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 La fille tatouée de Joyce Carol Oates

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LP de Savy
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MessageSujet: La fille tatouée de Joyce Carol Oates   Ven 9 Juin 2006 - 16:18

L’Amérique malade de la haine

Par Bruno Corty

09 juin 2006, ( Figaro Littéraire)

A 68 ans, la prolifique romancière imagine la rencontre improbable entre un écrivain fatigué et une fille perdue

D’elle, on ne peut même pas dire qu’elle est de retour, puisque, jamais, elle ne quitte la scène littéraire. Pas d’année sans deux, trois, voire quatre titres en librairie, sous son nom et sous le pseudonyme de Rosamond Smith. Cette femme-là ne s’arrête jamais d’écrire. On le lui reproche assez ! Des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des essais, des livres pour la jeunesse, de la poésie. A son compteur, plus de quatre-vingts titres (dont une bonne trentaine de romans) en quarante ans. ­Et ce n’est pas fini. Tandis que vous lisez ces lignes, JCO doit relire les épreuves de After the Wreck et de Black Girl,/White Girl (à paraître en septembre et en octobre prochains) et sans doute marteler les touches de son ordinateur pour accoucher sans douleur de nouvelles histoires sombres et cruelles.Le noir est sa couleur. On n’imagine pas cette femme aux allures d’oiseau de proie portant des couleurs gaies. Elle vous dira qu’elle n’y est pour rien. Que la vie est, comme l’a écrit un autre manieur de mots, pleine de bruit et de fureur. La vie en Amérique, côte Est, s’entend. Quand elle n’écrit pas, Joyce Carol Oates enseigne à Princeton. L’an dernier, les dames du prix Femina ont eu la riche idée de couronner Les Chutes, l’un des très bons romans de la dame, traduit chez un petit éditeur talentueux, Philippe Rey. Lequel a publié, en mars, Viol-Une histoire d’amour, court et intense récit d’une descente aux enfers pour une jeune femme et sa fille, un soir de fête nationale, près des chutes du Niagara. L’endroit n’est décidément pas fréquentable. Et le syndicat d’initiative du coin ne dit pas merci à la romancière!


Retour sur les lieux du crime


Deux mois plus tard, voici La Fille tatouée, qui rappelle Haute enfance, publié trente ans plus tôt. Comme l’assassin, Oates revient toujours sur les lieux de son crime. Haute enfance mettait en scène un écrivain raté mais fortuné, Kasch, et une adolescente pauvre et mal dans sa peau, Laney.

Cette fois-ci, l’écrivain s’appelle Joshua Seigl et la jeune femme, Alma. Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Seigl a 38 ans lorsque le livre commence. Il vit seul dans sa demeure cossue des hauteurs de Carmel Heights, à Rochester, État de New York. C’est un grand et gros bonhomme à la barbe hirsute, qui ne se remet pas d’avoir connu un grand succès, vingt ans plus tôt, avec Les Ombres, un premier roman sur l’Holocauste. L’histoire de sa famille, ou, tout au moins, de ses grands-parents, morts à Dachau. En attendant de retrouver l’inspiration, l’écrivain s’est lancé dans une nouvelle traduction de l’Enéide. Le jour où il réalise que sa solitude le tue, à petit feu, Seigl cherche un secrétaire. Quelqu’un qui puisse classer ses innombrables papiers, manuscrits, qui réponde à sa volumineuse correspondance. Il ne veut pas d’une femme. Trop risqué. Surgit pourtant dans sa vie une fille issue d’un autre monde, d’une autre vie où la pauvreté est de mise, la violence, familiale, sexuelle, monnaie courante.

Alma Busch est une laissée pour compte de l’Amérique triomphante. Une fille blessée. Dans sa ville d’Akron, Pennsylvanie, les hommes n’ont toujours vu en elle qu’un corps à basculer à l’arrière d’une voiture, à bousculer les soirs de cuite. Alors, elle a pris la fuite et la route, sac à dos. Elle a juste emporté avec elle l’antisémitisme primaire de ses proches pour qui le juif, forcément argenté, est le responsable de tous leurs maux. Le gros, riche, cultivé Seigl, qui l’a prise sous son aile, sans arrière-pensées, provoque chez Alma une flambée de haine irrationnelle que la romancière traduit en mots et images très violents. Après avoir décrit son « héroïne » en termes dignes de la SPA et du Salon de l’agriculture, on se demande par quel miracle l’éditeur peut parler,

sur sa jolie couverture violette, de «huis clos érotique»!

Seigl et Alma s’épient de loin. Il est atterré par son inculture, son manque d’éducation. Elle est outrée par sa façon de vivre, son aisance. Deux souffrances qui se repoussent au lieu de s’aimanter. Une histoire (dédiée à Philip Roth) qui ne peut que finir mal... Le roman a beau être truffé de questions sans réponse, de bizarreries qui désarçonnent, la force du récit l’emporte et Oates, qui s’y connaît en boxe, nous laisse, au bout du compte, K.O debout, une fois encore.
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