Propos insignifiants

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 Verlaine, un épistolier sauvage

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LP de Savy
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MessageSujet: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 30 Avr 2005 - 0:00

Le premier tome d'une correspondance de Paul Verlaine est annoncé pour le 12 mai chez Fayard. Le Figaro littéraire du 28 avril publie à l'occasion un dossier de deux pages (dont un dessin inédit) agréables à lire. On doit pouvoir le trouver sur le net à l'adresse habituelle (sauf sans doute le dessin inédit).

ps1. Le titre du fil est le titre du dossier du quotidien.
ps2. Notre séjour à Arras s'est très bien passé.
ps3. Je ne suis pas plus en avance que la semaine dernière pour mes travaux d'écriture.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 21 Mai 2005 - 18:54

"(...) On se souvient peut-être moins du fait que cette reconnaissance, dans les dix dernières années de sa vie, accompagna la misère sociale dans laquelle Verlaine plongea alors sans retour. De cette double figure, la correspondance, mieux que les décevants écrits autobiographiques de Verlaine, donne la vraie mesure. Sans oublier celle du grand génie poétique qu'il fut.
C'est pourquoi il faut saluer le travail exceptionnel d'un universitaire anglais, Michael Pakenham. Les éminentes qualités de son édition sautent aux yeux : abondance, précision et qualité de l'appareil critique, annexes sur la réception de l'oeuvre ; soin mis à donner, lorsque cela était possible, les réponses des correspondants (celles de Rimbaud et de Hugo notamment, mais aussi de Mallarmé) ; reproductions rigoureusement datées des dessins de Delahaye qui sont un témoignage en images des épisodes relatés dans la correspondance. Mais avant tout cela, il y a les lettres de Verlaine qui, si elles ne sont pas d'un grand et impeccable épistolier, débordent de vie, de cris et de plaintes, d'éclats, de trouvailles. Enfin, telle qu'elle nous est restituée, cette correspondance constitue un très remarquable document d'époque."

Patrick Kéchichian, Le Monde du 20 mai 2005
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 2 Juil 2005 - 18:25

Verlaine l'ami des crapauds

Mathilde, Rimbaud, l'absinthe, Dieu et les copains. Premier tome de la «Correspondance générale» de Paul Verlaine.

Par Philippe LANÇON

jeudi 30 juin 2005 (Liberation - 06:00)

Paul Verlaine
Correspondance générale
Tome 1 : 1857-1885
Edition établie et annotée par Michael Pakenham. Fayard, 1122 pp, 45 €.

«Il serait trop connard de me brûler le sang et la vie...» C'est pourtant ce qu'il fit, sans élégance et avec une régulière forfanterie. Paul Verlaine n'est ni gentil, ni fiable, ni cohérent, ni d'humeur égale, et il n'a pas écrit ses lettres pour la postérité : autant de bonnes raisons pour lire le premier tome aujourd'hui publié de sa correspondance. Une raison supplémentaire (et sans doute la première) est de sentir palpiter le vilain bonhomme dans toute la négligence et l'oreille de son style. Vers la fin de sa vie, il boitait ; sa parole épistolaire l'a devancé : délivrée du vers, elle en est l'envers ­ la carcasse naturellement dégradée. Insouciante, agressive, précieuse, archaïque, souvent tout à la fois, presque toujours potache, elle frémit face au monde «comme un archet frivole». Verlaine, le céleste ivrogne à l'ouïe d'or, entend double. Son archet plonge dans un mélange de nectar, d'urine et d'absinthe que les reflets déforment et désorientent : vers le ciel ou le caniveau, vers le passé ou l'enfance, vers la province ou l'étranger.

L'ardennaise, l'anglaise, la médiévale, l'hugolienne, la parnassienne, la collégienne, la rabelaisienne, la latine, toutes les musiques populaires, érudites et néologiques entrent dans son jargon quotidien ­ sous forme d'apothéose ou de parodie. Il médite de «badines vinginces» et réclame le «silince». Il «voillage vertigineusement». Il cherche «les nuinces du khoeur humain». Tel écrivain est par lui «piédanculifié». Un perchoir est un «perchechoir» ; les employés, les «empleloyés» ; l'Angleterre, «ceste isle sonnante» ; un volume, un «volumphe» et les vers, des «verses». Rimbaud est tantôt Rimbe, tantôt l'Autre, tantôt Rimbal, tantôt Machin. Paris est Parompe, Charleville, Charlepompe, et Arras, Artichas. Ses amis font comme lui. Certaines lettres semblent écrites par une chambrée. Tout est sérieux, rien n'est sérieux. L'inventaire des distorsions n'en finirait pas.

