Propos insignifiants

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 Journal d'Hirondelle

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LP de Savy
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MessageSujet: Journal d'Hirondelle   Mar 22 Aoû 2006 - 22:09

La rentrée littéraire

Amélie Nothomb : Hygiène de l'assassin

Frondeuse, insolente, plus bondissante que jamais, elle raconte un serial killer. Avec ce quinzième roman, la voilà Alfred Jarry en jupons qui fait la nique aux besogneux de la rentrée.

Jacques-Pierre Amette

Nothomb devient, au fil des ans, un phénomène unique. Au physique, elle reste blanche et noire comme un domino, exactement telle qu'elle fut quand elle apporta « Hygiène de l'assassin » à son éditeur, en 1991. Teint pâle et lunaire, obscurité des robes qui ressemblent souvent à des justaucorps romantiques. Qu'il vente ou qu'il pleuve, elle vient lire le matin son courrier aux éditions Albin Michel et embrasse les employés comme si elle était de la famille. Elle est souple, agile, moqueuse, vif-argent et en même temps sur le qui-vive. L'oeil est perçant, scrutateur, subitement tendre. Parfois elle change comme le temps : inquiète, curieuse, troublée, soupçonneuse. Au fond, on devine deux Amélie Nothomb. Il y a la courtoise au langage policé, à la silhouette danseuse ; et puis la plus secrète, sépulcrale qui, sous un côté agile, léger, délicat, cultivé, raffiné, laisse tomber un regard redoutable sur la vie en général.

Son quinzième roman, « Journal d'Hirondelle », est comme elle : double. Il y a l'intrigue, sauvage, parodique. Un ancien coursier d'édition, nommé Urbain, as de la moto, se fait engager comme tueur à gages. C'est un métier plein de surprises, et qui, si l'on a le coeur un peu froid, n'engendre pas la culpabilité. Urbain déclare : « une peur exquise accompagne cet acte (tuer) ». Notre tueur dégomme un magnat de l'alimentation, la directrice d'un centre culturel, un capitaine d'industrie. Le livre se clôt sur l'assassinat d'une famille entière et la découverte d'un journal intime bouleversant. La cervelle gicle sur les murs, dans une ambiance de mômerie cruelle, de guignol assez voyou. Comme on dit dans la langue nothombienne, c'est le triomphe de « l'hygiène de l'assassin », le kitsch morbide, le cinoche hollywoodien, les faits divers crapuleux de banlieue. Nous sommes en plein dans le grotesque triste.

Amélie avoue que ce roman est parti d'une scène vécue par elle, à son domicile : une hirondelle affolée est venue mourir dans sa chambre. On retrouve cet incident au milieu du livre... Mais une hirondelle, si elle ne fait pas le printemps, ne rédige pas non plus un livre aussi réussi. Sous la guignolade intrépide se cache un autre livre : incisif, mordant, brillant, paradoxal, frivole, comique, inattendu, drôle, complice.

Rarement les dialogues auront été aussi toniques et naturels, sortis tout droit d'un cerveau de garnement heureux. Quand on annonce au tueur qu'il doit tuer une famille entière, il répond : « Tant mieux. J'ai horreur des familles. Quand j'entends le mot famille, je pense à ces déjeuners du dimanche, la tante filme tes13 ans avec son Caméscope et tu as envie de mourir. »

Ce qui est étonnant, chez cette insolente de 39 ans, c'est qu'elle écrit comme on joue à la récré, avec un charme acide, appétit, verdeur, jubilation.

Ses deux derniers livres dévoilent un monde plus large, moins personnel et autistique ; ils portent un regard plein d'effroi sur le monde actuel, mais Amélie garde miraculeusement un ton primesautier. Elle a une joie si grande à faire dialoguer la triste et la gaie qui cohabitent en elle que ses livres respirent l'élan, l'élégance, la trouvaille, un petit côté hussard.

Le changement de thématique de ses deux derniers romans témoigne d'un renouvellement. Mélange réussi de badinage rigolo sur un fond noir absolu. Elle s'amuse et elle crie en même temps. Elle dénonce la marche vers la mort de nos sociétés, leurs divertissements barbares, leur désordre cynique étalé, mais, comme Alfred Jarry, elle rit, invente, caricature l'épouvante. Cet équilibre est miraculeux dans une rentrée littéraire qui en rajoute dans la tristesse complaisante. Nothomb pulvérise tout ça, comme Voltaire, avec « Candide », donne l'inventaire de toutes les noirceurs du monde dans un rire féerique

« Journal d'Hirondelle », d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 144 pages, 14,50 E). En vente le 23 août.


© le point 17/08/06 - N°1770 - Page 75 - 606 mots
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MessageSujet: Re: Journal d'Hirondelle   Sam 26 Aoû 2006 - 10:21

Journal d'Hirondelle

Albin Michel, 138 pp., env.14,50 €

Merci à Picyan pour le lien :

Que s'est-il passé avec notre Amélie nationale? Comme à chaque rentrée littéraire, elle nous offre son futur best-seller, abonné garanti aux gros tirages. Mais, cette année, quelle indigence! Un texte vite fait, mal ficelé, indigne de son talent. La trame n'est pas crédible, pas un instant on ne croit à son coursier qui perd toute sensibilité et devient tueur à gages, au rythme d'un meurtre par jour, seule action qui le fasse encore jouir. Jusqu'au jour où, tuant un ministre, il croise les yeux d'une adolescente qui parvient - enfin - à éveiller quelque sentiment. À moins que ce ne soit l'hirondelle qu'il sauve de la mort. Redite en mode minimal de «Crash» ou des «Souris et des hommes», le devoir annuel d'Amélie Nothomb, rédigé entre les tartines et le chocolat, est sans surprise ni intérêt. Et son style, ciselé d'habitude, ne délivre ici que des lieux communs et même parfois des jeux de mots en guise de philosophie profonde. Un roman à oublier.

