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 Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro

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LP de Savy
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MessageSujet: Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro   Sam 13 Mai 2006 - 23:01

Un privé à Shanghai

par Olivier Le Naire

Devenu détective, un jeune homme enquête sur la disparition de ses parents. Une solide intrigue signée Kazuo Ishiguro


Le succès de certains livres éclipse parfois leur auteur. Ainsi le discret Kazuo Ishiguro reste-t-il mal connu en France quand son roman phare, Les Vestiges du jour, adapté par James Ivory, a connu une gloire mondiale. Né au Japon voilà quarante-six ans, mais tôt élevé en Grande-Bretagne, lorsque son père y débarqua pour étudier le mouvement des vagues de la mer du Nord, Ishiguro n'a jamais connu de réelle patrie, hormis ces mondes intérieurs qu'il ne cesse d'explorer et d'approfondir de livre en livre.

Dès son premier roman, Lumière pâle sur les collines, la critique repéra l'Ishiguro's touch, alliance de douleur et de tristesse feutrée, impossible quête de paradis illusoires, servie par une écriture d'un élégant classicisme. Après Les Vestiges du jour, L'Inconsolé, où le rêve et l'étrange conduisaient le livre, confirma qu'Ishiguro était bien un écrivain et non une machine à cracher du best-seller.

Aujourd'hui, Quand nous étions orphelins apparaît comme une synthèse de son œuvre et de son talent. Tenu par une solide intrigue, ce gros roman aventureux raconte l'histoire du jeune Christopher Banks, né dans la concession internationale de Shanghai au début du XXe siècle, et dont les parents vont bientôt disparaître. Ont-ils été enlevés par un réseau de trafiquants d'opium? Recueilli par une tante en Angleterre, Christopher va devenir un détective réputé, pour enfin se consacrer à la seule affaire qui l'intéresse: la recherche de ses parents et de sa jeunesse évanouie. Un monde étrange et disparu, le halo incertain des souvenirs, la quête difficile d'une vérité, le deuil douloureux du paradis de l'enfance: armé d'une vieille loupe, Christopher mène l'enquête au pays de nos mirages et de nos désillusions, tentant jusqu'au bout - et bien sûr en vain - de sauver ses parents, de sauver ce monde du mal qui le gouverne.
Si la première partie du livre comporte d'indéniables longueurs, ce roman exigeant, tout en effleurements, envoûte par son écriture. Et par la beauté des scènes où la brutale réalité de l'Asie des années 30, sous l'empire du fantasme, débouche sur ce cauchemar aux senteurs opiacées.

L'express du 18/10/2001
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro   Sam 13 Mai 2006 - 23:13

Kazuo Ishiguro regarde le monde à travers le filtre du souvenir

ANGLETERRE. L'écrivain d'origine japonaise s'invente un double, détective, qui enquête sur sa famille au moment du conflit sino-japonais: à Londres et à Shanghai, c'est une subtile chasse aux souvenirs sur fond de guerre.

Titre: Les Vestiges du jour
Auteur: Kazuo Ishiguro (2 livres chroniqués)
Editeur: Calmann-Lévy
Autres informations: Trad. de Sophie Mayoux
268 p.

Titre: Quand nous étions Orphelins
Auteur: Kazuo Ishiguro (2 livres chroniqués)
Editeur: Calmann-Lévy
Autres informations: Trad. de François Rosso
376 p.


André Clavel, Samedi 8 septembre 2001

C'était le début des années 80, dans une Angleterre frileuse, en melon et veste de tweed. Soudain, en tir groupé, des auteurs venus des quatre coins de l'ex-empire allaient secouer cette Angleterre-là, la faire sortir de sa torpeur littéraire en lui offrant les breuvages inédits – et très épicés – de la world fiction. Naipaul avait ouvert la voie. De jeunes «métèques» prirent le relais, parés des couleurs de l'Inde, de l'Afrique, des Caraïbes. Parmi eux, Salman Rushdie, Ben Okri, Timothy Mo. Et un beau gosse aux sourcils d'encre, Kazuo Ishiguro. Qui avait un peu flirté avec les muses du rock'n'roll, mais qui avait fini par choisir le camp de la littérature. Né en 1954 à Nagasaki, installé à Londres avec sa famille à l'âge de 5 ans, il fit ses premières gammes en ranimant sa flamme japonaise, avant de signer une comédie très britannique, Les Vestiges du jour, dont James Ivory a tiré un film plutôt réussi.

Taillé à la perfection, ce petit diamant ressort aujourd'hui chez Calmann-Lévy. C'est un bonheur de le relire, de retrouver le sourire ironique de Stevens, ce majordome racé, astiqué comme un cuivre, dont l'auteur de Lumière pâle sur les collines a fait un symbole. Une sorte d'emblème de l'aliénation ambiante, sur fond de crépuscule.

Quant au nouveau roman de Kazuo Ishiguro, Quand nous étions Orphelins (titre original: When We Were Orphans), c'est tour à tour une machine à remonter le temps, un voyage entre l'Angleterre et la Chine et une variation sur le thème de la mémoire. D'où cette texture démaillée, avec une intrigue qui se recompose par accrocs. Ellipses, pointillés, flashs-back: l'écrivain ne cesse de regarder le monde à travers le filtre du souvenir.

Dans le Londres huppé des années 30, le détective Christopher Banks a la nostalgie au cœur. Le passé lui sert de présent. Alors, il reste de longues heures à traquer les fantômes qui se faufilent dans les coulisses du temps perdu, comme un héros de Modiano. A quoi pense-t-il? A son enfance à Shanghai, surtout, et à son ami disparu, Akira. Mais aussi aux pensionnats anglais qui l'ont accueilli, pendant son adolescence. Gros plan, par exemple, sur ce jour miraculeux où, pour son quatorzième anniversaire, ses camarades lui offrirent une loupe au manche d'ivoire, afin qu'il joue les Sherlock Holmes. Pas étonnant qu'il soit devenu détective.

La grande enquête de sa vie commence lorsque Christopher Banks, à la veille du conflit sino-

japonais de 1937, quitte son Angleterre adoptive pour s'envoler vers sa Chine natale, où ses parents ont mystérieusement disparu, jadis, alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon. Au hasard de ses recherches, il apprendra que son père a succombé

à la typhoïde après avoir été mêlé à d'assez louches trafics d'opium, dans l'enclave internationale de Shanghai. Quant à sa mère, sa tendre mère qui le surnommait Puffin, elle reste introuvable. Morte? Il le pense. Et découvre finalement qu'elle avait été kidnappée par l'horrible Wang Ku, qui avait fait d'elle sa concubine avant qu'elle aille s'enfermer dans le silence d'un couvent. Leurs retrouvailles sont un des moments les plus émouvants du livre: humiliée, détruite dans sa chair et dans son âme, la vieille Mrs Banks ne reconnaîtra pas son cher Puffin...

Londres, Shanghai, la guerre, la chasse aux souvenirs, tout cela se télescope dans ce roman subtil, parfois embrouillé, qui est l'autopsie d'une blessure intime sur fond d'enquête policière et de quête familiale. «Notre destin est d'affronter le monde comme les orphelins que nous sommes, poursuivant au fil de longues années les ombres de parents évanouis», écrit Kazuo Ishiguro. Elles pèsent lourd, ces ombres, dans chacun de ses romans. Ici plus que jamais.

Le Temps.

http://www.letemps.ch/livres/Critique.asp?Objet=327
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