Propos insignifiants

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 La rentrée sera houellebecquienne !

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LP de Savy
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MessageSujet: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 12 Juin 2005 - 22:54

Le nouveau roman de Michel Houellebecq, la Possibilité d'une Ile, paraîtra fin août. Il sera accompagné de deux livres consacrés à l'écrivain : une "enquête non autorisée" de Denis Demonpion (Maren Sell) et un "exercice d'amitié" de Fernando Arrabal (Cherche-Midi).

source : le Figaro Magazine du 11 juin 2005.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mar 5 Juil 2005 - 20:39

On annonce également un essai de Jean-François Praticola et un pamphlet d'Eric Nolleau, Au secours ! Houellebecq revient.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 6 Juil 2005 - 12:47

Le magazine Technikart nous propose quelques pages sur "la vie secrète de Michel Houellebecq". C'est sa couverture qui nous le dit. Le titre de l'article est "Dans la tête de Michel Houellebecq". On précise dans l'article qu'il ne s'agit pas de faire du people (quelle drôle d'idée, cette précision, il aurait fallu être bien méchant pour soupçonner le contraire) et on utilise Rousseau comme alibi.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 6 Juil 2005 - 17:28

J'ai avalé les pages consacrées à M.Houellebecq. Pour en donner un deuxième aperçu, je recopie les citations mises en valeur par le journal :

Denis Demonpion : "Houellebecq a compris que cet air de pauvre mec était le meilleur passeport pour la gloire littéraire."

Michelle Lévy : "C'est un être d'une gentillesse rare. J'aime sa franchise qui cache un grand courage."

La mère de Michel Houellebecq (prétendue morte) : "Ah le petit merdeux ! Je lui botterai les fesses et lui plongerai le nez dans la farine."

Denis Demonpion : "Il a amassé une véritable fortune totalement méritée. On ne peut que s'incliner."

Michelle Lévy : "D'une manière générale, Michel est inconsolable. D'ailleurs, il a presque toujours froid."


Jamais mon forum n'aura aussi bien mérité son nom.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 7 Juil 2005 - 9:08

Même la presse économique s'y met :

Pauvre Houellebecq

[Les Echos, 04/07/05 ]

EN MARGE

Dans peu de temps seuls les sourds, les aveugles et quelques personnes totalement indifférentes à l'actualité littéraire ignoreront encore que le prochain roman de Michel Houellebecq doit paraître le 1er septembre et qu'il s'intitule « La Possibilité d'une île ». Sur quel effet de scandale l'auteur et l'éditeur (Fayard) comptent-ils s'appuyer cette fois-ci pour enfler les ventes d'un ouvrage qui n'en a sans doute pas besoin pour trouver ses lecteurs ? Mystère. Car la chose est tenue secrète. La vente du Houellebecq étant infiniment plus prévisible que les cours du pétrole ou ceux du dollar, on peut néanmoins gager sans peine que la fortune de l'auteur s'en trouvera encore considérablement arrondie. Pensez donc, ce jeune homme a déjà son biographe « non autorisé », Denis Demonpion, qui - gagné par la contagion du secret - ne nous révélera que le 26 août son « Enquête sur un phénomène » (éd. Maren Sell). Hélas, hélas, hélas voici que le fisc, toujours à l'affût, menace de rattraper notre auteur à succès. Pas notre cher Trésor. Celui des Irlandais, tellement clément pour les créateurs en tout genre depuis trente-cinq ans que nombre d'entre eux ont eu, à l'exemple de Michel Houellebecq, la révélation de l'influence bénéfique du vert prairie, de la bruine, de la Guinness et du wiskey sur leurs capacités créatives. Initialement conçue par le ministre des Finances Charles Haughey pour que les Joyce, Beckett, Wilde et autre Shaw cessent de quitter l'Irlande, cette exemption fiscale eut pour effet d'attirer plus d'un étranger à succès. Mystères de « l'attractivité du territoire ». Sur la longue liste du fisc irlandais, Houellebecq côtoie Frederick Forsyth et Bono qui, à la veille des grands concerts du Live 8 en faveur du tiers-monde, assure néanmoins à la presse irlandaise que son groupe U2 paye beaucoup d'impôts en Irlande. Comment tout cela finira-t-il ? Le gouvernement irlandais s'est lancé dans une grande remise à plat de toutes ces niches fiscales (cela se fait beaucoup, même dans des pays qui n'ont rien d'un paradis fiscal). Mais déjà le Arts Council irlandais se dit « outragé » et tonne que l'Irlande est menacée de perdre une de ses lois les plus « éclairées ». Ne soyons pas trop inquiets pour Houellebecq.


JEAN-CLAUDE HAZERA
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 30 Juil 2005 - 22:57

Résumé de la Possibilité d'une île :

« Dans un futur inquiétant, avec des clones qui semblent avoir payé leur immortalité de la perte de la capacité de rire, de pleurer et d’éprouver des émotions authentiques, deux mystérieux personnages, Daniel 24 et Daniel 25 trouvent les journaux intimes de leur « original », Daniel 1, qui a vécu à notre époque. Daniel a conquis une célébrité équivoque grâce à des satires corrosives contre la morale dominante et s’est retiré pour vivre dans un petit village espagnol, où sa vie a changé grâce à un amour poignant, pervers et orageux pour Isabelle. Quand leur histoire d’amour s’éteint à cause du cercle vicieux et fatal des trahisons et des jalousies réciproques, pour Daniel débute une période sombre, durant laquelle il fréquente la secte des Elohim, qui aspirent à retrouver une harmonie avec la nature en libérant leurs instincts sexuels, et à accéder à l’immortalité grâce au clonage. A la fin de l’ultime et violente passion pour Esther, une actrice sans scrupules, Daniel assiste à une cérémonie des Elohim, dans laquelle sont sacrifiées des vies humaines sur l’autel du clonage. Déçu et amer, Daniel voit l’unique solution dans le suicide, bien que les Elohim aient déjà décidé de lui donner l’immortalité avec la renaissance de ses clones, Daniel 24 et Daniel 25. »

http://elizabethflory.blogs.com/weblog/2005/07/la_possibilit_d.html
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 30 Juil 2005 - 23:15

Houellebecoelho et Nostradamattali

Et, d’abord, une bonne nouvelle : inutile de partir en vacances, c’est déjà la rentrée. Oui, pas besoin de chercher au fond des commodes maillots de bains et crèmes solaires, vous pouvez dès maintenant aller acheter les trousses et les cartables, et prendre connaissance des tarifs cantine 2005-2006 de l’école de vos enfants. J'en vois qui tirent un peu la mine, mais c'est parce qu'ils ne savant pas ce qu'ils y gagnent et je ne parle pas que de l’aspect pécunier. D’abord, vous allez vous épargner les numéros d’été de Elle, et ses extraits, sous blister, de la production romanesque Robert Laffont (le Marek Halter de cette semaine était assez gratiné). Au lieu de lire un bout du prochain Amélie Nothomb, vous pourrez vous le coltiner tout de suite, et en entier ! C’est la rentrée, mes amis, je n’y peux rien. Le fautif ? Encore et toujours notre ami Frédéric ! Je vous explique : alors que le roman de Houellebecq, annoncé pour septembre, était gardé, en attendant la mise en place fatidique, par le MI6 et le Mossad dans les entrepôts Fayard, voilà que Beigbeder vend la mèche, et vous invite à lire, en exclu interplanétaire, la première phrase du roman : « Qui, parmi vous, mérite la vie éternelle ? ». Ca aurait pu être du Coelho. C’est peut-être du Coelho. Et si Houellebecq n’existait pas ? Et si Houellebecq s’appelait en vérité Paulo ?

Beigbeder, l’homme pressé : il écrit, dans Voici, son papier de rentrée en juillet ! Le problème, c’est qu’il aurait dû profiter des vacances pour se relire, et rendre plus intelligible son compte-rendu de « La possibilité d’une île ». « Michel Houellebecq reste le plus ambitieux romancier français. Même si son roman peine à démarrer, il est en réalité assez simple : une double narration alternée comme dans les « Particules élémentaires ». Daniel 1 raconte sa vie de comique incorrect divorcé et retraité en Espagne (mélange de Dieudonné et de Desproges) à son clone héritier Daniel 24 (le narrateur des temps futurs) : le premier a la causticité de l’auteur de « Extension du domaine de la lutte », le second fait des aphorismes à la Pascal Quignard. 23 générations après Daniel 1 (qui entrera dans une secte pour devenir immortel), Daniel 24 ne comprend plus guère l’utilité des contacts physiques et des larmes. Puis viennent Daniel 25 (le clone du clone du clone du clone), et une jolie passion sexy et tragique entre Daniel 1 et la jeune Esther, et enfin beaucoup de suicides comme d’habitude. » Vous voyez, c’est palpitant. Beigbeder, ou comment transformer l’or en plomb. Pardon, le Houellebecq en tisane jonquille-verveine-bouleau.