Ce premier tome couvre la période allant de 1857 à 1885. Verlaine a 12 ans au début, 41 à la fin. La première lettre est un poème envoyé à Victor Hugo, appelé la Mort. Les dernières lettres précèdent de peu le décès de sa mère. Poétiquement, ce sont ses années essentielles. Les Poèmes saturniens sont publiés en 1865 ; Jadis et Naguère, en 1884. Entre les deux, tous ses premiers violons (Fêtes galantes, la Bonne chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Cellulairement) se sont fait entendre. Un petit groupe d'artistes et d'amis a recueilli et célébré l'oeuvre méconnue. Ils sont ses correspondants ; ils formeront sa gloire. On trouve en annexe leurs biographies et les comptes rendus des publications du poète.

La période comprend également les grands moments de sa vie : l'enthousiasme pour la Commune et le rejet dont il fait l'objet après l'échec de celle-ci ; le mariage d'amour avec Mathilde Mauté ; le dérèglement de tous les sens apporté par Rimbaud ; la séparation violente d'avec la première, d'avec le second ; la prison de Mons ; la conversion au catholicisme ; l'exil en Angleterre ; la tentative, de 1873 à 1877, de retour à la sagesse et à la terre en compagnie de sa mère ; la tentative d'étranglement de celle-ci ; la rechute alcoolique et sensuelle ; les essais ratés pour renouer avec sa belle-famille et Mathilde ; le retour à la poésie, avec Sagesse, dans un silence critique presque total ; le début de la relation littéraire avec Mallarmé.

Bukowski des centres-ville

Les lettres, même quand elles mentent, font vivre au jour le jour ce chemin d'aisance et de croix. Elles révèlent en toute innocence (elles n'étaient pas prévues pour cela) ce que Proust, dans une lettre à Robert de Montesquiou, nommait «cet émouvant contraste entre une poésie d'éden et une vie d'enfer». Verlaine évolue toujours plus, comme il l'écrira lui-même, «parmi cette discorde d'intérêts factices et de plaisirs fous, sans illusion courageuse, lourd d'une expérience inutile.» D'un bout à l'autre, deux choses fondamentales sont niées ou occultées : l'homosexualité et la violence ivrogne ; les notes le rappellent quand il le faut.

Le deuxième tome (1886-1889) devrait paraître dans dix-huit mois et le dernier (1889-janvier 1896) dix-huit mois plus tard. On y trouvera le dernier Verlaine, malade, devenu un personnage, gérant sa gloire et sa misère en Bukowski des centres-ville. Rassembler et éditer cette correspondance pleine de trous et d'ellipses est un ouvrage de marqueterie fine. Un Anglais, Michael Pakenham, s'y emploie depuis vingt ans ; il en a soixante-seize (lire ci-contre). Il ne se contente pas de publier et d'annoter avec soin les lettres connues. Il publie les missives des amis (dont la fameuse lettre autobiographique de Mallarmé) et les nombreux dessins facétieux qui les accompagnent : Verlaine et les siens (en particulier Ernest Delahaye) ont un bon coup d'oeil et de crayon. Ils s'autocaricaturent en situation avec une joie insouciante et sans pitié.

L'ensemble ne donne pas seulement une idée précise de Verlaine ; il répand l'homme dans un portrait de groupe. Certaines lettres révèlent l'époque symboliste dans ce qu'elle a de périssable ; d'autres soulignent la nature violente et raffinée d'une petite avant-garde qui, loin du grand public, inventa la littérature nouvelle. On les suit de l'intérieur du langage quotidien : le résultat vaut mieux qu'une biographie. Verlaine y apparaît sous toutes ses coutures, cicatrices, angles. Aucun discours ne vient limiter ses vices ni ses vertus.

Dans le milieu des collectionneurs et des libraires d'ancien, Pakenham est connu. On le prévient dès qu'une nouvelle liasse de lettres apparaît. Certaines ont disparu : la correspondance avec Rimbaud a sans doute été brûlée par la femme de Verlaine. D'autres lettres ont paru au dernier moment. L'an dernier, des lettres importantes de Verlaine ont surgi du néant à l'occasion de ventes à Drouot. Il a fallu les intégrer en hâte. Les unes sont adressées à Victor Hugo ; les autres, à la belle-mère du poète.

