Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 La Condition littéraire

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LP de Savy
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MessageSujet: La Condition littéraire   Mer 23 Aoû 2006 - 23:53

L'auteur et ses doubles

par Thierry Gandillot

A l'heure où les maisons d'édition préparent la rentrée littéraire, une passionnante enquête dirigée par Bernard Lahire dessine le portrait de l'écrivain contemporain
Peut-on vivre de sa plume? Le comte Alfred de Vigny, accablé par les servitudes militaires et saisi par les vertiges de la grandeur littéraire, en doutait: «La plus belle muse du monde ne peut suffire à nourrir son homme, écrivait-il. Il faut avoir ces demoiselles-là pour maîtresses, mais jamais pour femme.» La liste est infinie des écrivains qui choisirent, de gré ou de force, à un moment ou un autre de leur carrière, la sécurité d'un second métier: Chateaubriand, Claudel et Saint-John Perse, diplomates; Balzac, clerc de notaire, éditeur, spéculateur - il posséda une mine d'argent en Sardaigne! - et même agriculteur - il tenta de faire pousser des ananas sur la colline de Saint-Cloud - avant d'échouer à la députation; Stendhal, journaliste et auditeur au Conseil d'Etat; Mallarmé, professeur d'anglais; Maupassant, commis de ministère; Rousseau, copiste de musique; Desnos, successivement employé chez un droguiste en gros, expéditionnaire au Cercle de la librairie, aide-comptable à la librairie Baillière, pigiste, caissier puis journaliste à Paris-Soir; Ribemont-Dessaignes, feuilletoniste pour les Pieds nickelés.

Qu'en est-il aujourd'hui? Jamais, en France, on n'a tant écrit, publié: pour cette seule rentrée littéraire, Livres Hebdo, irremplaçable comptable de la frénésie éditoriale hexagonale, recense 683 nouveaux romans cette année, pour 663 en 2005, dont 475 français (449 l'an passé, et «seulement» 270 en 1997). De fin août à fin septembre, Gallimard aligne 14 nouveautés françaises, Fayard, 13, Le Seuil, 12, Le Rocher et Grasset, 11, Stock et L'Harmattan, 10, Albin Michel et Flammarion, 9, Actes Sud, Presses de la Cité et Robert Laffont, 8, Denoël et Plon, 6. Bonne chance... Car combien iront-ils au bout?

Peu. C'est ce que démontre la passionnante enquête de Bernard Lahire (voir l'encadré ci-contre). Dans la région Rhône-Alpes, cible de sa recherche, les statistiques sont éloquentes: 15,3% des écrivains n'ont pas, au minimum une fois dans leur vie, atteint la barre des 500 exemplaires vendus, 16,2%, celle des 1 000. Parmi les plus chanceux, 13% seulement des auteurs ont vendu au moins un de leurs livres entre 4 000 et 10 000. Enfin, 23,4% ont réussi à franchir la barre mythique des 10 000.

Quant aux revenus, c'est également la Berezina: 42,5% des écrivains n'ont rien touché au cours de l'année qui a précédé l'enquête. Pour 28% d'entre eux, les droits d'auteur, à-valoir, droits dérivés (traductions, passage en édition de poche, adaptation au cinéma, au théâtre ou à la télévision...) ont représenté moins de 10% de leurs revenus. Peu nombreux (à peine 10%) sont ceux dont les sommes provenant de l'écriture dépassent la moitié du revenu global. Enfin, seule une petite minorité des écrivains interrogés a gagné plus de 10 000 euros au cours des douze mois écoulés, le plus «riche» ayant perçu près de 80 000 euros. Notons au passage que 31% des auteurs se plaignent de n'avoir jamais touché leurs droits d'auteur!

