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 La Traversée de l'été de Truman Capote

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LP de Savy
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MessageSujet: La Traversée de l'été de Truman Capote   Dim 10 Sep 2006 - 14:53

Truman Capote : Le manuscrit retrouvé

Christophe Mercier, 7 septembre 2006.

Perdue, puis exhumée, « La Traversée de l'été » est la première oeuvre rédigée par un écrivain en herbe de dix-neuf ans. Une sorte d'East Side Story où l'amour se heurte aux barrières de la vie. Capote avant Capote.


Grady McNeil, dix-sept ans, fille d'un homme d'affaires new-yorkais, assiste à l'embarquement de ses parents pour l'Europe sur le Queen Mary. Elle, elle préfère passer l'été seule à New York, dans le luxueux appartement familial, sur la Cinquième Avenue. Peter Bell, un copain d'enfance, est là pour lui servir de chevalier servant. Et, côté coeur, tout va bien : elle est amoureuse du beau Clyde, qui est juif, et qui n'est pas de son monde : il est gardien de parking et vit à Brooklyn avec sa mère et sa nombreuse famille. L'été est ensoleillé, et la fin d'adolescence est douce. Mais, entre Grady et Clyde, les choses deviennent sérieuses ; Grady découvrira, très vite, les déchirements de l'âge adulte, - et le fossé entre les classes sociales.

Hormis une fin assez lourdement mélo­dramatique, La Traversée de l'été est un premier roman très prometteur, d'une grande élégance d'écriture, d'une véritable subtilité d'observation (« La cage des lions se distingue des autres par son odeur aigre de renfermé et de désirs morts. La lionne, allongée sur le sol de sa prison, a la grâce d'une ancienne star passée de mode, tandis que son mâle, un lourdaud ridicule, cligne des yeux au public comme s'il avait des problèmes de vue. ») On peut prédire à l'auteur une véritable carrière d'écrivain.

Célèbre dès son premier livreVoilà à peu près ce qu'on aurait pu dire si La Traversée de l'été était paru au moment où il a été écrit, peu après la dernière guerre. Et on ne se serait pas trompé : l'auteur de ce roman resté jusqu'alors inédit est devenu célèbre, dès son premier livre publié, Les Domaines hantés, en 1948.

Truman Capote, disparu en 1984, ressurgit avec un livre dont on n'avait jamais entendu parler (il ne l'évoque même pas dans ses longs entretiens avec Lawrence Grobel), et dont le manuscrit a été découvert lors d'une vente chez Sotheby's. Fallait-il publier La Traversée de l'été ? On n'est pas là pour trancher sur un point de droit moral. Force est d'avouer que ce court roman ne se contente pas d'annoncer les réussites à venir, mais dépasse d'une bonne coudée ce que le critique consciencieux se sent obligé d'ingurgiter en fait de nouveautés au cours d'une saison littéraire.

De La Traversée de l'été, son éditeur américain affirme que Capote y travailla durant une dizaine d'années, ce qui est sans doute exagéré : à vingt-quatre ans, il publia son premier véritable roman, et on peut supposer que celui que nous découvrons aujourd'hui était déjà derrière lui. On imagine qu'il en réutilisa sinon des passages, du moins une couleur, une ambiance, pour son célèbre Petit déjeuner chez Tiffany. Clyde est une petite soeur de la jeune Holly Golightly (immortalisée sous les traits d'Audrey Hepburn dans le plus beau film de Blake Edwards), découvrant la souffrance et la gravité de la vie à travers les futilités d'une existence de jeune bourgeoise new-yorkaise. On est loin des Domaines hantés et de La Harpe d'herbe, qui, avec leur tragique gothique, refléteront l'aspect » sudiste » de l'enfance de l'auteur. La Traversée de l'été, Prières exaucées (son dernier livre, publié à l'état de fragments) : l'oeuvre posthume de Capote dessine une sorte de portique inachevé à un corpus romanesque qui, en dépit de sa brièveté, résistera aux modes et au temps.


Dernière édition par le Dim 10 Sep 2006 - 14:56, édité 1 fois
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La Traversée de l'été de Truman Capote   Dim 10 Sep 2006 - 14:55

Un livre inachevé et exceptionnel

L'inédit de Truman Capote a été retrouvé aux Etats-Unis lors d'une vente aux enchères en 2005.


