Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 Amélie Nothomb à Strasbourg

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LP de Savy
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MessageSujet: Amélie Nothomb à Strasbourg   Mer 18 Oct 2006 - 0:35

Merci à la liste Peplum et à Guilaine :

Compte-rendu Amélie Strasbourg

Il était temps, voilà Strasbourg ! Ce serait gentil en contrepartie qu’un valeureux Péplaute présent au forum Fnac Etoile de 2006 nous fasse profiter de ses notes sur l’interview de la Déesse par le traditionnel et mythique Eduardo.

Donc, Strasbourg, excellemment réussie manifestation littéraire fin septembre. “BIBLIOTHEQUE IDEALE”. La Lynxette et la Cabrette s’y sont rendues pour vous (et pour leur plaisir aussi certes, mais l’avouer amoindrirait leur démarche de missionnaires).

La Conférence d’Amélie était le jeudi 28 septembre de 17 h à 18 h 30, salle de l’Aubette, qui célébrait sa rénovation et sur la beauté de laquelle Amélie s’est délicieusement extasiée en arrivant… en retard, la faute à l’avion.

L’interviewer, Thierry Desaules, commence par évoquer la conférence d’Edmund White, la veille, sur une bibliothèque qui brûle ; il profite de ce thème bienvenu pour interroger Amélie, auteur des Combustibles, sur les livres qu’elle pourrait définitivement le moins brûler au monde (étant entendu qu’elle désire ne pas avoir à être confrontée à une si horrifiante élection). Elle cite d’abord “Don Quichotte”, “Le Portrait de Dorian Gray”, “Les Liaisons dangereuses”, “ La Princesse de Clèves”, le “Satiricon”.

Première torture à peine achevée, une autre pointe son nez, Thierry Desaules demande à Amélie lequel de ses livres elle immolerait en dernier. Alerte, elle cite alors [color=#7f003f]“le Choix de Sophie" [color:691f=#7f003f:691f](Styron) pour rétorquer à son bourreau qu’il n’y a pas de choix d’enfant possible, que c’est systématiquement le prochain qui est à sauver et qu’elle n’a jamais vécu d’avortement.

Gantée de mitaines rayées rouge et noir façon coccinelle, la Déesse est amenée à parler de sa propre bibliothèque matérielle, elle la décrit avec une référence suscitant l’enthousiasme de l’auditoire à Gaston Lagaffe. “Ma bibliothèque ressemble à celle de Gaston Lagaffe, vous savez il habite dans un palais construit de courriers en retard. Pareillement, ma bibliothèque est un amoncellement de livres dans tous les sens”.

La Déesse non chapeautée aujourd’hui enchaîne ensuite sur l’équilibre qu’il doit y avoir pour un écrivain entre les “entrées” et les “sorties”. Elle est en train de lire [color=#7f003f]“La porte” de M Szabo. (note Fnac pour ceux qui connaissent pas : "Il faut savoir tuer qui on aime, dit la vieille femme, c'est plus humain que laisser souffrir." Par moments le livre retrouve, naturellement, la réflexion antique de la quête du sens, ou du grotesque shakespearien. Qu'est-ce donc qu'un personnage, sinon un masque que l'art emprunte pour parler de ce que nous n'apprendrons jamais, à savoir du bonheur de vivre et de la sagesse de mourir ?) Amélie oscille toujours entre la lecture et l’écriture, la lecture des écrivains japonais en particulier et par-dessus tous Tanizaki. Le livre qu’Amélie offre le plus est son [color:691f=#7f003f:691f]“Eloge de l’ombre”. Thierry Desaules comprend en quoi le maître japonais séduit Amélie.

Notre écrivain dévoile que le Japon est son pays préféré, même si elle est « une Japonaise ratée », parce qu’il est le seul à avoir fait le choix de l’ombre sur la lumière. Amélie est particulièrement touchée par tous ces écrivains japonais célèbres obsédés par la singularité japonaise, d’une façon qu’elle trouve merveilleuse, charmante. Amélie explique que point n’est besoin d’être réactionnaire pour avoir la nostalgie du vieux Japon. Elle apprécie l’art moderne de l’archipel du Soleil levant, tout en souffrant de la négation contemporaine de la culture et de l’âme japonaise, qui trouve sa source dans la culture d’entreprise.

Amélie évoque aussi le rapport omniprésent au corps et à la nourriture chez les écrivains japonais. “Ce n’est pas simple au Japon d’avoir un corps”, « c’est même très suspect (et ça vient toujours de l’alimentation). »

Amélie avoue son fantasme d’être japonaise, déroule son “imprégnation première”, “son monde personnel lié à l’influence nippone”. Elle révèle que Mishima a été élevé par sa grand-mère, sans lien avec l’extérieur, d’où son irrépressible sentiment d’étrangeté, le même que pour elle au pays de Tintin. Ce pays de la frite “n’ayant pas tellement de sens”, étant celui qui lui “convient le mieux”. “Je suis une Belge assumée”. « Ce pays ne donne pas beaucoup de contours d’identité pour forger son imaginaire, il permet d’absorber les autres contours ». La musique, mouvante, donne l’accès à ces contours.

