Propos insignifiants

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 Décès de Philippe Muray

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LP de Savy
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MessageSujet: Décès de Philippe Muray   Sam 4 Mar 2006 - 15:43

Philippe Muray: la mort d'un réactif

L'essayiste fin de siècle qui dénonçait l'air du temps est mort d'un cancer à 60 ans. Il avait du style.

Par Philippe LANÇON samedi 04 mars 2006 Libération


Détester son époque tout simplement parce qu'elle est la sienne et faire de cette détestation une panoplie de plume et de joie, tels furent ces vingt dernières années les exercices spirituels de Philippe Muray, grand petit baroque de la dénonciation de l'air du temps. Né en 1945, l'auteur de Céline et du XIXe à travers les âges, ses deux meilleurs livres et ses matrices, est mort jeudi d'un cancer du poumon. De lui, on savait peu de chose : l'essayiste à réaction, amateur de Léon Bloy, vivait discrètement. On connaissait son goût du monde anglo-saxon. Il avait été professeur de littérature à Stanford, Californie. Il avait écrit quatre romans : Chant pluriel (Gallimard, 1973), Jubila (le Seuil, 1976), Postérité (Grasset, 1991), On ferme (les Belles Lettres, 1997).

Dans les années 90, publiant ici et là (Globe, l'Idiot international, Art Press, l'Atelier du roman, Marianne) des textes contre les modes de vie et de pensée contemporains, il devint le meilleur des essayistes antimodernes, car le plus stylé et le plus allègre dans ses ratiocinations. Il faisait de redondance et d'insistance, vertus. Ces textes sont réunis dans Désaccord parfait (Gallimard), dans Après l'Histoire, I et II (les Belles Lettres), et dans quatre tomes d'Exorcismes spirituels, également aux Belles Lettres. Il faut les lire comme on mange des chocolats fourrés et alcoolisés : à petite dose, le soir, quand on a envie de penser tout le mal possible du monde environnant, mais simplement pour en jouir. Il y a une insouciance, une élégance et comme une mélancolie retournée dans ces pamphlets battus en neige.

Les cibles de Muray étaient nombreuses : les bobos, la féminisation et la mise en droits de la société, la Gay Pride, la téléthérapie, etc. Bref, le spectacle de la bonne conscience, la fluidité à surface molle, le mélange des genres et l'indifférenciation affichée qui caractérisent nos sociétés. Il inventa des stéréotypes pour mieux les torturer sous une avalanche de phrases : le plus fameux d'entre eux est l'Homo festivus, l'individu urbain et festif des ultimes décennies. Les «mutins de Panurge», qui luttent sans risque contre un adversaire qui n'existe pas (ou plus), tiennent également bonne place dans son mausolée.

Muray était un véritable auteur fin de siècle : il en avait la virtuosité bavarde, l'agressivité ludique, le malaise peut-être. On était content de lire et d'aimer un auteur aussi généreusement injuste : la mauvaise foi secrète des plaisirs qu'il offrait à ses lecteurs, et qui leur permettait de rire d'eux-mêmes et des autres au-delà de toutes limites. Le monde qu'il faisait profession de mettre en sarcasmes, il l'avait un jour baptisé «Cordicopolis», la cité du coeur. On aura compris qu'il en avait. Et qu'il avait pour règle, lâchant son encre sans miséricorde, de le dissimuler.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Sam 4 Mar 2006 - 22:28

L'écrivain et polémiste Philippe Muray est mort jeudi 2 mars des suites d'un cancer du poumon. Avare de détails sur sa propre vie, il n'avait fourni à ses éditeurs que quelques renseignements indispensables. Il est né à Angers, en 1945, d'un père écrivain et traducteur d'auteurs anglo-saxons (Jack London, Melville, Kipling, Barbara Cartland...) et a fait des études de lettres à Paris.

Durant quelques mois, en 1983, il enseigne la littérature française à l'université Stanford, en Californie. C'est là qu'il rassemble la matière de son livre le plus important, Le XIXe siècle à travers les âges, publié par Philippe Sollers chez Denoël, en 1984 (réédition Gallimard, 1999), fresque foisonnante et audacieuse dans laquelle Muray souligne l'importance, à ses yeux fondatrice, de l'occultisme et du socialisme, notamment dans la littérature. Auparavant, il avait publié un essai controversé sur Céline (Seuil, collection "Tel Quel", 1981, réédition Gallimard, 2000), dans lequel il refusait de séparer le romancier "présentable" du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre.

Au travers de ses thèses sur la littérature, proches des positions défendues par Philippe Sollers et le groupe Tel Quel, on voit se profiler l'esprit hautement provocateur de Philippe Muray. Un esprit qui se rattache à la tradition réactionnaire et contre-révolutionnaire illustrée par Joseph de Maistre ou Léon Bloy. Le monde moderne, l'idée de progrès et d'humanisme, l'amnésie qui l'accompagne, dans le cas de Bloy comme dans celui de Muray, représentent l'Ennemi.

Dans des chroniques nombreuses, publiées d'abord dans des journaux et des revues (de la Revue des Deux Mondes, Art Press et L'Infini à L'Idiot international, La Montagne et Marianne) puis reprises en volumes (Après l'Histoire I et II, Les Belles Lettres, 1999 et 2000, et quatre volumes d' Exorcismes spirituels, id. 1997-2005), Philippe Muray n'a cessé de combattre cet ennemi sous ses diverses figures. Sa prose, conformément à la tradition à laquelle il appartient, est riche de formules et de raccourcis. "Je n'ai pas cherché, écrit-il, à donner un tableau de notre société. J'ai fait l'analyse de l'éloge qui en est fait." Ou bien la même idée exprimée autrement : " Ce devant quoi une société se prosterne nous dit ce qu'elle est."

A l'image de Céline, mais avec un esprit critique développé, Philippe Muray se veut le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où " le risible a fusionné avec le sérieux", où le "festivisme" fait loi. Cependant, c'est moins le nihilisme qui anime le pamphlétaire que le désir de stigmatiser, par le rire, la dérision et l'outrance de la caricature les travers de notre temps. Il inventa pour cela (dans Après l'Histoire) une figure emblématique de ce temps : l'"Homo festivus", c'est-à-dire le citoyen moyen de notre "post-humanité", "fils naturel de Debord et du Web" - Guy Debord, qu'il nomme avec humour "le rebelle de confort" ! A l'écart d'une vision étroitement nihiliste, il a le projet, contre le " règne du Bien", de "réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu'on l'évacue, on ne peut plus rien comprendre".

