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 Un plaisir trop bref de Truman Capote

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LP de Savy
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MessageSujet: Un plaisir trop bref de Truman Capote   Mer 7 Mar 2007 - 17:53

Lettres avant le néant

Éric Neuhoff, le Figaro 1 mars 2007.

Des années 1930 à sa mort en 1984, Truman Capote n'a cessé d'écrire à ses amis. Cette correspondance drôle et décapante, enfin traduite, vaut toutes les biographies.


APRÈS DE SANG-FROID, il n'écrit plus. Plus de romans, naturellement, mais même plus de lettres : juste quelques cartes postales, des télégrammes, deux ou trois lignes griffonnées à la va-vite. Pour le reste, il y avait le téléphone. Mais avant ! C'était un festival, un feu d'artifice. Truman Capote bombardait la terre entière de ses missives. Elles sont méchantes, primesautières, attentives.


On y voit un tout jeune homme devenir un écrivain scandaleusement doué, puis être dévoré par le succès et se transformer en grande vedette du muet (de lui, on peut dire que ses posthumes commencèrent de son vivant), passer d'une production étincelante à des chefs-d'oeuvre au conditionnel. Ça, le nombre de fois où il aura annoncé son fameux Prières exaucées, qui devait être sa Recherche du temps perdu. Il en parle pour la première fois à son éditeur dès 1958 : « Un vaste roman, mon chef-d'oeuvre, sur lequel je me dois de garder le silence pour ne pas alarmer mon gibier. » On s'est aperçu du résultat : trois extraits dans Esquire, dont un se retrouvera dans Musique pour caméléons. À sa mort, rien d'autre dans ses tiroirs.


Il parle de son travail, de ses espoirs, se pourlèche de potins. Les enveloppes sont timbrées de Sicile, de Portofino, d'Espagne ou de Grèce. Il règne sur cette correspondance une ambiance très « folle » qui est assez réjouissante. On se donne des prénoms féminins, du cher petit lapin, du bébé chéri. «Il y aura samedi un concours de beauté pour élire Miss Taormina. Si je gagne, je te télégraphie.» Cette langue de vipère ne chôme pas, même en été : « Le mois d'août a été terriblement mondain - je dis bien mondain : les Windsor (demeurés), les Luce (encore plus demeurés), Garbo (tête de mort sous sa crème solaire), les Laurence Olivier (mais elle ne se montre pas). » Il recopie pour Cecil Beaton un graffiti de pissotière plutôt croquignolet et encourage les débuts de William Goyen, rouspète parce que Petit déjeuner chez Tiffany a été démoli par le New Yorker, décrit ainsi le Sunset Towers où il est descendu : « C'est essentiellement un hôtel pour femmes entretenues - et, mes chéris, vous seriez stupéfaits de voir ce qu'on se donne la peine d'entretenir en Californie ! » Travailler pour le cinéma ne l'intéresse pas beaucoup. « Il vaut beaucoup mieux une»Mort à Venise* qu'une»vie à Hollywood*. » Sur le tournage de Station Terminus de De Sica, Capote a un léger flirt avec Montgomery Clift. Sur le plateau de Plus fort que le diable, les cuites de Huston et de Bogart impressionnent le scénariste d'occasion, qui n'avait pourtant pas de leçon à recevoir dans ce domaine. Il trouve le film La Dolce Vita « tellement truqué, prétentieux et d'un ENNUI !!». Capote écrit à ses amants, à ses amis, à des milliardaires, à David Selznick et Jennifer Jones, à Gloria Vanderbilt.


«De sang fois» le mobilise


Les passages les plus touchants, les plus inattendus, sont adressés à Alvin Dewey, l'inspecteur du Kansas, qui enquêta sur le meurtre des Clutter, riches fermiers de la région. On sent que Capote a déniché là une famille d'adoption. Il prend des nouvelles de l'épouse, envoie un chèque à celle-ci pour qu'elle achète à son mari une bouteille de son whisky préféré en cadeau d'anniversaire, abreuve le fils qui rêve d'écrire de judicieux conseils, leur organise une tournée des studios lors de leur séjour à Los Angeles. La rédaction de De sang-froid mobilise toute son énergie, le dévore de l'intérieur. C'est exactement comme tisser la plus fragile des dentelles. Il y consacre un temps fou, une énergie phénoménale. Il vérifie les détails avec une avidité de maniaque, invente un genre, le roman non romanesque, se rend compte qu'il est en train de basculer dans quelque chose qui va le dépasser. Après, rien ne sera plus pareil. Triomphe. L'écrivain devient une star, apparaît désormais dans les rubriques people. En novembre 1959, les époux Clutter ne sont pas les seuls à avoir été assassinés. En un sens, Truman Capote est mort aussi à cette date-là.
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