à rien.» Sa raison rigoureuse s'oppose à l'éclat nietzschéen et désordonné que projette Cendrars, poète si peu classique et tellement imparfait.

Le second malentendu apparaît dans la défense de la Prose du transsibérien par Gide: «La représentation est loufoque, mais si le texte est inégal, certaines parties m'en émeuvent à la manière de la Saison en enfer ou du Bateau (ivre, ndlr). Cette saveur surabondante vient, il va sans dire, de ce qu'il a éprouvé en lui-même et réellement tout ce qu'il dit: je vois en lui la meilleure protestation contre la littérature de cabinet.» Rien n'est plus juste, ni faux. Il y a bien chez Cendrars une expérience du dérèglement géographique de tous les sens et une volonté puissante de se métamorphoser. Son pseudonyme, Cendrars, inventé dans la misère à New York en 1912, le signifie clairement : il s'agit de brûler pour renaître.

Mais il n'a pas éprouvé réellement tout ce qu'il dit: il l'a imaginé et mélangé dans ses livres aux oeuvres des autres. C'est un grand lecteur-assimilateur, fervent de Remy de Gourmont, de Huysmans, de vieux manuscrits latins, de romans populaires. Bref, c'est aussi un homme de cabinet. Et, bien entendu, un écrivain qui déteste Gide et le monde littéraire parisien, qu'il fuira en 1924 pour effectuer le premier de ses trois voyages au Brésil. Lisant son journal dans les années quarante, Cendrars écrit : «Oh, chochotte, que de mensonges, de complaisances, de chichis, d'hypocrisie, de crises de nerfs, de vantardises, de poses, de vanités, de larmes de crocodile, d'esthétisme, d'art, de morale dans ce journal intéressé tenu par un hystérique qui écrit devant son miroir. (...) Je sors ahuri de cette lecture de 1332 pages comme si j'avais relevé les inscriptions des 1332 pissotières de Paris que sont les chapelles littéraires. André Gide : le maquereau des grands hommes.»

Alors, quel écrivain ? Menteur ne convient pas : le mensonge s'oppose à la vérité; Cendrars l'enrichit et la réfracte dans un vitrail baroque. Il raconte par exemple, dans l'Homme foudroyé, cette nuit de 1915 où la peur l'avale tandis qu'il guette un ennemi-fantôme. Allongé dans l'herbe, il chante un poème de Rilke le fusil à la main. C'est plausible : Cendrars récitait par coeur le Livre d'heures du poète allemand. Puis il se demande où peut bien être Rilke à cet instant : «Que faisait Rilke, avec qui je m'étais battu, à la veille de la guerre, pour une jeune fille française hébergée chez des amis et que le grand poète avait malmenée, Rilke, qui avait voulu exciter sur moi son chien-loup, mais je n'avais pas eu peur du chien et le maître ne s'est jamais vanté de la raclée que je lui ai administrée sur le terre-plein de la Closerie des Lilas...» Une note précise : «Episode ignoré des biographes de Rilke.»

Cendrars, suisse allemand, n'aime guère les Allemands. Mais on sent également que l'ancien engagé volontaire, le mémorialiste gouailleur que les jeunes Doisneau et Prévert visiteront en 1945, a peu de sympathie pour ce qu'on nommait alors les «littérateurs». On aimerait donc savoir ce qu'il pense vraiment de Rilke : quel sentiment masque cette histoire probablement inventée. Des journaux, écrit-il, affirment que Rilke est réfugié en Suisse. Serait-il un «déserteur» ? Une seconde note rappelle ce qu'on pouvait lire sur le premier manuscrit, et qui fut effacé : «Ah ! les vieilles tantes, ce sont toujours les mêmes qui se disent élus, qui pontifient, pour qui l'art n'a pas de patrie et qui foutent le camp pour sauver leur peau en cas de guerre. On l'a bien vu en juin 40 !»

Poulpe fiction

Cendrars a disparu en 1940 dans un petit appartement d'Aix-en-Provence. Il n'écrit plus de poèmes comme dans sa jeunesse; plus de romans comme dans les années vingt; plus d'articles de presse comme dans les années trente, quand il vira à droite et devint franquiste. Accablé par la débâcle et par Vichy, il connaît par ailleurs une vraie panne littéraire : pendant trois ans, rien. Puis, lentement, il s'y remet. Publié en 1945, l'Homme foudroyé est son premier récit ouvertement autobiographique. Trois autres suivront : la Main coupée, donc, puis Bourlinguer et le Lotissement du ciel. Bouquet final et le reflet labyrinthique de son existence.