(...)
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 2 Juil 2005 - 18:27

(...)

On ignorait jusqu'à l'existence des secondes. Ecrites en 1876, à la fois émouvantes et rusées, elles montrent comment Verlaine cherche à se «reprendre» et à séduire la mère de Mathilde pour reconquérir celle-ci ; il n'y parviendra pas. D'Angleterre, il lui raconte sa vie sage et lui envoie d'édifiants poèmes (au même moment, il en écrit d'orduriers avec ses amis Ernest Delahaye et Germain Nouveau). Certains sont adressés à son fils Georges, cinq ans, qu'il connaît à peine : «La route est bonne et la mort est au bout./ Oui, garde toute espérance surtout :/ La mort là-bas te dresse un lit de joie.» Les lettres de Verlaine forment souvent l'ombre de ses poèmes : elle est faite de tristesse, de sensibilité, d'une sensualité invivable et d'incohérences sans fin. Dans Pauvre Lelian (son autoportrait et son anagramme), Verlaine, devenu croyant, a résumé ces ambiguïtés de faune mystique : d'une part, il écrit «des livres où le catholicisme déploie sa logique et ses illécébrances, ses blandices et ses terreurs» : d'autre part, il en écrit «d'autres purement mondains : sensuels avec une affligeante belle humeur et pleins de l'orgueil de la vie.» Illécébrances est un néologisme verlainien inspiré du latin. Il signifie : charmes.

Les charmes spécifiques de Verlaine apparaissent très tôt. Poète, il trouva vite sa voie. Les lettres prennent leur ton sans tarder. Prenons celle à François Coppée, du 12 juin 1868. Il a 24 ans. Il est retranché dans le Nord parmi «betteraves, oeillettes, oeillettes, betteraves». Il écrit peu. Voici son autoportrait : «La vie est ici comme la bière, matérielle, froide et douce. Sauf trois jours successifs de cuites excessives dont je me repose en ce moment, j'ai passé stupidement mes jours de loisir en promenades sous Boÿs déjà nommé ou en effrénées pérégrinations d'un village à l'autre à travers champs, un bâton d'épine à la main et sur la tête un hideux chapeau de paille (retrouvé), dignes compléments d'une blouse sordide et d'un pantalon aboli.»

Le jeune Verlaine ironise sur «le vermouth gommé de la réconciliation avec la vie». Il trouve qu'«on est plus raffiné aujourd'hui, mais qu'on a moins d'haleine et de reins». Il a les deux. Et l'ivrognerie n'est peut-être qu'une manifestation liquide de sa colère angoissée. La défaite de 1870 réjouit son mépris pour «Badinguet» (Napoléon III). Il est l'un des rares écrivains à soutenir la Commune. Sa violence (verbale) effare alors les aimables parnassiens. Anatole France est terrifié par ses «hébertismes gesticulaires». Malheureusement, peu de lettres de cette période subsistent. Quand vient la répression versaillaise, il perd son emploi et se sent isolé. Il retourne à Arras, d'où il est originaire.

Une lettre à Alphonse Lemerre résume son état d'esprit : «J'ai cru remarquer, parmi mes anciens amis de chez vous, une espèce de désaffection, depuis Mai dernier...» Autrement dit, depuis la fin de la Commune. «... Ce n'est pourtant ma faute si moi, qui n'ai abdiqué aucun de mes principes littéraires non plus que renié mes moindres sympathies quant à des personnalités que j'ai toujours admirées et que j'admire à jamais, j'ai conservé, en dépit de tout, mes convictions de citoyen, mes "illusions", si on veut !» On entend ici un autre ton verlainien : la plainte. Il aime pleurer sur son sort, se peindre en victime. Plus tard, souhaitant revenir à Paris et y obtenir un emploi, il dénonce à un ami «Parmerde» (Paris) et «cette gauche, ce Thiers, cette résignation de punaise ! Pouah ! Caca !»; mais il rappelle qu'il n'a vraiment que très peu participé à la Commune.