Chez Fayard, en tout cas, c’est « La guerre des mondes ». Pour l’agent parisien de Houellebecq, François Samuelson, qui avait négocié le transfert de Michel chez Fayard, Beigbeder est désormais l’ennemi public numéro un. C’est que l’enjeu financier, pour Fayard-Lagardère-Samuelson-Houellebecq, est énorme. Et Beigbeder, en trahissant le secret, fragilise l’édifice. La vérité, c’est que Beigbeder a, en fait, trouvé un bon moyen de se venger : de Houellebecq, d’abord, qui avait quitté Flammarion (dont Beigbeder était le patron de l’éditorial) pour Fayard. De Fayard ensuite. Dans son papier, Beigbeder dit du bien (un peu) du Houellebecq, pour qu’on ne puisse l’accuser d’en dire du mal. Mais il le fait suffisamment à l’avance, pour lui faire du mal.

Beigbeder a-t-il aimé le livre ? « Drôle, étrange, inventif, terrifiant. » Bon, Beigbeder ratisse large. Il pourrait aussi bien parler de la sortie du nouveau « Harry Potter », ou du prochain « Titeuf ». Il s’en fout, il veut la peau de Sorin (ex-Flammarion), de Samuelson et de Lagardère Groupe.

Le génie de Beigbeder rejoint cependant celui de Houellebecq dans son art d’être imprévisible : il compare, dans sa chronique, Alexandre Jardin à Houellebecq ! « Alexandre Jardin vient de s’apercevoir de la nullité de ses premiers romans. Le vrai problème d’Alexandre Jardin a toujours été la forme. Son style naïvement appliqué pâtissait de l’artifice de ses intrigues. » Il ajoute : «Pourtant, le Jardin surprend beaucoup plus que le livre de Houellebecq. Il est plus frais et libre. Il n’est pas meilleur, non, tout de même pas ! » Résumons. Le Houellebecq est bon comme un Houellebecq. Le Jardin meilleur qu’un Jardin. Donc Jardin serait meilleur que Houellebecq si Houellebecq n’était pas meilleur que Jardin. Aspégic, les enfants ?

Un dernier mot sur toute l’affaire : n’oubliez pas que Beigbeder est un auteur Grasset, comme Jardin. Beigbeder n’aime pas les romans de Jardin, mais il aime les chèques de Grasset. Se servir de Jardin-Grasset pour cogner sur Houellebecq-Fayard, voilà l’idée. Ca ne fait pas plaisir à Fayard, et ça réjouit sacrément les camarades de chez Grasset.

Dans le prochain Houellebecq lu par Beigbeder, on est donc transporté en l’an deux mille et des. Comme chez Attali, dans un article de science-journalisme intitulé 2012 (L’Express, cette semaine) : « Le débat sur les Jeux Olympiques aura permis de se projeter dans l’avenir, pour découvrir qu’il se passera en 2012 des événements beaucoup plus importants que des courses à pied, aussi belles soient-elles. » Vous voyez, ce n’était pas la peine d’en faire un foin. Les Jeux, pour Attali, c’était peanut butter.

Il faut reconnaître que, quand Attali prend des smarties hallucinogènes, il atteint réellement au sublime. D’abord, en 2012, la France sera « plus vieille ». Là, je dois reconnaître qu’Attali n’a pas tout faux. Il y va mollo, depuis qu’il s’est planté avec la BERD. Il prend moins de risques qu’avant. Mais quand même, les smarties : « En Afrique, 5,1 millions d’enfants mourront de faim cette année-là. » Si le sujet n’était pas si terrifiant, le « virgule un » ferait sourire. « L’Inde et la Chine, premiers épargnants du monde, seront membres du G8, devenu, avec l’arrivée du Brésil et du Nigéria, G12. » Bientôt, le G20 - l’Europe, un grand supermarché. Mais Attali, enflammé, continue : « La population mondiale sera de plus en plus musulmane et asiatique. » Ca ne va pas plaire à Houellebecq. La suite, par contre, semble écrite par Coelho : « Le monde hésitera, au seuil de sa disparition ou de sa renaissance. Selon la mythologie maya, par exemple, le 21 décembre 2012, à 11 heures 11, au moment exact où, dans le solstice d’hiver, Vénus disparaîtra sous l’horizon occidental tandis que les Pléiades s’élèveront au-dessus de l’horizon oriental, finira notre monde, ou plus exactement s’achèvera un cycle de 26 000 ans, le cinquième qu’aura connu l’humanité, ouvrant à un sixième univers, « l’âge Itza », fait de Lumière et de Sagesse. » Mouais. Si vous voulez mon avis, le plantage de Paris 2012 montre bien qu’on est entrés dans l’âge Itza.

http://blogs.nouvelobs.com/Didier_Jacob/index.php?afficheFichier=3613_20050713_Didier%20Jacob
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 31 Juil 2005 - 16:46

La possibilité d'une île lue par Philippe Sollers :

Et oui, La possibilité d'une île, le prochain roman de Michel Houellebecq, est un grand livre, et on n'a pas fini d'en parler. Rigueur de la composition et suspens constant : vous l'ouvrez, vous ne le lâchez plus, car Houellebecq, très supérieur à tous les romanciers américains récents, est un grand raconteur, et qui sait faire.
Deux histoires d'amour précises, une Française sur le déclin, une jeune Espagnol hard (Ophélie, ma libraire, sera choquée, mais tant pis). Un narrateur humoriste lucide, méchant et paumé, qui en réalité n'aime que son chien (pages admirables). Une plongée très troublante et caustique, ambiguë, dans les soubassements d'une secte, l'Eglise élohimite, qui propose à ses adeptes la vie éternelle via l'ADN. Cette nouvelle religion, plus ou moins porno, prophétise le narrateur, va bientôt remplacer toutes les autres, à commencer par l'Eglise catholique. Elle donnera naissance à des "néo-humains". Fiction, science-fiction, sexe, désespoir, suicides, rien ne manque. Polémiques garanties à côté de la plaque, coup très travaillé, réussi.

Le Journal du Dimanche 31 juillet 2005.
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Sébastien
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Lun 1 Aoû 2005 - 22:18

Merci pour cette critique de Sollers. On n'a pas fini d'entendre parler du roman de Houellebecq, comme il dit.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Lun 1 Aoû 2005 - 22:29

Sébastien a écrit:
Merci pour cette critique de Sollers. On n'a pas fini d'entendre parler du roman de Houellebecq, comme il dit.

Et ce ne sera pas forcément pour de bonnes raisons.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mar 2 Aoû 2005 - 22:20

J'avais informé les lecteurs du forum de l'AMH de l'existence des propos de Philippe Sollers sur la Possibilté d'une Ile. Certains sont venus les lire ici. Ils sont d'ailleurs les bienvenus. Mais mon message a été supprimé du forum AMH et remplacé par un post de Michelle Lévy. Autres temps, mêmes moeurs...
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 6 Aoû 2005 - 12:59

Deux liens concernant Michel Houellebecq :

http://www.lemague.net/dyn/article.php3?id_article=1403

http://www.lemague.net/dyn/article.php3?id_article=1400
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 10 Aoû 2005 - 17:12

"Dernière ligne droite pour un livre difficile à paraître fin août, en même temps que le nouveau Houellebecq ; précisément le même jour. Et pour cause, c’est un essai-pamphlétaire, acide et corrosif, une tentative de dissection du succès de l’auteur de La Possibilité d’une île : escroquerie intellectuelle basée sur une technique marketing bien connue, celle de la provocation, ou réel talent, celui de dire le monde tel qu’il est en vérité ? C’est parce que suis incapable de trancher que je me suis passionné pour cette enquête signée Jean-François Patricola. Un coursier vient de me livrer les épreuves ; elles sont là, à gauche, sur mon bureau, 288 pages, 430 000 signes à relire, corriger, amender pour lundi matin… À la fois la hantise de tout directeur de collection, mais aussi, et surtout, ce qui donne le sel à cette activité si particulière : ces dernières heures qui conduisent au point de non retour une fois sa signature apposée sur le document, derniers réglages, dernières négociations avec l’auteur. Livre difficile parce que tout autant attendu des thuriféraires que des sycophantes : Houellebecq déclanche tellement de passions, exacerbées pour la plupart, que les uns et les autres ne manqueront pas de stigmatiser le résultat."

