Propos insignifiants

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 Chemin de fers par Benoît Duteurtre

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Magnakaï
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MessageSujet: Chemin de fers par Benoît Duteurtre   Mer 30 Aoû 2006 - 17:13

Contrairement à ce qui a été écrit ici ou là, le dernier roman de Benoît Duteurtre, Chemins de Fer n'est pas un "roman social". C'est un peu réducteur tant cet ouvrage semble imprégné de mélancolie et de nostalgie rompant avec la veine plus "comique" de La petite fille et la cigarette.

Il renoue avec ce spleen que l'on observait dans Tout doit disparaître et un peu dans Le voyage en France

Les observations sur les transformations de la SNCF sont très justes, en particulier le fait que la SNCF soit l'un des plus gros transporteurs routier via ses filiales.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Chemin de fers par Benoît Duteurtre   Jeu 31 Aoû 2006 - 11:51

J'ai eu la chance de le recevoir hier, dédicacé par l'auteur. Je ne l'ai pas encore commencé, mais a priori, ton analyse me semble juste.
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Magnakaï
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MessageSujet: Re: Chemin de fers par Benoît Duteurtre   Ven 1 Sep 2006 - 13:11

Mazette, dédicacé par Benoît Duteurtre lui-même... Là, je suis jaloux!

Le style limpide de Benoît Duteurtre fera que tu dévoreras facilement le roman.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Chemin de fers par Benoît Duteurtre   Sam 30 Sep 2006 - 22:59

Quand la vie déraille

Sébastien LAPAQUE, le Figaro 28 septembre 2006.


Où la directrice d'une agence de « com » découvre la tyrannie du « moderne », rien qu'en prenant le train.
« PEUT-ÊTRE le bonheur n'est-il que dans les gares », scandait Charles Cros, un avant-hier oublié. Longtemps après que le poète a disparu, les usagers ont été remplacés par des clients, les guichets par des bornes électroniques, les brasseries par des distributeurs de friandises. Les tickets de quai ont disparu et le bonheur avec eux. On pourrait en pleurer. Benoît Duteurtre préfère en rire dans une fable d'époque qui met en scène la directrice d'une agence de communication terrifiée par la modernisation de la SNCF. « Assez bonne nageuse dans le bassin de la vie mondaine », adaptée aux rugueuses nécessités économiques de son époque, Florence découvre avec effroi la modification des moeurs induite par la catastrophe sociale en cours à l'occasion de liaisons ferroviaires entre Paris et sa maison de montagne.
Façon de Virgile rieur aux Bucoliques abolies, Benoît Duteurtre imagine avec malice la rencontre entre cette citadine lassée par la modernité et des ruraux assoiffés de progrès. Progressiste à la ville, son héroïne se découvre réactionnaire aux champs, s'acharnant à concilier les contraires à l'occasion de ses voyages en train. Hélas, c'est en voiture que les choses sont parfois les pires, et le discours commercial des contrôleurs relookés n'y change rien.
La communicante chargée d'ima­giner les slogans publicitaires qui accompagnent toutes les liquidations se prend à regretter la transformation du service public en ­entreprise à fort taux de croissance. Déroulant ses effets au fil d'un journal intime, l'apologue est joliment troussé, quoique un peu démonstratif. Benoît Duteurtre, qui a déjà inscrit les embouteillages et les téléphones portables à son tableau de chasse, sait pourtant qu'il faut mieux montrer que décrire pour réussir à faire rire. Il faut croire que notre ­Molière était un peu las de ferrailler contre la bêtise. N'importe. Il continue d'apporter au roman français la légèreté, la fraîcheur et l'esprit critique qui lui font défaut, alternant grands effets et petites pièces d'époque jouées sur le mode mineur.
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Magnakaï
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MessageSujet: Re: Chemin de fers par Benoît Duteurtre   Lun 1 Jan 2007 - 17:03

L'Humanité du 14 décembre.

La chronique littéraire de Jean-Claude Lebrun



Un néoréalisme souriant



Chemins de fer,

de Benoît Duteurtre.

Éditions Fayard, 216 pages, 17 euros.

