Propos insignifiants

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 Rappel à l'ordre

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LP de Savy
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MessageSujet: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 16:48

Fabien
Les nouveaux réactionnaires
Fri Nov 15, 2002 23:21
195.115.19.48


Pour une fois, je te devance, Hannibal !

Question : moi aussi, j'aimerais bien faire partie des "nouveaux réactionnaires" ! Que faut-il faire ?



Alain Finkielkraut :
«La catégorie de "réactionnaire" est fictive»

"Mis en cause, dans le livre de Daniel Lindenberg «Le Rappel à l'ordre.
Enquête sur les nouveaux réactionnaires», le philosophe explique au «Figaro» que la notion même de «nouveaux réactionnaires» ramène le débat public à un univers à deux dimensions, à l'affrontement de «deux camps, l'humanité et ses ennemis». Publié aux éditions du Seuil, le livre de Lindenberg dénonce une offensive dirigée, tout ensemble, contre «la culture de masse, contre les droits de l'homme, contre 68, contre le féminisme, contre l'antiracisme, contre l'islam». Suspectant «une nouvelle synthèse idéologique de combat» qui aurait pour hérauts des écrivains et philosophes aussi différents que Pierre Manent, Pierre-André Taguieff, Michel Houellebecq, Marcel Gauchet... l'auteur pointe une menace majeure pour la « société ouverte ».


Propos recueillis par Joseph Macé-Scaron et Alexis Lacroix
[14 novembre 2002]

LE FIGARO. - Qu'est-ce qui a changé dans le paysage intellectuel français ?

La haine a renversé toutes les digues. Deux exemples : dans Le Rappel à l'ordre, un livre publié par les éditions du Seuil, à l'enseigne de la «République des idées », collection que dirige Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président du Centre Raymond-Aron, Daniel Lindenberg, membre du comité de rédaction de la revue Esprit, vient de m'apprendre, non seulement que j'étais un fieffé réactionnaire - y a-t-il d'ailleurs des réactionnaires qui ne soient pas fieffés ? -, mais qu'avec Régis Debray, Pierre Manent, Pierre-André Taguieff, Marcel Gauchet, Philippe Muray, Maurice Dantec, Michel Houellebecq, Shmuel Trigano et quelques autres, j'avais préparé la catastrophe du 21 avril, c'est-à-dire la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle, et qu'en rouvant à redire à la culture de masse, à l'idéologie des droits de l'homme, à mai 68, à l'omniprésente apologie du métissage, je m'inscrivais dans la lignée de ces intellectuels qui, au temps de la peste brune, se déchaînaient contre les métèques et les valeurs de la démocratie. Comme un bonheur ne vient jamais seul, je découvre dans Le Monde diplomatique, sous la signature de Maurice T. Maschino, qu'en compagnie cette fois de Pascal Bruckner, d'André Glucksmann, de Pierre Nora, de Jacques Julliard, de Bernard-Henri Lévy, je suis un « nouveau réactionnaire », c'est-à-dire un suppôt de l'empire israélo-américain.
Le retour tonitruant de la catégorie de « réac » signifie que la parenthèse antitotalitaire se ferme. De son aile radicale à son extrême centre, l'intelligentsia engagée militarise la vie de l'esprit. Il n'y a plus d'oeuvre singulière, il y a deux camps - l'humanité et ses ennemis.

Comment expliquez-vous ce retour apparent à la pensée binaire - pour autant que cette dernière ait jamais cessé de se déployer ?

Depuis la Révolution, les adolescents et les intellectuels sont perpétuellement tentés de concevoir la politique comme la poursuite de la guerre par les moyens de l'injure.
Daniel Lindenberg cependant innove : à l'encontre des robespierristes classiques, il frappe d'infamie les détracteurs de l'état des choses et non ses partisans. Son titre est son programme : il rappelle à l'ordre les
geignards, les grincheux, les inquiets, tous ceux à qui on n'a pas su faire aimer l'an 2000 et qui souffrent du monde tel qu'il va. Camus disait : « Le démocrate est modeste, car il est celui qui admet qu'un adversaire puisse avoir raison, qui le laisse donc s'exprimer, et qui accepte de réfléchir à ses arguments. » Mais le démocrate a laissé place au démocratiste. Pour celui-ci, la démocratie n'est pas une scène où s'échangent des opinions ; c'est un mouvement irrésistible : incarnant l'histoire en marche, le démocratiste s'indigne de rencontrer tant de momies, tant de rebuts, tant de vestiges de l'Ancien Régime parmi ses contemporains. A défaut de pouvoir leur couper la tête, il leur fait savoir qu'ils devraient être morts.
En confondant réactivité du penseur et pensée réactionnaire, cette position
ne pèche-t-elle pas par anti-intellectualisme ?
Les robespierristes de toutes obédiences tiennent le président américain pour un imbécile heureux parce qu'il a dénoncé l'« axe du Mal », alors même qu'ils évoluent dans un espace à deux dimensions et qu'ils considèrent ceux qui ont des idées adverses comme des scélérats, destinés à remplir, au plus vite, les poubelles de l'histoire.
Aujourd'hui il y a une nouveauté : Robespierre semble descendre en droite ligne de la famille antitotalitaire...
Dans la liste de suspects que dresse l'auteur-épurateur du Rappel à l'ordre, un nom manque, et cette absence est assourdissante. C'est le nom de Paul Thibaud, coupable de tous les péchés (souverainisme, anti-soixante-huitardisme, critique du droit-de-l'hommisme, défense vieux jeu de l'école républicaine et j'en passe), mais ancien directeur de la revue Esprit ; gracieux jusqu'au bout, le livre de Lindenberg est un parricide qui ne s'avoue pas. Je compte quelques amis chers dans cette revue. J'espère pouvoir m'expliquer avec eux et leur demander ce qui leur reste de la pensée antitotalitaire et de son refus de réduire la pluralité humaine au schéma manichéen d'une lutte entre le Bien et le fascisme, jamais plus vivant que depuis qu'il a été vaincu.