Extrait du blog de Joseph Vebret, écrivain et éditeur.

http://vebret.typepad.com/litterateurs/
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mar 16 Aoû 2005 - 19:49

La critique de l'Express :

Houellebecq fait son clone

par Olivier Le Naire


Une fois encore, c'est le grand cirque pour la sortie de son nouveau roman. Clonages à tous les étages, provocs extrêmes, sectes, mensonges et autodérision... L'auteur de La Possibilité d'une île va-t-il décidément trop loin?

Qui, parmi vous, mérite la vie éternelle? Pour explorer cette question, sur laquelle ouvre son nouveau roman, Michel Houellebecq a écrit 488 pages souvent provocantes, parfois écœurantes, toujours intelligentes, qui, à elles seules, auraient suffi à constituer l'événement de cette rentrée littéraire. Dommage que La Possibilité d'une île donne lieu à toutes sortes de manipulations médiatiques (lire l'encadré) qui n'auront finalement servi qu'à brouiller les pistes. Car, derrière le phénomène de foire éditoriale, derrière la machine à gagner des millions qu'est devenu Houellebecq, il y a un auteur dont seuls les livres devraient compter. Et le reste n'est qu'anti-littérature.

En attendant les Elohims. Pour ceux qui connaîtraient encore mal le bonhomme, rappelons que Houellebecq, même s'il joue volontiers les Droopy de service, n'écrit pas pour distraire son monde, mais bien pour annoncer les mauvaises nouvelles. Par exemple, la fin prochaine de l'humanité telle qu'on la connaît actuellement, et qu'il décrit par le menu dans ce nouveau roman.

Au cours du XXIe siècle, donc, une secte promettant l'immortalité à ses membres a fini par supplanter les religions traditionnelles, déjà mal en point. Face à une société qui refuse de vieillir et de souffrir, à la frustration sexuelle, à la «mort de Dieu» et à la débine du monde, les adeptes ont besoin d'espérance. Et chacun d'entre eux, avant son suicide volontaire lorsqu'il se sent devenir vieux, donne un échantillon d'ADN et un «récit de vie» afin d'être cloné, un jour, en néohumain. Quand, à son tour, ce clone a passé la cinquantaine, lui aussi se suicide pour laisser la place à un successeur, obtenu sans fécondation ni mère porteuse. Car, chez Houellebecq, les néohumains n'ont plus besoin de nourriture ni d'appareil locomoteur. Ils viennent sur terre directement à l'âge de 18 ans, sans avoir eu d'enfance, fabriqués à partir d'un mélange de gaz et de molécules. Ils vivent seuls, ne connaissent ni la souffrance ni les sentiments, ignorent quasiment la sexualité. Et attendent patiemment l'arrivée des Elohims, extraterrestres porteurs d'éternité. Une fiction en grande partie inspirée par la secte des raéliens, qui fit parler d'elle en 2003 lorsqu'elle prétendit avoir créé le premier clone humain.

L'essentiel du livre est construit autour du récit de vie de Daniel 1, découvert et lu, quelque deux mille ans plus tard, par Daniel 24, puis Daniel 25, ses lointains clones, qui le commentent alors qu'une apocalypse nucléaire a depuis longtemps ravagé la planète. Un excellent prétexte pour imaginer un possible avenir à l'homme, certes, mais surtout pour regarder notre siècle à distance critique. Et la critique - cruelle ou narquoise - est, on le sait, la spécialité de Houellebecq. Y compris lorsqu'elle s'applique à lui-même, puisque le personnage de Daniel 1 fait irrésistiblement penser à l'auteur.

Un comique shooté au pastis-Tranxène. Lorsqu'il écrit son récit de vie, Daniel 1 vit donc en Espagne à notre époque. C'est un comique odieux et désespéré qui se shoote au pastis-Tranxène, traîne son mal de vivre, son ennui et sa misanthropie sur les autoroutes et dans une luxueuse villa de 17 chambres. Après avoir vécu avec deux beautés sensuelles - Isabelle, puis Esther, semblant tout droit sorties d'un film d'Almodovar - et partouzé à droite à gauche, il n'a plus d'intérêt que pour son chien et cette fameuse secte qu'il découvre. Sa fortune, il l'a réalisée en montant des films ou des sketchs antijuifs, antiarabes, antifemmes, bref, anti tout ce qu'on voudra, depuis qu'il a compris que le cynisme et la provocation sont les meilleurs moyens de gagner de l'argent. Et de devenir célèbre.

Quand Daniel 1 se lance dans des «gags» dépassant ouvertement les bornes, avec des devinettes du genre «Comment appelle-t-on le gras autour du vagin? La femme», des films titrés «Broute-moi la bande de Gaza» ou «On préfère les partouzeuses palestiniennes»; quand il traite les juifs de «poux circoncis» et les chrétiens libanais de «morpions du con de Marie», Houellebecq joue-t-il simplement avec la provoc' extrême ou se réfugie-t-il derrière le dix-huitième degré et un personnage de fiction? Une chose est sûre, il n'a pas besoin de paravent pour tourner en dérision Bernard Kouchner, Jamel Debbouze, Karl Lagerfeld, Marc-Olivier Fogiel, Björk, Michel Onfray, Vladimir Nabokov, Bill Gates, mais aussi la gauche, la droite, les écologistes, la société de consommation, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Le Point (faut-il être très vexé qu'il ait oublié L'Express?). Pas de tabou non plus sur le progrès médical, les enfants («des nains vicieux!»), les personnes âgées, le suicide... et bien sûr Dieu («Il existe, j'ai marché dedans»).

Bref, une mise en question radicale de la société dans son ensemble qui, curieusement (quoique...), épargne plutôt les raéliens. De quoi, en tout cas, entretenir procès et polémiques pendant trois mois pour rester dans l'actualité jusqu'à la date du Goncourt.

Impossible, pourtant, de réduire le livre à ces provocations strictement sans intérêt si elles étaient gratuites. Car l'ambition de Houellebecq est de prendre à son propre piège une société qu'il juge monstrueuse, déliquescente, insauvable. Désespérante et désespérée. D'où le projet d'en démonter les ressorts et la logique, perverse jusqu'à l'absurde.

L'idole noire d'un public jeune. Roi du cynisme, Houellebecq va jusqu'à exposer sa méthode pour manipuler l'opinion et les médias. Celle-là même qu'il applique avec tant d'efficacité pour ses livres. Daniel 1 résume ainsi son rôle: «J'étais un observateur acéré de la réalité contemporaine mais il restait si peu de choses à observer: nous avions tant simplifié, tant élagué, tant brisé de barrières, de tabous, d'espérances erronées, d'aspirations fausses. [...] La liberté, j'étais plutôt contre.» Même son de cloche un peu plus loin: «Comme le révolutionnaire, l'humoriste assumait la brutalité du monde, et lui répondait avec une brutalité accrue.» Et de conclure: «En somme, comme tous les bouffons depuis l'origine, j'étais une sorte de collabo. [...] J'établissais la clarté, la lucidité, la "distance humoristique"; j'interdisais l'action, j'éradiquais l'espérance; mon bilan était mitigé.»

Houellebecq accomplit donc à sa manière - hautement discutable - sa tâche d'écrivain en promenant son miroir sur les routes cabossées de la modernité. Et en appuyant là où ça fait vraiment mal. Ce n'est pas par hasard non plus si, après Extension du domaine de la lutte - son meilleur livre à ce jour - il a conquis un très large public pour s'imposer, y compris à l'étranger, comme l'auteur français le plus novateur de sa génération. Alors que les soixante-huitards gardaient jalousement le monopole de la révolte, Houellebecq a fait exploser tout cela au point même de voler la vedette au provocateur de service, Philippe Sollers, mais aussi d'amener une partie de la critique et des jurés littéraires à se rallier à lui s'ils ne voulaient pas être écrasés par ce rouleau compresseur.