Auteur de romans (Chant pluriel, son premier livre, Gallimard, 1973 ; Postérité, Grasset, 1988 ; On ferme, Les Belles Lettres, 1997), d'un essai sur Rubens (Grasset, 1991) et d'un recueil de poèmes comiques (Minimum Respect, Les Belles Lettres, 2003), Philippe Muray était proche d'écrivains comme Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. En 2002, avec notamment Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Pierre Manent et Pierre-André Taguieff, il signa un "manifeste pour une pensée libre" contre le livre de Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre (Seuil), qui le rangeait dans la catégorie des "nouveaux réactionnaires".

De fait, dans deux livres récents - Chers djihadistes... (Mille et Une Nuits-Fondation du 2 mars, 2002) et surtout Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Lévy (Fayard, mars 2005), il radicalise sa détestation du monde moderne et de tous ses représentants, des altermondialistes au maire de Paris, du Tribunal pénal international au journal Le Monde.

Patrick Kéchichian

Le Monde 05.03.06
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Sam 4 Mar 2006 - 22:32

L'article papier du Monde est titré "Une des figures littéraires des "nouveaux réactionnaires"". Toute une délicatesse, que l'on ne retrouve heureusement pas dans la version numérique.
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Sébastien
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MessageSujet: La première place de Muray par Maurice Gendre   Dim 5 Mar 2006 - 10:13

« Maurice, Philippe Muray est décédé ». Vendredi 3 mars, 20h30.

L'annonce est brutale. La voix de David Kersan quelque peu chevrotante. Il connaissait ma grande admiration pour cet exceptionnel écrivain que je n'ai jamais eu la chance de rencontrer.

Dans l'après-midi, nous évoquions avec David, notre envie d'établir une plus étroite collaboration avec ce romancier et essayiste inclassable.

Philippe Muray avait également montré à notre endroit un vif intérêt en nous offrant, à l'occasion de la libération de Florence Aubenas, un texte en exclusivité intitulé "Que soutiennent, au juste, les comités de soutien ?" Nous aurions aimé que cet article soit le premier d'une longue série...

Quelques minutes après l'appel de David, ma première pensée fut celle-ci : « Philippe Muray n'a pas été reconnu à sa juste valeur. Il n'a jamais eu la place qu'il méritait dans le monde des idées. Une des toutes premières. »

A la sortie du drolatique dépliant de l'impayable Lindenberg, sobrement titré Le Rappel à l'ordre, « ouvrage » dans lequel Muray était fort maladroitement épinglé, j'avais beaucoup espéré. « Voilà une occasion en or pour Muray de sortir de l'anonymat et d'exposer au plus grand nombre ses considérations roboratives et toujours d'une extrême pertinence sur l'Empire du Bien, la post-Histoire, « le monde confuso-onirique », « l'infanthéisme », « l'envi de pénal », « la maternité-monde », « la tolérance qui ne tolère plus qu'elle-même », « les zones d'indignations protégées (ZIP) », « les mutins de Panurge » et leurs complices « les assignés à dissidence »... », avais-je alors pensé.

Il n'en fut rien. Muray continua à être au mieux ignoré au pire méprisé.

Seuls des penseurs majeurs et des écrivains exceptionnels comme Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut, Paul-Marie Coûteaux ou Régis Debray ont toujours salué sa rigueur intellectuelle, sa hauteur de vue et son immense talent. Certains ne masquant pas que les réflexions de Muray avaient une incidence réelle dans leurs travaux.

Je gage qu'il ne faudra pas longtemps pour que Philippe Muray soit « réhabilité ». Et il ne faudra guère plus de temps pour que l'on se penche enfin sérieusement sur ses écrits, qui ont été si sublimement passés sous silence par l'ensemble de la presse officielle (à l'exception notable du Figaro et de Marianne).
Il faut désormais souhaiter que ses fils très spirituels (je pense plus particulièrement à Benoît Duteurtre et François Taillandier) reprennent vaillamment le flambeau.

Car le « champ d'études et d'explorations » qu'a su lancer Philippe Muray ne doit pas rester vacant.

Homo festivus doit continuer à être dépecé, autopsié. Homo festivus que Muray décrivait ainsi : « J'en ai fait un personnage conceptuel, quelque chose d'intermédiaire entre le concept et l'être romanesque, ce qui me permet sans cesse de l'aborder par deux côtés, par les idées et par la vie, par la pensée comme par les événements concrets, par l'entendement comme par le mouvement ». Festivus Festivus (son livre-entretien avec Elisabeth Lévy, NDLA) succède à Homo Festivus. Tel sapiens sapiens succédant à l'homo sapiens. Selon la formule de Muray : « Festivus Festivus festive qu'il festive ».

Parler de l'écriture de Philippe Muray, sans évoquer sa dimension humoristique serait un grave oubli. Car jamais, il n'a considéré le rire comme quelque chose de gratuit :

« La ridiculisation du monde tel qu'il va est une discipline encore dans les limbes. Faire rire de cet univers lamentable, dont le chaos s'équilibre entre carnavalisation enragée et criminalisation hargneuse, entre festivisation et persécution, est la seule manière, aujourd'hui, d'être rigoureusement réaliste ». Et à propos de son usage très fréquent des jeux de mots et des calembours, il se plaisait à citer Karl Kraus : « Le jeu de mots, méprisable comme fin en soi, peut être le moyen le plus noble d'une intention artistique dans la mesure où il sert à l'abrégé d'une vie spirituelle. Il peut être un épigramme sociocritique ».

Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation de vous livrer quelques commentaires sarcastiques de l'écrivain sur différents sujets.

En vrac :
Oussama Ben Laden : « Terroriste modernopathe ».
Euro : « Une monnaie de songes ».
Christine Angot : « Ubu-Reine ».
L'entre-deux tours de la présidentielle de 2002 : « La Quinzaine anti-Le Pen ».
Deuxième guerre du Golfe : « L'Irak c'est l'arbre qui cache la Corée ».
Le Monde : « Le quotidien de malfaisance ».
La vie sexuelle de Catherine M. : « Alice au pays des zones érogènes ».

Maurice Gendre

Quelques ouvrages de Philippe Muray : On ferme, Céline, Le XIX ème siècle à travers les âges, l'Empire du Bien, Exorcismes spirituels I, II, III et IV, Après l'Histoire I et II, Chers djihadistes, Minimum respect.
Participation à des ouvrages collectifs : Je fume, pourquoi pas vous ? , Vivre et penser comme des chrétiens.