Orwell n'avait-il pas raison de déplorer que la gauche fût toujours antifasciste, mais rarement antitotalitaire ?

Aujourd'hui, ce n'est plus au profit de Staline et des staliniens, c'est au bénéfice d'une démocratie postnationale, propre sur elle, indemne d'histoire et de géographie, pure de toute composante atavique et héréditaire, qu'on oublie que les antifascistes les plus conséquents qu'il y ait eu en Europe sont deux personnages très enracinés, deux patriotes ombrageux et de surcroît conservateurs : de Gaulle, Churchill. Le jour est proche où l'on découvrira ce qu'il y a de pétainiste chez de Gaulle - et, tant qu'on y est, de lepéniste chez Churchill. Que faire en outre de Kundera, ce romancier certes cosmopolite mais qui, dans sa préface à Miracle en Bohême de Josef Skvorecki, a le front d'opposer le printemps de Prague, révolte populaire des modérés, explosion de scepticisme postrévolutionnaire, à l'explosion de radicalité lyrique et juvénile du mai parisien ? Et Raymond Aron lui-même, avec ses considérations désobligeantes sur le mouvement étudiant, est-il vraiment du bon côté de la barrière ? Peut-être faudrait-il rebaptiser Institut Guy-Debord le centre qui porte son nom. Ce n'est qu'un début : l'épuration continue.

Il est interdit d'interdire, mais il est un domaine qui doit échapper par définition à toute critique : mai 68. La mémoire de cet événement n'est-elle pas, au fond, notre dernier tabou ?

Mai 68 a tout désacralisé sauf mai 68. Ce temple a désormais ses gardiens sourcilleux qui ne tolèrent pas le plus petit dissentiment, qui mettent à l'index l'irrévérence et le sarcasme. Gare aux chevaliers de la Barre qui refusent de plier le genou au passage de leurs parades et de leurs processions !
Rien n'est plus comique que le spectacle de cette dévotion pontifiante à l'esprit de révolte ; une bien-pensance est née dont les fidèles nous expliquent que, jusqu'en avril 1968, la France était un pays raciste, xénophobe, misogyne où, à l'abri des hauts murs des lycées-casernes, les
professeurs torturaient les enfants à coups de règle en fer et de violence symbolique. A en croire ces incontestables contestataires, mai nous a simultanément délivrés du Moyen Âge, du XIXe siècle, de l'Occupation, de l'esclavage et de l'apartheid scolaires. Cette légende est parfaitement ridicule : tout en gardant de ce moment intense un souvenir ému, je sais que s'est alors cristallisée une confusion dévastatrice entre le pouvoir et l'autorité, entre le maître qui conquiert et celui qui enseigne.
Comme dit Hannah Arendt, la mère de tous les fascismes, « l'autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut signifier qu'une chose - que les adultes refusent d'assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants ».

Dans le noyau de la pensée 68, on trouve, à la fin, une délégitimation de l'autorité et un goût prononcé pour le pouvoir... D'où vient cet étrange alliage ?

Mai 68 n'a pas été une révolution, mais plutôt un adieu, formulé dans les termes de la révolution, à la révolution même, ou, pour le dire avec les mots de Levinas (lors d'un entretien publié par Esprit), « une dernière accolade à la justice humaine, au bonheur et à la perfection après
l'apparition de la vérité que l'idéal communiste avait dégénéré en bureaucratie totalitaire ».
Tout cependant n'a pas été perdu. 68 a gardé et nous a légué quelque chose de l'idée révolutionnaire : la haine des ancêtres, l'esprit de la table rase. Un des lieux communs de l'heure est qu'à l'exception de ce qui
préfigure le bel aujourd'hui démocratique, notre histoire nationale est un long cortège de crimes.
Et nous ne sommes pas seuls en cause : toutes les patries charnelles sont maintenant sommées par l'antiracisme de se dissoudre dans le village global (nommé par anti phrase : « société ouverte »). Si le passé est invoqué, c'est toujours pour montrer son abjection ou, au moins, son imperfection.
Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même.
Voilà pourquoi notre enseignement est devenu si bête.

La définition de l'intellectuel n'est-elle pas, d'ailleurs, en train de changer, comme en témoigne la lecture la plus courante du conflit israélo-palestinien ?

