Propos insignifiants

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 La comtesse de Ségur

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LP de Savy
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MessageSujet: La comtesse de Ségur   Jeu 10 Nov 2005 - 23:56

La grande dame modèle

Denis Tillinac, Christiane Singer, Valentine Goby, François Nourissier et d'autres ont lu, enfants, la comtesse de Ségur. Ils se souviennent.

Astrid de Larminat
[10 novembre 2005] Le Figaro littéraire


A l'exception d'Aragon qui écrivit son premier « roman » à sept ans à la manière de la comtesse de Ségur, aucun écrivain n'a revendiqué la paternité littéraire de l'auteur des Malheurs de Sophie. On sait pourtant à quel point les lectures d'enfance nourrissent l'imaginaire des romanciers. Or rares sont ceux qui n'ont pas croisé un jour ou l'autre, sur leur chemin de lecteur en herbe, les petites filles modèles ou le général Dourakine. Nombre d'entre eux reconnaissent même, osons le mot, la « maternité littéraire » de Sophie Rospotchine.

Selon une opinion répandue, ses livres seraient bons pour les filles. Les garçons auraient mieux à faire du côté de Jules Verne. Isabelle Nières-Chevrel (1), qui s'est attachée à retrouver les réminiscences de la comtesse de Ségur dans les textes des grands auteurs du XXe siècle, nous détrompe sur ce point : on ne compte pas les écrivains de sexe masculin qui citent Sophie Rostopchine, pour l'adorer ou la mépriser. Tandis que Simone de Beauvoir et Marguerite Yourcenar sont les seules femmes à l'évoquer.
Voyons un peu. Danièle Sallenave constate que cette lecture-là « n'a pas laissé d'empreinte » sur elle. Même réponse de Sylvie Germain et d'Anna Gavalda. En revanche, Denis Tillinac garde un souvenir enamouré de Camille et Madeleine : « Les premières filles avec lesquelles j'ai eu des relations, ce sont elles. Ma préférée, c'était Camille. Plusieurs de mes personnages ont porté ce prénom. »

Ecoutons le ravissement de Mauriac qui fait dire au narrateur de La Robe prétexte : « La comtesse de Ségur (...) me transportait tout éveillé à l'ombre des vergers de la campagne normande, où déjà les petites filles modèles avaient des coeurs troublés de puériles amitiés et de douces querelles. »

Ravissement et identification
De même Les Vacances faisaient rêver le petit Tillinac : « Même ce qu'on y mangeait me fascinait. Je me rappelle la vinaigrette de veau froid, ce mets mystérieux que j'avais demandé à ma grand-mère de me préparer ! » Il n'a jamais oublié le personnage de Léon, le poltron de la bande de cousins : « Toute ma vie j'ai pensé que c'était le pire défaut. Il n'y a rien que je déteste plus, en sport comme en politique. C'est sans doute aussi la lecture de la comtesse de Ségur qui m'a donné le goût de la droiture, de l'héroïsme, de la bonté. » Et même, lui qui s'acoquine volontiers avec les anarchistes, des châteaux et des châtelains. « Mon goût pour Guermantes a été préparé par Fleurville », affirme enfin le romancier, qui estime que cet univers l'a « structuré » : « C'est un des socles de mon imaginaire, avec Hector Malot et Bob Morane. »

Christiane Singer pourrait reprendre à son compte ce que déclare José Cabanis dans Le Bonheur du jour : « Je serais un autre si je n'avais pas tant aimé la comtesse de Ségur. » Fille unique d'un père juif hongrois et d'une mère autrichienne venus s'installer en France au milieu des années trente, elle avait découvert le château des Vacances avec enthousiasme : « C'est une image qui m'a hantée, une image du bonheur, un univers en ordre et pourtant chatoyant. » Or, il se trouve que la romancière habite depuis quarante ans un château dans la forêt, entre Vienne et Prague, qui appartenait à la famille de son mari. L'été, comme Sophie Rostopchine, elle y reçoit ses enfants, leurs amis, des neveux par dizaines : « Je crois qu'on réalise son image intérieure. C'est comme s'il y avait une coagulation de la réalité autour de nos rêves, qu'ils soient morbides ou heureux. La naïveté a une énergie étonnante. »

À l'instar de Michel Mohrt qui dit avoir retrouvé dans les livres de la comtesse de Ségur « des éléments du monde dans lequel (il) vivait », la jeune romancière Valentine Goby s'est reconnue, non pas, bien sûr, dans le décor aristocratique du XIXe siècle, mais dans les malheurs de Sophie : « Je trouvais formidable de pouvoir m'identifier à une petite fille très imparfaite mais si touchante. Cette histoire, comme celle du Bon Petit Diable, n'est pas toujours drôle. Par moments, le climat est assez similaire à celui de Poil de Carotte et de Vipère au poing. » Soit dit en passant, Hervé Bazin détestait cette littérature dont il n'avait goûté, lui, que la suavité... Valentine Goby se demande même si « la comtesse de Ségur, avec ses multiples personnages de femmes et de filles, n'était pas féministe avant l'heure. »