La Déesse développe la thématique de l’ombre : selon elle, les arts japonais sont libres par réaction au pouvoir médiéval, ils sont faits pour être vus dans le noir ; les dorures des estampes prennent tout leur relief, et leur splendeur, dans l’obscurité, qui révèle leur lumière.

La conférence se poursuit naturellement sur les auteurs grecs et latins, que Mishima maîtrise bien. Comme Duras, il a toujours revendiqué cette porte ouverte à la dimension spatio-temporelle.

De Mishima comme de Yourcenar, Amélie a TOUT lu, très jeune, a pour eux une admiration convulsive. Elle se proclame clairement contre l’influence voulue, "la plus stupide”. Les écrivains qui l’ont nourrie font partie d’elle, sont dans son inconscient, dans son corps, ils la guident sans doute sans qu’elle le cherche.

Interrogée sur son art à elle, la Déesse répond “Je passe ma vie à subir mes livres, ne maîtrise pas le phénomène, ignore qui est le père ». “C’est tellement fabuleux de tomber enceinte du suivant quand on n’a pas fini le précédent”. Elle fait son travail le mieux possible, entend du bruit en elle, écoute ce que ça dit et tombe enceinte. Ecrire consiste à “traduire au plus près cette musique qu’elle entend en elle”, “fût-elle discordante ou vilaine”.

Parmi ses auteurs fétiches, [color=#7f003f]Radiguet occupe une place majeure, comme Cocteau. “Le bal du Comte d’Orgel” est un “livre sublime, inspiré par un autre livre sublime, [color:691f=#7f003f:691f]“ La Princesse de Clèves”, duquel Radiguet donne sa version ». La tension de la triangulation mari-femme-amant est pire chez Radiguet, où tout se passe de façon incroyablement civilisée ? . Il y a de la “fantaisie joyeuse” chez cet écrivain et c’est comme Anne qu’elle vivrait cet amour.

Arrive le moment terrifiant des questions du public. Un lecteur revient sur la dualité éloge de la beauté / effroi devant la laideur chez Amélie. La Déesse saisit la balle au bond pour caser un conseil ardent de lecture, “Kafka sur le rivage” de Murakami (l’héroïne meurt, ils sont séparés, le jeune homme se souvient). Les critères esthétiques finissent mal au Japon.

Conduite à confier ses sentiments sur ses relations épistolaires avec ses lecteurs, Amélie regrette que ce rapport ait trop tendance à être ambigu. Elle dit ce que nous savons, à savoir que c’est toujours très passionnel (elle adore ça, hélas) et qu’elle a ainsi traversé de très belles histoires et d’autres, horribles. Elle n’est pas sûre d’avoir raison de se lancer dans toutes ces correspondances, mais elle “ne peut pas faire autrement”, elle répond innocemment et découvre au fil des lettres si ses destinataires sont des gens bien ou des fous. Elle note avoir rencontré “quelques amis merveilleux” par ce genre de lien.

Sur le fameux “Corpus Christine”, Amélie déplore pour ce jeune auteur qu’on la compare à elle : “Laissez-la grandir”.

Toujours sur ses relations avec ses lecteurs, elle raconte avoir reçu sa première lettre il y a 14 ans, trois jours après la parution d’”Hygiène de l’assassin”. La Déesse , bien qu’elle cite volontiers “Les jeunes filles” de Montherlant comme un de ses livres de chevet, dit avoir, petite, manqué d’audace, d’imagination et d’idée pour écrire aux écrivains qu’elle idolâtrait. Ce manège continue de l’étonner: “tout dépend des motivations”, ainsi a t-elle déjà reçu des lettres de lecteurs lui demandant 10 000 euros dans la semaine. Elle persiste à dire que ces correspondances sont toujours un plaisir immense, sans toujours comprendre le sens de tout cela. Mais sa très grande curiosité face à ce fascinant mystère humain la pousse à ne pas changer son attitude de “portes ouvertes” face à ceux qui viennent vers elle. Elle confesse avoir parfois écrit pendant 10 ans, étant d’une grande politesse, à des types sans savoir pourquoi. Elle a l’habitude de répondre des choses sans intérêt et polies à un lecteur belge depuis 11 ans, adoptant le même ton que lui. Intriguant. Il y a aussi des bonnes soeurs belges qui lui écrivent, elle se demande s’il y a un but religieux dans cette correspondance et conclut “c’est la responsabilité de chacun”.

