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 Vous plaisantez monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois

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LP de Savy
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MessageSujet: Vous plaisantez monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois   Ven 6 Jan 2006 - 23:34

Vous plaisantez, monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois

Dominique Guiou
[05 janvier 2006] Le Figaro littéraire

La rénovation d'une maison peut tourner au cauchemar, même pour un as du bricolage.
DANS LA RÉPUBLIQUE des Lettres, le citoyen Dubois se singularise comme l'un de nos rares écrivains authentiquement drôles. Ses personnages sont en général des hommes mûrs, livrés à eux-mêmes dans un environnement hostile. Leur vie amoureuse tourne souvent à la débâcle, leur vie professionnelle ne vaut guère mieux, et pourtant, ils font face, tiennent bon, et finissent par sortir victorieusement la tête de l'eau. Plus surprenant encore, dans cette lutte livrée contre des forces qui les dépassent, ces antihéros conservent un sens de la dérision qui les rend particulièrement attachants.


Après nous avoir offert, il y a tout juste un an et demi, Une vie française, savoureuse satire de la société post-soixante-huitarde, qui lui a valu le prix Femina, Jean-Paul Dubois revient avec un court roman, qu'il présente comme le récit véridique du chantier de rénovation d'une bâtisse aux dimensions imposantes. Une demeure délabrée, inhabitée depuis de longues années, rongée par l'humidité, qui empeste le moisi, et devrait laisser augurer à celui qui vient d'en hériter «un paquebot de soucis, un porte-avions d'emmerdements». Au lieu de cela, Paul Tanner, tranquille cinéaste spécialisé dans le documentaire animalier, et as du bricolage, se lance, sans plus y réfléchir, dans la remise en état de la maison familiale.


Vous plaisantez, monsieur Tanner, est la chronique du douloureux combat d'un homme seul contre une meute d'artisans, ou prétendus tels, tous plus incompétents et inquiétants les uns que les autres. Le roman est constitué de courts chapitres qui sont autant de tableautins de la restauration helzapponinesque de la bâtisse en ruine. Rien de ce qui est promis par les hommes de l'art, jamais n'arrive. C'est drôle comme un cauchemar dont on ne serait pas le héros. Défilent, par ordre d'apparition dans le texte : Pierre et Pedro, des couvreurs calamiteux qui deviennent menaçants dès lors que leur incompétence est mise au jour ; un électricien russe, catholique forcené, qui passe plus de temps à prier qu'à faire le travail pour lequel il est payé ; un peintre en bâtiment paranoïaque et caractériel, qui n'en fait qu'à sa tête et refuse de peindre les radiateurs sous le prétexte que ça lui met les nerfs en pelote : «Tous ces éléments, toutes ces branches ! Il faut des pinceaux coudés, on se met de la peinture partout et je déteste les taches !»...


On nous pardonnera de ne pas tous les citer, ces parfaits azimutés de la truelle et du marteau. Ils sont bien trop nombreux. Chacun est doté d'une manie malfaisante, d'une lubie bizarre, d'une névrose à faire pâlir les psychiatres les plus endurcis. Tous ces grands malades sont croqués avec la férocité de qui ne veut rien pardonner à ses bourreaux. Mais, on l'a dit, Jean-Paul Dubois a le sens de l'humour et de la dérision. Et la manière dont il conduit son récit lui donne un tour d'un comique irrésistible.


Au-delà de sa formidable galerie de portraits, ce roman inclassable doit ainsi sa réussite à ses dialogues réjouissants, ses métaphores percutantes, ses digressions inattendues. Souvent, le narrateur se pose la question de savoir ce qui, dans ses paroles, son attitude, sa façon d'être, le désignait comme victime idéale, pigeon parfait de tous les margoulins du bâtiment. Il ne trouve pas de réponse satisfaisante, mais cette descente aux enfers lui aura, au moins, permis de réfléchir longuement sur le concept de «propriété» : «On ne possède jamais une maison. On l'occupe. Au mieux, on l'habite. En de très rares occasions, on parvient à se faire adopter par elle. Cela demande beaucoup de temps et de patience. Une forme d'amour muet.» Et c'est vrai qu'il en fallait, de l'amour, pour venir à bout de ce terrifiant et désopilant chantier.
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