Romans à thèse
Marguerite Yourcenar, née Marguerite de Crayencour, haïssait le sentiment de classe qui habite les personnages de l'aristocratie campés par la comtesse. Elle serait sans doute surprise par ce témoignage de Valentine Goby, qui enseigne en 6e dans un collège où 75 % de ses élèves sont d'origine « exotique » : « Je leur fais lire Les Malheurs de Sophie ou le Bon Petit Diable. Ils sont très touchés par ces livres dont le ressort central est l'enfance malheureuse et sa relation avec le monde des adultes. » Elle va plus loin : « Je crois que la comtesse de Ségur fait partie de nos racines. On ne peut pas être français sans avoir lu certains auteurs. »

Un auteur à part entière, Sophie Rostopchine ? La chose est discutée. Comme Gide et Prévert avant lui, Jean-Claude Pirotte qui, déjà, lorsqu'il était enfant, trouvait « ça un peu niais, un peu bête, ces petites filles », rouvrant récemment l'un de ces volumes de la « Bibliothèque rose », l'a jugé illisible.
La comtesse a-t-elle du style ? Charles Dantzig soutient qu'elle n'en a point et qu'elle n'a fagoté que des romans à thèse ; n'empêche, il lui consacre deux pages de son Dictionnaire égoïste de la littérature française. François Nourissier n'avait pas de passion pour cet auteur qu'il n'a lu et relu que parce qu'il aimait « les petites filles en tenue de crinoline Napoléon III ». Il remarque néanmoins que l'incipit des Vacances s'est fixé dans sa mémoire. Il cite : « Tout était en l'air au château de Fleurville. » Autre passage exquis, qui a marqué Montherlant et Mauriac au point qu'ils s'en souviennent dans un de leurs livres, la réponse de Sophie à son cousin Paul qu'elle retrouve après plusieurs années d'éloignement et d'adversité : « Oublié, non, mais tu dormais dans mon coeur et je n'osais pas te réveiller. »

Certains qui n'ont pas de goût particulier pour la comtesse ont néanmoins connu d'obscures émotions en parcourant ses pages. À l'instar de Gide pour lequel un passage de Comédies et proverbes fut un « thème de jouissance », le corps du jeune romancier Philippe Jaenada connut un « phénomène spectaculaire et mystérieux » à la lecture d'un passage des Mémoires d'un âne... Gageons que, dans son ciel très chrétien, la comtesse de Ségur, loin de s'en offusquer, s'en amuse.

(1) Voir son article, passionnant, dans le numéro de juin-juillet de la revue Europe, auquel nous avons emprunté les références aux auteurs défunts.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La comtesse de Ségur   Jeu 10 Nov 2005 - 23:59

Sans oublier...

(Le Figaro littéraire, 10 novembre 2005)

Les Grands Succès des Bibliothèques rose et verte
par Armelle Leroy et Laurent Chollet
Hors Collection éditions. 110 p., 19,90 €.

Dans cet ouvrage, également consacré au Club des cinq, à Fantômette et à Oui-Oui, les auteurs, spécialistes de la littérature pour la jeunesse et historiens, passent en revue l'histoire extraordinaire de Sophie Feodorovna Rostopchine, qui a écrit vingt romans - vingt, comme le nombre de ses petits-enfants -, et a tenu sa plume tous les matins, dès 4 h 30. L'ouvrage fourmille d'anecdotes savoureuses.

Revue « Europe », consacrée à la comtesse de Ségur
numéro 914, juin-juillet, disponible chez l'éditeur,
364 p., 20 €.

Pas moins de dix-huit auteurs ont contribué à l'élaboration de cet excellent dossier, riche et bien informé. Du style d'écriture aux illustrations, en passant par la comtesse au Japon, les différents collaborateurs font un tour complet de ce phénomène éditorial, qui, selon Anne Struve-Debeaux « occupe une place majeure dans la littérature française pour enfants, non seulement en raison de son ampleur, mais surtout de son étonnante pérennité ».


Sur les pas de la comtesse de Ségur
par Paul Loyrette et Marie-José Strich, Gallimard, 187 p., 29,90 €.

« Le voyage en Russie de Louis-Gaston de Ségur », tel est le sous-titre de ce beau livre, qui ressemble à un joli carnet illustré de photographies, et, surtout, de croquis, dont certains sont en couleur. La deuxième partie de l'ouvrage est constitué du journal du fils qui insiste sur l'importance de l'origine russe de sa mère. Les notes, en fin d'ouvrage, s'avèrent être de petites perles. Une autre manière de voir la comtesse.
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Alix
Bavard


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MessageSujet: Re: La comtesse de Ségur   Dim 13 Nov 2005 - 0:13

Très SM, la comtesse, c'est bien connu, et malgré tout un peu mièvre. Etonnant cocktail. On m'en a fait lire beaucoup, et je n'ai jamais eu envie de la relire, ni de la lire à mes petits garçons ( et pourtant je reprends jusqu'à saturation mes livres d'enfant préférés). Non, ça ne vaut pas, dès les 9-10 ans, Alexandre Dumas ou Jules Verne. Ou Hector Malot.
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