La brutalisation de la vie intellectuelle est une retombée de la guerre israélo-palestinienne. Dans Dissent, une revue de gauche américaine, le philosophe Michael Walzer écrit qu'il y a quatre guerres en une au Proche-Orient : celle qu'à travers le terrorisme des Palestiniens mènent
pour la destruction d'Israël, le combat palestinien pour un Etat à côté d'Israël, la guerre d'Israël pour sa sécurité et la guerre que mènent certains Israéliens pour maintenir les implantations ou annexer tout ou partie de la Cisjordanie. Cette complexité n'a pas sa place en France. Dans sa version tiers-mondiste comme dans sa version molle, la gauche intellectuelle nous explique que les terroristes agissent par désespoir et qu'il n'y a qu'une seule guerre, l'affrontement d'un peuple épris de liberté et d'une puissance coloniale.

L'Europe ne se sépare-t-elle pas de l'Amérique sur ce point ? Pourquoi semble-t-il y avoir aux Etats-Unis plus de place pour une gauche qui fasse droit au sens des nuances ?

Je ne sais pas. Mais je constate avec effroi qu'ici, chez nous, il apparaît légitime, intéressant, utile au débat, digne de la république des idées, conforme aux usages de la discussion civilisée en vigueur au Centre Aron,
compatible avec le souci de la vérité qui habite le Collège de France, de « se la jouer antifasciste » en annonçant le retour du mal idéologique suprême et en ajoutant par surcroît à celui-ci une dimension juive. When
Jews turn right, écrit Lindenberg : quand les Juifs viennent grossir les bataillons de la nouvelle offensive maurrassienne...
Justement. L'auteur du Rappel à l'ordre montre du doigt les intellectuels juifs « dénonçant avec une assurance qui ne laisse guère de place au doute ou à la contradiction une « vague d'antisémitisme » dont la réalité, en tant que telle, reste pourtant sujette à caution ». Qu'en pensez-vous ?
Les agressions judéophobes et les synagogues qui flambent n'étant plus imputables à la bonne vieille extrême droite et aux Dupont-Lajoie que les progressistes aiment tant détester, on met en doute, de José Bové à Daniel Lindenberg, la réalité, la quantité, la gravité de ces événements. Et quand on reconnaît leur existence, c'est pour y voir une réaction certes un peu nerveuse, mais compréhensible, aux images quotidiennes de la violence des Israéliens. Il se répand dans notre pays une haine d'autant plus inquiétante qu'elle est inculpabilisable : on a cessé de reprocher aux Juifs d'être juifs et de menacer l'identité nationale, on leur en veut de ne plus être juifs et d'avoir déserté la place de l'Autre pour celle du bourreau ou de son complice.

N'est-il pas surprenant que les hommes politiques de gauche se montrent plus disposés que beaucoup d'intellectuels à dénoncer les positions antirépublicaines d'un certain nombre de représentants de l'islam ?

Il ne faut pas se lasser de dire que la catégorie de « réactionnaire » est totalement fictive. A l'ennemi aux mille visages, Lindenberg fait grief d'avoir dénoncé, en 1999, l'intervention de l'Otan en ex-Yougoslavie. Or,
dès novembre 1991, pendant le siège de Vukovar, à une époque où sévissait partout l'indifférence à ce combat de nègres dans un tunnel, j'ai pris position contre l'agression serbe et plaidé pour une action énergique de la communauté internationale. Mais les différences de sensibilité n'empêchent pas les convergences ponctuelles.
En 1989 j'ai écrit, avec Régis Debray, Catherine Kintzler, Elisabeth de Fontenay et Elisabeth Badinter un manifeste contre le foulard islamique à l'école. Avant de saisir le Conseil d'Etat, le ministre Lionel Jospin pensait que tout devait être fait pour convaincre les jeunes filles d'abandonner le foulard et que, si celles-ci s'obstinaient, il fallait prendre acte de ce refus, et céder. Cette négociabilité des principes nous semblait dangereuse, et d'abord pour ces jeunes filles.
Daniel Lindenberg a beau nous accuser de rejeter l'islam et de succomber au racisme, je ne crois pas que la suite des événements nous ait donné tort : il n'y a pas de pire hospitalité que celle qui n'a que son ouverture à
offrir, et il n'y a pas de réponse plus désastreuse à l'intégrisme musulman que la « shame pride » - comme dit Philippe Muray mon compagnon de galère -, d'une France narcissiquement installée dans la honte et le dénigrement de soi."
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 16:50

Ca rappelle des souvenirs, Fabien ?
Je vais reproduire ici les principales pièces de cette controverse. Elle n'est pas si ancienne que ça...
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 16:53

Intellectuels français et "coup de barre" à droite
Procès de Mai 68, de la société métissée, de l'islam...

Dans une enquête-pamphlet, Daniel Lindenberg tente de repérer ce qui constitue la nouvelle idéologie réactionnaire.

