Propos insignifiants

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 NON!

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Winnie
Bavard
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MessageSujet: NON!   Mar 31 Mai 2005 - 11:40

Eh bien, je dois dire que je ne suis pas du tout étonnée du "non" de la France.

Que va-t-il se passer à présent? J'ai entendu que le Premier Ministre va démissioner... Ah là là, c'est vraiment la foire...

Je suis impatiente de connaître les résultats hollandais, mais tout porte également à croire que ça sera la même réponse qu'en France...
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MessageSujet: Re: NON!   Mar 31 Mai 2005 - 22:40

La victoire du non a provoqué la belle envolée lyrique de Pierre Cormary. C'est déjà ça.

http://pierrecormary.blogspirit.com/
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Winnie
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MessageSujet: Pas les seuls...   Jeu 2 Juin 2005 - 11:29

Ben voilà, vous n'êtes plus les seuls à avoir dit non! Apparemment, les Hollandais étaient encore plus fermement opposés à la Constitution Européenne vu les 60 et quelques %...

Nous, entre vous deux, on aurait l'air con de dire oui... et puis de toute façon, le gouvernement se fiche pas mal de notre avis... pale
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MessageSujet: Le retour d'un vote des classes populaires   Mar 7 Juin 2005 - 23:49

Christophe Noyé : «Le retour d'un vote des classes populaires»

Le géographe Christophe Noyé, qui vient de publier avec Christophe Guilluy Atlas des nouvelles fractures sociales (Autrement), estime que la géographie du non traduit une double fracture, sociale et territoriale.

[01 juin 2005]

LE FIGARO ÉCONOMIE. – La carte du non au référendum se superpose de façon frappante à celle du chômage. La fracture sociale serait aussi territoriale ?

Christophe NOYÉ. – La fracture sociale finit par se traduire de façon territoriale. Cela tient pour beaucoup aux conséquences de la crise industrielle. Les territoires qui souffrent répondent à deux logiques : les anciennes zones industrielles, dont les restructurations sont difficiles, comme le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine ; et les périphéries des grandes agglomérations, devenues un exutoire à la crise du logement. Elles accueillent les populations chassées des centres-villes par la hausse de l'immobilier. C'est aussi là que se développe une activité industrielle en dilution. Quand l'usine ferme, il est difficile pour l'ouvrier de retrouver un emploi à l'écart d'un grand centre. Et il manque de mobilité car il a acheté sa maison.

Les différences de niveau de vie s'observent donc moins d'une région à l'autre et davantage entre les métropoles et le reste de la France ?

Hormis les villes du Nord-Pas-de-Calais, les aires urbaines ont des niveaux de revenus supérieurs à la moyenne. L'éloignement des centres est bien synonyme de revenus plus modestes.

Le vote des chômeurs écorne le mythe d'une classe moyenne en ascension. Cela annonce-t-il le retour de la lutte des classes ?

Oui, c'est le retour d'un vote des classes populaires. Les employés ont répondu non à 67% et les ouvriers à près de 80%. Ces deux catégories représentent 60% de la population active, soit à peu près la même part qu'en 1954. Leurs choix politiques se rapprochent. Ils sont très tranchés. Ces catégories ne se retrouvent pas dans les politiques nationales, dont elles ont le sentiment d'être exclues, les priorités sociales allant à l'extrême pauvreté, aux banlieues. Et elles s'estiment victimes des politiques européennes.

C'est une nouvelle géographie sociale...