L'arrivée de Rimbaud en 1871 bouleverse tout : ses amours, ses poèmes, sa manière de vivre ; bouleverse, ou plutôt, fait éclater. «L'enfant prodigue avec les gestes de satyre» est l'accélérateur de tendances : il creuse la pente. De la première lettre de Verlaine au jeune homme, datée d'août 1871, on ne connaît que deux phrases, cités de mémoire par Delahaye : «J'ai comme un relent de votre lycanthropie.../ Vous êtes prodigieusement armé en guerre...» Verlaine et Rimbaud, loups-garous ? Pas si mal vu. Voyants et dévorants par entraide (et agression) mutuelle. Les lettres des autres, rassemblées par Pakenham, montrent à quel point Rimbaud fascina et inquiéta tout le groupe des «Vilains bonshommes». Ils jouaient avec les mots, lui pas : c'était, dit l'un d'eux, «le Diable au milieu des docteurs !». On suit sa trace dans leurs écrits bien au-delà de sa disparition en Afrique. Ils ne cessent de se demander ce qu'est devenu «l'Autre» ; où il est, ce qu'il fait. Rimbaud est leur menace et leur beauté absente. Lui disparu, Verlaine écrit : «Mon pauvre coeur bave à la quoi, bave à la merde !» Grimace d'un poète qu'il a tant aimé, et qu'il aimera jusqu'à la fin.

Le travail de Pakenham permet de saisir comment fut vécu le drame de 1871-72 Mathilde-Verlaine-Rimbaud. Victor Hugo connaît le couple Verlaine et l'apprécie. Quand Mathilde fuit avec leur enfant, Paul appelle Victor à l'aide. Celui-ci préfère ne pas se mêler d'une histoire qui le désole. Il n'a pas tort. Verlaine adore engluer ses amis et ses connaissances dans ses combats intimes.

Une lettre révèle la nature et le ton des rapports entre les deux amants. Quand Rimbaud lui reproche ses indiscrétions et sa faiblesse envers les «crapauds» (ses amis gendelettres), Verlaine lui répond : «Le "petit garçon" accepte la juste fessée, "l'ami des crapauds" retire tout ­ et n'ayant jamais abandonné ton martyre, y pense, si possible, avec plus de ferveur et de joie encore, sais-tu bien, Rimbe. C'est ça, aime-moi, protège et donne confiance. Etant très faible j'ai très-besoin de bontés. Et de même que je ne t'emmiellerai plus avec mes petitgarçonnades, aussi n'emmerderai-je plus notre vénéré Prêtre de tout ça.»

Mathilde voudrait récupérer son mari, qui a fui en Belgique avec Rimbaud. De là-bas, pris de remords, il lui écrit : «Ma pauvre Mathilde, n'aie pas de chagrin, ne pleure pas ; je fais un mauvais rêve, je reviendrai un jour.» Elle le rejoint. Mais quand elle le ramène par le train, il s'échappe à la première gare et lui envoie le fameux billet : «Misérable fée carotte, princesse souris, punaise qu'attendent les deux doigts et le pot, vous m'avez fait tout, vous avez peut-être tué le coeur de mon ami ; je rejoins Rimbaud, s'il veut encore de moi après cette trahison que vous m'avez fait faire.» Parallèlement, il défend sa réputation et accable sa femme auprès de ses amis. On l'accuse de pédérastie. Il répond en dénonçant, «Loth imprévoyant, la Gomorrhe de la rue Nicolet» (où vivent sa femme et sa belle-mère).»

«Six endroits pour pisser»