Nulle surprise, dans ces conditions, que les écrivains soient obligés, pour assouvir leur passion, de déployer tout un réseau de stratégies, de ruses, de va-et-vient permanents ou d'accommodements (avec la vie professionnelle, mais aussi familiale), que l'enquête de Lahire décrit dans le détail. Frustrés de ne pouvoir exercer leur art et en vivre, la plupart sont lancés dans une folle course-poursuite avec le temps, dégageant quelques heures un week-end, sacrifiant une semaine de vacances, ici ou là, toujours à la recherche d'un lieu indépendant ou, simplement, d'un peu de silence. Mais, dans le même mouvement, les voici obligés de consumer une partie de leur précieuse énergie créatrice en partant à la chasse aux bourses, aides, avances ou subventions de tout poil; en postulant une «résidence en écriture» - trois mois au calme, logé, nourri, blanchi: le rêve!; en participant à des concours de nouvelles ou de poésie, à ces Salons du livre qui poussent comme des champignons dans toutes les bourgades de France; en intervenant dans des écoles ou dans des ateliers d'écriture; en effectuant des travaux de nègre ou de rewriting, etc.

Pour Lahire, le comportement de l'écrivain s'apparente à celui du joueur. L'écriture, comme le jeu, est une activité libre (au sens où l'on n'est pas obligé de la pratiquer), distincte de la vie quotidienne (puisqu'elle se déroule dans un espace de temps délimité arbitrairement), réglée, incertaine, improductive, fictive (en cela qu'elle est accompagnée d'un sentiment assez net d'irréalité par rapport à la vie courante), mais néanmoins capable d'absorber totalement. Et Lahire de définir trois grands types de joueur: l'occasionnel, qui pratique la littérature comme un loisir ou une détente; le mordu, qui fait du jeu le moteur premier de son existence, tout en étant forcé de pratiquer parallèlement un second métier afin de pouvoir continuer à financer sa passion; le professionnel, qui vit de la littérature, soit qu'il ait pu abandonner son métier en conquérant progressivement public et notoriété, soit qu'il rentabilise des techniques de jeu déjà éprouvées, ou même qu'il joue pour gagner de l'argent.

Les statistiques collectées par l'enquête démontrent que la quasi-totalité des auteurs pratiquent, ou ont pratiqué, un autre métier (ce qui leur ouvre des droits à la retraite). Selon Lahire, en 2004, 49,2% d'entre eux exerçaient une activité rémunérée, 49,4% en exerçaient une dans le passé, et 1,4% seulement déclarent n'en avoir jamais exercé. Huit écrivains étaient, la même année, bénéficiaires du RMI, et 18 l'avaient été auparavant. En outre, 59% abandonneraient leur métier s'ils en avaient la possibilité.

Au-delà des statistiques, les entretiens qualitatifs menés par Lahire avec de nombreux écrivains rendent passionnante cette enquête qui fera date (voir les encadrés consacrés à Yves Bichet et à André Bucher). Elle aboutit à mettre ce paradoxe en évidence: «Ceux qui sont au cœur de l'économie du livre - les écrivains - ne comptent généralement pas parmi ceux qu'on appelle les professionnels du livre. Ceux qui mettent le plus d'art dans ce qu'ils font ont très peu de chances de compter parmi les plus grands professionnels.» Pour René Char, le poète n'est qu'une «abstraction momentanée». Pas pour le monde de l'édition, qui vit à ses dépens. Rappelons que, de son vivant, Apollinaire n'avait vendu que 163 volumes d'Alcools. Il s'en est écoulé 1,6 million depuis sa mort.

La Condition littéraire
Bernard Lahire
éd. La Découverte
avec la collaboration de Géraldine Bois

L'Express, 17 août 2006


Dernière édition par le Mer 23 Aoû 2006 - 23:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Condition littéraire   Mer 23 Aoû 2006 - 23:54

Comptes d'auteur
par Thierry Gandillot

C'est l'enquête que l'on attendait. Intitulée La Condition littéraire et judicieusement sous-titrée «La double vie des écrivains», elle a été menée dans la région Rhône-Alpes par Bernard Lahire avec la collaboration de Géraldine Bois auprès de 503 écrivains (dont 40 ont été soumis à un entretien qualitatif approfondi). Pour la première fois, on peut approcher, dans le détail, la réalité de cette activité qui fascine de plus en plus de Français: l'écriture. Car écrire, c'est une chose, être publié en est une autre. Quant à en tirer un gain financier, cela relève, la plupart du temps, du miracle. Comme le notait Jean-François Marmontel (1723-1799), écrivain natif de Bort-les-Orgues, célèbre pour ses Contes moraux: «L'homme qui fait des souliers est sûr de son salaire; l'homme qui fait un livre n'est jamais sûr de rien.» Sinon qu'il a pris son pied?