LE RAPPEL À L'ORDRE Enquête sur les nouveaux réactionnaires de Daniel Lindenberg. Seuil, "La République des idées", 96 p., 10,5 €.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, un certain nombre d'intellectuels libéraux américains se sont mis à penser et à dire qu'on était peut-être allé un peu loin en matière de tolérance et de multiculturalisme.




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Même climat de recomposition en France mais dans le sens inverse, avec ce petit ouvrage de Daniel Lindenberg, conseiller de la direction d'Esprit publié dans le cadre de "la République des idées", un groupe animé par l'historien Pierre Rosanvallon. Ici ce sont les contempteurs de naguère de la "vigilance rétrospective" ou des "nouvelles radicalités" qui se mettent à trouver qu'on en a trop fait avec le procès des valeurs de la gauche intellectuelle...

L'enquête-pamphlet de Daniel Lindenberg entend repérer une dérive réactionnaire propre à un certain nombre d'intellectuels et d'écrivains français. Si la critique de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec – cibles prévisibles – occupe la majeure partie du livre (et deux portraits en fin de parcours), d'autres évocations de personnalités de la gauche antitotalitaire ou de tenants de l'héritage aronien sont, de façon plus inattendue, rattachées à ce nouvel esprit du temps.

PESSIMISME CULTUREL

Pour Daniel Lindenberg, à l'euphorie de la fin de la guerre froide aurait désormais succédé une atmosphère envahissante de pessimisme culturel."Les fondements de la société ouverte"seraient attaqués tandis que sous la démolition esthétisante et les foucades perceraient de "nouvelles idéologies de combat".

Il s'agit de comprendre "comment de bons esprits ont pu passer, en moins d'une génération, du marxisme doctrinaire au culte de la souveraineté et des idiosyncrasies nationales, de la contre-culture des années 1960 et 1970 à la nostalgie des humanités, du franco-judaïsme universaliste à la défense inconditionnelle d'Ariel Sharon, de la lecture de Tocqueville à celle de Carl Schmitt" (le philosophe du droit allemand gravement compromis avec le nazisme).

Une telle évolution est étudiée au travers de la levée de "tabous"objet de dénonciation récurrente par les "nouveaux réactionnaires" qui, pour l'heure, forment plutôt une constellation d'antipathies ou de connivences communes qu'un corps de doctrine. Procès de Mai 68, de la société métissée mais aussi de l'islam. Daniel Lindenberg va, à ce propos, jusqu'à suggérer que la réalité du retour de l'antisémitisme resterait à démontrer, tant elle sert de caution au passage à droite de quelques intellectuels juifs (When jews turn right) – où l'on retrouve un phénomène commun à la France et aux Etats-Unis.

Les noms propres sont lancés à jet continu, profusion d'où émergent les figures de quelques intellectuels dont les trajectoires sont considérées comme symptomatiques de la mutation en cours : comme celles d'Alain Finkielkraut, de Shmuel Trigano ou de Pierre-André Taguieff. Si l'auteur est convaincant quand il pointe une sensibilité nouvelle plutôt qu'une "nouvelle pensée réactionnaire" sur le mode structuré qui fut celui de la nouvelle droite, il l'est moins quand il passe aux hypothèses. Par exemple celle d'un éventuel retour du catholicisme de combat – celui qui fut l'apanage d'un Léon Bloy ou d'un Georges Bernanos – à partir du seul cas du spécialiste de Raymond Aron, Pierre Manent.

Etablir en outre des relations de voisinage entre un cri de détestation et de provocation poussé par Michel Houellebecq contre la gauche intellectuelle ("Jacques Prévert est un con") et la patiente critique d'une démocratie des droits de l'homme qui reste quand même l'horizon d'une philosophie comme celle de Marcel Gauchet, n'ajoute-t-il pas à la perte de repère dénoncée ? Ici le confusionnisme remplace une enquête encore à compléter.

Nicolas Weill

15.11.02 (Le Monde)
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 16:55

Livre. Dans un pamphlet, Daniel Lindenberg attaque en bloc les «nouveaux réactionnaires», qui formeraient un courant intellectuel.
La traque des nouveaux réacs

Par Philippe LANÇON

mardi 19 novembre 2002

Chapitre par chapitre, Lindenberg détaille les cibles de ces «nouveaux réactionnaires»: la culture de masse, la liberté des moeurs, les intellectuels, mai 1968, le «droit-de- l'hommisme», la société «métissée», l'islam, l'égalité.

Un bref essai aux saveurs polémiques met depuis quelques jours le feu aux poudres intellectuelles parisiennes, toujours prêtes à flamber. Son auteur, Daniel Lindenberg, est professeur de sciences politiques à Paris VIII et membre actif de la revue Esprit. La collection dans laquelle l'ouvrage est publié au Seuil, «La république des idées», est dirigée par Pierre Rosanvallon, historien et professeur d'histoire du politique au Collège de France, président du Centre Raymond-Aron et ancien de la défunte Fondation Saint-Simon. Le rappel à l'ordre s'inscrit dans ce mouvement de la gauche libérale et adaptée qui a pignon sur rue depuis une vingtaine d'années. Sa cible, ce sont les «nouveaux réactionnaires».