Avec lui, pour la première fois depuis longtemps, un écrivain français s'intéressait, pour mieux les critiquer, à l'entreprise, aux sciences, à la publicité, aux supermarchés, bref, à tout ce qui a fait le XXe siècle. Et miné le XXIe. Son ton nouveau, pince-sans-rire, terriblement efficace, mettait aussi en pièces le politiquement correct. Bref, il apportait du sang neuf à une littérature enfermée dans un nombrilisme béat. Il se faisait ainsi le porte-parole, l'idole noire d'un public jeune, sans illusions, sans mythes, sans religion et donc sans espérance, se sentant comme lui prisonnier d'un monde à bout de souffle. On connaît la suite.

Houellebecq a-t-il progressé depuis? En ce qui concerne les ventes et l'autopromotion, c'est une évidence. Sur le fond, ça se discute. La Possibilité d'une île, roman «total», riche et dense, est truffé de formules, d'interrogations pertinentes, de scènes réussies. En particulier lorsque Houellebecq montre - dans un parallèle avec Jésus-Christ - comment naît un gourou, ou, dans la dernière partie, lorsque Daniel 25 erre, indécis, dans la campagne espagnole irradiée et les ruines de l'ancienne Madrid, encerclé par les derniers vrais humains revenus à l'état sauvage. Le roman est bien construit, sa partie SF, classique et efficace. Houellebecq affine aussi, avec ce livre, son impitoyable autoportrait et alimente sa sulfureuse «légende», comme si lui-même voulait s'inventer un clone. Un clone pensé et réfléchi, dûment corrigé et rectifié (nous y reviendrons la semaine prochaine avec la biographie non autorisée que lui consacre Denis Demonpion). Mais ses inconditionnels ont beau voir en lui le nouveau Céline, il n'a de l'auteur du Voyage que la violence, la désespérance, la lucidité. Pas cette puissance, cette singularité stylistique qui font la différence des plus grands. Officiellement, la platitude de l'écriture serait chez Houellebecq un choix assumé - une marque d'époque. Or on a plutôt l'impression qu'il cherche encore son style, en lisant ces phrases - aucunement au second degré - où il se laisse aller à un lyrisme pseudolittéraire: «Les falaises dominent la mer dans leur absurdité verticale, et il n'y aura pas de fin à la souffrance des hommes.» C'est cela, Michel, c'est cela! Sans parler des «poèmes», du genre: «Je suis seule comme une conne/ Avec mon/ Con». Les adeptes du haïku apprécieront peut-être. Mais Houellebecq, lui, peut mieux faire, beaucoup mieux. Il l'a déjà prouvé.

En librairie le 31 août.

http://livres.lexpress.fr/portrait.asp/idC=10521/idR=5/idG=3
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 18 Aoû 2005 - 22:13

Un Houellebecq tombé du camion

Par Angelo Rinaldi, de l'Académie française
[18 août 2005] Le Figaro

Stupeur ! Angelo Rinaldi trouve par hasard dans un square le dernier roman de Michel Houellebecq, qui sortira le 31 août prochain. Chronique d'une lecture décevante.

La stupeur nous cloua sur place comme on s'en revenait, au cœur de l'été, à travers le square du Temple à Paris rempli de cris d'enfants, d'une luxueuse croisière le long du canal Saint-Martin, avec escale à l'hôtel du Nord et colliers de fleurs et vahinés, au pied de l'échelle de coupée, le comité d'entreprise ayant fait les choses en grand.

Ce livre qui traînait là sur un banc, et sur lequel on se penchait, n'était-ce pas un exemplaire du dernier ouvrage de Michel Houellebecq, qui alimente les rumeurs depuis une saison? Le roman qui, contre les usages, n'a été communiqué qu'à quelques favoris dont on présume l'admiration? (Voir ci-dessous l'article d'Éric Naulleau.) Le roman que protège, jusqu'à sa mise en vente, à la fin d'août, une sorte de mur de l'Atlantique; et l'on croit voir, comme dans les vieilles bandes des «Actualités» de l'entracte, des canons tournant sans relâche sur leur affût, pointant dans le ciel les avions ou les critiques libérateurs.

Comment donc avait échoué, dans un jardin, ce volume que l'on ouvrait d'une main tremblante, et dont la page de garde s'ornait de la trace de doigts poisseux de graisse? Outre d'un commentaire d'accent juvénile, tracé au stylo à bille – «C'est quoi ce machin? J'ai rien compris» –, qui interdisait la revente à un soldeur pour boucler une fin de mois. Car on ne saurait tout avoir. En fait, il n'y eut pas à pousser loin l'enquête. Une séduisante camarade du service étranger, nous jetant ce regard d'apitoiement, que les cadets réservent aux aînés dépassés par les mœurs de l'époque, nous expliqua la mode du moment. Elle est née aux États-Unis, où les indigènes du New Jersey l'ont baptisée «crossbooking», et ravage maintenant la France.

Elle consiste à abandonner un bouquin dans un lieu public, et d'en suivre les aventures par le moyen d'un site sur Internet. Dès lors, une hypothèse se présentait à l'esprit: le livre de M. Houellebecq, pseudonyme de M. Michel Thomas, a dû tomber de l'un des camions qui, à cette heure, sillonnent le pays – tels les camions-citernes des sapeurs-pompiers charriant l'eau salvatrice – pour en acheminer des centaines de milliers d'exemplaires aux libraires incendiés de curiosité. Il est presque certain qu'il fut ensuite ramassé sur la chaussée par l'un de ces étudiants qui, dans les établissements de restauration rapide, si nombreux dans le IIIe arrondissement, gagnent un peu d'argent de poche en secouant au-dessus des flammes des friteuses dégouttantes d'huile, dans les arrière-cuisines où la visite de l'inspecteur du travail ne serait pas toujours inopportune. D'où les empreintes digitales...

On a cent mille fois remarqué que le hasard sert souvent un journaliste. En la circonstance, s'il lui réserve une exclusivité, il n'a pas assuré son bonheur car la lecture confirme le jugement de l'inconnu qui s'est hâté de replacer sa trouvaille dans le circuit, et à Dieu vat... Il n'y a rien qui soit plus aride, plus pauvret et plus obscur en même temps. Un échantillon, quand on pourrait en fournir des dizaines? A propos de la «mise à mort de la morale» (p. 52): «Si la fluidification des comportements requise par une économie développée était incompatible avec un catalogue normatif de conduites restreintes, elle s'accommodait par contre parfaitement d'une exaltation permanente de la volonté et du moi.»

L'ensemble où se mêlent en apparence pour nous bluffer informatique, génétique, clonage, collagène, ADN, «radicaux libres», qui ne sont pas un nouveau parti politique, s'ajoutant aux «protéines et phospholipides complexes impliqués dans le fonctionnement cellulaire», relève, pour l'essentiel, de la science-fiction aux mains d'un chimiste en goguette. Or, le recours à la science-fiction, c'est déjà un signe de faillite chez un romancier. Pas du tout l'accès à une liberté d'imagination plus grande, que l'on suppose puisqu'il est plus facile d'imposer l'arbitraire que d'obtenir du fantastique à partir de l'observation de la psychologie humaine. Laquelle est pourtant inépuisable.

