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 La Révolution : une exception française ?

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LP de Savy
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MessageSujet: La Révolution : une exception française ?   Sam 16 Sep 2006 - 22:39

La Révolution : une exception française ?

Propos recueillis par Jacques de Saint Victor et Paul-François Paoli.

Le Figaro, 14 septembre 2006

Dans un essai remarquable sur L'Extrême gauche plurielle (Autrement), le philosophe Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques à l'Université de Paris-II, étudie la pensée et les combats d'un courant radical qui continue à hanter le débat français. Plusieurs penseurs influents, souvent méconnus du grand public, jouent un rôle étonnant, via un « gauchisme culturel » toujours de mode, dans le maintien du rêve révolutionnaire en France. Une des facettes les plus tristes de la fameuse « exception française ».


LE FIGARO LITTÉRAIRE. ­- Spécialiste de Max Weber et de la pensée anglo-saxonne, vous êtes un de nos meilleurs philosophes politiques. Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à une pensée qui reste, malgré tout, marginale ?


Philippe RAYNAUD. - Ces nouvelles radicalités me passionnent car elles correspondent à une spécificité bien française. Je crois avoir été l'un des premiers, à l'occasion d'une note pour la défunte Fondation Saint-Simon, à avoir pronostiqué que notre extrême gauche allait persister après la chute du Mur. Cette persistance de la gauche radicale, beaucoup plus influente en France que dans le reste de l'Europe, Italie comprise, est un des aspects de ce qui reste une « exception française », et pour bien la comprendre, il me semblait nécessaire d'analyser aussi leur production intellectuelle.


Votre démarche se distingue agréablement du genre de travail de sociologie politique qui domine aujourd'hui.


En fait, si j'ai tenu à examiner sérieusement les travaux de Toni Negri, Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Etienne Balibar et autres, je pars bien d'une analyse politique des combats de l'extrême gauche, l'altermondialisme, les luttes ciblées (la fracture coloniale, la cause des sans-papiers, le débat sur la Palestine, etc.). Je crois que ces auteurs, dont certains ont un vrai talent, présentent l'avantage de formuler leurs thèses d'une manière plus brillante et plus claire que le militant de base. Certains sont très ancrés dans le système académique français, comme Alain Badiou ; d'autres sont plutôt dans les réseaux altermondialistes et ont une influence bien au-delà de l'Hexagone, comme Toni Negri. Ils ont d'autant plus d'aura qu'ils touchent à la fois au champ militant et au champ académique. C'est aussi la raison qui m'a incité à étudier ces auteurs.


Quelle influence effective a l'extrême gauche dans le débat français ?


Elle a d'abord, c'est une banalité, un poids électoral : dans aucun autre pays européen, elle ne pèse autant sur la vie politique. C'est un vrai souci pour le Parti socialiste dont la situation était moins compliquée quand son partenaire était le Parti communiste. Mais l'influence de l'extrême gauche se fait sentir au-delà de ses électeurs. Les problématiques de l'altermondialisme sont très présentes dans le débat social où l'extrême gauche bénéficie de l'antilibéralisme ambiant en France. Nous sommes, sans doute, un des rares pays où le mot « libéral » est une insulte. En outre, certains thèmes, comme la taxe Tobin, ont pu séduire à un moment ou l'autre, tous les partis politiques. Le succès d'un journal comme Le Monde diplomatique, qui tire à 400 000 exemplaires, est révélateur de cette tendance radicale. En province, il existe même, c'est assez étonnant, des sortes de cabinets de lecture où les gens se réunissent pour lire Le Monde diplomatique, comme les bourgeois contestataires du siècle des Lumières.


À quoi est due cette imprégnation de l'extrême gauche dont des thèses sont souvent effarantes et pas seulement sur Israël ?


Je pense qu'il faut réviser deux opinions largement admises. La première a trait à l'interprétation de Mai 68. Pour beaucoup le mouvement de 68 aurait été un grand mouvement libertaire, ce qui n'est que partiellement vrai pour ceux qui l'ont vécu. Mai 68 a eu une dimension libertaire, mais a été aussi l'occasion de la renaissance d'une politique révolutionnaire, qui, dans les années qui ont suivi, restait marquée par les schémas léninistes et qui a favorisé le succès d'un anticapitalisme radical dans toute la gauche. Il est vrai que l'histoire de Mai 68 a été écrite par ceux qui, intégrés au système médiatique, ont insisté sur la dimension libertaire et festive du mouvement et y ont vu surtout le moment où la vieille société française, gouvernée par De Gaulle et encadrée par l'école, l'Église et le Parti communiste, rompt avec ses traditions autoritaires pour devenir plus démocratique. Cette interprétation, qui fut celle du journal Libération, s'est peu à peu imposée, notamment à travers des travaux talentueux comme ceux de Gilles Lipovetsky et, en négatif, par la vision antilibérale de Régis Debray. Cette success story libertaire n'a jamais convaincu une partie des anciens de 68 qui sont restés des militants de base et militent désormais à Attac ou dans d'autres nébuleuses d'extrême gauche, où ils poursuivent leurs rêves radicaux.


Et l'autre opinion infondée ?