“Journal d’Hirondelle” à présent. Elle dit n’avoir jamais pensé au rapport avec l’hirondelle de Yourcenar. Elle relate une fois de plus qu’elle est tombée enceinte de ce bébé-là un matin de mai 2005 où un oiseau a pénétré chez elle et s’y est débattu pendant quatre minutes. Amélie épouvantée a fait un transfert, l’oiseau était aspiré à l’intérieur et elle l’a sauvé. L’heureuse maman rappelle que son héros est un homme qui a perdu toutes les sensations en se forçant à les perdre suite à une grande souffrance. Selon elle, un frigo intérieur est possible, chacun de nous peut se déconnecter des sensations. Pour Urbain, tout a disparu ; refusant de vivre dans le néant, il retrouve les sensations par le meurtre(ce qu’elle ne pourrait pas faire, tirant très mal et n’étant de surcroît pas physiquement violente). La Déesse dit que pour elle les sensations sont sacrées comme l’amour. Elle croit au Salut par l’écriture, où les sensations ont toujours la possibilité d’être restituées. Elle discerne une continuité entre tous ses livres et les qualifie tous d’autobiographiques. Sa démarche n’a selon elle rien à voir avec un journal intime, sa démarche est celle de raconter la frontière entre le dicible et l’indicible.

La grande *Manon de Sercoeur prend la parole pour poser une question à Amélie, connaît-elle le livre de Florence Delay, “Dit Nerval” où il se produit une histoire d’hirondelle proche de la sienne, Amélie stupéfaite et comblée dit ignorer ce livre, aux anges elle s’exclame “ce n’est pas n’importe quoi ce que j’écris !”

Sur sa prétendue “chute” en qualité des bébés, sereine elle constate que chaque année on lui dit que son dernier-né est plus mauvais que le précédent. Blasée, elle n’en souffre pas. Ce qui compte, “c’est le long terme”, uniquement. Elle se fiche de ce que peut dire de négatif un journaliste du moment. Les questions de lecteurs obligent Amélie à répéter des trucs que tout Péplaute a déjà lu sur son compte mille fois, comme son état mental du matin, qui la met en condition d’écrire (« ce n’est pas un rituel, car ce n’est pas gratuit »), elle a toujours froid quand elle écrit et préfèrerait mettre le feu à elle-même qu’à son manuscrit. Côté musique, elle écoute en boucle l’impromptu n°3 en sol majeur de Schubert, qui la poursuit comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Dernier mot sur la lecture, qui est “une nécessité”, n’importe où n’importe quand, couchée si possible ou dans le métro. Elle rêve d’un impossible réel, a beaucoup de rêves mais trouve trop indiscret de les dévoiler. La musique est un art qu’elle place bien au-dessus de la littérature, elle aurait adoré avoir ce talent et s’impose des contraintes phoniques pour écrire (n’ayant pas l’ombre d’un talent musical). “La musique va tellement plus loin que la littérature à laquelle je voue pourtant un si grand culte”...

Sur la chanson, elle est fière d’avoir travaillé pour Robert, n’a pas d’autres projets de paroles en ce moment mais ignore si cette fidélité sera éternelle.

Relations avec son éditeur : il faut "le maintenir en état de supplication", c’est toujours elle qui choisit le livre qu’elle juge publiable parmi les 4 qu’elle a écrits dans l’année. Elle est heureuse d’avoir publié tous ses livres. Avec “Journal d’Hirondelle”, elle espère créer l’archétype d’un nouveau courant littéraire, le roman punk. Elle dit que ses livres n’ont rien à voir avec ceux de Houellebecq trop longs pour correspondre aux critères de l’esthétique punk. Il y a à ce jour 13 professeurs à Berkeley qui travaillent sur son oeuvre “et la situation va empirer”. Elle a adore l’université américaine où les gens viennent quasiment en bikinis et posent des questions d’un très haut niveau, époustouflant.

Questionnée sur les livres qu’elle ne mettrait à aucun prix dans sa bibliothèque, elle préfère ne pas les citer, même s’il y en a. Un ultime hommage à “La confession impudique” de Tanizaki avant la fin de la conférence “Niveau perversion, je suis un enfant de choeur à côté de lui”.

Elle aime tous ses livres avec un amour différent. Elle a beaucoup trop écouté Radiohead pour commettre l’Hirondelle, cette musique étant celle qui sied le mieux à un tueur à gages. Le chanteur de ce groupe donne des interviews passionnantes où il déteste tout et tout le monde. Sa chanson préférée, “peut-être When I end and you begin” .

Une bien belle journée !

On vous embrasse,

Guilaine, relue par *Manon
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