Ce «récit de vie» destiné à nous projeter dans les siècles futurs où règne la «Sœur suprême» par ordinateurs interposés, commence cependant, aujourd'hui, à travers un narrateur, Daniel, numéro 1, car ils se succéderont à l'infini, les Daniel. Grâce à l'ADN «répliquée», mise à l'abri dans un congélateur – quelle erreur ce serait, choisir le bac à légumes – chacun aura la possibilité de ressusciter. A sa vingt-cinquième récidive, Daniel erre sur une planète à l'aspect désolé dont on a «modifié l'axe de rotation». Elle est peuplée de «néo-humains», les individus de l'ancien modèle, qui ont échappé aux expériences en laboratoire, n'étant plus que des gnomes aux borborygmes du Neandertal. On tire sur eux pour s'amuser. N'est-ce pas Cocteau qui a parlé de l'«ennui mortel de l'immortalité»? Au début, Daniel est un comique de cabaret, qui obtient le succès et l'Olympia pour un spectacle intitulé Les Echangistes de l'autoroute. Sa maîtresse, Marie, directrice du magazine Lolita, «où débarquent chaque mois des pétasses toujours plus jeunes et plus arrogantes». Par peur de vieillir, elle se suicide. Esther la remplace. La sexualité, assez souvent réduite aux services de bouche qui semblent obséder l'auteur, est décrite dans un argot de potache, donnant l'occasion de vérifier à nouveau, que l'on n'est pas cru en raison du vocabulaire que l'on utilise, mais de l'art que l'on déploie. Ici, il est inexistant.
Arrivera-t-on jusqu'au bout du résumé? Daniel rencontre aussi un gourou qui promet la peau fraîche et orgasme en permanence à ses disciples qu'il rassemble en congrès dans sa résidence fortifiée, au sommet d'une montagne des îles Canaries. Une splendide actrice descend de l'avion de Rome, curieuse des débats, escortée de son petit ami. Le gourou, qui n'en a pas assez, dans son harem, de sept secrétaires court vêtues, la violente. L'Italien, qui a une Porsche et le sens de l'honneur, le tue. Qui va succéder au prophète dont le corps sera précipité dans le cratère d'un volcan, comme celui d'Empédocle, qui, sinon le fils qu'il avait caché jusqu'à cet épisode?

Surgissent de loin en loin – lorsque Nietzsche et Platon ne sont pas mobilisés – des personnalités de la rubrique mondaine – champions de tennis ou couturiers allemands. Elles servent sans doute autant que les funèbres gaillardises à insuffler un semblant de mouvement à une prose qui coule avec lenteur, comme fuit le robinet de la cuisine qui continue de perdre, goutte après goutte, son liquide sans saveur, lorsque SOS plombier tarde à intervenir. (En été, n'espérez personne.) Notons que maintes phrases en anglais ne sont pas traduites. Tel procédé pour faire chic remonte aux romans de la gentry, publiés par Abel Hermant vers 1930 – pas toutes mauvaises d'ailleurs, les œuvres d'Hermant qui a disparu dans l'ombre du massif proustien. L'un de ses contemporains, Henri de Régnier, est cité pour une parole dont la profondeur émerveille: «Vivre avilit.»

A ce stade du ridicule, et parce que toujours on voudra de quelque façon sauver un auteur, on se demande si tout cela ne témoigne pas d'un humour à l'usage de quelques initiés. Reste qu'à l'avenir, en cas de nouvelle découverte dans un jardin ou le métro, on appellera d'abord la patrouille du plan Vigipirate. Ne s'agirait-il que d'un pétard mouillé.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 18 Aoû 2005 - 22:16

Silence, on vend !

PAR ÉRIC NAULLEAU
[18 août 2005] Le Figaro

Autrefois, s'agissant d'évoquer Michel Houellebecq, il fallait déjà renoncer à parler de style, puisque l'intéressé pouvait se flatter de n'en posséder aucun.

Autrefois, il fallait déjà renoncer à parler de construction, puisque Plateforme, son précédent opus, empruntait la sienne au plus sommaire des romans d'aérogare. Autrefois, s'agissant d'évoquer Houellebecq, il fallait aussi renoncer à parler d'histoire, ce que confirmait l'écrivain cité avec cet hybride d'élégance et de subtilité qui lui vaut sa réputation dans certains milieux éclairés : «Je crois que la narration me fait chier. Je ne suis définitivement pas un storyteller.»


Autrefois, s'agissant d'évoquer Houellebecq, il fallait enfin renoncer à parler d'idées, puisque celles de l'auteur se limitaient à quelques généralités sur des notions trop vastes pour lui (de l'eugénisme à la physique quantique en passant par la biologie moléculaire), à des sentences qui ne risquaient guère de troubler le dernier sommeil de Chamfort ou de La Rochefoucauld («On ne pleure plus assez aujourd'hui, alors que c'est bon pour la santé.»). Sans oublier de franches inepties islamophobes où la sottise le disputait à une volonté de faire oeuvre. Des propos qu'il renia sans gloire devant le tribunal, préférant accuser notre confrère de Lire Pierre Assouline, à qui il attribua une mauvaise transcription de leur entretien....

Aujourd'hui, à propos de Michel Houellebecq, on doit de surcroît renoncer à parler de ses livres, puisque les éditeurs de son prochain roman ont décidé d'en limiter les services de presse à quelques journaux amis. Bénéficiaires de conditions préférentielles, et même d'une manière d'exclusivité temporaire, ceux-ci pourraient-ils se montrer assez ingrats pour exprimer des réserves ou, à Dieu ne plaise, formuler des critiques sur le chef-d'oeuvre annoncé ? Fin de l'intolérable suspense dans quelques jours.


En cette rentrée littéraire, le débat fait ainsi rage autour d'un texte que l'on n'a pas lu. D'aucuns jugeront que la situation manque de sérieux. Elle brille en tout cas par sa cohérence avec les précédents épisodes d'une comédie du livre que ses aspects bouffons et l'importance des enjeux financiers élèvent au rang de première mais, hélas, sans doute pas de dernière du genre.

Voilà, en effet, plus d'une année que la presse, spécialisée ou non, se fait l'écho des péripéties du transfert de l'auteur des Particules élémentaires depuis Flammarion vers Fayard. Puis des négociations portant non seulement sur les droits d'un nouveau livre mais aussi sur son adaptation au cinéma par Houellebecq lui-même. Il fut rapidement établi que le groupe Lagardère (déjà propriétaire de Fayard) avait joué un rôle essentiel par l'intermédiaire de sa filiale audiovisuelle GMT Productions.


On sut assez vite que le contrat portait sur une somme globale d'environ 1,5 million d'euros, on n'ignora bientôt plus rien ni de l'architecture de l'auberge normande où s'étaient tenues les discussions. Ni du temps qu'il faisait en ce 27 avril 2004. Un mauvais esprit parvint même à reconstituer le menu du repas d'affaires : quel ques bon nes poires et un gros gâteau à partager entre Houellebecq et son agent, représentant d'une profession jusqu'alors plus familière des vestiaires de football que des cercles littéraires, et dont en l'occurrence on remarque mal l'utilité. Si ce n'est de monter les enchères et d'achever de pourrir par l'argent ce qui peut l'être encore au royaume des Lettres.


Le titre du roman ? Les choses devenaient soudain beaucoup plus floues : L'Île, La tentation d'une île... ? Quant à son contenu, on demeurait dans la plus parfaite ignorance et pour cause : aucun des protagonistes du grand marchandage n'avait encore eu connaissance du livre de Houellebecq pour l'excellente raison que celui-ci ne l'avait pas encore écrit. On entrait là, du même pas, un pas de course, un pas de course au profit pour tout dire, dans le règne du roman virtuel et dans celui du capitalisme littéraire. Il eût été dommage de s'arrêter en si bon chemin : la fidèle critique suivit le mouvement avec enthousiasme.


L'hebdomadaire Les Inrockuptibles délégua son rédacteur en chef jusqu'aux confins de l'Andalousie pour converser avec l'auteur de La Possibilité d'une île et de l'impossibilité d'en dire quoi que ce fût puisque l'émissaire confessa d'emblée ne pas l'avoir lu et que l'auteur, stratégie médiatique oblige, avait reçu consigne de n'en souffler mot. Le tout délayé sur six pages, certes aux deux tiers occupées par des photographies de l'Andalou d'adoption. Bel exploit tout de même, ce qu'il convenait de souligner en reproduisant l'article dans un volumineux hors-série édité par les mêmes Inrockuptibles et augmenté d'un DVD d'entretiens avec le maître du bafouillage embrumé. (Inutile de modifier les réglages de son téléviseur, l'origine du problème se trouve ailleurs.) Même le traditionnel «bonus» figurait en bonne place avec un court-métrage intitulé La Rivière, porno soft signé par nul autre que Michel Houellebecq et qui ne laisse pas de soulever d'immenses espoirs quant à sa future adaptation de La Possibilité d'une île.


On se prend à rêver, mais ce n'est bien sûr qu'un rêve, qu'il parvienne, au panthéon ou plutôt sur l'éventaire des plus mauvais films français de tous les temps, à détrôner l'effarant navet de M. Bernard-Henri Lévy : Le Jour et la Nuit. D'autant que le futur auteur-réalisateur cite comme suprême référence Y a-t-il

un exorciste pour sauver le monde ?, ultime avatar d'une série auprès de laquelle le légendaire Mon curé chez les nudistes, de Robert Thomas, attraperait, par contraste, des finesses bergmaniennes.