La libre Belgique, 25 août 2006.
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MessageSujet: Re: Journal d'Hirondelle   Sam 2 Sep 2006 - 14:15

Le Nothomb nouveau est arrivé

par Baptiste Liger
Lire, septembre 2006


Un roman d'Amélie Nothomb, c'est un peu comme le beaujolais nouveau. Sans être exceptionnel, le cru 2006 oscille entre la sympathique cuvée gouleyante (Stupeur et tremblements) et le vrai tord-boyaux (Acide sulfurique). Trinquons donc et répondons à l'automnale question: «Alors, t'en penses quoi?» Journal d'Hirondelle a du goût, mais il faut chercher le sens! Suite à un chagrin d'amour, le héros anonyme d'Amélie Nothomb décide, pour éviter de souffrir, de tuer toutes ses sensations, de faire un «suicide sensoriel». Conséquence: ce coursier replié sur lui-même perd toute idée de Bien et de Mal. Il change de vie et devient tueur à gages. Alors qu'il est chargé d'assassiner un ministre et sa famille, il récupère une serviette.
Dans celle-ci, le meurtrier trouve le journal de la fille du ministre. Sa lecture changera à jamais son destin, pour une cure de jouvence psycho-amoureuse plutôt saignante. Amélie Nothomb a brodé avec Journal d'Hirondelle une grosse nouvelle autour du mariage entre Eros et Thanatos, thème déjà sous-jacent de toute son œuvre mais qui n'avait encore jamais été traité à ce point. L'idée est bonne, mais on a l'impression qu'Amélie Nothomb n'a rendu, en lieu et place d'un grand roman, qu'un plan détaillé. Ses personnages restent des figures trop superficielles, son récit manque parfois de chair. Toutefois, et c'est le principal, Nothomb sait toucher nos mauvais penchants. On prend, dès lors, un réel plaisir à lire ce petit roman, équivalent à un bon épisode d'Alfred Hitchcock présente: plutôt plaisant, sans égaler les chefs-d'œuvre du maître.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Journal d'Hirondelle   Mer 20 Sep 2006 - 17:33

Une hirondelle aux ailes coupées

Olivier Delcroix, le Figaro du 14 septembre 2006.


L'exentrique star des lettres met en scène un tueur à gages au coeur
d'une intrigue sans surprise.


Un individu se jette du haut d'un immeuble. A chaque étage, les habitants l'entendent répéter : « Jusqu'ici ça va ! Jusqu'ici ça va ! » L'anecdote, racontée par Steve McQueen, dans Les Sept Mercenaires, juste avant l'attaque du village mexicain, est devenue célèbre. Elle résume parfaitement le sentiment qui se dégage de la lecture du nouveau roman d'Amélie Nothomb. Une sensation inexorable de chute, doublée d'une prise de conscience : notre Amélie nationale pourra-t-elle descendre plus bas, sans finir par s'écraser sur le plancher des lettres ?

Pourtant, le titre de ce quatorzième livre promettait quelques belles envolées. Journal d'Hirondelle met en scène un tueur à gages insensible nommé Urbain qui, après avoir tué une adolescente, lui vole son journal intime, en tombe amoureux post mortem, déclenchant ainsi sa propre fin.

Le « nothombophile » inconditionnel s'attend à tout. D'autant que l'auteur d'Hygiène de l'assassin précise sur le dos de couver­ture : « C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou. » Il se frotte les mains, ravi : revoilà la flèche wallonne qui publie à jet continu un livre par an depuis 1992. Comme il s'agit d'un roman policier, elle va mettre dans le mille à tout coup. Caramba ! Encore raté.

Platitudes romanesques
Certes, l'auteur cultive toujours l'art d'asséner ses sentences en forme d'aphorismes, « Rien n'est vierge comme de tuer », « Il n'y a rien de plus bizarre que l'érotisme » ou « Un tueur est un individu qui s'investit davantage dans ses rencontres que le commun des mortels ». Mais quelques plates considérations romanesques, ­brodées sur une intrigue sans surprise, ne font pas un grand livre. Où sont passés le style, l'humour et les obsessions de celle qui sut si bien travailler du chapeau ? Sa féerie furieuse, sa mystique des ­ténèbres, sa pureté rageuse, sa boulimie littéraire : évanouies ? Journal d'Hirondelle bat de l'aile comme un petit volatile affolé, qui se cognerait contre les murs de la littérature, avant de finir sa vie en script calibré pour série ­télé. Les fous d'Amélie seront-ils encore dupes, eux qui assurent d'inva­riables tirages de 200 000 exemplaires à la croque-mitaine des mots ? Réveille-toi Amélie, ne fait pas comme Icare dans le fameux tableau de ton compatriote Brueghel...
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