Ces dynamiques sont à l'oeuvre dans les territoires depuis une vingtaine d'années. Cette tendance s'est confirmée de façon brutale. Une fois encore, l'Ile-de-France, où les contrastes de richesse sont importants, a valeur d'exemple. A cause de la crise du logement, c'est la région où l'exclusion spatiale est la plus forte. Paris a voté à 66% pour le oui. Et la Seine-et-Marne, qui a accueilli beaucoup d'exclus, à 55% pour le non.
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MessageSujet: Re: NON!   Mer 8 Juin 2005 - 22:08

Une autre analyse, sans doute une des meilleures que j'ai lues après le référendum :

Le cri des classes moyennes


C'est la grande révélation du référendum : les classes moyennes ont basculé. Elles avaient dit oui à Maastricht, elles ont rejeté, dimanche 29 mai, le traité constitutionnel, comme en témoigne la très forte progression du non chez les professions dites intermédiaires (infirmiers, professeurs, comptables, chefs de rayon, commerciaux...). Selon l'enquête réalisée à la sortie des urnes par Ipsos pour Le Figaro, le non gagne, dans cette catégorie professionnelle, 17 points entre 1992 et 2005 pour se fixer à 53%.

Ce n'est pas un vote d'humeur. Ce résultat résonne comme un choc tellurique, celui d'un profond mouvement de terrain qui poursuit, depuis une quinzaine d'années, son lent travail de sape au sein de la société française. Le clivage entre oui et non au référendum ne traduit pas la vieille opposition entre gauche et droite, comme quelques hommes politiques feignent encore de le croire, ni le clivage entre Paris et la province, ni même la fracture, chère aux médias, entre exclus et salariés. La logique du vote du référendum se lit dans les frontières géographiques entre les centres des grandes villes et leur périphérie. Ce qui est vrai à Paris l'est également à Lille, à Rennes, à Lyon...


«Ce qui bascule, c'est la France périurbaine, celle des zones pavillonnaires bas de gamme. C'est la remise en cause d'une classe moyenne intégrée, héritage des Trente Glorieuses», analyse le géographe Christophe Guilluy, auteur d'un Atlas des nouvelles fractures sociales (Ed. Autrement), au sous-titre prémonitoire : Les Classes moyennes oubliées et précarisées.

C'est l'essence même de cette «France du milieu» qui est en train de disparaître. Ce qui la caractérisait, c'est-à-dire la foi en une vie meilleure pour eux et pour leurs enfants, l'aspiration à rejoindre les classes supérieures, n'est plus. Ce rêve s'est brisé. Il s'incarnait dans les années 70, époque où l'on croyait à l'avenir et à l'ascension sociale. «Je n'en veux pas à Giscard, il fut un temps où j'étais fan», résume ainsi la secrétaire d'un grand cabinet d'avocat dans le Nord. Symbole de cette classe moyenne, qui ne lorgne plus vers le haut avec espoir, mais regarde vers le bas avec effroi, elle a voté oui à Maastricht et non à la Constitution. «Cela fait trente ans que je travaille, je n'ai que le baccalauréat, maintenant ce ne serait plus possible. J'ai peur, peur pour l'avenir de mes enfants», poursuit-elle.


La crainte du déclassement et le sentiment de précarisation ont contaminé la classe moyenne, dont les préoccupations rejoignent, désormais, celles des couches populaires de l'électorat, et par là leur vote. «On ne sait plus trop où on est», résume un jeune commercial, exprimant un malaise de plus en plus prononcé parmi les salariés du public et, surtout, du privé. Souffrance qui touche de l'employé au «petit» cadre. Ils ne sont, certes, pas considérés comme des exclus, mais ils se sentent exclus. Ni perspective d'enrichissement, ni accès aux programmes sociaux, ni bénéfice tiré des mesures fiscales sur les donations, ce triple sentiment irrigue la classe moyenne.

«Le prix mensuel d'une crèche collective varie de 60 à 600 €. Un revenu mensuel de 3 000 € pour deux enfants donne droit au tarif maximum. Le deuxième salaire est «lessivé» par le paiement de cette seule prestation liée au revenu», écrivait récemment un lecteur du Loiret dans Le Figaro. «Aujourd'hui, la classe moyenne n'a plus accès au parc social qui n'est plus qu'un sas d'entrée Nord-Sud. Et, pour elle, l'accession à la propriété est aujourd'hui une forme de précarisation. Les gens qui ont quitté le parc social de Seine-Saint-Denis pour aller acheter un pavillon en Seine-et-Marne ont vu leur niveau de vie baisser», renchérit Christophe Guilluy.