Il n'en fallut pas davantage pour que le rédacteur en chef des Inrockuptibles se retrouvât sur le plateau de l'émission Campus, où M. Guillaume Durand interpréta avec conviction le rôle de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. Et il se chuchote, à présent, avec insistance qu'un livre fantôme, cette Possibilité d'une île qu'à peine une dizaine de lecteurs ont à ce jour eu sous les yeux, est d'ores et déjà promis à la consécration du prochain prix Goncourt. Incroyable ? C'est le mot. Mais vrai ? Nous le saurons bientôt.


Qu'un pays engoncé dans une curieuse sinistrose se voie proposer comme porte-drapeau et porte-plume un écrivain qui se réclame du «kitsch dépressif», rien de plus logique. Mais que ce même écrivain, à la fois dans ses livres et dans ses déclarations publiques, succombe si souvent à la tentation islamophobe, entre autres fâcheuses détestations, sans que personne ou presque ne s'en émeuve, voilà qui en dit long sur l'état psychologique de la nation et de ses grandes consciences.

Qu'un éditeur cherche par tous les moyens à rentabiliser son colossal investissement, personne ne songerait à le lui reprocher. Mais qu'une partie du journalisme littéraire le seconde si obligeamment dans cette entreprise, au risque de franchir les ultimes frontières morales qui séparent la critique de la promotion, cela ne s'était encore jamais vu.

M. Houellebecq agit ainsi comme un formidable révélateur et accélérateur des perversions d'un système à la dérive et en pleine dérive. La confusion règne à tous les étages. A ma gauche, Justine Lévy, avec Rien de grave, et Guy Bedos, avec Souvenirs d'outre-mère, tout style et toute pudeur jetés aux orties, déballent leurs secrets de famille respectifs au sein d'une collection que l'on croyait dédiée à la littérature : la Bleue, chez Stock, mais il est vrai que la présence de Christine Angot dans le même catalogue aurait dû nous mettre la puce à l'oreille.

A ma droite, Franz-Olivier Giesbert raconte, dans les pages d'un magazine jusqu'alors peu réputé pour l'exé gèse universitaire (Gala), quel calvaire fut le sien quand, probablement sous la contrainte, il répondit aux in vitations de MM. Marc-Olivier Fogiel et Thierry Ardisson et dut répéter devant des millions de téléspectateurs ses malheurs d'enfant battu déjà complaisamment exhibés dans un récit autobiographique : L'Américain (Gallimard). Une porte de communication mène à présent directement de l'alcôve à la bibliothèque. Et de la bibliothèque au prétoire : il se dit que La Possibilité d'une île fournirait la base d'un nouveau scandale de saison (encore l'islam ?), accessoire désormais aussi indispensable à la stratégie promotionnelle que le communiqué de presse ou l'encart publicitaire.

Les semaines à venir fourniront sans aucun doute d'autres motifs houellebecquiens de consternation ou de franche réjouissance.

En attendant, marquons d'une pierre noire cette rentrée 2005 qui coïncide avec une tentative sans précédent d'évacuer la littérature du champ littéraire même.

Eric Naulleau est l'auteur d'un essai Au secours! Houllebecq revient /éd. Chiflet and Cie.
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Sébastien
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 19 Aoû 2005 - 8:33

Rinaldi n'a pas aimé le dernier Houellebecq. Le contraire eût été étonnant.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 19 Aoû 2005 - 19:42

Au moins, Rinaldi écrit bien. C'est loin d'être le cas de tous les critiques littéraires.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 19 Aoû 2005 - 22:24

Michel Houellebecq, Grand gourou de la rentrée

(Paris Match du 18/8/2005)


160 000 exemplaires de "La possibilité d'une île", le dernier roman de Michel Houellebecq, seront mis en vente a la fin du mois. Sous l'apparence d'une fiction d'avant-garde, un véritable requisitoire contre les indignations convenues de notre époque. Paris Match s'est procuré ce baton de dynamite et allume la mèche en avant-première.

Tout le monde en parle mais personne ne l’a lu. Journalistes et jurés littéraires ne recevront « La possibilité d’une île » que le 22 août et doivent se contenter des fuites contrôlées, des mystères bien dosés et des rumeurs aguicheuses organisées par les éditions Fayard. Paris Match s’est procuré ce récit d’anticipation. Comme « Les particules élémentaires » en 1998 et « Plateforme » en 2001, il déclenchera une immense polémique. Sectes, immigration, relations hommes-femmes, place du troisième âge dans la société, il aborde tous les sujets qui fâchent. A 47 ans, Houellebecq a réussi à influencer toute une génération d’écrivains, à rencontrer l’estime de la critique ainsi que le triomphe commercial et international. Avant sa parution, ce livre a déjà été acheté par quinze pays et sortira cet automne en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie.


"Je crois que c’est mon meilleur livre. » Michel Houellebecq n’y va pas par quatre chemins quand il évoque « La possibilité d’une île », son nouveau bébé. Fayard, son éditeur, n’est guère plus disert. « Le pitch ? Quel pitch ? Il est impossible d’en dévoiler un. Le quatrième roman de Michel Houellebecq, par son ampleur, ses ambitions, sa façon bien à lui de déjouer tout pronostic, échappe à cette pratique paresseuse de la critique moderne. » Diable !
Humoriste au succès et au talent reconnus, Daniel est à la tête d’une fortune de 6 millions d’euros. Il vit dans une grande propriété près d’Almeria en Espagne et, lorsqu’il séjourne à Paris, descend à l’hôtel Lutetia. Il a un enfant qu’il ne voit jamais. Il rencontre Isabelle, journaliste dans un magazine pour jeunes filles, qu’il épouse. Les premières années, elle lui apporte toute satisfaction sur le plan sexuel et personnel. En vieillissant, leur harmonie laisse entendre quelques fausses notes. A l’approche de ses 50 ans, il divorce et s’éprend d’Esther, une Espagnole d’à peine 20 ans. Commence alors une histoire de sexe, que Daniel convertit progressivement en histoire d’amour. «J’étais sans doute un des derniers hommes de ma génération à m’aimer suffisamment peu pour être capable d’aimer quelqu’un d’autre. » Au contraire, la jeune femme ne voit dans le sexe qu’un passe-temps, un amusement, au mieux un étourdissement, mais jamais la preuve que l’on aime l’autre.
Extraordinaire observateur de notre époque, Michel Houellebecq est le Zarathoustra des classes moyennes. Là où ses confrères dissèquent les marginaux, les très riches ou les très pauvres, lui fait de M. Tout-le-Monde son héros. Il a compris que les personnages qui fascinent aujourd’hui ne sont plus Solal ou Gatsby le Magnifique. A notre époque, tout va vers le centre, le moyen, le milieu. Houellebecq a enterré le héros romantique sans donner vie à l’antihéros. Son modèle est un quidam habituellement destiné aux seconds rangs qui, ici, occupe tout l’espace. Ses préoccupations sont les nôtres et remplissent des pages entières de « La possibilité d’une île » : le sexe, la recherche d’un appartement confortable, le rêve d’une fin de vie agréable, de nouveaux amis enrichissants mais peu présents... Plus que jamais, la poursuite du bonheur reste son leitmotiv.
Les scènes d’amour souvent torrides sont d’un réalisme surprenant, sans verser dans la complaisance ni la facilité. La façon dont il considère les femmes, la religion, l’espèce humaine dans son ensemble, ses prises de position politiques et sociologiques feront bondir. Tout comme les titres des spectacles qui ont rendu célèbre Daniel : « Broute-moi la bande de Gaza », « Nique les Bédouins » ou « On préfère les partouseuses palestiniennes » ! De Karl Lagerfeld à Björk, Marc-Olivier Fogiel, Michel Onfray ou Bertrand Burgalat, beaucoup de stars médiatiques écorchées vives au fil des pages souffriront dans leur amour propre.
Mais ce sont assurément les lignes consacrées à une secte qui agiteront les esprits. Daniel est incité par un ami à assister à deux colloques organisés par les Elohims, un mouvement qui ressemble comme un frère aux raéliens. Denis Demonpion, qui publie ces jours-ci une enquête non autorisée sur l’écrivain, révèle les liens d’amitié entre Houellebecq et Claude Vorilhon, fondateur de Raël. Le mouvement raélien est une organisation athée qui affirme que des Elohims – sortes d’extraterrestres – ont créé les hommes, que leur science nous sauvera et nous permettra d’accéder à la vie éternelle. Or, dans le roman, par une supercherie, les Elohims parviennent à faire croire qu’ils maîtrisent les techniques de réincarnation et qu’ils sont à un cheveu de parvenir à cette vie éternelle. En quelques mois, leur aura dépasse les religions classiques, et concurrence dangereusement l’islam et le catholicisme. Au point qu’ils parviennent à récupérer des églises jusqu’ici dédiées au christianisme.
On ne trouvera guère, sous la plume de Houellebecq, de critiques à l’égard de Prophète, de Savant ou de Flic, le triumvirat qui préside aux destinées de cette association à but très lucratif. L’épanouissement personnel de Daniel semble passer par un flirt très poussé avec eux. C’est sans doute le principal reproche que l’on peut faire à ce livre. Cela sonne parfois comme une apologie des sectes, en tout cas comme une provocation inutile. Même si cela dicte à Houellebecq la construction de son roman : pour prétendre à la vie éternelle, les adeptes doivent consigner par écrit des « récits de vie » qui permettront à leurs clones successifs de disposer de la même culture, des mêmes souvenirs et de la même mémoire collective qu’eux. Le livre alterne des chapitres de la vie de Daniel1 et les commentaires de Daniel24 et Daniel25, ses lointains descendants. A leur époque, les hommes ont disparu de la Terre. Des villes comme Madrid et New York ont été détruites par des guerres nucléaires, et une énorme sécheresse a raréfié la vie. Subsistent quelques sauvages et des néo-humains issus des expériences menées par le savant Cosinus de la secte. Tous ont perdu la notion d’amour et la capacité à rire et à pleurer. Seul Fox, le chien de Daniel, lui aussi reproduit pour les générations futures, est resté fidèle à son devancier. L’évolution du genre humain vue par Michel Houellebecq est d’un effroyable pessimisme. Comme dans « Les particules élémentaires » et « Plateforme », l’homme se montre capable du pire et accouche de son autodestruction. Le narcissisme, le culte de la jeunesse, l’égoïsme des hommes conduisent à la disparition de l’amour, et finalement à leur propre mort.
Une fois encore, l’auteur a créé un héros jumeau. Daniel et Michel ont le même âge. Depuis deux ans, Houellebecq s’est replié en Espagne, avec son chien Clément. Il a tout fait pour qu’on confonde son personnage avec lui-même. Profitant de l’immunité – bien naturelle – accordée aux romanciers, il brouille les identités et maîtrise parfaitement ses dérapages. D’ailleurs, qui parle ? Est-ce lui-même ? Daniel1 ? ou Daniel25 ? C’est ce dernier qui profère les analyses et les critiques les plus sévères sur notre société, comme s’il était impossible à un contemporain de poser un regard trop acerbe sur son époque. Rompu aux ambiguïtés du cirque médiatique, Michel Houellebecq donne en pâture quelques phrases (ci-contre) qui déchaîneront la polémique. Les deux interviews qu’il accordera à des journaux très respectés (« Le Monde » et « Le Nouvel Observateur ») viseront à désamorcer ces grenades. Les chiens aboieront sans doute, mais sa caravane sera déjà loin. Très loin.