La première partie, intitulée le Vieux-Port, se déroule à Marseille, «la seule des capitales antiques qui ne nous écrase pas avec les monuments de son passé». Cendrars conte qu'il y a un jour débarqué du D'Artagnan, en provenance d'Afrique. «Le paquebot à peine accosté, j'avais sauté à quai, puis bondi dans un taxi pour me faire conduire dans un café du Vieux-Port comme si j'avais été un trafiquant d'opium pressé de se débarrasser de sa camelote, moi qui rapporte toujours de mes virées dans les pays d'outre-mer un bel éclat de rire, souvent un matelas de billets de banque et, le plus naturellement possible, mais à l'insu de tous, une pincée de poèmes. Cette fois-ci, c'était des poèmes sur la chasse à l'éléphant.»

Chasse à l'éléphant est un poème du recueil Kodak, publié en 1924. On le trouve dans le premier tome des oeuvres complètes, publié l'an dernier. En voici la fin : «Une photo et le coup part/ L'éléphant reçoit le choc sans broncher/ Je répète à toute vitesse/ Piquant de la tête il roule à terre avec un râle formidable/ Je lui tire ensuite une balle vers le coeur puis deux coups dans la tête/ Le râle est toujours puissant enfin la vie l'abandonne/ J'ai noté la position du coeur et ses dimensions qui sont/ De 55 centimètres sur 40.» Bien entendu, Cendrars n'a jamais mis les pieds en Afrique et, manchot, n'a jamais chassé l'éléphant. Il a simplement réappris à écrire, à se battre et à conduire : rouler en sa compagnie était pour les survivants, d'après John Dos Passos, une expérience inquiétante et probablement réprimée par la loi.

Kodak est de surcroît un collage. Cendrars ne l'a révélé que vingt ans plus tard, justement dans l'Homme foudroyé. Ses vers sont des phrases prélevées ici et là : dans le Mystérieux Docteur Cornelius, de Gustave Le Rouge, mais aussi dans Au Congo belge, de Maurice Calmeyn. Résumons : ni chasse à l'éléphant, ni vers originaux. De l'invention, de la lecture, du montage. Rien de tel pour rêver de vrais éléphants ; pour les dorer : «Dorer des éléphants est la vraie fonction de l'homme. On ne le comprend jamais trop vite, on ne commence jamais assez tôt.» Alexandre Vialatte écrit ces mots à la mort de Cendrars, en 1961. Vialatte aime «ce monde exalté par Cendrars qui dans sa vie dora tant d'éléphants. Des vrais, des faux, des monstrueux, des incroyables. Il nous les a laissés pour parcourir la terre. Après l'avoir courue lui-même dans tous les sens, en réalité ou en songe». «Il en revenait, écrit Kleber Haedens, boucané par le vent des caps, les mains pleines d'oiseaux et de diamants bleus.» Et surtout pleines d'encre. Cendrars se compare à un poulpe qui, lâchant son nuage d'encre, «se réfugie dans la nuit de son subconscient». Rétif à la psychanalyse et à la morale, il refuse d'être saisi avec «la fatidique clé des songes ou de la mythomanie». Autrement dit : le secret de la littérature ne commence et finit qu'en elle-même.

(1) Extrait de la biographie de Miriam Cendrars, fille de Blaise.
(2) Sous la direction de Claude Leroy, deux tomes d'oeuvres autobiographiques et romanesques sont en chantier pour La Pléiade.

P.Lançon, 19/12/02 Libération
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Blaise Cendrars par Philippe Lançon   

Revenir en haut Aller en bas
 
Blaise Cendrars par Philippe Lançon
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Gagner la guerre (Jean-Philippe Jaworski)
» De la mer et de sa stratégie (Philippe Masson)
» Drafting with Philippe Masse Art
» Des nouvelles de Philippe Pachoud
» Bon Anniversaire Blaise

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Propos insignifiants :: Archives :: Ecrivains :: Autres écrivains français-
Sauter vers: