Propos insignifiants

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 Après Paule Constant, François Weyergans

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LP de Savy
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MessageSujet: Après Paule Constant, François Weyergans   Jeu 3 Nov 2005 - 23:41

Prix littéraires : le Goncourt à François Weyergans, le Renaudot à Nina Bouraoui

Avec AFP.
[03 novembre 2005] Le Figaro.fr

Le Goncourt 2005 a été attribué à François Weyergans pour «Trois jours chez ma mère» (Grasset), a annoncé aujourd'hui à la mi-journée le jury au restaurant Drouant à Paris. Le prix Renaudot 2005 a été attribué à Nina Bouraoui pour «Mes mauvaises pensées» (Stock).

Weyergans l'a emporté par 6 voix contre 4 à Michel Houellebecq («La possibilité d'une île»/Fayard) qui a longtemps fait figure de favori.

Auteur d'une oeuvre de premier plan, dont «Franz et François» (1997), François Weyergans est récompensé pour «Trois jours chez ma mère», l'histoire d'un écrivain qui n'arrive pas à finir son livre.

L'an dernier, le Goncourt avait été attribué à Laurent Gaudé («Le Soleil des Scorta»/Actes Sud).

Nina Bouraoui a obtenu 6 voix contre 5 à Alain Mabanckou pour «Verre cassé» (Le Seuil). Le jury compte 10 membres mais la voix du président compte double en cas d'égalité.

«Mes mauvaises pensées» est le récit d'une confession dans le huis-clos du cabinet d'un psychanalyste, où il est question de l'enfance algérienne de l'auteur et des aléas de sa vie amoureuse.

Nina Bouraoui, qui a passé les 14 premières années de sa vie en Algérie après être née en 1967 à Rennes d'un père breton et d'une mère algérienne, parle aussi dans son livre des questions qui la hantent depuis toujours comme l'amour, l'homosexualité, la famille.

Le jury Renaudot a également attribué le prix de l'essai au journaliste et romancier Gilles Martin-Chauffier pour «Le Roman de Constantinople» (Le Rocher), promenade historique dans la capitale des empires romain, byzantin et ottoman, à travers les lieux, les personnages et les drames qui ont marqué le destin de la «Ville des villes».

Rédacteur en chef de Paris-Match, Gilles Martin-Chauffier a déjà été distingué par le prix Interallié en 1998 pour «Les Corrompus», et le prix Renaudot des lycéens en 2002 pour «Silence on ment».
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MessageSujet: Re: Après Paule Constant, François Weyergans   Jeu 3 Nov 2005 - 23:43

Weyergans : «Une étape formidable»
(Avec AFP.)

[03 novembre 2005] le Figaro.fr

Lauréat du Goncourt avec «Trois jours chez ma mère» (éd Grasset), François Weyergans a déclaré aujourd'hui chez Drouant avoir tout de suite informé sa mère, âgée de 91 ans, qui s'est montrée, a-t-il dit, «très émue et très heureuse».

«Je l'ai appelée tout de suite, c'est la moindre des choses. Ca a été très court: elle m'a dit qu'elle était très émue. Je lui ai dit: je t'apporte enfin un bon diplôme ! Elle est très heureuse: elle a 91 ans, son fils a le prix Goncourt. Pour elle, c'est comme si j'avais réussi le bac avec une mention très bien», a-t-il dit aux journalistes qui se pressaient autour de lui.

«Je pense qu'il y a deux thèmes dans le livre: le côté 'écrivain qui souffre' et l'hommage à la mère. Il y a un public moins important pour s'intéresser aux problèmes de l'écrivain que pour s'intéresser au drame qu'il peut y avoir entre un fils et sa mère. Ce prix va faire lire le livre à des personnes qui s'intéresseront à la mère», a-t-il souligné.

«Mais je suis obligé d'insister sur le fait que c'est un roman, sinon on va croire que j'ai écrit mon autobiographie, et ça, je ne l'ai pas encore fait. Ce sera pour plus tard», a indiqué l'écrivain.

«La façon dont mon livre a été reçu par la presse depuis un mois montre qu'il y a dans ces critiques un côté 'hommage à la littérature'. Ce qui me fait un grand plaisir, parce que c'est ce que j'essaie de faire. Je mets en scène un écrivain, j'essaie de soigner un peu mon style: on est dans la littérature. Cela dit, les autres (auteurs en lice) aussi», a-t-il poursuivi.