L'Express, 17 août 2006.
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MessageSujet: Re: La Condition littéraire   Jeu 24 Aoû 2006 - 0:02

“Les intermittents ont un statut, pas les écrivains”

Loin des confortables à-valoir d’une poignée d’auteurs stars, 98 % des écrivains exercent une autre activité professionnelle pour gagner leur vie. Le sociologue Bernard Lahire s’est penché sur leur quotidien dans son étude, La Condition littéraire. Les témoignages qu’il a recueillis mêlent bonheur d’écrire, frustrations, quête de reconnaissance et volonté d’indépendance.
Qu’est-ce qu’un écrivain ? Un créateur, certes, mais aussi un individu de chair et d’os, un homme ou une femme que ses aspirations esthétiques ne dispensent pas des contraintes prosaïques de la vie matérielle. On l’avait peut-être oublié, sous l’influence notamment de la pensée structuraliste, qui a œuvré, depuis plusieurs décennies, à effacer quelque peu l’auteur du devant de la scène littéraire, au profit du texte, ce dernier jouissant en quelque sorte d’une vie autonome. L’enquête menée en région Rhône-Alpes par le sociologue Bernard Lahire (1), et dont la passionnante synthèse paraît aujourd’hui sous le titre La Condition littéraire, peut dès lors se lire, conformément au souhait de son auteur, comme une entreprise destinée à « matérialiser […] des écrivains trop souvent considérés comme des créateurs désincarnés ». Ramenés à la vie, voici donc les écrivains en ces pages saisis dans leur quotidien, parfois âpre – c’est que « la condition littéraire » n’est pas si simple qu’on le croit communément, et que derrière le terme générique d’« écrivain » se dissimulent des réalités sociales complexes. Une généralité s’impose pourtant, au-delà des différences : ceux qui vivent de leur plume sont des exceptions, et la règle générale est plutôt celle de la « double vie » – côté face l’écriture ; côté pile un second métier, une famille, des enfants, tout ce qui fait une vie sociale ordinaire.

Télérama : Votre étude montre que 98 % des écrivains exercent ou ont exercé un second métier. Est-ce une proportion que l’on retrouve dans d’autres disciplines artistiques ou intellectuelles ?
Bernard Lahire : Pas du tout, leur situation n’est en rien ordinaire. Même quand leur second métier est lié soit à la littérature – s’ils sont enseignants en lettres par exemple –, soit à l’écriture – s’ils sont journalistes notamment –, le lien avec leur activité d’écrivain n’est pas direct. Les intermittents du spectacle ont un statut, pas les écrivains. Et seule une infime minorité d’entre eux a la possibilité d’exiger des éditeurs des droits d’auteur élevés. Au fond, on pourrait dire que l’écrivain est au centre d’un système d’exploitation, au sens non pas polémique, mais technique du terme. A savoir que la création littéraire permet de faire vivre toute la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire en passant par l’employé d’imprimerie, mais l’écrivain, qui est pourtant au cœur de cette chaîne, lui, n’en vit pas.