Ring
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Dim 5 Mar 2006 - 12:26

"Il faut désormais souhaiter que ses fils très spirituels (je pense plus particulièrement à Benoît Duteurtre et François Taillandier) reprennent vaillamment le flambeau."

François Taillandier a d'ailleurs écrit un très bel hommage à P.Muray dans le Figaro du 4 mars.
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Sébastien
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Dim 5 Mar 2006 - 17:46

L'article de François Taillandier n'est pas disponible en ligne. Dommage.
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Dim 5 Mar 2006 - 19:22

Plutôt que de copier-coller ce long texte, en voici le lien :

http://www.surlering.com/article.php/id/5032
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Dim 5 Mar 2006 - 22:54

Le lien ne mène qu'à la page d'accueil. La technique...
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Sébastien
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Lun 6 Mar 2006 - 10:29

Je ne comprends pas ta remarque. Pour moi, le lien mène à l'article concerné. Ton ordinateur aurait-il un problème ?
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Sébastien
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MessageSujet: OK, j'ai compris   Lun 6 Mar 2006 - 10:49

Chers lecteurs,

Une très triste nouvelle vient de nous parvenir. Un grand écrivain nous a quitté, au moment même où le pire se réveillait. Philippe Muray est décèdé hier des suites d'un cancer foudroyant.

La rédaction du Ring, avec qui il collaborait entre autres revues, rendra hommage cette semaine à l'un des plus grands talents de notre époque.

Paix à son âme.

David Kersan
Ring

TEXTE SUR L'OEUVRE DE PHILIPPE MURAY

"Le paradoxe n'est pas de mise aux enterrements, ni du reste aux mariages ou aux naissances. Les événements sinistres - ou grotesques - exigent le lieu commun, le terrible, comme le pénible, ne s'accommodent que du cliché." Cioran

Romancier, essayiste, auteur de L'Empire du bien, Après l'Histoire (1 et 2), Exorcismes spirituels (I, II, III, IV) et Festivus, Festivus, Philippe Muray a décidé de croquer son époque avec concret (maître mot chez lui comme chez Kundera). Férocément et drôlement. D'ailleurs, à la lecture de cet article, il est conseillé de rester calme, de respirer par le ventre et d'avoir surtout des arguments. Sinon on risque le coma profond doublé d'une tachycardie fatale. Ou pire, de rentrer dans une diatribe facile histoire de se rassurer. Les plus comiques seront ceux qui s'épouvanteront comme des vampires devant un crucifix. Rien de pire quoi pour donner raison à Philippe... mais rien de plus sain que l'esprit critique me direz-vous. Mais qui a envie à notre époque d'un réel débat critique alors que l'on ne trouve plus de débats qu'entre gens du même avis ?

Dans Exorcismes spirituels I, Philippe Muray prévient : « Aucun des textes qui suivent n'a été composé en vue d'amorcer un dialogue avec qui que ce soit, ni d'« échanger des idées », encore moins de « débattre ». Tous ont été envisagés, strictement et coup par coup, comme des moyens parmi bien d'autres de restaurer un peu de distance. Il n'y a pas de lucidité sans séparation. » Il n'y a pas de lucidité sans séparation... Quelle profonde formule... Ou encore : « Le culte du Bien pur a ceci de particulier qu'il respecte l'« autre » dans l'exacte mesure où ce dernier renonce à son altérité. » On vous en voudra de ne pas être conforme à la masse, à l'audimat ou à l'air du temps. On fera semblant de vous tolérer mais sans plus jamais vous parler.

Dans un style imagé, aussi corrosif que drôle, Philippe Muray a décidé de se moquer de notre époque postmoderne et d'en tirer le portrait au point l'on peut en être horrifié alors qu'auparavant, on le trouvait plutôt sympathique. Voilà donc l'un des rares penseurs de notre époque à ne pas sombrer dans la complaisance et le politiquement correct. Il n'hésite pas à opérer une critique féroce et hilarante propre à renverser toutes les valeurs bienpensantes actuelles. Nous pensions avoir la tête sur les épaules et nous voilà la tête dans le cul. Pour Muray, le réel est en phase terminale... « Assimilé à la peste brune, le réel ne devrait plus avoir droit de cité, même à travers sa destruction ou sa virtualisation télévisée de routine (ce qu'ils appellent information). Tous contre le réel ! En se bouchant le nez, évidemment. Le réel est le bouc émissaire de Festivus festivus. L'irréel est devenu une commande sociale. Il est devenu la commande sociale par excellence. » écrit-il.

C'est vrai, quoi de plus "sympathique" que les rolleristes défilant en troupeau joyeusement encadrés par la police, Paris-Plage ("le droit au sable"), les associations perpétuellement en lutte contre la ringardise et le moisi, le bruit techno, les féministes extrêmes... Il écrit : « Le féminisme outré, le militantisme gay obsessionnel et divers autres communautarismes déchaînés sont aujourd'hui les réservoirs inépuisables d'où jaillissent de nouveaux moines fanatiques qui, s'ils ont un anneau dans le nez, des piercings partout et des roulettes aux pieds, n'en sont pas moins les exacts descendants des insatiables Tartuffes simoniaques de l'Inquisition espagnole. » (Festivus, Festivus) ou encore « Ce sont les véritables nihilistes et les véritables haïsseurs de la vie. Ils aspirent au pouvoir pour y faire régner leurs destructions et leurs délires. (Festivus, Festivus) » Bien sûr, en version supercool et sympa. Pour Philippe Muray, c'est l'Empire du bien qui débarque, propre sur lui, avec son esprit clinique, auréolé de la nouvelle sainteté papale, intouchable, ayant décidé par avance ce qui faisait débat et de ce qui ne le faisait plus, sans arrêt en lutte et ivre de faire des procès au point qu'on se croirait dans Les Plaideurs de Racine. L'art subtil de faire taire son interlocuteur en s'étant greffé par avance la tolérance, la générosité, la bonté, le Bien et tutti quanti et obligeant avec son devoir d'ingérence émotionnel et ses bouffés délirantes de lyrisme à la Fraternité Planétaire Obligatoire. « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés. » disait déjà La Rochefoucauld. Voilà la nouvelle dévotion, la nouvelle sacralisation, en ce sens que le propre du sacré est qu'on ne le discute pas. Le sacré est là pour empêcher de penser. D'ailleurs qui aurait le toupet et l'inhumanité d'autopsier une émotion ? Quel est le malotru qui n'oserait pas s'agenouiller devant les droits de l'enfant et des bons sentiments ? Celui qui n'aurait pas la larme à l'oeil devant tant de catéchisme humanitaire serait un monstre.