La publication de Summer Crossing n'a pas fait de grosses vagues aux États-Unis. Tout est dit dans cette appréciation du quotidien USA Today : « Quand on découvre un manuscrit non publié appartenant à un auteur célèbre par bonheur décédé, il s'avère généralement qu'il aurait mieux valu le laisser au fond du tiroir. Le Summer Crossing de Truman Capote est une exception. » Attention : chef-d'oeuvre en construction d'un futur maître annoncé... Exécuteur testamentaire de Capote, Alan ­U. Schwartz justifie ainsi sa décision d'autoriser la publication dans la postface de l'édition américaine : « En dernier ressort, le roman devait parler pour lui-même », après avoir concédé qu'il était « probable que Truman n'au­rait pas voulu que son roman soit publié ». Son jugement s'appuie sur les conclusions d'un comité de lecture convaincu que le style et la maîtrise entrevus dans ce premier ouvrage, et « qui allaient aboutir à Breakfast at Tiffany's, avaient trop de valeur pour être ignorés ». Parmi les spécialistes du comité : Gerald Clarke, autorité incontestée sur la vie de Capote et auteur d'une biographie référence de l'écrivain. L'expert a depuis changé d'avis, comme il s'en explique au Figaro : « Quand le livre est paru, personne, moi inclus, ne s'était rendu compte qu'il s'agissait d'un fragment, non d'une oeuvre complète. C'est seulement quand j'ai fait un peu de recherches, vérifié les lettres de Truman, que j'avais d'ailleurs éditées, que j'ai compris. »

Pour Gerald Clarke, la critique s'est fourvoyée parce qu'elle pensait avoir affaire à un livre certes « inachevé et non peaufiné », mais rédigé dans ses grandes lignes : « Selon mes calculs, Summer Crossings ne contient exactement que 29 235 mots. Or, selon l'état d'avancement du livre qu'il décrit dans une lettre du 30 août 1949 à ses éditeurs, on devrait avoir un total de plus de 80 000 mots. »

Rien d'une fin à la Truman CapoteAutre incohérence : le dénouement. « La suggestion d'un suicide de l'héroïne, entraînant avec elle ses compagnons prisonniers d'une voiture qui tombe du pont Queensboro, cela n'a rien d'une fin à la Truman Capote. » Le jeu se complique : fallait-il publier un manuscrit qui ne ressemble pas fidèlement à son auteur ? La trahison ne consiste-t-elle pas à faire passer un « fragment » pour la totalité ?

Pour Gerald Clarke, aucun doute : « Les intentions d'un auteur doivent être respectées et il est clair que Truman, qui est resté très méticuleux jusqu'à ses derniers jours, aurait encore beaucoup travaillé sur ce livre s'il avait voulu le ­publier. D'ailleurs, dans une lettre du 19 juin 1953 à Marie-Louise Aswell, son éditrice au magazine Harper's Bazaar, il précise : « Quant à Summer Crossing, je l'ai depuis longtemps déchiré. D'ail­leurs, il n'était pas fini. » On sait qu'il ne l'a pas déchiré, mais cela veut tout dire.

Dans sa préface à une réédition de son roman quasi autobiographique, Other Voices, Other Rooms, au profit duquel il avait abandonné l'écriture de Summer Crossing, Truman Capote parle seulement d'un « manuscrit jamais soumis et maintenant perdu ». Il l'avait laissé tomber car « de plus en plus, Summer Crossing me semblait léger, habile, non ressenti ». Gerald Clark se félicite que le manuscrit ait été retrouvé car « il contient d'excellentes parties », mais n'a sa place que « dans les bibliothèques car le lecteur d'un livre publié a toujours tendance à le considérer comme une oeuvre achevée ».

Jean-louis Turlin, 7 septembre 2006.
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MessageSujet: Re: La Traversée de l'été de Truman Capote   Sam 23 Sep 2006 - 21:51