Télérama : Cette contrainte du second métier est-elle pour eux une souffrance ?
Bernard Lahire : Ils ne sont pas tous perpétuellement dans la douleur, mais chacun en souffre à un moment ou à un autre. Pour certains, la situation est une source permanente de tension et de frustration ; d’autres l’intériorisent et l’acceptent mieux. Le vécu est variable, en fonction de leur tempérament, en fonction aussi de la pénibilité du second métier qu’ils exercent, mais il n’est jamais pleinement serein. Il me semble qu’aux yeux du public c’est une réalité très peu connue. On ne parle du second métier d’un écrivain que lorsqu’il est exotique : Yves Bichet est l’écrivain maçon, André Bucher l’écrivain agriculteur, comme Jean Rouaud fut l’écrivain kiosquier lorsqu’il a publié son premier roman. Mais cette réalité du second métier des écrivains n’est jamais posée comme un problème social spécifique, alors même que cela touche une écrasante majorité d’entre eux et que c’est un phénomène historique vieux de plusieurs siècles.

Télérama : Vous parvenez à dégager une sorte de portrait-robot de l’écrivain : un homme, issu des catégories sociales élevées, diplômé…
Bernard Lahire : Ces tendances sont même beaucoup plus fortes que je ne l’imaginais avant de commencer l’enquête. Je pensais trouver, parmi ces écrivains, des origines sociales très disparates, des niveaux de diplôme variés. Finalement, tout en ayant choisi d’ouvrir le plus largement possible la population auprès de laquelle a été menée l’enquête (2), on se rend compte que 71 % des écrivains ont un niveau d’études supérieur ou égal à bac + 2 – c’est une surreprésentation massive par rapport à la proportion nationale, qui est de 17 %. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’il n’y a pas de condition d’entrée dans le jeu littéraire, pas de diplôme exigé. On assiste donc à un phénomène d’autocensure : des personnes moins diplômées ne s’autorisent pas à écrire et à publier.

Télérama : Est-ce parce que les personnes diplômées ont une plus grande habitude de l’écrit ?
Bernard Lahire : Ce qu’apporte l’école, c’est non seulement des compétences à lire et à écrire, mais aussi la possibilité de s’autoriser à penser qu’on peut le faire – une estime de soi et une assurance sociale qui permettent de se dire : pourquoi pas moi ?
Autre tendance forte : les écrivains ont une position sociale personnelle assez élevée. Ainsi, 64 % d’entre eux exercent, en guise de second métier, une profession qui les rattache à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures. Enfin, on constate effectivement une surreprésentation des hommes – et cette dernière s’accentue lorsqu’on monte dans l’échelle de la légitimité. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les listes des lauréats de prix littéraires importants, sur lesquelles les femmes sont très minoritaires. Cela parce que ces dernières, les témoignages sont probants dans le livre, ont notamment plus de difficultés à ménager du temps pour elles, à supporter les frustrations et aussi la culpabilité qu’une telle organisation engendre souvent.

Télérama : Justement, existe-t-il un lien entre les conditions d’élaboration d’un texte, et la forme, le contenu de ce texte ?
Bernard Lahire : Oui, cette réflexion est sous-jacente tout au long du livre. De façon très concrète, le manque de temps peut amener un écrivain à privilégier la forme brève, l’écriture fragmentée ou la nouvelle plutôt que le roman. Francis Ponge, par exemple, témoignait du fait que, disposant de peu de temps en dehors de son travail d’employé de bureau aux messageries Hachette, il tentait chez lui le soir de faire d’un objet une description poétique. Mais s’il avait eu davantage de temps, il aurait écrit différemment. Par ailleurs, dans le même ordre d’idées, si la littérature est une transfiguration des expériences vécues par l’écrivain dans le cadre de sa famille, de sa profession, de son milieu social, l’appartenance d’une majorité d’auteurs aux classes sociales supérieures n’est pas sans incidence sur les thèmes dominants de la production littéraire, sur la langue dans laquelle elle s’écrit.