Qui sont-ils ? Avant de s'interroger sur la pertinence et la cohérence de cette catégorie, commençons par dresser la liste, puisque liste il y a. On y trouve les écrivains Michel Houellebecq, Maurice Dantec, Philippe Muray, Renaud Camus, les philosophes Marcel Gauchet, Pierre Manent, Jacques Bouveresse, Christopher Lasch, Alain Badiou, Alain Renaut, le «passeur» philosophique Alain Finkielkraut, le ministre-penseur et autosatisfait Luc Ferry, les sociologues Paul Yonnet, Pierre-André Taguieff, François Richard et Alain Besançon, le linguiste Jean-Claude Milner... On sent que la liste, comme une menace, reste ouverte. L'étiquette de «nouveaux réactionnaires» qui la recouvre est bien trop floue et sans rigueur pour former un concept ; mais elle fixe une intuition qui n'est pas fausse : l'air du temps prêche un retour à des valeurs anciennes, largement fantasmées, et des intellectuels de plus en plus nombreux sont là pour l'exprimer d'une façon ou d'une autre. Plus que d'un mouvement, ou d'une école, il s'agirait donc plutôt d'un courant.

Ces auteurs auraient, d'après Lindenberg, un point commun : leurs oeuvres récentes «prennent la forme d'authentiques régressions et visent en son coeur, sans toujours l'avouer, le projet démocratique lui-même et son ambition égalitaire». La plupart seraient réactionnaires comme le fut, sous la Restauration, un Joseph de Maistre : en opposant au règne réputé marchand et dissolu de l'individu le fantôme collectif et trop ordonné d'une «République» mythique, ils voudraient restaurer un avant-68, de même que de Maistre, redoutant avant tout la liberté de l'individu, souhaitait rétablir l'ordre selon certaines valeurs idéalisées d'Ancien Régime. Bref, ils refuseraient la récurrente «modernité» : ils sentiraient cette France moisie évoquée naguère par Philippe Sollers.

Chapitre par chapitre, Lindenberg détaille leurs cibles : la culture de masse, la liberté des moeurs, les intellectuels (il doit vouloir dire : les intellectuels qui s'opposent à eux), mai 1968, le «droit-de-l'hommisme», la société «métissée», l'islam, l'égalité. Plus qu'un inventaire, il s'agit d'un repoussoir, et donc d'un faire-valoir : cette manière de ranger sous un même et diabolique chapeau toutes sortes de répugnances et, surtout, d'individualités, est aussi une façon, pour Lindenberg et le courant qui l'inspire, de proclamer : «La démocratie, c'est nous.» Son livre se présente comme une enquête presque neutre ; il est en réalité un pamphlet.

Ce qui sépare ces «nouveaux réactionnaires» est parfois plus important que ce qui, sous l'oeil de l'auteur, les unit. Il est vrai que la réaction menace une France vieillissante et que beaucoup portent leurs critiques sur les limites et les effets pervers de la démocratie libérale de masse. Mais critiquer, n'est-ce pas aussi le rôle de démocrates consciencieux ? Après tout, Tocqueville, grand inspirateur d'esprits que Lindenberg soutient, ne faisait pas autre chose. Il craignait le nivellement des individus et le fantasme d'une égalité totale. Il pressentait l'envie comme péché capital démocratique. Et ses Souvenirs sur la révolution de 1848 indiquent à quel point, en véritable aristocrate, il redoutait le règne sans frein de la «populace».

Ce que Lindenberg révèle, au fond, est affaire de nature et de nuance. Affaire de nature : une certaine mélancolie politique et sociale regroupe la plupart des auteurs qu'il dénonce. Tous ou presque jouent le grand air de la déploration. La plupart remarqueraient qu'un intellectuel est justement là pour ça. La gauche de Lindenberg, elle, n'a pas ces états d'âme. Affaire de nuance : critiquer la démocratie individualiste est un acte sain ; ne faire qu'en dénoncer les travers, c'est la rejeter. Cette différence entre critique relative et absolue n'est évidemment pas claire ; elle permet pourtant à l'auteur de trier le bon grain démocratique de l'ivraie.

C'est comme si Tocqueville s'était divisé : sa partie démocrate emporte les «bons». Ainsi, des libéraux tocquevilliens comme l'historien François Furet, des penseurs du totalitarisme comme Claude Lefort ou des «nouveaux» chiraquiens-républicains comme la philosophe Blandine Kriegel trouvent grâce à ses yeux. En revanche, la partie «critique de la démocratie» de Tocqueville emporte les «méchants». Ainsi Marcel Gauchet, parce que le défaut de «transcendance» démocratique déprime, est rangé dans la mauvaise catégorie.