Pour Muray, la mutation que subit notre société est l'une des pires qui soient, ce pourquoi elle parle tant des horreurs passées, histoire par comparaison de la faire oublier cette étrange mutation. Ayant fait table rase du "mal", elle se croit systématiquement dans le Bien et n'hésite pas à calomnier de réactionnaire et de fasciste quiconque n'est pas d'accord avec elle, tout en s'autoproclamant ouverte d'esprit bien entendu. S'en prenant aux Chiennes de garde, Muray n'hésite pas à écrire que « Ces féministes du coche n'ont certes pas tort de se dire libérées de l'antique et désuète envie du pénis puisqu'elles ont l'envie du pénal chevillée au ressentiment, » On ne peut pas trouver formule plus juste et plus cinglante...

Dans Après l'histoire, Philippe Muray relève scrupuleusement les faits concrets concernant cette mutation, ce dressage festif en train de s'élaborer sous nos yeux. Pour lui, quand le divertissement ou la fête deviennent quotidien, il n'y en a plus. Car auparavant, divertissement et fête étaient une interruption dans l'ordre du quotidien et ce pourquoi on s'amusait réellement puisqu'il y avait précisément rupture dans cet ordre. Pour Muray, c'est à travers la fête et les mots d'ordre humanitaristes rendus quotidien une nouvelle forme d'oppression qui s'installe afin d'occuper les gens et de les dépouiller de l'humanité qui leur reste. « Le festif est une infatigable chasse à la négativité, c'est-à-dire à la liberté critique des individus, et tout le monde est appelé à y collaborer ; mais c'est la première fois peut-être, dans l'histoire humaine, que le concret se retrouve ainsi diabolisé, et condamné sans appel, comme relevant d'un ancien régime devenu maintenant insupportable. » écrit-il. Poursuivant : « Faire rire de cet univers lamentable, dont le chaos s'équilibre entre carnavalisation enragée et criminalisation hargneuse, entre festivisation et persécution, est la seule manière, aujourd'hui, d'être rigoureusement réaliste. » (Exorcismes spirituels III).
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Sébastien
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MessageSujet: Suite et fin   Lun 6 Mar 2006 - 10:50

Philippe Muray sent bien que cette décontraction ou ce débraguettage généralisé cache un libéralisme psychique où les corps circulent comme des marchandises. Il est risible de voir l'époque condamner encore l'église et les curés alors que cette même époque ne cesse de diviniser ses luttes et ses principes. Ce sont pas les curés qui font la messe dans les foyers mais l'hédonisme et le progressisme par médias interposés. Avec la tv, c'est un curé par foyer. Evidemment, l'église ou la bible ne prône nulle part l'épanouissement du vivant, le body-building, la relaxation, les loisirs, le télé-travail, l'Internet-citoyen, les vide-greniers, les pique-niques citoyens, la gymaquatique, la musculation, les randonnées en tenue fluo, les félicités électroniques, la movida hilare et les Gay Prides, le sourire permanent. « Notre civilisation, qui se considère si proche de la perfection qu'elle a récemment entrepris de psychiatriser sous le nom de phobie toute attitude un tant soit peu réservée à son endroit, ne mérite pas la moindre considération. Ce n'est pas la combattre qui est urgent, mais la trahir. La fidélité, dans ce cas, serait une sorte de péché. Tous les grands romans, d'une manière ou d'une autre, ont toujours été des infidélités par rapport au contrat social d'une époque donnée. » (Exorcismes spirituels III)

Subtile époque qui a compris que pour pouvoir persécuter sans entraves, il fallait déguiser sa persécution et être amicalement lyncheur, décorer sa haine de cotillons et de guirlandes illuminées, voire d'un perpétuel sourire niais : « Procéduromaniaque, légalophile ou plus exactement maniaco-législatif, Homo festivus est un frénétique amateur de droit. La plainte, les procédures, l'organisation de la répression des infractions et l'amplification des peines sont son érotisme de substitution. La demande de réparation de préjudices est le commencement de la preuve de son existence et de son importance. La lutte pour la victime est sa libido. » (Exorcismes spirituels III) Et l'on n'a pas fini de voir ces amateurs de vaseline compassionnelle, ces apparatchiks festifs, ces innovateurs distractionnaires, ces sergents recruteurs de la joie, ces artistes certifiés caritatifs, ces vociférateurs dans le sens du vent et autres vigiles libertaires ou rebelles rémunérés.

Philippe Muray se méfie de ce puritanisme nouvelle manière, cette peste émotionnelle new look, n'hésitant pas à proclamer comme un devoir l'ingérence et la transparence : «Ici, c'est la surveillance en soi qui devient objet érotique ; c'est la punition qui remplace la jouissance ; et c'est, plus largement, tout ce qui relève du juridisme qui se trouve libidinisé ou libidinisable. Le sexe n'est plus dans le sexe, il est au tribunal ; et c'est en vain qu'on chercherait ailleurs que dans les accumulations de procédures, les menaces, le chantage, les recours à la justice, la trace d'un ancien monde de râles, d'extases et de soupirs. Il appartenait à la génération qui avait prétendu qu'il est interdit d'interdire, et qui voulait jouir sans entraves, de trouver, l'âge venant, de bien plus robustes satisfactions dans la perspective de punir sans frontières. » (Exorcismes spirituels III) Voilà un érotisme de remplacement pour une société qui en a fini avec le sexuel, quoi qu'elle prétende.