Jérôme Béglé

http://www.parismatch.com/rubriques/lire_article.php?article_id=520
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 21 Aoû 2005 - 1:53

Une interview de Houellebecq dans le Monde.


Quand Michel Houellebecq donne un rendez-vous à Paris, c'est dans un hôtel ­ il n'habite plus en France. Si on ne l'avait pas lu, on s'attendrait à être convoquée dans un palace, sachant que, déjà auteur à succès, il a en outre reçu une somme confortable ­ plus de 1 million d'euros ­ pour son transfert de Flammarion à Fayard. Mais Houellebecq préfère "être en situation", regarder ce qu'il décrit dans ses romans. Il choisit donc, "en Europe du moins", dit-il, une chaîne d'appartements-hôtels. Pas très glamour. Mais il s'y sent bien, "une pièce pour travailler, une pour dormir, une petite cuisine" .

Toujours courtois, il prépare du café, récupère les cendriers dans le lave-vaisselle, enfile des chaussons d'appartement en cuir noir, et se dit prêt à être interrogé. Comme tout écrivain certain d'être attendu au tournant de la malveillance, il est à la fois prudent et habile. Après chaque question, il prend son temps. Réfléchit, tire sur sa cigarette, soupire un peu en disant quelques mots, se tait de nouveau, puis donne sa réponse. C'est assez désarçonnant, mais on finit par aimer ce rythme, on s'amuse de son sourire en coin, de son air du type auquel on ne la fait pas. Ou plus. Car on l'a connu moins méfiant. Ce qui lui a valu des ennuis, un procès. Et il n'est pas homme à commettre plusieurs fois les mêmes erreurs.


Votre quatrième roman, La Possibilité d'une île, qui sort le 31 août, met notamment en scène un personnage contemporain, Daniel, et ses clones, des néo-humains. Considérez-vous ce récit comme de la science- fiction ?

Le récit au présent, celui de Daniel 1, est déjà une légère anticipation. Par exemple, je ne pense pas que Lolita, le magazine où travaille l'amie de Daniel, marcherait aujourd'hui. De même, je ne crois pas que les intégristes musulmans vont être ringardisés tout de suite. Cela va prendre un peu de temps. Je dirais que la partie "Daniel 1" est une anticipation à dix ans. Le reste, les clones, les néo-humains, c'est de la science-fiction, c'est-à-dire de l'anticipation sans garantie de réalisation.


Pourtant, à vous lire, on se dit que les probabilités de réalisation sont sérieuses, voire certaines.


Certaines choses sont, je crois, irréversibles. Tout ce que la science peut permettre sera réalisé, même si cela modifie profondément ce que nous considérons aujourd'hui comme humain, ou comme souhaitable.

J'ai mis longtemps à l'admettre, mais la philosophie relève de la littérature, et ce n'est pas la littérature qui dit la vérité. Seule la science dit la vérité. Et sa vérité s'impose.

La science-fiction m'a beaucoup intéressé à une époque. Puis quand elle s'est tournée presque exclusivement du côté de l'informatique, j'ai un peu abandonné. C'est intéressant, certes, l'informatique, mais bien moins que la biologie, pour envisager l'avenir de l'humanité. J'avais perdu le goût de la science-fiction. J'avais écrit sur Lovecraft. Et j'ai souvent constaté qu'après avoir écrit sur un sujet qui me passionnait je m'en désintéressais.

C'est le cas avec Lovecraft, que j'ai mis longtemps à relire. Mais aussi avec les clubs échangistes, et même avec la Thaïlande. J'avais songé à m'y installer, mais après avoir écrit Plateforme, je n'en avais plus aucune envie. Et c'est encore le cas pour le livre qui sort maintenant. Je me suis intéressé aux voitures puissantes, aux sectes adeptes du clonage. Et c'est fini. J'ai le sentiment de ne m'être intéressé à tout cela que pour l'écrire. C'est parfois une sensation désagréable de vivre les choses uniquement pour les écrire. Le temps d'écrire La Possibilité d'une île, je me suis installé en Espagne. J'aime travailler sur le motif, j'ai besoin de repères réels. Maintenant, je quitte l'Espagne.

Pour ce qui concerne la science-fiction, j'ai eu récemment un retour d'intérêt, et j'ai lu de très bons livres. Je me dois aussi de mentionner un roman qui est depuis longtemps une sorte de livre de chevet pour moi, Demain les chiens, de Clifford Simak. Simak y réfléchit sur l'avenir de la ville. Les humains continueront-ils à se rassembler, à vivre dans les villes, ou communiqueront-ils seulement de manière virtuelle ?


Dans votre roman, la question est réglée.

Oui, les néo-humains communiquent de manière virtuelle, et ils ont peu à peu, au fil des clonages, perdu les principales caractéristiques de l'humanité : le rire, les larmes, l'humour. Simak, d'autre part, parle des chiens d'une manière qui satisfait mon côté schopenhauerien : il imagine que les chiens ont inventé les hommes pour s'expliquer leurs origines...


