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 Le talent est-il américain ?

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LP de Savy
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MessageSujet: Le talent est-il américain ?   Sam 30 Sep 2006 - 22:13

Le talent est-il américain ?

Christophe MERCIER, Le Figaro 28 septembre 2006.


Thrillers, romans noirs, récits intimistes ou grandes fresques historiques, les écrivains en provenance des États-Unis savent tout faire et s'exportent bien. Certains d'entre eux seront ce week-end à Vincennes au festival America.
JOHN IRVING et Bret Easton Ellis, Mary Higgins Clark et John Grisham, Stephen King et James Ellroy : tous genres confondus, le roman américain fournit aujourd'hui une bonne part du marché français des best-sellers.
De manière générale, et indépendamment des chiffres de vente, la littérature américaine est - elle l'a toujours été -, particulièrement abondante sur le marché français. Abondante et influente : beaucoup d'auteurs français, Sartre en tête, ont exprimé leur admiration, et dit leur dette, envers les Américains de la «génération perdue», Faulkner, Dos Passos et Hemingway en tête, apparus en traduction française (grâce à Maurice-Edgard Coindreau, leur traducteur emblématique) dès la fin de la dernière guerre. À l'inverse, on doit souligner l'attirance pour la France de beaucoup d'écrivains américains. Leur ombre rôde toujours autour de la Coupole.
Qu'en est-il aujourd'hui du roman américain, qui fut, au XXe siècle, ce qu'avaient été, au XIXe, les romans anglais, français et russe : le plus riche et le plus vivant ?
Un peu d'histoire, pour commencer, et forcément schématique. Au début, tout était plus simple. L'Amérique était essentiellement réduite à une petite partie de la côte Est, et sa littérature comptait deux figures importantes : Washington Irving, qui, avec Rip van Winkle, Rip qui s'endort au temps de la colonisation et se réveille dans une nation indépendante, fondait le mythe du pays nouveau, et Fenimore Cooper, qui l'ouvrait au grand large.
Les enfants du «New Yorker»
Cinquante ans plus tard, s'imposent les noms de trois pères fondateurs qui dessinent une géographie nouvelle : Hawthorne, et sa Nouvelle-Angleterre, Melville, qui part de Nantucket à la poursuite de la baleine blanche, et, plus au sud, plus à l'ouest, dans le Missouri, Mark Twain, qui donna ses lettres de noblesse littéraire au Far-West nouvellement conquis, et dont Hemingway et Faulkner diront que c'est de lui que sort toute la littérature américaine. Les grandes directions étaient créées.
La tradition sudiste allait perdurer, et compter de grands noms : Faulkner en tête, évidemment, mais aussi ses successeurs des années cinquante (Goyen, Flannery O'Connor). Aujourd'hui, Alan Gurganus ou Barry Hannah en sont les plus solides représentants. La tradition «Nouvelle-Angleterre», devait se poursuivre avec James, Edith Wharton, jusqu'à Cynthia Ozick.
Mais, dans l'Est, c'est à New York que devaient apparaître de nouvelles voix. La naissance du New Yorker, revue chic, cultivée, insolente, devait donner naissance à un sous-genre à part entière, une race d'écrivains (souvent des nouvellistes) sensibles au brillant, à l'élégance un rien snob de la prose. Il y eut John O'Hara, John Cheever. On peut y rattacher aujourd'hui John Updike (peut-être le plus grand romancier américain vivant. À quand le Nobel ?), ou T.C. Boyle, dans ses meilleurs moments. Il existe aussi une tradition d'auteurs caractérisés rapidement comme des «juifs new-yorkais» : Saul Bellow, Philippe Roth (qui, tout objet de mode qu'il soit devenu, donne parfois encore de grands livres, ainsi Pastorale américaine), ou feu Henry Roth, né, lui, en Autriche-Hongrie.
Car, melting-pot oblige, la littérature américaine peut être le fait d'émigrés européens : on pense à Nabokov, à Kosinski, ou, aujourd'hui, à Aleksandar Hemon, natif de Sarajevo, ou à Jonathan Safran Foer, de famille originaire d'Ukraine.
En même temps que, au fil du XXe siècle, se diversifiait la littérature new-yorkaise, une nouvelle littérature naissait sur la côte Ouest, à Los Angeles, notamment, berceau dans les années 1920 du roman noir, avec les deux géants, Chandler et Hammett, et leurs noms moins géants successeurs, Jim Thompson et David Goodis. James Sallis ou James Ellroy leur font d'honorables petits-fils. Plus tard, après une autre guerre, c'est de San Francisco que partit le mouvement beat : Kerouac, immense, inégal, attachant, Ginsberg, qui est sans doute, avec Bob Dylan, le plus grand poète américain du siècle.
Les minorités raciales jouent un rôle de plus en plus important dans la littérature américaine. Aux grands romanciers noirs d'après-guerre (Ellison, Baldwin) ont succédé Toni Morrison, ou John Edgar Wideman. Dans les années 1970, on a commencé à entendre des voix indiennes (James Welch, Scott Momaday, Louise Erdrich).
Les voix des minorités
À la même époque, de même qu'on avait parlé de «romanciers du Sud», on a évoqué l'«école du Montana », des romanciers (Harrison, McGuane, Brautigan) donnant droit de cité littéraire aux grands espaces de l'Ouest, et qui, curieusement, étaient souvent liés au cinéma.
Qu'en est-il en 2006 ?
Updike, Philip Roth, Harrison sont devenus des classiques. Les jeunes prodiges des années 1980, le trio McInnerney-Bret Easton Ellis-David Leavitt, qu'Esquire intitulait «la nouvelle génération perdue», vieillit et se survit, avec peu de réussite et plus ou moins de succès.
Les voix des minorités se sont multipliées, qu'elles soient d'origine espagnole (Junot Diaz, Sandra Cisneros) ou asiatique (Chang Rae-lee). Pierre-Yves Petillon, dans son indispensable Histoire de la littérature américaine, dit son goût pour la médiatique «squadra des quadras» de la côte Est (Moody, Antrim, Franzen, Eugenides). On verra si leur brillant branché résiste au temps.
On se doit surtout d'évoquer des individualités. Richard Powers, dont Le Temps où nous chantions, fresque socio-politiquo-musicale, impressionne. Jonathan Lethem (ne pas rater son exceptionnel portrait de Bob Dylan dans la dernière livraison de Rolling Stone). George Saunders (Grandeur et Décadence d'un parc d'attractions), qui décrit une terrifiante Amérique du futur avec la précision ironique d'un auteur du New Yorker. David Treuer (son premier roman Little, procure un choc), lyrique et méticuleux, improbable rejeton de William Faulkner et de Vladimir Nabokov.
L'Amérique d'aujourd'hui, immensité et melting-pot obligent, n'est plus un territoire duquel il soit possible de dresser des cartes. On doit se contenter de pointer des lieux, des noms, et d'aller à la découverte. On peut être déçu, mais il est quand même rare que l'on regrette l'expérience. L'Amérique (et la littérature américaine) encore et toujours, fascinent.
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