Insupportable et dangereux sont pour lui cette disparition de l'intimité et du secret devant l'exhibition publique de sa moindre parole ou de son moindre bobo ou comme le rajoute Philippe Muray « où l'envie d'être authentique se réalise dans l'exigence de jouir en tas. » (Exorcismes spirituels III) Que l'on songe à cette photo en couleurs parue dans Le Monde et où l'on voyait une forêt de pancartes proclamant « MOI, MOI, MOI », tenues par des manifestants. Il est assez piquant de voir que le chagrin, l'angoisse ne sont tolérables que transformer en attraction touristique. Ou en groupe de pression ou en association. On a eu le Téléthon, il y a le Fraternithon. Le moithon. Le pleurnichage public est devenu un droit de l'homme. Chaque crime horrible, ou chaque injustice est systématiquement transformé en association comme une excroissance cancereuse de son ego. En masse. Chaque travail de deuil n'est plus intime, il doit être médiatisé, rendu public, amplifié, transformé en messe médiatique. En un mot, il ne faut plus qu'il reste anonyme. Je n'est plus Je, Je est devenu On. Cette socialisation du malheur est un phénomène inédit et fort peu pensée. « Le théâtre qui sort du théâtre, c'est un peu Dieu quand il sort du temple, de la synagogue ou de l'église (...). On sait ce que ça devient : de la secte. C'est-à-dire de la perversion. La musique qui sort de la salle de concert pour se répandre n'importe où, on sait aussi ce que ça devient : de la techno, du Teknival, de l'horreur technomaniaque. De la pure et simple jouissance par la terreur pure infligée aux autres. De l'exhibition. C'est-à-dire de la perversion. Du pur vouloir-nuire. L'univers pervers avec lequel nous sommes en train de faire connaissance et auquel nous ferions mieux de nous habituer au plus vite, parce qu'on ne nous laisse pas le choix, fonctionne dans tous les domaines sur l'externalisation (là où régnait autrefois le refoulement). » (Festivus, festivus) Il ne faudrait pas croire que Philippe Muray exagère. Le psychiatre Charles Melman, dans L'Homme sans gravité n'hésite pas à dire que notre époque se caractérise par une exhibition de la jouissance, classée cliniquement comme une perversion, la perversion étant le stade avant la psychose...

Philippe Muray craint cette épuration éthique qui envahit un peu plus chaque jour notre quotidien. Tolérance zéro, frappes chirurgicales, guerre zéro mort, obsession de la santé et des régimes, stakanovistes sportifs, persécution des fumeurs... « L'Histoire était diviseuse, irrationnelle, discriminante, remplie d'imprévus, de catastrophes, d'erreurs, de divagations, de bégaiements, de retours en arrière et de grands désastres. Le monde qui s'annonce sera fusionnel, mélangiste, convivial, transfrontalier, fluide, correct, osmotique, contactophile et placentaire. Il sera surtout zéro défaut; ou, du moins, il y tendra. Le souci de la sécurité, à tous les niveaux et sur tous les plans, s'associe à merveille avec celui de l'éthique et des bons sentiments. Le XXIe siècle ressemblera à une vaste cour de récréation, ou à une maternelle élargie, et il est normal, dans ces conditions, que les femmes y remplissent des fonctions de contrôle essentielles. La liberté, sans doute, y perdra ses plus belles plumes. L'intériorité des êtres aussi. Tout ce qui, à l'époque de la domination masculine, relevait de la dialectique (c'est-à-dire tout, au bout du compte), disparaîtra sous les irradiations de la volonté du Bien et sous les bombardements de bonté de la Transparence obligatoire. Mais c'est le prix à payer pour que le monde soit remis en ordre, pour que la planète soit nettoyée et les cerveaux débarbouillés de leur « part d'ombre », définitivement libérés de tout un tas de vieilleries, culpabilité, arrière-pensées, soupçons, humour noir, négativité, tentations critiques et ainsi de suite. Le principe de précaution précédera la vie. Le XXIe siècle sera propre ou ne sera pas. » Pas étonnant que, selon lui, le victimisme fasse des ravages et que tout un chacun se transforme en Caliméro géant, réclamant sa bouillie quotidienne en d'interminables repentences et dans un assourdissant bruit de mandibules : « Devenu culte universel, le victimisme commandera de placer légalement et constitutionnellement les anciennes victimes de l'Histoire à l'abri des propos offensants, des impertinences, des invectives ou, d'une façon plus générale, hors de portée de l'esprit critique et de ses malfaisances. C'est déjà la signification de l'ensemble des lois qui n'ont cessé de proliférer ces derniers temps, depuis celles qui concernent le prétendu « harcèlement » (dit sexuel, celui-là) jusqu'à celles qui, sous l'influence de mouvements revendicatifs et d'associations militantes, se proposent de châtier l'« homophobie » ou les propos « sexistes ». Dans tous ces cas, il s'agit d'abord d'expurger le langage et d'en chasser, au nom de la lutte sacrée contre les discriminations, ce qui ressemblerait encore à de la divergence d'opinion, à du désaccord, à de la fantaisie, à de l'opposition, à du dissentiment, c'est-à-dire à des manifestations de la liberté de pensée ou d'expression, donc à des indices de survie de l'humanité trop humaine d'autrefois. » (Exorcismes spirituels III)

Que peut devenir l'être humain sous un tel régime ? Un touriste bronzé en bermuda, en train de faire la vaisselle, de pleurer sous sa couette en serrant sa peluche parce qu'il fait mauvais temps, de boire au biberon et de baiser comme un lapin sous l'oeil des caméras infrarouges ? Qu'on se rassure, on n'a pas fini de rire : « Toutes les fêtes tournent mal, c'est pour ça qu'elles sont drôles. Comme la littérature qui s'ouvre pour les noyer. » (Exorcismes spirituels I).

Tout est perdu alors ? Mais non, rassurez-vous, Philippe Muray va vous faire détester les années 2000.

Yannick Rolandeau

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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Lun 6 Mar 2006 - 22:50

Sébastien a écrit:
Je ne comprends pas ta remarque. Pour moi, le lien mène à l'article concerné. Ton ordinateur aurait-il un problème ?

Ce soir, le lien fonctionne sur mon ordinateur. Il a dû connaître une défaillance. Merci pour la copie.
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mar 7 Mar 2006 - 1:06

L'article de François Taillandier n'est pas disponible avec la nouvelle version du Figaro en ligne.

Lire aussi l'hommage dans la revue-republicaine:

eudi, Philippe Muray a succombé à un cancer du poumon. Critique de son époque, détesté de ceux qui s’en font un festin — l’intelligentsia politiquement correcte, les minorités organisées —, anti-moderne tout simplement, l’auteur de Céline et de Le XIXe à travers les âges était un survivant de l’époque où la liberté de parole et d’écriture ne pliait pas devant les inquisiteurs qui, tels le quotidien Le Monde ou Daniel Lindenberg qui l’avait inscrit, dans Le Rappel à l’ordre, dans le camp des « nouveaux réactionnaires ».