«Je savais que je finirais ce livre même si je ne savais pas quand. Lorsqu'on commence un livre, on le finit. C'était difficile pourtant à finir. Il y a une sorte de paradoxe selon lequel un roman difficile à terminer a été très bien accueilli», a encore dit le romancier.

«Les jurés m'ont dit 'bravo', j'ai dit 'merci'. Nourissier (ndlr: qui a voté contre lui) ne m'a rien dit et moi non plus !», raconte Weyergans. Le Goncourt, selon lui, «est une étape formidable. Mais ce n'est pas la fin de ma vie ! C'est mon dernier livre publié, donc celui que je préfère».

Interrogé sur Michel Houellebecq, battu de justesse, il a répondu: «Je n'ai pas encore eu le temps de penser à lui. On verra ça plus tard. C'est un confrère».

François Weyergans, qui est aussi cinéaste, a jugé la cohue des journalistes «visuellement très intéressante. Ca me rappelle des scènes des films italiens des années 60, et d'un coup, la littérature apporte ce côté paparazzi. L'image et le son sont formidables !».

L'arrivée de l'écrivain chez Drouant, une bonne demi-heure après l'annonce officielle du prix, à 13H00, a provoqué une cohue, accentuée par l'exiguité des lieux.
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MessageSujet: Re: Après Paule Constant, François Weyergans   Ven 4 Nov 2005 - 20:16

Weyergans, Goncourt d'élégance

Houellebecq dans l'eau : par six voix contre quatre, «Trois jours chez ma mère» de François Weyergans (Grasset) remporte le prix Goncourt.

par Philippe LANÇON

Libération, 04 novembre 2005


«On» disait que Michel Houellebecq, auteur de la Possibilité d'une île (Fayard, groupe Hachette), avait la certitude d'un Goncourt. Certains des jurés, dont François Nourissier, pape du milieu, étaient ses supporters affichés. «On» disait aussi que François Weyergans pourrait bien avoir le prix avec Trois jours chez ma mère (Grasset, groupe Hachette). D'autres jurés avaient fait connaître leur «veto» au choix Houellebecq. Bref, «on» disait tout et n'importe quoi : le bavardage éditorial est l'inévitable guirlande autour du sapin de novembre. Mais, en disant tout et n'importe quoi, «on» avait comme d'habitude raison à moitié : c'est Weyergans qui a obtenu hier le prix Goncourt, par six voix contre quatre à Houellebecq. Les outsiders, Jean-Philippe Toussaint (Fuir, éditions de Minuit) et Olivier Adam (Falaises, éditions de l'Olivier), rejoignent en paix la coulisse des figurants.

La fourmi et la cigale. On ne peut imaginer livres plus différents que ceux de Houellebecq et de Weyergans. Le premier est un moraliste agressif et désespérant ; il parle du monde tel qu'il le sent devenir. Le second est un chroniqueur délicat et désespéré ; il parle de lui dans le monde tel qu'il se sent devenir. Houellebecq dénonce, attaque et mord (avec baisers) ; Weyergans suggère, évite et caresse (avec ongles). La misère que l'un noircit, l'autre la fuit. Si Houellebecq est la fourmi, Weyergans est la cigale. Les deux sont mélancoliques. Les deux sont de redoutables, comiques et tenaces insectes éditoriaux. Mais ils ne vivent, n'écrivent et ne manipulent pas lecteurs et rumeurs de la même façon. On peut aimer leurs livres comme on aime la tristesse majeure et ce qui, en mode mineur, nous en console.

Ceux qui rejettent les livres de Weyergans disent souvent qu'il manque de souffle, d'inspiration, de récit, qu'il ne parle de rien, et particulièrement dans son dernier livre. Ils ont presque raison : Weyergans prend comme toujours prétexte d'un projet qu'il n'écrira pas pour léviter sur presque rien et je ne sais quoi. Mais tout est dans le presque : l'auteur y glisse un ton, une cadence, une culture, une dentelle digressive, une délicatesse de gamme et d'ego qui en font précisément un écrivain à l'élégance aussitôt identifiable. Il n'est pas donné à tout le monde de faire tapisserie sur un canevas qu'on efface et qui, au fond, n'existe pas.