L'impression de baisse du pouvoir d'achat est, bien évidemment, au coeur de la crise d'identité des classes moyennes. Que des gens qui travaillent n'arrivent plus à boucler les fins de mois marque une rupture profonde dans la société française. «Il y a vingt ans, je faisais des économies pour m'acheter une voiture. Aujourd'hui, à 59 ans, après trente-huit ans dans la même société, je vais être contraint de demander un crédit», raconte un chef de carrière. «Mon mari travaille, moi aussi, on a deux enfants, on n'a pas des salaires de 15 000 francs. Toutes les semaines, je fais mes comptes car mon Caddie, avec l'euro, est passé de 800 francs à 1 000-1 200 francs, et mon salaire n'a pas suivi», ajoute la secrétaire du bureau d'avocat. Les campagnes de publicité de la grande distribution l'ont bien compris. Elles se sont saisies du thème de la baisse du pouvoir d'achat, pas les politiques.


Et pourtant le porte-monnaie aura été un des éléments déterminants du vote de rejet de la classe moyenne. D'autant plus déterminant que la pression au travail, de l'avis de la plupart des observateurs, ne cesse de s'accroître. «Le malaise est profond. Il vient du travail. L'opposition entre le vote de rejet des actifs et celui, favorable, des retraités est révélatrice», note l'ancien membre du cabinet de Bertrand Delanoë, Samuel Jequier, créateur du bureau de tendances Le Fil. Un constat que Philippe Askenazy, économiste au laboratoire Paris-Jourdan sciences économiques et auteur des Désordres du travail (Le Seuil), pousse plus loin : «Il y a un certain abandon de la dimension humaine au sein du monde du travail.»

Et d'expliquer : «Même s'il y a les 35 heures, ou peut-être à cause de cette réforme, les Français travaillent de plus en plus durement et ne s'en trouvent pas récompensés au niveau du salaire.» Un médecin en milieu hospitalier témoigne : «En raison de la dégradation des conditions de travail, j'ai vu des infirmières qui arrivent le matin en larmes. Elles ont du mal à assumer la charge de travail et la journée qui va venir.»


«C'est cet écartèlement entre la fiche de paie et l'effort demandé, et la négation de cette situation dans l'entreprise, qui fait penser aux salariés que le capitalisme devient fou, poursuit Philippe Askenazy. Dans leurs discours, les classes dirigeantes justifient cette rupture par la menace de la mondialisation, mais elles s'octroient des rémunérations hors de proportion. C'est un cercle vicieux.» Cette dérive s'est manifestée violemment au cours de la campagne. L'offre de reclassement faite à des ouvrières d'une PME alsacienne de partir travailler pour 110 euros par mois en Roumanie s'est télescopée avec la polémique sur les faramineuses indemnités de départ de l'ancien PDG de Carrefour, Daniel Bernard.

Les esprits en ont été fortement marqués. «Pour ceux qui triment, c'est une insulte. Cela a fait du mal dans mon entourage», commente le chef de carrière. «Je prends le train tous les matins pour venir travailler. Le jour où on a annoncé cette offre de reclassement en Roumanie, tout le monde ne parlait que de ça, appuie la secrétaire. On prend les gens pour des Kleenex», conclut un chef de chantier de la fonction publique. Ce problème, d'autres pays en ont pris conscience.


Aux Pays-Bas, le gouvernement a décidé de plafonner les plus hauts salaires de la fonction publique et demandé aux entreprises de réduire les écarts de revenus. Même aux Etats-Unis, les statistiques révèlent depuis plusieurs années une progression du salaire net dans la classe moyenne. «Il existe un déficit de management, d'innovation et de gestion des ressources humaines dans les entreprises françaises dû à la prise de pouvoir dans les grandes entreprises d'une caste de managers. Cela ne veut pas dire qu'il faut une politique plus sociale mais plus réfléchie», juge Philippe Askenazy.


