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 Matthieu Jung "Le vague à l'âme" par F.Taillandier

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Magnakaï
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MessageSujet: Matthieu Jung "Le vague à l'âme" par F.Taillandier   Mar 26 Juin 2007 - 21:49

Je viens de finir un roman de Matthieu Jung conseillé par l'excellent François Taillandier... "Le vague à l'âme" est très drôle et fait bien sûr penser à du Benoît Duteutre et à Philippe Muray pour le rire sur l'époque et ses "grands élans".

http://www.lefigaro.fr/litteraire/20070201.WWW000000344_la_vie_a_maree_basse.html

En publiant un premier roman chez Scali, sous la houlette du courageux Stéphane Million, Matthieu Jung ne risque pas de disputer leur place à Dan Brown et Marc Levy dans les têtes de gondole. Mais il ne fait pas le même métier. Ils vendent de la féerie, lui nous impose du vrai. Eux, ils décorent. Lui, il dévoile. Il a choisi d'emblée de tendre le miroir à un monde qui n'a pas envie de se voir tel qu'il est. Porter le prénom d'un évangéliste et le nom du dauphin renié de Freud, ça fait beaucoup.

Matthieu Jung assume bravement ces symboles en parlant de l'âme, dès le titre. Et puis de la vague, c'est-à-dire du tsunami de début 2005. Son personnage, Jean, 41 ans, célibataire, agent immobilier à Paris, s'émeut, se trouble. Veut tout savoir. Ne sait que faire. Finira par dégarnir son compte en banque au profit des victimes. Puis d'autres victimes. Jusqu'au déraisonnable. Au point que sa banquière lui fait maternellement les gros yeux.

Voilà, c'est simple. Et c'est écrit par un débutant qui ne cherche pas à faire l'intéressant avec son style, ni dans le genre raffiné ni dans le genre débraillé. Assez sûr de lui pour se concentrer sur son sujet : les affres de la conscience occidentale, prise entre narcissisme réel et altruisme impuissant, haine de soi, égoïsme quotidien et générosité médias-compatible, autour d'un personnage qui semble sorti d'une chanson de Bénabar ou d'un sketch de Gad Elmaleh.

Jung, comme son héros, a beaucoup surfé sur la Toile. Sa contre-enquête sur la fortune médiatique du tsunami est méticuleuse. Et justement, il fait le roman de l'information, car il ne se passe rien de réel dans la vie de Jean : juste de l'info. Nous sommes dans un monde où l'on « downloade » sur « waveofdestruction.org » des « images insoutenables ». Où l'on se demande « selon quels critères préférer Aide à l'enfance, Sortir de la misère, Médecine pour tous ou Brave New World au détriment de Générosités, Jeunesse d'Asie ou Fin de la faim ».

Où l'on observe les trois minutes de silence (et pas deux, et pas une) décrétées par Bruxelles. Brave soldat Chvéïk soumis à l'info planétaire, Jean applique les commandements éthiques de notre temps.

C'est qu'il s'en tire mal avec les autres. Ses parents lui reprochent de ne pas s'assurer une descendance. Laurence, la seule femme avec laquelle il a vécu, il n'a pas su la retenir. Dans le métro, il n'a pas osé intervenir alors que des voyous persécutaient un jeune homme. Son complexe vis-à-vis des victimes de catastrophes lointaines va de pair avec cette impuissance devant son prochain. Il a une phrase définitive : « Il est parfois difficile de s'identifier à des gens avec lesquels on ne partage rien d'autre que la condition humaine. » Acte de décès du kantisme et de ses sous-produits universalistes, droits-de-l'hommistes, victimistes. Mais l'auteur, s'il ironise, laisse aussi affleurer un trouble. Lorsque Jean met vraiment en pratique l'Évangile (« Si tu n'as pas tout donné, tu n'as rien donné »). On sent l'auteur affecté par son sujet. C'est en quoi il est véritablement romancier.

Il y a deux ans, Jung envoya à Philippe Muray une nouvelle que celui-ci me fit passer. Nous la proposâmes aussitôt à Beigbeder et Stéphane Million, déjà nommé, qui dirigeaient la revue Bordel, où elle fut publiée. Feu l'auteur d'Après l'Histoire n'a, je crois, jamais rencontré Jung, mais il avait clairement reconnu en lui sa postérité.

Voilà, je pense, une assez haute recommandation.

La Vague à l'âme de Matthieu Jung Éditions Scali, 254 p., 18 €.
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