De doubles. Le canevas de Trois jours chez ma mère est, comme le titre l'indique, la mère de l'auteur ­ ou de son double, François Weyergraf, lequel ne cesse de s'inventer à son tour des doubles qui, comme lui et comme Weyergans, ne parviennent évidemment pas à écrire le livre sur la mère qu'ils doivent écrire. Chemin faisant, il est question de femmes, de musique, de banquiers, d'éditeurs, de bars, de homard, de maisons, de Racine, d'autres projets de livres, de tout ce qui fait la vie d'un homme jour après jour, paragraphe après paragraphe, ligne après ligne. Il est aussi question de la mère, chez qui l'auteur finit par se rendre au moment où, à la suite d'un malaise, elle se trouve à l'hôpital. La littérature est faite de tout ce qui manque et de tout ce qu'on repousse, à commencer par les rendez-vous. On arrive au bout du livre en pensant que le jour où Weyergans écrira ce qu'il nous dit prévoir, c'est sans doute qu'il sera mort. Alors, il sera trop tard pour qu'il nous déçoive aussi bien.

Trois jours chez ma mère, qui sort en même temps que Salomé (Editions Léo Scheer), le premier roman inédit de l'auteur, a été publié après sept ans de silence et une série de fausses publications annoncées. Cette comédie fut mise en musique, décortiquée, commentée, telle une préface mondaine : Weyergans sait mettre en scène comme personne le spectacle de son impuissance et des déceptions qu'il inspire. On dirait qu'il en a presque besoin pour écrire. La déception, cette fois, est d'autant plus sensible que le livre, même s'il est au-dessus d'à peu près tout ce qu'on peut lire, est moins réussi que le précédent, Franz et François. Weyergans ne tourne pas autour de sa mère aussi profondément qu'il l'avait fait, alors, autour de son père. Aux deux tiers du livre, il y a une grosse longueur, presque un égarement, comme si l'auteur s'était lassé lui-même de fuir en écrivant. Le malaise de sa mère finit par le sauver, lui et le lecteur. La mort est une belle fin, surtout quand elle n'arrive pas.
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MessageSujet: Re: Après Paule Constant, François Weyergans   Ven 4 Nov 2005 - 20:19

Le Goncourt pour François Weyergans

Honoré pour «Trois jours chez ma mère», il bat de deux voix Michel Houellebecq annoncé comme le grand favori.

LIBERATION.FR : jeudi 03 novembre 2005 - 15:54


Eternel favori au prix Goncourt, François Weyergans, a fini par le décrocher. A 64 ans, l'auteur de «Trois jours chez ma mère» (Grasset) a battu Michel Houellebecq («La possibilité d'une île»/Fayard) par six voix contre quatre. Le livre paru fin septembre avait été intégré au dernier moment dans la sélection du jury. Son roman qu'il a mis plusieurs années à finir, disait lui-même l'auteur sujet à la procrastination, raconte précisément l'histoire d'un écrivain qui n'arrive pas à terminer son livre. «Trois jours chez ma mère» parle ainsi de son double désespéré, François Weyergraf, qui décide, le jour de ses 50 ans, d'annuler tous ses rendez-vous afin de savoir «où il en est». Il voudrait aller chez sa vieille mère qui vit seule en Provence mais il remet sans cesse sa visite. Un autre livre de François Weyergans est sorti –ou plutôt ressorti chez l'éditeur Léo Scheer– en cette rentrée littéraire 2005, son premier roman «Salomé», écrit en 1969 à l'âge de 27 ans, revu et corrigé.


Né le 9 décembre 1941 à Bruxelles, François Weyergans, qui a également été critique de cinéma et réalisateur, a écrit en 1973 «Le pitre», suivi de plusieurs succès comme «Macaire le Copte» (1981), «Le radeau de la Méduse» (1984), «La vie d'un bébé» (1986), «Je suis écrivain» (1989), «La démence du boxeur» (Renaudot 1992) et «Franz et François» (1997).