Outre ses précisions biographiques sur Houellebecq et Dantec, intronisés porte-drapeaux de cette troupe hétéroclite, ce petit jugement dernier a donc un avantage : il souligne combien la critique de la démocratie, si elle lui est indispensable, est un exercice difficile. Dénoncer les effets de médiocrité et d'aliénation de la culture de masse peut mener à célébrer, même implicitement, l'élitisme le plus convenu. Observer que le métissage est devenu un concept publicitaire et béni-oui-oui peut conduire au racisme pur et simple. En appeler en permanence à la République d'antan, qui était pourtant tout aussi inégalitaire et affairiste que la nôtre, c'est figurer dans une assez mauvaise pièce sans avenir : Marianne et les vieillards. Mener une analyse serrée des fantasmes soixante-huitards peut pousser à regretter implicitement les tristes années en noir et blanc, bien dégagées derrière les oreilles, qui précédèrent le muguet du pavé de mai. Crier au feu islamique dans un pays où vivent des millions de musulmans n'est peut-être pas la meilleure façon de penser la vie en commun. Enfin, hurler en permanence, dans tout un tas de livres et d'organes de presse, à l'absence de débat sur les thèmes ici évoqués devient un artifice rhétorique ridicule. Bref, la passe est étroite entre l'inquiétude et le rejet, entre le désenchantement, le vieillissement et ce qu'on pourrait appeler le grand remords démocratique. Il est fréquent que des artistes ou des intellectuels éprouvent de la honte ou de la rage devant la promiscuité et les perpétuelles remises en cause que leur impose la vie en démocratie.

Ce remords, favorisé par une époque peureuse et conservatrice, est perceptible chez certains des auteurs attaqués, qui parfois se soutiennent : on trouve ainsi, dans le dernier ouvrage de Philippe Muray (1), des éloges de Michel Houellebecq et de Christopher Lasch. Mais il n'a pas toujours la même présence, ni la même forme, dans leurs oeuvres. Quel rapport entre Régis Debray et Michel Houellebecq ? entre Marcel Gauchet et Maurice Dantec ? entre Christopher Lasch et Paul Yonnet ? Il y a là des fervents de Benjamin Constant (Gauchet), des néomarxistes traquant les nouvelles conditions d'aliénation (Lasch, Houellebecq), des esthètes chez qui la révolte individualiste est autant un projet qu'un pousse-au-style. L'austérité intellectuelle de Gauchet a peu à voir avec les roues de paon de Muray, provocateur métaphorique jouissant de péter dans l'air du temps, dont on pourrait (presque) dire ce que Cioran écrivait sur Joseph de Maistre : «Haussant le moindre problème au niveau du paradoxe et à la dignité du scandale, maniant l'anathème avec une cruauté mêlée de ferveur, il devait créer une oeuvre riche en énormités, un système qui ne laisse pas de nous séduire et de nous exaspérer.» Le livre de Lindenberg a pour premier mérite d'exaspérer la fracture entre deux tempéraments par gros temps démocratique, les Docteur Alexis et les Mister Tocqueville.

(1) Exorcismes spirituels III (Les Belles Lettres, 451 pp., 21 euros).
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 16:58

Ce livre qui brouille les familles intellectuelles

La publication d'un ouvrage de l'historien Daniel Lindenberg, "Le Rappel à l'ordre", qui dénonce la dérive "réactionnaire" de nombreuses personnalités, suscite une violente polémique, révélatrice des profonds bouleversements des clivages politiques au sein du débat public.

Depuis deux semaines, l'ouvrage de l'historien Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, "La République des idées" ("Le Monde des livres" du 15 novembre) provoque l'une de ces controverses qui, à intervalles réguliers, rebattent les cartes de la vie intellectuelle en France.

Dans ce petit livre de 94 pages, Daniel Lindenberg, conseiller de la revue Esprit, dénonce en effet la dérive "réactionnaire" d'un certain nombre d'intellectuels français dont les critiques répétées de Mai 68, de l'islam, du "droit-de-l'hommisme", du féminisme ou de l'obsession festive auraient fini par outrepasser les limites de l'horizon démocratique pour sombrer dans une dérive franchement néoconservatrice ou réactionnaire.

Les répliques ne se sont pas fait attendre. Les mots d'"épuration", d'"éradication" et de "délation" fleurissent. Perfidement, Alain Finkielkraut se demande dans Le Figaro (daté 14 novembre) s'il ne faudrait pas rebaptiser l'Institut Raymond-Aron, que dirige Pierre Rosanvallon – par ailleurs responsable de l'association La République des idées, qui publie le livre – "Institut Guy-Debord" du nom du célèbre chef de file des situationnistes.

Cette polémique tient tout d'abord à la surprise des personnalités mises en cause, furieuses de constater que la charge vient d'un camp qu'ils avaient plus ou moins cru le leur. Des intellectuels comme le sociologue Pierre-André Taguieff ou le philosophe Marcel Gauchet, malmenés par l'enquête de Daniel Lindenberg, ont eu longtemps pages ouvertes dans Esprit. En outre, depuis les grèves de 1995 contre le plan de réforme de la Sécurité sociale et la guerre des pétitions qui s'étaient ensuivies, deux galaxies intellectuelles paraissaient devoir s'opposer durablement : d'un côté les "radicaux", porteurs d'une lecture décidément critique de la société, regroupés autour de la figure du sociologue Pierre Bourdieu, décédé en janvier 2002 ; de l'autre, les "libéraux" acceptant l'ordre démocratique et économique tel qu'il est, celui-ci fût-il amendable, et se réclamant de la redécouverte d'une tradition française de libéralisme politique symbolisée par Alexis de Tocqueville (1805-1859) et Benjamin Constant (1767-1830). C'est cette coalition, longtemps stigmatisée comme foyer de "consensus mou" ou comme "pensée unique" par ses adversaires, que le livre de Daniel Lindenberg fait voler en éclats. Comme si la césure passait désormais non plus entre libéralisme et radicalité, mais à l'intérieur même d'un camp antitotalitaire longtemps regroupé autour de revues comme Esprit et Le Débat.