Ce divorce entre les classes aisées et les classes moyennes, Samuel Jequier en trouve une illustration dans une enquête réalisée en mars 2003 par l'institut CSA. «Concernant la perception du déclin de la France, les Français invoquent le chômage, la perte du pouvoir d'achat et des acquis sociaux, et l'incurie des gouvernants, alors que le discours de la classe dirigeante évoque la fiscalité et les blocages sociaux», dit-il. «Le fossé se creuse. Il existe un fabuleux déphasage entre les élites et les Français d'en bas. Il devient de plus en plus grand, les gens sont complètement largués. Quand on est cadre sup, on ne peut pas exprimer que son égoïsme. Il faut arrêter de pédaler et, de temps en temps, poser le vélo et réfléchir», témoigne un juriste d'une grande banque.

C'est le sens du vote de rejet exprimé par la classe moyenne. Oubliée par les politiques, ignorée par les managers, boudée par les syndicats, elle souffre également de l'absence de relais dans les médias. «Quand on pense exclusion, on pense aux cités, jamais à la France rurale et périurbaine, c'est un réflexe pavlovien. Le traitement médiatique occulte ce repli qui touche les salariés du privé. Vous ne verrez jamais un reportage sur un chômeur de longue durée dans un pavillon de Seine-et-Marne», remarque Christophe Guilluy.

Dimanche 29 mai, la France des classes moyennes a décidé de faire entendre sa colère.

Vianney Aubert, le Figaro du 6 mai 2005
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MessageSujet: Re: NON!   Mer 8 Juin 2005 - 22:08

Avec en prime une analyse du toujours fameux Eric Zemmour :

La fin d'un monde giscardien


Et Giscard s'est tu. Comme stupéfait par la claque reçue. Pendant la campagne, il avait été «giscardissime». Clair, didactique, brillant. Pas le seul, mais le meilleur. L'incarnation la plus accomplie de l'élite française depuis la fin de la guerre. Justement. Comme si les élites françaises avaient délégué le meilleur d'entre eux pour être sacrifié sur l'autel de la rage française. Le bouc émissaire idéal.

Jusqu'au bout, Giscard y a cru. Il n'a jamais cessé de pronostiquer la victoire du oui, refusant l'évidence. Comme s'il était sûr de ses analyses de la société française. Comme un grand savant qui sait que ses équations ne peuvent pas être fausses.


Dans les années 60, Giscard s'était avéré le plus grand sociologue de la classe politique française. Décortiquant les études qualitatives, il avait compris la grande révolution en cours, l'unification de la classe moyenne qui absorberait la classe ouvrière, marginaliserait les professions indépendantes, des artisans aux commerçants, des professions libérales aux agriculteurs, transformerait les anciens patrons en managers. Le monde du salariat deviendrait ultradominant. Les inégalités avaient été réduites au terme de trente ans de croissance exceptionnelle, d'inflation, d'augmentation constante des impôts et des charges sociales.


Giscard avait misé sa carrière politique sur son intuition sociologique. Il avait deviné avant tout le monde l'engloutissement de la base sociale du Parti communiste et la réduction du réduit patriotique et gaulliste. Giscard avait gagné le gros lot. Président, il affirmait sa volonté de rassembler deux Français sur trois. Toute la classe moyenne derrière, et lui devant, comme le petit cheval blanc.

Cette uniformisation sociologique n'était pas une exception française. C'est toute l'Europe qui se mettait en branle à la suite de l'Amérique. Cette révolution sociologique devait servir les desseins giscardiens, fondre la «grande nation» de jadis dans un ensemble continental sociologiquement et politiquement homogène : les Etats-Unis d'Europe. C'était écrit.

Sa défaite, en 1981, fut l'ultime effort de l'ancienne France, pour sauver le partage de 1945 entre de Gaulle et les communistes.


Mais, après le virage de la rigueur de 1983, les socialistes se convertissent à la modernité giscardienne. L'Europe, le marché, le progressisme libertaire et sociétal, tout y est. Jusqu'aux tics de communication, Fabius en chaussons achetant sa baguette. Les gaullo-chiraquiens feront, eux aussi, leur aggiornamento. C'est Edouard Balladur qui se chargera de ce travail conceptuel de modernisation du pompidolisme.