Capote inabouti

Quand on aime un écrivain, tout est intéressant, la correspondance, les brouillons divers, les échecs, les succès. Aussi les lecteurs passionnés des Domaines hantés, de Petit déjeuner chez Tiffany, de l'étonnant De sang-froid (1), de la biographie de Gerald Clarke (2) seront enchantés de pouvoir relire Prières exaucées, le livre posthume, inachevé, de Truman Capote (1924-1984), et de découvrir La Traversée de l'été, son premier manuscrit, qu'on croyait perdu, et qu'on a retrouvé dans une vente aux enchères, chez Sotheby's, en 2005.
Le début et la fin : deux textes inaboutis (Capote s'est toujours refusé à publier La Traversée de l'été), qui encadrent l'oeuvre d'un petit frère sudiste de Carson McCullers - dont il fut l'ami puis l'ennemi - devenu une commère planétaire à la méchante langue, comme l'un de ses adversaires favoris, Gore Vidal.
Prières exaucées devait être l'aboutissement de l'oeuvre de Capote. Il en avait défini le projet dès 1966. Un grand roman proustien placé sous le signe de Thérèse d'Avila - "Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas." En nommant Proust, il avait fixé la barre très haut. Il le savait et c'est probablement pourquoi il semble n'avoir plus travaillé à ce projet, tout en continuant d'en parler, après la publication, dans Esquire, des trois seuls chapitres qui demeurent : "Des monstres à l'état pur" ; "Kate McCloud" ; "La Côte basque".
Cette recherche du temps perdu, menée par un personnage assez médiocre, P.B. Jones, cette plongée dans une société cosmopolite, de New York à Tanger, en passant par Paris et quelques autres villes, est un échec grandiose, dont se détache une belle figure, celle de Kate McCloud.
Là où Proust met distance, humour, observations et descriptions minutieuses, Capote crache du venin. Ses "Monstres à l'état pur" ne sont pas de beaux monstres. Il ne suffit pas de voir en Sartre un "louchon" "au teint terreux", en Beauvoir "une taupe" "sentant la jeune fille prolongée" et en Arthur Koestler "un nabot agressif" pour faire le portrait du milieu intellectuel du Paris de l'après-guerre - on sauvera néanmoins une évocation de Natalie Barney et une visite à Colette, rares traces de ce qu'aurait pu être un Prières exaucées réussi.

RÊVE PROUSTIEN

Mais ce rêve proustien de Capote, grand et bon lecteur, est touchant, comme est touchant le désir fitzgeraldien de La Traversée de l'été. Toutefois, Capote a été bien avisé d'oublier ce coup d'essai et de commencer sa carrière, en 1948, par Les Domaines hantés, beau roman de son Sud natal, où il était retourné à la fin de l'adolescence, peut-être, comme disait Carson McCullers, "pour ranimer son sens de l'horreur".
Car cette Traversée de l'été, commencée alors qu'il avait 19 ans, a le charme des débuts, mais en rien la force des Domaines hantés, ni même celle d'une très belle nouvelle écrite en 1946, Un été indien (3). L'héroïne, Grady McNeil, 17 ans, "enfant inaboutie" selon sa mère, est une petite soeur de l'Holly Golightly de Petit déjeuner chez Tiffany - désormais inséparable de l'image d'Audrey Hepburn dans le film de Blake Edwards. Riche héritière habitant la Ve Avenue, elle tombe amoureuse de Clyde Manzer, fils d'une famille juive de Brooklyn, gardien dans un parking, sur Broadway. Pendant l'été où ses parents sont en Europe, elle l'épouse en secret. Désastre garanti.
Voilà un petit roman bien mené, par un très jeune homme. Mais devenu un écrivain reconnu, Truman Capote écrivait dans sa préface à Musique pour caméléons : "Pour commencer, je crois que la plupart des écrivains "surécrivent". Je préfère, moi "sous-écrire"." Ce qui était le cas, notamment dans le très clinique De sang-froid. La Traversée de l'été est épouvantablement surécrit, bourré de métaphores improbables que Capote a dû ensuite détester. Il a eu raison de ne pas le publier, mais on est heureux de lire aujourd'hui ce document.



PRIÈRES EXAUCÉES (Answered Prayers). Suivi de Lettres inédites de Truman Capote. Préface de Joseph M. Fox, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek, Grasset, "Les Cahiers rouges", 230 p., 8,60 €.
LA TRAVERSÉE DE L'ÉTÉ (Summer Crossing). Préface de Charles Dantzig, postface d'Alain U. Schwartz, traduit par Gabrielle Rolin, Grasset, 210 p., 12,90 €.
(1) Le premier dans "L'Imaginaire", les deux autres en "Folio", Gallimard.
(2) Gallimard, 1990.
(3) Rivages, 1987.

Josyane Savigneau


Article paru dans l'édition du 22.09.06 Le Monde
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