Depuis plus de vingt ans, Benoît Duteurtre s’attache à dire au plus près le réel contemporain. Adepte militant du néoréalisme, ainsi qu’en témoignent ses collaborations à L’Atelier du roman, il en incarne une face souriante, d’une ironie certes incontestable mais toujours policée. Le jeune homme bien élevé, dont on se souvient qu’il apportait chaque vendredi à l’hebdomadaire Révolution des articles informés et pertinents, toujours d’une grande élégance,

sur la musique, est ainsi peu à peu devenu l’un

des acteurs les plus représentatifs d’une manière de nouvel engagement littéraire. Car ses petites histoires charmantes, avec des héros affublés du regard décalé des Persans

de Montesquieu, touchent toujours juste.

Le narrateur est aujourd’hui une femme. Une certaine Florence, la cinquantaine alerte et séduisante, directrice d’une agence de communication parisienne et utilisatrice chaque fin de semaine de la ligne SNCF qui relie la capitale à une localité d’une vallée vosgienne, via Nancy. Un détail qui a ici son importance : à chaque fois, en effet, au moment de la correspondance, elle passe du confort standardisé d’une ligne internationale au délabrement d’une desserte secondaire en voie de suppression. Et sa vie oscille semblablement entre deux pôles. À Paris, l’exigence la performance, le poids des critères de gestion, la recherche du profit maximum. Dans sa vieille maison de la montagne, le désir de lenteur, le goût

d’une confortable rusticité,

le rejet d’une modernité agressive. Une schizophrénie plutôt bien assumée, et même revendiquée, jusqu’à ce que

les lignes se brouillent. Benoît Duteurtre brosse ici le portrait d’un être qui a profité de l’ultralibéralisme et s’est fort bien arrangé avec la brutalité de celui-ci, en cultivant dans sa thébaïde au-dessus du village un mode de vie d’apparence vieillotte. Florence consacre un temps non négligeable à fendre les bûches qu’elle fait brûler dans sa cheminée, mais c’est un efficace chauffage central qui diffuse sa chaleur à l’intérieur de la maison !

Tout chez elle fonctionne ainsi de façon duale. D’un côté, par exemple, la nostalgie d’un âge d’or largement fantasmé, de l’autre l’adhésion sans complexe au principe de réalité. D’un côté encore, une résistance farouche à la moindre dégradation du paysage alentour, de l’autre une contribution active, par l’entremise de contrats de communication

avec la SNCF, à la politique de retrait ferroviaire au profit de la route. Sauf qu’à force d’opérer en soi ces cloisonnements, Florence un jour perd pied. Entre

une posture humaniste et la stricte recherche du profit, il n’est en effet point de conciliation possible, quoi qu’elle ait pu longtemps en penser. On la voit, à la fin du livre, sortir

de sa douillette maison et se perdre en pleine tempête

de neige, dans une sorte de délire où passé et présent se confondent. En bas de chez elle sont maintenant apparus un réverbère et des bacs de tri sélectif, bientôt ce sera un rond-point : l’écologie cesse d’être pour elle une bucolique abstraction, elle prend les dehors de ces installations hideuses dont on trouve partout les répliques. Dans le village, en revanche, on plébiscite ces signes évidents d’appartenance à la modernité. Benoît Duteurtre aime à loger ses récits au coeur de la contradiction. Avec le regard distancié du Persan de Montesquieu, il observe une humanité contrainte au grand écart permanent, et finalement à une incohérence dévastatrice.

Sous leur allure candide, gentiment acidulée, ses petites histoires s’emparent de notre réalité contemporaine pour en isoler à chaque fois des fragments significatifs. On ne cesse d’y voir les ravages du capitalisme à très grande vitesse.

Et plus encore la capacité de celui-ci à tout récupérer,

à tout transformer en marchandise. Ici, par exemple,

la préoccupation écologique. Dans la montagne de Florence, on conservera intact tel petit vallon, mais pour l’exploiter peut-être un jour à des fins muséales. L’empire

de la marchandise absorbe et transmue tout en produit.

Jusqu’à sa contestation. Cela même qu’on avait déjà pu lire il y a presque un siècle et demi, en 1862, sous la plume

d’un certain Karl Marx. Une obédience qui ne devrait pas nécessairement déplaire à Benoît Duteurtre.

Jean-Claude Lebrun
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