Immédiatement après avoir reçu le prix jeudi, il a appelé sa mère. «Ça a été très court: elle m'a dit qu'elle était très émue. Je lui ai dit: “Je t'apporte enfin un bon diplôme!” Elle est très heureuse: elle a 91 ans, son fils a le prix Goncourt... Pour elle, c'est comme si j'avais réussi le bac avec une mention très bien», a-t-il raconté aux journalistes qui se pressaient autour de lui. «Je pense qu'il y a deux thèmes dans le livre: d'une part, le côté l'écrivain qui souffre, d'autre part l'hommage à la mère. Il y a un public moins important pour s'intéresser aux problèmes de l'écrivain que pour s'intéresser au drame qu'il peut y avoir entre un fils et sa mère. C'est ce que j'espère. Ce prix va faire lire le livre à des personnes qui s'intéresseront à la mère», a-t-il souligné.

Raté une nouvelle fois pour Michel Houellebecq, parti grand favori. En 1998, son best-seller «Les Particules élémentaires» était déjà en course pour le Goncourt mais Paule Constant avait finalement remporté la partie avec «Confidence pour confidence». En 2001, avec «Plateforme» (350.000 exemplaires), Houellebecq avait lui-même saboté ses chances de prix littéraire avec ses virulents propos contre l'islam. Cette année, «La Possibilité d'une île» a connu un lancement fracassant, voire agaçant. «On n'avait pas le choix entre Houellebecq et les autres, on a eu l'impression que le jeu était faussé depuis l'été», a déclaré Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie Goncourt et membre du jury. De son côté, François Nourissier, autre membre du jury et ardent défenseur du livre de Houellebecq, s'est exprimé avec quelque réticence : «Houellebecq n'a pas eu le prix simplement parce qu'il n'a pas eu la majorité», a-t-il dit avant de préciser que les délibérations du jury ont été «sincères et serrées». Le livre est encore en lice pour l'Interallié, décerné le 8 novembre.

Le Renaudot, créé en 1926 par des journalistes qui attendaient ensemble l'annonce du Goncourt, a été attribué à Nina Bouraoui pour «Mes mauvaises pensées», Stock), considérée par la rumeur comme l'un des favoris. Elle a obtenu 6 voix contre 5 à Alain Mabanckou pour «Verre cassé» (Le Seuil). Le jury compte 10 membres mais la voix du président compte double en cas d'égalité. Le jury Renaudot a également attribué le prix de l'essai, décerné à Gilles Martin-Chauffier pour le «Le Roman de Constantinople» (Le Rocher).
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MessageSujet: Re: Après Paule Constant, François Weyergans   Dim 13 Nov 2005 - 0:04

Le verbe torturé

Le prix Goncourt à François Weyergans.


Le prix Goncourt à François Weyergans ? A Télérama, nous nous crêpons le chignon. Pour les uns, son prétendu roman Trois Jours chez ma mère illustre le nombrilisme fourbu d'une littérature française usée jusqu'à la corde, qui ne s'en remettrait plus qu'aux lancements efficaces de quelques maisons d'édition. Le gros lot décerné chez Drouant ne serait qu'un symptôme de plus illustrant la décomposition de notre république des lettres : on aurait récompensé le neurasthénique méritant cerné par les huissiers, plutôt que le dandy aux contrats mirifiques (Michel Houellebecq). L'argent n'est pas allé à l'argent : victoire des bons sentiments et donc de la mauvaise littérature !...

Pour les autres, Trois Jours chez ma mère, sous couvert de tenir le journal d'un moi pantelant, atteint à l'universel. Votre serviteur, qui ne fume point, abhorre le tabagisme, a lu avec effroi le récit que trousse Weyergans d'une visite médicale prévue pour confirmer chez son narrateur la crainte d'un cancer du poumon. Son condensé de désespoir acidulé conduit d'une digression mélancolique à une notation hilarante. Il convoque le fantôme d'un antique professeur pour remonter le cours d'une étymologie, il tournoie de souvenirs en impressions avec une maestria tortueuse, il inocule ses obsessions familiales, ses émois adultérins, ses dépatouillages pécuniaires. Il plonge surtout dans les affres de la création, offrant à lire un roman dans le roman, qui s'avère un hommage en forme de travaux pratiques à l'alchimie du verbe, aux transfigurations de l'écriture. En misant coûte que coûte sur l'art face à l'envahissante marchandise, en tenant le cap dans le ressac, le dépenaillé François Weyergans s'érige à nos yeux en flammèche fraternelle. Sa nuit nous sort de la nôtre.


Antoine Perraud


Télérama n° 2913 - 9 novembre 2005
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