Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 Léautaud

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Alix
Bavard


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MessageSujet: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 12:09

Désolée, ce n'est pas d'une actualité immédiate, mais ça me semble en accord avec le climat blogueur et forumesque. Et puis j'aime beaucoup Léautaud, bien sûr. C'est une sorte de Mégafifi, pour ceux qui connaissent :

"Quand Léautaud faisait mieux que «Loft Story»

En 1951, le long dialogue radiophonique de l'écrivain avec Robert Mallet remporte un succès immense. Un document inestimable sur l'homme et sa vision du monde littéraire.
Titre: Intégrale des entretiens radiophoniques
Auteurs: Robert Mallet , Paul Léautaud
Editeur: Frémeaux et associés
Autres informations: 10 CD et un livret explicatif
Coédité par l'INA, le Scam et Frémeaux & associés
Isabelle Rüf, Samedi 27 octobre 2001


Plus fort que Loft Story! De décembre 1950 à juillet 1951, les trente-huit entretiens radiophoniques de Paul Léautaud avec Robert Mallet mobilisent des centaines de milliers de Français devant leur poste. Pour les écouter, on annule des dîners, on renonce à des spectacles. Peu avant sa mort, Gide s'étonne: «Je n'en reviens pas, on ne parle que de cela.» Le vieil écrivain misanthrope est lui-même tout surpris d'éveiller autant d'intérêt et, surtout, de sympathie.

Un demi-siècle plus tard, on comprend l'enthousiasme que suscita cette série. A 80 ans, Léautaud est un grand acteur. On dirait par instants une composition comique de vieillard hargneux. Il n'a pourtant pas été facile de le convaincre. Paul Gilson, alors directeur de la radio, programmait de grands entretiens avec des auteurs aussi célèbres que Paulhan, Gide, Colette, Claudel, Cendrars. Robert Mallet, chargé d'établir le lien avec Léautaud, était convaincu de l'intérêt d'enregistrer cette parole si libre, portée par une voix stupéfiante (de sirène, dit-on au Mercure de France!) et ponctuée par un rire qui se module du registre de la crécelle au hululement ou au caquètement, avec des éclats qui font sursauter l'auditeur. Circonvenu par sa fidèle maîtresse Marie Dormoy, Léautaud finit par accepter de se rendre au studio pendant trois mois, et même d'y retourner pour les raccords exigés par une censure qui voulait protéger les oreilles sensibles et les jeunes esprits. «Je ne me souviens pas du tout de ce que j'ai pu dire, plus de bêtises certainement que de choses valables», constate le bavard.

Si les questions des journalistes vieillissent en général plus vite que les propos de ceux qu'ils interrogent, ce n'est pas le cas ici. L'excellente connaissance que Mallet a de l'œuvre de son interlocuteur et son humour établissent une véritable complicité. Entre eux, on sent le jeu: chacun assume sa place. Mallet endigue, relance, fait entendre l'avis général contre les vociférations de Léautaud, au risque de paraître bien conventionnel face au vieil écrivain toujours vert. Les entretiens suivent un axe chronologique avec des développements thématiques qui concernent aussi bien la biographie que l'œuvre, sans oublier le plus divertissant: les commentaires sur la vie littéraire française.

Léautaud commence par évoquer les amours de son père avec la toute jeune femme qui deviendra sa mère et la sœur de celle-ci. De telles libertés sont inimaginables sur une radio de service public. «J'ai dû recommencer, réduire, diminuer, châtrer cet espèce de Don Juan paternel», se plaint l'écrivain, qui se prête pourtant à ces arrangements. Plus périlleux encore sont les commentaires sur le comportement des intellectuels pendant l'Occupation et à la Libération: là, on se contentera de lui demander d'éviter de nommer trop précisément.

Malgré ces précautions, alors que des députés communistes accusent la radio d'être au service de la bourgeoisie, tel autre, de tendance gauche chrétienne, s'indigne d'entendre déblatérer sur les ondes celui «qui prétendait ne se plaire que dans la compagnie des animaux». Le débat qui s'ensuit dans la presse satirique semble des plus réjouissants d'après les extraits qu'en donne l'excellente brochure qui accompagne les disques. Léautaud déteste les attendrissements, pousse les hauts cris et tape avec sa canne quand Mallet essaie de lui faire avouer sa solitude de petit garçon abandonné ou ses sentiments à la mort de son père. Mais les âmes maternelles ne s'y trompent pas: l'écrivain reçoit un abondant courrier de femmes prêtes à consoler ce misanthrope, anarchiste «aristocrate». Cet immense succès l'étonne, le réconforte un peu et l'attriste à la fois. Il en conçoit de l'amertume, lui qui se sent, à la fin de sa vie, méconnu comme auteur. Le texte intégral des entretiens paraîtra à l'automne 1951 au Mercure de France: les lecteurs sont moins fragiles que les auditeurs!