Daniel Lindenberg distingue les libéraux "authentiques" (Jean-Claude Casanova, Pierre Rosanvallon, Dominique Schnapper) de ceux pour qui la référence à Tocqueville n'aurait été qu'"un outil destiné à écraser le marxisme". Sous le masque libéral, il soupçonne ces derniers de nourrir la nostalgie d'une " démocratie forte, voire héroïque"quand ce n'est pas d'un " néo-populisme".

Contre-attaques virulentes

L'auteur du Rappel à l'ordre balaie le reproche qui lui est fait par M. Finkielkraut d'avoir épargné un personnage comme l'ancien directeur d'Esprit, Paul Thibaud, pourtant proche des positions qu'il dénonce. A ceux qui s'étonnent de ne pas voir figurer dans sa liste le nom de Blandine Kriegel (aujourd'hui proche de Jacques Chirac après avoir été une figure de la gauche intellectuelle), Daniel Lindenberg répond qu'il s'est attaqué de préférence à "ceux qui tiennent un double discours".

Mais cela vaut-il pour des écrivains comme Michel Houellebecq, Philippe Muray ou Maurice Dantec, autres cibles du Rappel à l'ordre, dont le moins que l'on puisse dire est que leur rejet convulsif de tou-tes les valeurs de la gauche intellectuelle n'est guère dissimulé ? Parmi les intellectuels mis en cause, Pierre-André Taguieff est un de ceux qui a contre-attaqué avec le plus de virulence : "Accuser des intellectuels de retour aux années 1930, c'est les accuser de mener tout droit aux années noires." Selon lui, ce livre invente un genre inédit, celui du "pamphlet tiède". "L'opération relève des chasses aux sorcières régulièrement lancées par la gauche communiste trotskiste et tiers-mondiste, ajoute M. Taguieff, mais avec cette sensibilité particulière au centre-gauche qui représente l'axe du Bien et la métapolitique des bons sentiments." A l'en croire, Daniel Lindenberg incarne le prototype du "terrorisme intellectuel terrorisé".

Beaucoup de personnalités visées par la charge de Daniel Lindenberg croient discerner en arrière-plan l'influence aussi bien de Pierre Rosanvallon que d'Esprit, une revue née sur le terreau du catholicisme de gauche et qui, après sa "déconfessionnalisation", voulait incarner, dans les années 1990, la gauche antitotalitaire et non marxiste (Olivier Mongin, qui en est le directeur, est également vice-président de La République des idées).

Ce n'est pas l'opinion de Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef d'Esprit, auteur en 1996 du livre Marcel Gauchet : la genèse de la démocratie (Michalon), consacré à l'œuvre de ce philosophe aujourd'hui critiqué dans Le Rappel à l'ordre. Il juge le livre de Daniel Lindenberg "culotté, courageux, franc". "C'est la fin de la famille antitotalitaire, dit-il. Une famille qui s'était d'ailleurs déjà effritée au moment de la guerre en Yougoslavie et, plus récemment, dans le contexte de flottement politique consécutif aux attentats du 11 septembre et au choc du premier tour de la présidentielle."

Fractures durables

Les fractures risquent d'être d'autant plus durables qu'elles divisent parfois des universitaires qui travaillent depuis longtemps ensemble. Ainsi au Centre Raymond-Aron, un laboratoire de l'Ecole des hautes études en sciences sociales que dirige Pierre Rosanvallon, aujourd'hui professeur au Collège de France, et dont Pierre Manent – autre "néoréactionnaire" selon Daniel Lindenberg – est l'un des chercheurs. "Une longue collaboration amicale me lie à Pierre Rosanvallon, s'attriste Pierre Manent. C'est ce fait qui donne son amertume à la publication d'un livre dont la médiocrité m'aurait sinon rendu indifférent."

" Je veux bien être qualifié de réactionnaire, ajoute-t-il, je réagis effectivement à la tendance actuelle à la dépolitisation ! Daniel Lindenberg m'insère dans un tissu de références sur l'islam, objet d'étude qui n'a jamais été le mien. Il évoque deux mots que j'ai prononcés en réponse à une interview au Figaro, dans laquelle je me livrais à l'exercice d'explication des résultats du premier tour de la présidentielle de la société française par l'immigration musulmane. En somme, s'il veut m'inculper, il devrait surtout me dénoncer comme un antieuropéen fanatique !"