Voici ce qu’il déclarait tout dernièrement, à propos de la liberté d’expression : « Il est facile d’annoncer pour la énième fois que “la liberté d’expression est non négociable”, surtout quand on applaudit par ailleurs à chaque nouvelle destruction légale de la liberté de pensée et que l’on vient justement de saluer une première condamnation par les tribunaux pour “propos homophobes”. La vaillante défense de la liberté et de l’Etat de droit contre les autorités religieuses serait plus crédible si elle s’exerçait aussi contre les innombrables nouveaux clergés qui font régner une terreur mille fois plus efficace que les vieilles puissances religieuses. »

Il avait soixante ans. Mercredi prochain, à 15 heures, une cérémonie aura lieu à Notre-Dame des Champs (VIe).


Marianne et Le Point rendront également un dernier hommage à Philippe Muray dans leur prochain numéro.
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MessageSujet: Adieu, Philippe   Mar 7 Mar 2006 - 11:58

Adieu Philippe,

"Il n'y a pas de lucidité sans séparation." écrivais-tu. Quelle profonde phrase. Je me serais bien passé de la nouvelle de ta mort. Je ne crois pas dans l'au-delà ; je sais donc que tu ne m'écoutes pas, que tu ne m'entends même pas. Je resterai irrémédiablement seul avec ta disparition. Voilà. C'est comme ça, et je ne ferais pas d'association pour lutter contre cette discrète et patiente domestique qu'est la mort. On y passe tous. Tu l'as assez souvent dit : la vie est tragique, le réel est "injuste" même si on y vit de bons moments aussi. Il faut faire avec. Je ferais donc avec en attendant "frivolement" mon tour. Je ne sentirais plus ta présence, ni ne verrais plus ta silhouette dans le café où les collaborateurs de la revue L'Atelier du roman se réunissaient. Que reste-t-il au fond de la présence humaine ? Que reste-t-il de ce qui fait une personnalité ? Une voix, des gestes, un regard, et tout cela disparaît d'un claquement de doigt comme à la fin de Melinda et Melinda de Woody Allen. Fin de partie. Heureusement, il reste tes livres avec ton style inimitable pour s'en payer une bonne tranche sur notre époque et pour comprendre le réel. Le fameux réel que tu aimais tant et que tu défendais bec et ongles contre ceux qui voulaient le travestir et le bourrer de serpentins et de cotillons. J'en entends déjà certains, les fameux "mutins de Panurge" comme tu les appelais, qui se réjouissent de ta mort et dansent sur ton cadavre encore chaud... Je ne suis même pas en colère contre eux. C'est ainsi, on va se payer Paris-Plage, les bobos, les Chiennes de garde, la techno, la Gaypride, le Téléthon, le Fraternithon, le moithon et je ne sais quoi encore de ce que va inventer Festivus festivus (rejeton d'Homo sapiens sapiens), avec son épuration éthique, pour rendre ce monde encore un peu plus insupportable. Sauf que tu ne seras plus là pour pointer ses délires et les ridiculier de ta plume. Tu imagines notre solitude ? Je pense toujours à cette phrase de Carlos Fuentes dans son roman Christophe et son oeuf : « Nos ancêtres meurent avant que nous soyons prêts à vivre sans eux. »

Adieu.

Yannick Rolandeau, Ring
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mar 7 Mar 2006 - 14:36

Article dans le quotidien québécois "Le Devoir"


Philippe Muray n'est plus

Frédérique Doyon
Édition du mardi 7 mars 2006



L'infatigable critique de la société hyperfestive (et de bien d'autres aspects du monde contemporain) n'est plus. L'écrivain et polémiste français Philippe Muray est décédé jeudi dernier d'un foudroyant cancer du poumon à l'âge de 60 ans.



De l'auteur, on connaît surtout l'essayiste à la plume tranchante, pleine de verve et dérision, l'inventeur de néologismes qui frappent l'imaginaire autant qu'ils harponnent le monde actuel et ses révolutionnaires des bonnes causes, tels «Homo festivus», «mutins de Panurge». Ses textes sont réunis notamment dans Désaccord parfait, Après l'Histoire I et II et les quatre tomes d'Exorcismes spirituels. Ses thèses littéraires sont aussi déployées dans Céline et Le XIXe siècle à travers les âges. Mais il fait d'abord oeuvre d'écrivain, signant quatre romans, dont On ferme, et un recueil de poésie.

«C'est la disparition d'une voix tout à fait unique, confie au Devoir l'écrivain et professeur de McGill François Ricard. Il n'y a personne en France qui a cette façon de voir l'époque.

«Il nous a prévenu assez tôt de cet homme qui se célèbre de manière narcissique, se croit le maître de tout et dont la jouissance ne peut être entravée par rien», renchérit Lakis Proguidis, directeur de L'Atelier du roman et ami proche de l'auteur, encore bouleversé par cette mort abrupte. Cette fête perpétuelle «entraîne la fin de l'Histoire, poursuit M. Ricard. Selon lui, on est entré dans un monde où s'est installée une sorte d'unanimité qui fait qu'il n'y a plus d'opposition entre le bien et le mal.»

Très sceptique à l'égard de mouvements sociaux de l'histoire récente comme le féminisme ou l'altermondialisme, Philippe Muray porte certes un regard pessimiste sur le monde qui l'entoure. «Il n'aimait pas les compromis faciles», indique M. Proguidis. Mais l'humour donne à ses oeuvres un style dont on se délecte autant sinon plus que de son érudition. «Dans tous ses écrits, le rire l'emporte et pas la thèse ou la polémique», souligne-t-il.

Ces derniers temps, l'auteur faisait l'objet de critiques, certains le taxaient de réactionnaire. Une étiquette que rejette François Ricard qui voit chez Muray «un prophétisme de la colère, de la dénonciation, mais aussi de la lucidité».

Ses écrits rayonnent jusqu'ici puisqu'on trouve un texte original de l'auteur dans le dernier numéro de la revue L'Inconvénient, sur le thème des différences, et qu'une nouvelle de son cru paraîtra ces jours-ci dans L'Atelier du roman.



---------------------------------

L'excellente revue "L"inconvenient" semble difficilement disponible en France (peut-être que l'un d'entre vous connaît une librairie qui la diffuse)

http://www.inconvenient.ca/
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mar 7 Mar 2006 - 22:30

Merci pour le lien vers L'inconvénient Daryl. Je n'ai jamais vu ce titre mais j'ai maintenant les moyens de mieux le chercher.
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mer 8 Mar 2006 - 13:51

Oh mais c'est tout naturel, dans tous les cas ça doit bien faire trois ans que je cherche cette revue en France (l'abonnement international coûte assez cher), donc je me contente de saliver devant le sommaire tous les 3 mois...