Télérama : Ceux que vous avez interrogés semblent mal à l’aise par rapport à l’argent et au succès. Certes, ils ne refusent ni l’un ni l’autre, mais ils les redoutent aussi…
Bernard Lahire : Le cas du romancier de science-fiction Ayerdhal est très intéressant pour comprendre ce point de vue. Il est un des rares à vivre de sa plume. Mais, pour y parvenir, il est contraint de publier un livre à peu près tous les ans, et de le vendre à quelque 10 000 exemplaires. Cette obligation finit par le faire douter de son envie d’écrire. Il en vient même à se demander s’il n’aurait pas dû exercer un second métier, afin de pouvoir vivre l’écriture comme une vocation, une passion, et non comme une obligation. Franz Kafka, lui aussi, dans son journal, doute de l’intérêt qu’il y aurait pour lui à arrêter d’exercer un second métier, parce qu’il sait qu’il n’écrit pas suffisamment pour vivre de ses livres, et qu’il écrit des livres trop singuliers pour espérer de gros tirages.

Télérama : Ce raisonnement ne va-t-il pas à contre-courant d’une société où la valeur des choses se mesure souvent à leur prix ?
Bernard Lahire : L’idée que la valeur d’une œuvre se mesurerait à l’argent qu’on peut en tirer est très peu présente chez eux. Cela, c’est plutôt une logique de type Audimat : les chaînes de télévision sont fières d’annoncer le nombre de téléspectateurs qui les regardent. Mais pour un écrivain, la quête du succès peut être une source de danger pour la qualité, la singularité de l’œuvre qu’il poursuit. Son souci, c’est plutôt d’être reconnu comme un écrivain dont le travail apporte quelque chose à la littérature. On est dans un univers que Bourdieu définissait comme ayant intérêt au désintéressement : au fond, dans un milieu artistique, le succès entraîne une suspicion. Il y a là comme une économie inversée. Bien sûr, il n’y a pas d’auteur pour dire : je n’aime pas l’argent. Le discours est plutôt : je serais très content si je vendais beaucoup de livres, mais le nombre de lecteurs n’est pas mon souci principal. C’est la reconnaissance qu’ils recherchent avant tout.

Télérama : D’où peut venir la reconnaissance, si elle n’est pas liée à l’argent ?
Bernard Lahire : Ils cherchent la reconnaissance auprès de personnes capables d’apprécier leurs qualités littéraires : certains critiques aux jugements desquels ils accordent une autorité, ou leurs pairs. La reconnaissance passe aussi par le fait d’intégrer une maison d’édition parisienne ayant accumulé un fort capital de prestige littéraire comme Gallimard, Minuit ou P.O.L. Enfin, il y a les prix littéraires. Un prix peut être décisif pour un auteur, changer sa vie du point de vue économique, créer une dynamique qui permette à ses ventes de franchir un seuil, être l’occasion d’arrêter d’exercer un second métier. En même temps, les auteurs s’en méfient, pensent même que l’obtention d’un prix pourrait les paralyser. C’est un sentiment contradictoire, comme celui éprouvé face à l’argent.

Télérama : Donc, ils aspirent au succès tout en s’en méfiant, ils souffrent de devoir exercer un second métier tout en y voyant une condition de liberté… Ils sont au cœur d’un nœud de contradictions.
Bernard Lahire : Absolument. Ils ne refusent pas le succès, tout en s’en protégeant. Et même s’ils assument des aspirations littéraires d’une grande pureté, ils rêvent souvent d’avoir un peu plus d’argent pour disposer de davantage de temps. Car, tout simplement, ils ont une vie concrète, matérielle, et le désir légitime que cette vie ne soit pas une épreuve permanente.

(1) Bernard Lahire a notamment publié Tableaux de familles, Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires (éd. Gallimard/Le Seuil, 1995), La Culture des individus, Dissonances culturelles et distinction de soi (éd. La Découverte, 2004, aujourd’hui disponible en poche chez le même éditeur).

(2) L’enquête, menée en 2004 et en 2005, s’appuie sur 503 écrivains, nés ou vivant et travaillant en région Rhône-Alpes, interrogés par le biais d’un questionnaire, et sur des entretiens réalisés avec 40 d’entre eux. A lireLa Condition littéraire, La double vie des écrivains, éd. La Découverte, 624 p., 25 € (en librairie le 31 août).

Propos recueillis par
Nathalie Crom

Télérama, 23 août 2006.
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