La parole de Léautaud est extrêmement construite malgré son apparente spontanéité, ses indignations bruyantes et ses éclats de rire. La cohérence de son propos, guidé par les questions de Mallet, fait de ces quelque dix heures d'écoute un témoignage humain étonnant mais aussi un document sociologique sur la vie littéraire entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe. "



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Sébastien
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 12:56

Un grand moment de radio. J'ai écouté ces entretiens, grâce à un ami, grand admirateur de Léautaud. Depuis, j'en possède une retranscription écrite publiée au Mercure de France. Mais je n'ai pas encore lu le Journal.

Il y a un livre de Léautaud où il parle de l'agonie et de la mort de son père, de manière assez peu amène et sans verser une seule larme sur lui. Ça s'appelle In memoriam, je crois. Il n'a jamais aimé son père et ne se prive pas de le dire dans ses entretiens avec Robert Mallet.
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 16:08

Bon courage, Sébastien ! Trois tomes sur papier bible au Mercure de France. Quelques milliers de pages. J'en ai lu une grande partie, d'ailleurs.

La littérature des universitaires crève de rejetter tout ce qui n'est pas écrivains distingués, "théorie littéraire". Les stylistes cancaniers nourrissent la sphère supérieure et répondent aussi à notre attente.

Je suis contente de voir qu'on se retrouve ailleurs que sur Bernanos ! Smile
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Sébastien
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 17:01

Je ne sais si c'est une bonne chose pour un écrivain de nourrir les gloses universitaires. C'est une forme de reconnaissance bien sûr mais il y a des écrivains qu'on aime pour leur marginalité, comme Bloy, Léautaud ou Darien. Ceux-là je les ai découverts grâce à des rencontres ou à des recherches personnelles. Ces réprouvés de l'université ne figuraient pas dans le panthéon de la littérature française.

Avec Péguy, Bernanos est déjà un peu mieux reconnu. Ce qui ne veut pas dire qu'il est beaucoup plus lu.
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 22:25

Tu as raison, Sébastien. Certains auteurs supportent mal la glose et ce n'est pas un mal. Mais en dehors de la glose (si souvent oiseuse), il y a le plaisir très enrichissant d'expliquer des textes, sans autre prétention que de mieux les comprendre, devant un public réceptif. Et là je regrette que nous soyons souvent si conformistes, si étroits d'esprit.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 22:36

"Désolée, ce n'est pas d'une actualité immédiate, mais ça me semble en accord avec le climat blogueur et forumesque. Et puis j'aime beaucoup Léautaud, bien sûr."

Au contraire, c'est même mieux.

J'ai les Entretiens dans l'édition de la Nrf. J'ai aussi le tome 1 de la correspondance, mais seulement en 10/18.

Avez-vous lu "Au Galop des Hussards" de Christian Millau ? Il consacre des pages savoureuses à Léautaud.
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Mer 26 Oct 2005 - 23:07

Quand je disais "nourrissent la sphère supérieure", Sébastien, je ne pensais pas aux gloses universitaires. Je voulais dire que la vie littéraire anecdotique, avec ses Léautaud, ses journaux intimes, ses correspondances (et aujourd'hui peut-être certains blogs et forums) nourrissent la grande littérature. Par exemple, la passion de Proust pour les ragots, la vie des salons, son passé de jeune snob, son expérience de chroniqueur mondain alimentent une oeuvre immense. L'articulation des deux n'est jamais plus évidente.

Hannibal, je n'ai pas lu Millau, mais je vais tâcher de l'emprunter.
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Jeu 27 Oct 2005 - 14:34

"Il n'y a encore que les gens qui écrivent qui sachent lire."

Paul Léautaud

Est-ce-vrai ?
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Léautaud   Jeu 27 Oct 2005 - 15:03

Alix a écrit:
"Il n'y a encore que les gens qui écrivent qui sachent lire."

Paul Léautaud

Est-ce-vrai ?

C'est une jolie formule, fausse comme toutes les jolies formules. Un écrivain doit aussi être un lecteur, mais un lecteur n'est pas forcément un écrivain.
La phrase de Léautaud ressemble à celle-là : il n'y a plus que les prêtres qui veulent se marier.
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Jeu 27 Oct 2005 - 15:26

Et les homosexuels... (soit dit sans la moindre intention polémique).
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Léautaud   Jeu 27 Oct 2005 - 15:45

Alix a écrit:
Et les homosexuels... (soit dit sans la moindre intention polémique).

C'est vrai !
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Alix
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MessageSujet: Re: Léautaud   Ven 28 Oct 2005 - 16:04

CQFD : il y a beaucoup de vrai dans les formules à l'emporte-pièce.
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