C'est un peu le petit frère québécois de l'Atelier du roman (qui reprend parfois des articles de l'Inconvenient), on peut y découvrir quelques auteurs inconnus en France comme Pierre Vadeboncoeur, Michel Biron ou Gilles Marcote ...
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mer 8 Mar 2006 - 13:58

LP de Savy a écrit:
L'article papier du Monde est titré "Une des figures littéraires des "nouveaux réactionnaires"". Toute une délicatesse, que l'on ne retrouve heureusement pas dans la version numérique.

Vous parlez d'un "hommage" confused

Même mort, ils continuent de le salir... Ce sont vraiment des "mutins de panurge".

Libé s'est plutôt fendu d'un bel article, cela ne m'étonne guère de la part de Philippe Lançon
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mer 8 Mar 2006 - 15:19

Je crois que Philippe Lançon est mon journaliste littéraire préféré (se définit-il d'ailleurs comme tel ?). Ses longs articles sur l'histoire littéraire dans Libération constituent un régal.
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Mer 8 Mar 2006 - 23:17

Philippe Muray, le rire de l’antimoderne


Depuis plus de trente ans, Philippe Muray s’évertuait à rire de la catastrophe générale que représentait la louange perpétuelle de nos temps présents. Muray ou le génie de l’antimoderne.



Philippe Muray (1946-2006) né à un Angers d’un père écrivain et traducteur d’auteurs anglo-saxons, (littérature pour laquelle il avait une certaine affection au point de devenir professeur de Lettres à l’Université de Stanfford- Californie) était une figure à part dans la jungle littéraire.

Ancien gauchiste, il écrit dans diverses revues d’arts et de lettres ; et son premier roman Chants pluriels paraît en 1973. Il s’attèle ensuite à la monumentale biographie de Céline qui paraît en 1981 et dénonce “le procès” fait à l’écrivain. C’est en 1991 que sa vision du monde se dévoile avec un essai intitulé l’Empire du Bien dans lequel il dénonce l’hystérie dévastratrice du Bien à tout prix et le nécessaire réequilibrage avec le mal. Fin connaisseur du XIXe siècle, il écrit un brillant ouvrage sur le sujet Le XIXe siècle à travers les âges (Denoël) et pose par la même occasion les jalons de ses thèses futures.

Muray affine sa pensée au cours du début des "années 90" (terme qu’il exécrait) comme en témoigne ses chroniques et articles dans L’ Idiot international, Globe (sur la télé) ou L’ Atelier du roman. La parution de son roman On ferme (Belles Lettres) en 1997 est saluée par la presse comme une oeuvre majeure et dans laquelle il décrit l’iréel risible dans lequel notre modernité plonge l’être humain.

Mais c’est surtout avec ses divers essais aux titres évocateurs comme Exorcismes spirituels (4 volumes parus successivement en 1997, 1998, 2002 et 2005 aux Belles Lettres) ou Après l’histoire (1999, 2000 Belles Lettres) ,Chers djihadistes en 2002 (Mille et une Nuits) ou Festivus Festivus (Fayard) en 2005 qu’il construit une oeuvre unique et originale à l’ironie mordante (cf ses poèmes désopilants dans Mininum Respect, Belles Lettres, 2003) afin de fustiger la bêtise contemporaine.

Sa réflexion, à la fois grinçante et terriblement juste avec son style tranchant comme un éclat de rire, dénonçait pêle-mêle, l’identification forcenée du monde au Bien, la fin de l’Histoire comme catastrophe déjà advenue, la festivisation généralisée de l’humanité, la loi comme bras armé de la morale, l’acharnement judiciariste comme compensation rageuse au désastre des existences particulières (sa fameuse "envie de pénal"), la maternification délirante élevée sur les ruines de la différence sexuelle (Ségolène Royal), la nouvelle police de la pensée, la rébellion bidon(altermondialistes), la dérangeance en livrée de valet de chambre, les accros de la trottinette, la guerre préventive de Bush, la féminisation jusqu’au risque d’annihiler le tabou de l’inceste, l’infanthéisme comme nouvelle religion du monde, l’hystérie antipédophile (les enfants disent toujours la vérité), l’Europe divine (terme forgé par son philosophe préféré Jean Baudrillard), la bataille entre les divers groupes d’oppression, l’abolition des frontières entre le public et le privé.

Un tel Rire pouvait s’avérer dérangeant pour la bienpensance qu’il a très tôt affublé du titre honorifique de “néoréac”, le plaçant comme compagnon de route d’Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq ou Jean-Claude Michéa (auteurs qu’il semblait apprécier outremesure). En vérité, pour cet antimoderne seul le Rire était salvateur devant une époque où la rupture anthropologique du Sapiens Sapiens au Festivus Festivus a déjà eu lieu. La post-Histoire ayant transformé le Réel en Fiction perpétuelle, il incombait selon lui au Roman de répondre à la question essentielle “Que se passe-t-il ?” mais la tâche ne semble point aisée tant la Modernité a défiguré le Réel. Le Roman comme antidote à notre hystérie contemporaine : Rabelais, Balzac, Aymé, Musil, Céline, Bernanos,Simenon, Kundera, Monnier, Duteurtre, Taillandier...

Pour Philippe Muray, rien ne servait de se rebeller contre l’ordre établi comme en témoigne cet extrait d’une entrevue qu’il avait accordée au webzine lecordelier.com :

« Ni réaction ni rébellion. Toute cette affaire est à jamais piégée. Et doit être considérée comme définitivement réglée. Il y a un gâtisme de la rébellion, et il est l’héritage de tout le romantisme, c’est-à-dire du culte de l’authenticité, perfusé avec acharnement depuis deux siècles dans la société. Cette rébellion doit être jetée, comme tant d’autres choses. Je ne vois pas pourquoi elle devrait continuer à être affectée d’un signe positif, quand on voit tant de rampants de toutes sortes (artistes, journalistes au Monde, etc.) s’intituler rebelles ou faire l’éloge de la dérangeance et de l’iconoclasme à l’œuvre dans n’importe quelle petite merde scolairement avantgardiste, moi-iste, écriturante. J’ai appelé depuis longtemps rebelles de confort ou mutins de Panurge ces insoumis qui pullulent dans le parc d’abstractions de la modernité. La domination a intégré la rébellion, au point que toutes les deux, de Le Pen à Krivine, peuvent aujourd’hui défiler dans les rues contre la terreur américaine, sans qu’on sache qui est encore la domination et qui est encore la rébellion ; comme elles peuvent, d’Alain Madelin à Romain Goupil, approuver cette terreur. »

Attention le Rire de Philippe Muray était contagieux et pouvait provoquer une éruption de Réel. Ses ultimes textes parus dans "L’atelier du roman" du mois de mars 2006 et dans l’excellente revue québécoise "L’inconvenient" nous démontrent qu’il possédait une verve unique qui a elle seule remettait à sa place notre époque hyperfestive pleine de fatuité.