A la fin des années 80, toute la classe politique est giscardisée. Ils ont tous appris à lire des études. Lors du référendum sur Maastricht, les oui et les non se partagent très strictement selon le revenu et le diplôme. Le oui gagne de peu. Treize ans après, le bon élève Giscard a tout juste. Les ouvriers et les employés ont vu leur importance relative diminuer encore ; le nombre des sans-diplôme a décru de 20% ; la part des cadres et des professions intermédiaires a augmenté de 20%. Le oui ne peut pas perdre.


Mais Giscard lui-même a déposé, dès le début de son septennat de président en 1974, les deux bombes à retardement qui feront exploser «sa» France. Le regroupement familial, d'abord. En trente ans, la population française a définitivement perdu son homogénéité ethnique de peuplement européen. La mondialisation, ensuite. C'est après l'entrée de la Grande-Bretagne en 1972 que Bruxelles met en oeuvre une politique de libération des échanges extérieurs, abattant l'une après l'autre, dans le cadre de négociations internationales – les fameux «rounds» –, les barrières du tarif extérieur commun, mettant à bas la préférence communautaire qui liait les six pays du Marché commun.


Ces deux révolutions conjuguent leurs effets. Le nombre de chômeurs, de RMistes, de précaires explose. Les inégalités sociales sont vives. Une bataille sociale d'une rare fureur a lieu autour des centres-villes. La grande banlieue voit arriver ceux qui ne peuvent pas vivre intra-muros – que se réserve l'élite – et qui ne veulent pas vivre dans les banlieues – où vit le gros des immigrés. La mondialisation a ses règles et contraintes. Elle met en concurrence non seulement les entreprises, mais aussi les travailleurs, et les Etats. Dans le monde entier.

Les salaires des patrons français sont alignés sur les tarifs américains, comme s'il y avait un marché mondial des chefs d'entreprise. Les politiques de désinflation, de franc puis d'euro fort, la pression des bas salaires dans les pays pauvres, les 35 heures, tout pousse à une stagnation des salaires.


Alors que la télévision impose un modèle culturel unique, les conditions économiques et sociales de l'ancienne classe moyenne se distendent. La classe moyenne de «papa» n'existe plus. Les employés se rapprochent des ouvriers, les cadres moyens ont perdu l'illusion de vivre comme les cadres supérieurs. Même ces derniers n'ont plus rien en commun avec les grands patrons, payés comme des joueurs de football. La massification de l'enseignement et des diplômes s'est accompagnée, dans un processus inflationniste classique, d'une dépréciation du diplôme assignat, sans élévation dans la hiérarchie sociale.

Le Prix Nobel d'économie, Maurice Allais, disait encore il y a peu dans L'Humanité : «Les forces de la désagrégation sociale sont sans doute aujourd'hui plus fortes que celles qui se constataient à la veille de la Révolution française.»


Un esprit de lutte des classes a parfumé cette campagne référendaire. Pour Maastricht, les classes moyennes du privé (techniciens, représentants de commerce, etc.) avaient voté non, tandis que les classes moyennes du public (enseignants, infirmières, travailleurs sociaux) avaient voté oui. Le basculement de ces dernières est la clé de la victoire du non. Seules les élites traditionnelles – cadres supérieurs de la fonction publique et professions intellectuelles – sont restées fidèles au oui. C'était déjà l'électorat – Fort Chabrol de la gauche gouvernementale – de Jospin le 21 avril 2002.

Dans la tourmente d'une campagne qui a tourné à la jacquerie s'est constituée une ligue entre souverainistes et utopistes millénaristes, comme si sortait de terre une France gaullo-communiste, une France gallicane, que Giscard, mais aussi Delors ou Cohn-Bendit, et toutes nos élites intellectuelles et médiatiques, de BHL à Serge July, avaient mis toute une vie à abattre.

Giscard était toujours Giscard ; mais la France n'était plus giscardienne. C'était la fin d'un monde.

Le Figaro du 6 juin 2005
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