C'est celle suivant laquelle la stratégie de Mitterrand aurait, à elle seule, porté un coup fatal en France à la culture communiste. D'un côté, le PC aurait de toute façon décliné, en France comme ailleurs, avec la crise du régime soviétique, plus ou moins rapidement il est vrai. En revanche, on dit moins que l'union de la gauche a aussi, d'une certaine manière, contribué à distiller les éléments de la culture communiste au sein du PS lui-même. Ce qui explique en partie une persistance des schémas mentaux révolutionnaires au sein de la gauche française, qui est unique en Europe. On assiste donc à la fois à une prégnance et à une résurgence du gauchisme. De ce point de vue particulier, si la phrase fameuse de François Furet, « la Révolution française est finie », reste fondamentalement vraie, elle n'épuise pas la question.


N'est-ce pas plutôt la thèse sur la « République du centre » qui se trouve infirmée par les faits ?


Il est vrai qu'en 1984, le tournant de la rigueur n'est pas un véritable aggiornamento du PS : il manque un vrai Bad Godesberg de la social-démocratie française, qui, pour parler comme Eduard Bernstein, « n'ose pas paraître ce qu'elle est » et continue de tenir un discours auquel ses dirigeants ne croient plus, entretenant ainsi le désarroi d'un peuple de gauche qui a du reste de vraies raisons de mécontentement. Comme en France, la clé de la politique, c'est la gauche, qui est intellectuellement hégémonique même quand elle est politiquement minoritaire, les choses ne sont pas près de changer.


L'Extrême Gauche plurielle de Philippe Raynaud Autrement, 200 p., 17 €.

Lire aussi : La Gauche en France de Michel Winock, Tempus, 11 €.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La Révolution : une exception française ?   Sam 16 Sep 2006 - 22:45

Toni Negri : mondialiste radical

Le Figaro, 14 septembre 2006

L'ancien inspirateur des groupuscules armés des années 1970 espère dans les potentiels « révolutionnaires » du capitalisme.


Si Alain Badiou fait un peu « vieille garde » gauchiste, avec ses relents léninistes, Toni Negri incarne, lui, la face « moderniste » de l'altermondialisme. Lors du débat sur la constitution européenne, il s'était déclaré pour le oui afin de hâter la disparition de « cette merde d'État-nation » (sic). Comme le remarque ironiquement Philippe Raynaud, Negri avait alors reçu le soutien « d'altermondialistes aussi improbables que Daniel Cohn-Bendit ou Bernard-Henri Levy ». La grande supériorité de Negri, qu'on surnomme affectueusement « il professore » dans les milieux altermondialistes, est d'avoir compris, comme Marx en son temps, le formidable ­potentiel « révolutionnaire » du capi­talisme. Dans son livre majeur, ­Empire, Negri prévoit que la mondialisation financière va balayer tous les « archaïsmes » de l'ancien monde (la religion, la famille, l'État-nation), ouvrant alors la voie à la révolution.

Cela fait songer au mot de Marx en 1848 : « Je vote pour le libre-échange ! » car il n'est de meilleure arme pour faire place nette des vieilles solidarités.

L'analyse de Negri, écrite à l'époque Clinton, souffre du retour à la politique nationaliste de Bush. Mais elle reste visionnaire. Certains « thèmes » du professore (notamment son mépris des protections étatiques) ont dû effrayer les lecteurs du Monde diplomatique. Au fond, Negri est, de tous les révolution­naires, celui qui devrait le plus plaire aux banquiers de Davos. L'ancien théoricien des groupuscules armés des années 1970 les préfère de toute façon aux « singes savants » de la ­social-démocratie...
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La Révolution : une exception française ?   Sam 16 Sep 2006 - 22:49

Alain Badiou : négationniste rouge

Le Figaro, 14 septembre 2006

Aussi brillant que dogmatique, le maoïste ne renie rien de ses engagements.


Alain Badiou a une rare qualité parmi les intellectuels français : il ne se trompe jamais. Là où ses anciens amis, de Glucksman à Jean-Claude Milner, maoïstes des années 1970, se sont départis de leurs anciennes convictions, lui a persévéré. De livre en livre (Logiques des mondes, Le Siècle, etc.) il persiste et signe : tout ou presque, à quelques détails près, (des millions de morts...) est bon à prendre dans la « séquence rouge » qui va de la révolution d'Octobre au Cambodge de Pol Pot.

Héraut d'un universalisme radical qui passe outre les héritages religieux et culturels, Badiou divise le monde en deux : d'un côté celui de la raison libératrice, dont le communisme est la panacée, de l'autre une « réaction obscurantiste » multiforme, dont le libéralisme, mais aussi l'islamisme, ou la défense de la nation, sont autant de figures. Exemple de ce dualisme : « Quel rapport peut avoir un patricien de la Rome antique aux nouvelles alarmantes qui l'assaillent concernant la révolte des esclaves ? Ou un évêque vendéen apprenant la déchéance et l'emprisonnement du roi », écrit-il dans Logiques des mondes. Quel rapport en effet ? Sinon qu'aux yeux de Badiou, les Vendéens massacrés, même s'ils étaient paysans, appartiennent, de toute éternité, au même camp « contre-révolutionnaire » que ceux qui mirent en croix Spartacus.
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