En septembre 1872, Verlaine et Rimbaud arrivent à Londres. C'est le sommet de la crise. L'auteur de Green y écrit les lettres les plus fortes de ce premier tome : elles doublent d'épingles un peu sales l'ourlet de ses poèmes. C'est en effet le moment où il écrit les chants, si purs et si tristes, de Romances sans paroles. «Vous n'avez rien compris à ma simplicité,/ Rien, ô ma pauvre enfant !...» Il voulait d'abord appeler ce recueil : Mauvaise chanson. Ses lettres font l'office : elles décrivent le fumier en majesté. Londres est «noire comme les corbeaux et bruyante comme les canards». Dans toute la ville, «il y a bien au maximum six endroits pour pisser». Verlaine les détaille un par un. Rien, pas même l'eau qui l'éclabousse, n'est épargné à ses correspondants. A la sortie de l'urinoir, on dirait le baron de Charlus : «Vous tombez ès mains de jeunes garçons, qui pour 2 sous vous brossent des pieds à la tête ; j'ignore ce que pour un peu plus ils doivent faire aux bien informés, mais ils ont l'air formidablement suspects avec leur petit costume collant et leurs figures généralement charmantes.» Les filles des rues ont des «châles rouges comme des saignements de nez (...), toutes jolies avec une expression méchante et des voix d'"anges". On ne peut croire tout le charme qu'il y a dans cette petite phrase "Old cunt !" (...) adressée tous les soirs à de vieux messieurs mieux mis que fort équilibrés, par d'exquises Miss à la longue jupe de satin groseille jaspée de boue, tigrée de consommes épandues, trouée de chiures de cigarettes.» Que vaut l'amour avec elles ? «Il paraît que les dix doigts des dames jouent un plus grand rôle autour des pénis insulaires que le barbarum antrum, tant nombreux sont les cas d'...insolation ! Ces dames, d'ailleurs très jolies, marchent en canard, parlent avec des voix de gabiers et ne changent jamais de chemise. Il va sans dire que je parle des femmes chics. Zuze un peu du reste !»

Verlaine s'attarde sur la capitale anglaise. La Tamise est «un immense tourbillon de boue : quelque chose comme un gigantesque guoguenau débordant». Le temps est «un soleil couchant vu à travers un crêpe gris». La cité populaire est rendue à la poussière : «Tout est petit, mince, émacié, surtout les pauvres avec leur teint pâlot, leurs traits tirés, leurs longues mains de squelettes, leur barbiche rare, leurs tristes cheveux blondasses frisottés naturellement par la floraison des choses faibles, telles que les pommes de terre énervées dans les caves, que les fleurs de serres, que tous les étiolements.»

Au même moment, le poète écrit A poor young Shepherd : «J'ai peur d'un baiser/Comme d'une abeille./ Je souffre et je veille/Sans me reposer :/ J'ai peur d'un baiser !» Comme de la rosée sur le fumier. L'âpreté épistolaire correspond à une apothéose poétique. A la poésie, «de la musique avant toute chose» ; à la prose, le grincement de cette musique dans la chose. Le flottement verlainien s'y appuie sur une vie qui peu à peu le dissout. Paul Valéry : «Verlaine se propose aussi intime qu'il le puisse ; il est plein d'inégalités qui le font infiniment proche du lecteur. Son vers, libre et mobile entre les extrêmes du langage, ose descendre du ton le plus délicatement musical jusqu'à la prose, parfois à la pire des proses, qu'il emprunte et qu'il épouse délibérément.»

Le 29 avril 1875, après avoir connu la prison en Belgique, la déchéance et l'oubli, Verlaine cherche à expliquer à Ernest Delahaye sa conversion au catholicisme. Tout en prêchant, il définit assez bien cette nature qui explosa à Londres sous Rimbaud et que sa correspondance révèle : «Pense donc combien ce Moi, s'il était resté athée, serait fort et dangereux maintenant avec SON immense haine du monde qu'il a condamné à son tour, avec toutes les rancunes de tout genre qui ont fermenté dans cette cuve belge, avec le "je m'en fous pas mal" qu'il opposerait victorieusement à toutes les conséquences d'un coup de haine ou de mensonge ! Mais j'ai cette chance d'avoir vu clair. Et quelle récompense, même intellectuelle ! Quels yeux métaphysiques maintenant !» Rimbaud, qui l'appelle alors «Homais» ou «Loyola», en rit et puis s'en va. Verlaine reste et ne voudrait rire de rien. Mais il recommence, continue, et ses lettres avec lui, peaux sèches accompagnant des poèmes de plus en plus rares, de moins en moins bons, tombés du bout de la portée dans une mare de chants. «Le poète a fini sa tâche. L'homme, non.»
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Jacques Layani
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 2 Juil 2005 - 23:17

Je suis en train de lire cet ouvrage, mais je ne peux pas répondre à un article, même long. Y a-t-il un lecteur de Verlaine dans la salle ?
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Jacques Layani
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Sam 2 Juil 2005 - 23:45

A propos, de Savy, quand vous verrez Phébus, vous lui direz qu'il est seul à avoir vraiment compris ce que j'avais voulu dire, sur mon blog, sur la question des gros lecteurs et du prix des livres. Il est pas mal, ce Phébus.
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MessageSujet: Re: Verlaine, un épistolier sauvage   Aujourd'hui à 1:21

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