Même à l'intérieur de La République des idées, tous n'ont pas apprécié la publication de l'ouvrage. Laurent Bouvet, un proche de Pierre Rosanvallon qui fut rédacteur en chef de la Revue socialiste et également le premier secrétaire général de l'association, a décidé de prendre ses distances. "Je pense que ce livre est déplacé par rapport aux autres titres de la collection", commente-t-il simplement. Il désapprouve que le débat intellectuel en vienne à porter sur les personnes et se substitue au débat d'idées. Il déplore que, non sans un certain mépris de la politique, on en vienne à réduire celle-ci à une affaire de postures et non de convictions.

Pour le philosophe Alain Renaut, lui aussi discrètement mis en cause pour sa critique de "la pensée 68" menée autrefois avec l'actuel ministre de l'éducation Luc Ferry, la controverse en cours témoigne que l'époque est moins à la recomposition qu'à la confusion. "C'est étonnant comme les intellectuels français ne peuvent comprendre une position de type tocquevillien ! On peut être convaincu que l'individu reste l'horizon de la politique sans pou autant évacuer la mine de problèmes qui se posent dès lors qu'on introduit dans un milieu pénétré de hiérarchie, comme par exemple l'école, la liberté et l'égalité."

Lui ne conteste pas qu'il y ait bien eu un "horizon conservateur" dans la redécouverte du libéralisme politique au cours des années 1980 puisque ce paradigme parfois appelé "néotocquevillien" avait été adopté contre les explosions des années 1970. Mais aujourd'hui, alors que ce paradigme semble s'épuiser, la pensée de la démocratie est à reconstruire.

Jean Birnbaum et Nicolas Weill

22.11.02 (Le Monde)
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Fabien
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 17:38

Souvenirs, souvenirs ! Que tout cela paraît désuet Crying or Very sad !

Je ne sais pas si Lindenberg ou un autre oserait encore écrire un livre aussi ridicule. On voit que le temps a passé et que, malgré les aboiements des chiens de garde de la bien-pensance, ceux qu'il appelait les "nouveaux réactionnaires" ont pris fermement place dans le paysage politique et culturel français.

C'est même là à mon avis que se trouve la seule pensée originale digne de ce nom !
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 18:34

Fabien a écrit:
Souvenirs, souvenirs ! Que tout cela paraît désuet Crying or Very sad !

Je ne sais pas si Lindenberg ou un autre oserait encore écrire un livre aussi ridicule. On voit que le temps a passé et que, malgré les aboiements des chiens de garde de la bien-pensance, ceux qu'il appelait les "nouveaux réactionnaires" ont pris fermement place dans le paysage politique et culturel français.

C'est même là à mon avis que se trouve la seule pensée originale digne de ce nom !

A mon avis, ce genre de livre est encore possible. L'époque est restée la même.
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Alix
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 18:51

Il faut être prudent avec cette notion de bien-pensance. Nous sommes tous des bien-pensants dès que nous cessons de penser par nous-mêmes, pour des raisons variées.
La bien-pensance n'est ni de gauche ni de droite.
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Fabien
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 18:53

LP de Savy a écrit:
A mon avis, ce genre de livre est encore possible. L'époque est restée la même.

Ecrit par JMN et SB ? Rolling Eyes
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Alix
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 21:52

Si je décrypte bien les allusions, ces deux personnages virtuels n'ont rien en commun, même en les situant chacun à un bout de l'échiquier.
Pour ce qui est de Paul Thibaud (cf le premier article), il m'est très sympathique, alors je dois être une nouvelle réac moi aussi (d'ailleurs je m'en doutais). Mais j'aime Bourdieu (celui d'avant les dernières années plutôt), et je n'aime ni Houellebecq ni la télévision.
Vous me classez où, vous ?
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Lun 24 Oct 2005 - 21:58

Alix a écrit:
Vous me classez où, vous ?

Le plus possible, j'évite de classer. Les gens ne se résument pas à des étiquettes. De la même façon, j'évite de ressembler au contenu d'une étiquette.
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Fabien
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Mar 25 Oct 2005 - 12:00

Alix a écrit:
Vous me classez où, vous ?

Je ne te classe pas mais il me semble que tu t'es présentée une fois comme "chrétienne de gauche" ?

Par ailleurs, je tiens à te rassurer : si tu aimes Bourdieu, tu ne peux pas être cataloguée comme "nouvelle réac". En effet, ce qui caractérise selon moi cette mouvance, c'est son rejet total de la pensée d'inspiration marxiste qui a dominé la vie intellectuelle de ce pays pendant beaucoup trop longtemps et qui a causé des dégâts incommensurables.
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Alix
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MessageSujet: Re: Rappel à l'ordre   Mar 25 Oct 2005 - 19:20

Je ne renie rien de cette formule, Fabien, mais je te rappelle que c'était dans un contexte où prévalent les affirmations tranchées. Je suis chrétienne et même catholique, c'est sûr. Je vote à gauche depuis des années, c'est vrai aussi. Quant à Bourdieu, c'est un penseur que j'apprécie, mais je n'aime pas qu'on fasse de ses théories une machine de guerre pour jeter le bébé avec l'eau du bain (ce qui peut être le cas pour l'école par exemple).
J'ai horreur des diabolisations hâtives, d'où qu'elles viennent.
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