"Plus que l’Académie Française, le rire confère, dès ici-bas, l’immortalité conditionnelle." Léon Daudet

Son rire qui était un humanisme s’est finalement tu un soir du 2 mars 2006 mais son écho restera gravé dans nos mémoires.

http://vulgum.org/libre/article.php3?id_article=569
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Jeu 9 Mar 2006 - 0:25

J'aime beaucoup l'article que vous venez de poster... J'en connais très bien l'auteur!!!

Philippe Lançon est un excellent critique en avance sur son temps (JC Michéa, Christopher Lasch)... Il n'a pas vraiment hurlé avec la meute au moment des nouveaux réacs.

LE FIGARO

Philippe Muray un esprit libre et inclassable.


Le romancier et essayiste Philippe Muray, inventeur de "l'homo festivus" et critique ironique de la société des loisirs, est mort jeudi 2 mars. L'essentiel de son oeuvre est disponible aux éditions des Belles Lettres

Ce qu'il y a de bien, c'est que déjà, dans divers réseaux et cénacles, pour toute une jeunesse qui refuse d'être bête avec ce monde tel qu'il va, le nom de Philippe Muray est devenu un référence et un mot de passe.

L'auteur du XIXe siècle à travers les âges, de On ferme, d'Exorcismes spirituels, d'Après l'Histoire, de Festivus Festivus. n'était pas pourtant du genre à donner dans le jeunisme.

Et c'est justement pour ça que les cadets qui ne veulent pas être "des jeunes" avec la connotation conformiste et animale de ce mot, mais de jeunes hommes et de jeunes femmes qui réflechissent au lieu de se borner à consommer, l'ont reconnu comme un père et comme un complice.

Muray aura détesté avec délectation son époque, son hygiénisme, son technicisme, son pacifisme, son festivisme, son droit-de-l'hommisme, tous les jolis pretextes sous lesquels elle abrite son inculture, son oubli du passé, et plus encore : sa démission, sa panique devant le devoir d'être humain, d'assumer les vieux démons de l'homme et sa blessure constitutive. Il l'aura dit inlassablement, infatiguablement, avec une éloquence et une vigueur qui l'égalent aux plus grands polémistes.

Pourtant, et même lorsqu'un certain jeu médiatique a cherché l'y réduire, Philippe Muray n'était pas le bougon de service, le"réac" toujours disponible, le ronchon authentifié. Lui qui haïssait les rebelles professionnels et autoproclamés ne s'est pas résumé à la posture symétrique. Quand aura lu, vraiment lu, Philippe Muray, on découvrira bien mieux que ça. On découvrira un écrivain descendant en droite ligne de Balzac et Flaubert, de Voltaire et de Léon Bloy. Le travail unique et obstiné de Philippe Muray a consisté à élever, face au discours enveloppant et omniprésent de notre époque, un contre-discours, un rempart, une réponse.

Une réponse inlassable. Intarissable. Précise. Au scalpel. Son oeuvre est un monument littéraire, et littéraire d'abord. un formidable parapet, une digue, contre un seul péril en définitive: la pollution du langage. Non, Philippe Muray n'était pas un chroniqueur, un éditorialiste, un faiseur de tribunes! C'était un écrivain. C'était une voix. Chapeau bas s'il vous plaît.

Ceux qui le réduisaient à un rôle de fournisseur d'idéologue, ceux qui voulaient l'enfermer dans un rôle de fournisseur de discours, n'ont sans doute pas lu Minimum respect, un recueil de poèmes parodiques, ironiques, dans lequel cet homme plein de pudeur et de l'élégance, qui n'a jamais accepté d'afficher son coeur en bandoulière, laissait en creux passer le plus vrai de lui-même: la passion.

Philippe Muray quitte aujourd'hui l'arène des débats et des éditoriaux. Il entre dans ce qu'il a aimé par dessus-tout la littérature. Aucun doute: Céline et Marcel Aymé, Anatole France et Honoré de Balzac lui ont déjà serré la main et l'ont accueilli comme un frère.

François TAILLANDIER.
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Jeu 9 Mar 2006 - 0:31

Daryl a écrit:
J'aime beaucoup l'article que vous venez de poster... J'en connais très bien l'auteur!!!


Serait-ce vous ?
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Jeu 9 Mar 2006 - 0:36

En effet, c'est moi... oh je sais qu'il est imparfait!
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Jeu 9 Mar 2006 - 0:56

Daryl a écrit:
En effet, c'est moi... oh je sais qu'il est imparfait!

Il est bien fait et intéressant. Ce n'est pas un exercice très facile, on a toujours l'impression d'avoir oublié quelque-chose d'important.

Je vous ai trouvé très sévère sur le forum de Vulgum au sujet de la revue Immédiatement et d'Elisabeth Lévy, au sujet de Muray aussi.
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Magnakaï
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MessageSujet: Re: Décès de Philippe Muray   Jeu 9 Mar 2006 - 2:33

Bon voilà maintenant je peux reprendre mon pseudo habituel!

Certains posts étaient ma foi trop outranciers, bon ça mettait un peu de l'ambiance... Le positif dans tout cela c'est que j'ai pu faire changer à certains les a-prioris qu'ils avaient sur Muray, cet article demeure l'un des plus lus que j'ai pu faire (la première mouture date de 2003, je l'ai réécrit cette année).

Néanmoins j'avais été à l'époque un peu agacé par ce diner avec Jérôme Monod rapporté dans le bloc-notes du Point de Catherine Pegard... Il faut une très longue cuiller pour diner avec ce genre d'éminence grise de la politique...

J'ai l'impression qu'hormis Taillandier beaucoup sous-estiment l'importance du recueil de poèmes "Minimum Respect", cet ouvrage n'était pas un accident, il est au contraire fondamental dans l'oeuvre de Muray...


Dernière édition par le Jeu 9 Mar 2006 - 18:10, édité 2 fois
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