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 Contre-jour de Thomas Pynchon

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LP de Savy
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MessageSujet: Contre-jour de Thomas Pynchon   Lun 15 Sep 2008 - 9:12

Littérature - La lumière noire de Thomas (Le Point, 11 septembre 2008)

Chaque nouveau livre de l'invisible auteur culte américain, qui a très peu publié en un demi-siècle, constitue un événement. La lecture de son dernier pavé, « Contre-jour », a laissé notre collaborateur perplexe.



Il y a des écrivains pour écrivains, des écrivains pour critiques, des écrivains pour universitaires et des écrivains pour le public. Et puis il y a des écrivains pour personne. Des livres qu'on ne lit pas, mais dont on parle. Comme ceux de Thomas Pynchon. « Contre-jour », même s'il est largement acheté rumeur aidant, ne sera probablement lu que par l'auteur lui-même, son admirable traducteur, Claro, et une poignée d'inconditionnels.

Deux mois avant la sortie de « Contre-jour »-un beau titre mais dont je ne comprends pas le lien avec le contenu du roman-l'éditeur envoie à la presse un dossier comprenant les 253 premières pages, la revue de presse américaine, un résumé et une liste des personnages. Un mois plus tard, on reçoit l'édition complète. A la manière des « Bienveillantes » il y a deux ans, avant même de l'avoir lu, on est sommé de dire : attention, chef-d'oeuvre ! Les spécialistes du marketing appellent ça l'impulsion programmée. Non sans masochisme, je me suis assigné de finir ma lecture à la dernière page du sixième roman de Pynchon.

Autre technique de marketing possiblement mise en oeuvre : le nom vendu en lieu et place de la chose. Pynchon est avant tout un sigle, un mythe. Le mystère sur sa personne, l'absence de photos et d'interviews entretiennent un teasing et un effet de marque où la chose lue compte moins que l'auteur qui s'y cache.

De quoi ça parle ? De tout. On croise une mathématicienne bisexuelle, un agent secret sodomite, des terroristes, des meurtriers, mais impossible en trois colonnes de résumer le « pitch ». ça se passe partout dans le monde (Chicago, Denver, Alaska, Islande, Venise, Paris...), dans les airs surtout, s'agissant d'une confrérie d'aéronautes croisant diverses communautés, dont « les femmes ailées ». ça se déroule, en gros, entre la dernière décennie du XIXe siècle et 1920 .

Vertigineux, enfiévré, drôle, « Contre-jour » ressemble plus à un trip sous acide qu'à un conte philosophique. Il entend voler au-dessus des mots, mais souvent enlise son lecteur dans des abîmes d'obscurité. Lourd (1,7 kilo) ; long (1 206 pages); lent comme tout ce qui veut aller trop vite.

Les personnages sont des figures interchangeables, des liens donnant sur d'autres liens, comme sur la Toile, pas des êtres attachant le lecteur par leur profondeur et leur présence. C'est l'objectif de Pynchon, exemple d'une littérature postmoderne qui refuse le fondement même du roman : l'existence d'une cohérence psychologique faite de contradictions et d'inexplicable, certes, mais à laquelle le lecteur ne peut s'intéresser.

« Against the Day », dit le titre anglais, ce qui signifie que le monde est éclairé par-derrière par une lumière noire comme la musique de Thelonious Monk, et que le récit se situe à contretemps- « le temps, affirme Pynchon, notion trop ridicule pour qu'on y prête attention, quelque populaire fût-elle ». Tout grand roman est écrit contre le temps vécu et contre le temps historique. Mais le message aurait pu être exposé plus simplement : la civilisation est morte en 1914, nous naviguons sans cartes dans un enfer sans limites. Un peu ce que disait Nietzsche : « Le désert croît. »

« Que le lecteur décide, et qu'il prenne garde. Bonne chance ! » L'avertissement est donné par Pynchon lui-même. En lisant « Contre-jour », vous en apprendrez beaucoup sur la fabrication de la mayonnaise et la géométrie riemannienne.

« Contre-jour », de Thomas Pynchon. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro (Seuil, 1 206 pages, 35 E).

« Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? », de Pierre Bayard (Minuit, 162 pages, 15 E).

Pynchon est-il lisible ?

« Personne, mis à part les professeurs d'anglais et les écrivains en herbe, ne lit réellement les romans de Thomas Pynchon. Thomas Pynchon n'est pas un auteur : il représente les rouages de l'industrie universitaire. » Ainsi s'exprime le romancier américain Eric Miles Williamson dans le numéro de rentrée de « Transfuge ». Il démolit le culte Pynchon et ses grands prêtres, « les professeurs fascisants de littérature postmoderne et de théorie ». « Il est impossible que quiconque (même avec un doctorat en poche) termine un roman de Pynchon sans avoir l'impression d'être le dernier des idiots. Possible que Pynchon soit trop génial », conclut-il. De Don DeLillo à Richard Powers, les auteurs du recueil « Face à Pynchon » (Le Cherche-Midi, coll. « Lot 49 ») ne le contrediront pas.
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