Est-ce Schopenhauer qui vous rend si sévère avec Nietzsche et avec Hegel, que vous tenez pour un imbécile ?

Oui, bien sûr. Je suis un militant schopenhauerien, donc antihégélien. Et Nietzsche a durablement barré l'accès à Schopenhauer ; j'ai par exemple lu Nietzsche avant Schopenhauer, que j'ai découvert assez tard. En fait, je dois à Nietz-sche l'occasion de ma première intervention publique.

C'était au lycée de Meaux, en cours d'allemand. On lisait le texte sur le dernier des hommes. Je me suis élevé contre le propos de Nietzsche et j'ai affirmé qu'il fallait souhaiter l'avènement du dernier des hommes. J'ai été exclu du cours. Je suis parti avec la dignité du martyr. Et je me suis mis à lire Nietzsche. Non sans fascination. J'étais très impressionné. Mais ensuite j'ai découvert Schopenhauer et considéré que Nietzsche n'était qu'une petite partie de la pensée de Schopenhauer. Plus exactement, la contradiction systématique d'une version très simplifiée de sa pensée.


Dans votre précédent roman, Plateforme, vous cherchiez une unité, une narration très simple. La Possibilité d'une île est une structure plus complexe. Est-ce parce que, comme vous l'avez dit, vous considérez Plateforme, malgré son succès public, comme un échec ?

Il y a un peu de cela. Plateforme était au départ un projet plus ambitieux que le roman que vous avez lu. Au bout du compte, c'est seulement une histoire. C'est trop une histoire.

J'aime qu'un roman soit plus qu'une histoire, plus qu'une narration close. Qu'on puisse entendre des paroles multiples, des points de vue divers. J'aime faire intervenir du commentaire, comme je le fais dans ce nouveau livre, où il y a abondance de commentaires. Mais curieusement, et sans que je le calcule à l'avance, mes romans sont toujours en trois parties, qui ont toujours la même proportion. Et il y a toujours quelque chose de franchement nouveau qui intervient au début de la deuxième partie : ici c'est le personnage d'Esther. Quant à la troisième partie, elle est toujours plus méditative et sans événement.


Pourquoi avez-vous dit, à plusieurs reprises, que vous aimiez écrire "pas tout à fait éveillé" ?

J'ai moins de censure quand je suis dans cet état. Je suis meilleur, plus libre, moins contrôlé. Je corrige ensuite, tout le temps, même encore sur les épreuves du livre. Mais le premier jet, j'aime bien le faire dans la brume.



De l'écriture automatique, malgré le mal que vous pensez d'André Breton, un "crétin", écrivez-vous dans votre roman ?

C'est un mot. Je n'ai pas de mépris pour le surréalisme, même si je trouve qu'il a été trop récupéré. Publicitairement. Mais l'idée de l'amour libre me paraît absurde. Pour moi, amour et liberté sont radicalement antinomiques. Toutefois, je ne dis pas qu'il faudrait renoncer à l'amour...



Vous dites de vos deux personnages féminins principaux que l'un n'aimait pas assez le sexe et l'autre pas assez l'amour.

En effet, mais je maintiens que "amour libre" est un oxymore. Que l'amour est toujours une aliénation, de soi et de l'autre.


Et l'amour des chiens, qui semble demeurer chez les néo-humains, n'est-ce pas une aliénation ?

Il y a d'abord l'amour du chien pour son maître. Mais pour le chien, la question de la liberté ne se pose pas. Et le désir d'être un chien, le désir de dépendance, peut aussi se comprendre, non ?


Au début d'un de vos livres, Rester vivant, méthode, paru en 1991, vous écrivez que "le monde est une souffrance déployée". N'est-ce pas ce que vous n'avez cessé d'explorer depuis ?

Si. C'est cela. Avec des moments de bonheur bien sûr. Il y a une citation de Schopenhauer que je n'ai pas réussi à placer dans mon roman et qui pourtant me plaisait particulièrement, c'est que "la possibilité du bonheur devait subsister, à titre d'appât".

Il n'est pas illégitime de me traiter, comme on l'a fait, de professeur de désespoir, de souligner ma filiation avec Schopenhauer. Je ne suis pas le seul, j'ai, dans cette lignée, de prestigieux aînés, Maupassant, Conrad, Thomas Mann, par exemple. Et Cioran, auquel je reproche pourtant de n'avoir jamais cité Schopenhauer. Je sais que mon côté négatif déplaît, tout particulièrement aux femmes. Elles ont du mal avec ce négatif.

Quand j'ai écrit Extension du domaine de la lutte, mon premier roman, je pensais vraiment que mon livre allait changer le monde. Une idée que j'ai évidemment abandonnée depuis. Certes, un romancier a nécessairement une forme de mégalomanie, que je dirais sociologique, mais là c'était plus profond, j'étais certain que mon livre allait avoir une action directe sur le réel.


Aujourd'hui, La Possibilité d'une île, c'est un peu "dernières nouvelles du chaos", avec beaucoup d'humour. On rit souvent, mais c'est inquiétant.

C'est l'histoire d'un changement. Au travers des néo-humains, il y a implicitement, de manière continue, une critique du bouddhisme. Pour en faire une véritable critique, il faudrait bien sûr tout un essai, c'est une entreprise très complexe, plus que la critique de l'islam. Moi j'ai écrit un roman. Où les néo-humains souffrent d'avoir renoncé au désir, au contact.


Cette expérience de néo-humains, au bout du compte, c'est un échec.


Pas tout à fait. L'issue du livre est assez ambiguë. Le personnage qui s'appelle Marie 23 part vers le lieu où, dit-on, subsistent des sauvages...


Qui ont gardé quelque chose d'humain. Donc elle part dans l'espoir de retrouver un peu d'humanité.

Oui. Mais Daniel 25 la suit sans y croire. On ne sait pas très bien pourquoi il part. Marie 23 lui manque, bizarrement. Et d'une certaine manière, il est content d'être dans la nature, avec son chien Fox, lointain clone du Fox de Daniel 1.


Et qui est cette Soeur Suprême, ce bizarre principe supérieur, que vous faites apparaître. D'où vient-elle ?

Honnêtement, je ne sais pas, sinon que j'aime beaucoup l'association des mots : je trouvais que ça sonnait bien. C'est une destructrice, qui a refusé d'aider les humains, une sorte de divinité maléfique, mais je n'ai pas vraiment utilisé de références mythologiques pour l'imaginer. Ou il s'agit peut-être de très vagues réminiscences, que je ne pourrais même pas citer.


Vous avez commencé en littérature en publiant des poèmes dans La Revue de Paris, que dirigeait Michel Bulteau. Et, dans ce dernier roman, vous faites assez souvent intervenir la poésie, dont vous estimez qu'elle "précède la littérature". Qu'entendez-vous par là ?

On peut considérer l'existence d'images, de sensations, de situations poétiques, qui précèdent leur expression particulière. Cela rejoint souvent des clichés, toujours mal vus. Par exemple, l'idée que la brume est poétique.

Je renverrais aux travaux de Jean Cohen, selon lesquels la poésie établit un monde où la contradiction est impossible. Dans la littérature, la poésie n'est pas seulement dans les poèmes, c'est une évidence.

Pour moi, les romans policiers d'énigme deviennent très poétiques lorsqu'ils arrivent au point où tout le monde peut être coupable, où le danger peut être partout, où la raison est radicalement désorientée. Dans La Possibilité d'une île, j'avais envie de poésie sous sa forme codée, classique. De poèmes.


Et vous avez voulu rendre hommage à Baudelaire.

Lorsque je me sens à mon meilleur, que je suis vraiment fier de moi, je m'autorise à citer un poème de Baudelaire. Pour moi, ça reste le plus grand des poètes, et donc le plus grand des écrivains ; parce que je continue à penser que la poésie est le genre suprême, esthétiquement.


Mais, du point de vue de la vérité, la supériorité revient à la science.

J'en suis désolé. Je suis désolé aussi pour Schopenhauer, que j'admire, mais c'est la science qui dit la vérité. Point.


Si vous ne pensez pas que la littérature dise la vérité du monde, que faites-vous donc à écrire des romans au lieu d'être dans un laboratoire à chercher la vérité ?

Euh... je crois qu'on finit toujours par faire ce pour quoi on est le plus doué. Mais l'art, selon moi, n'atteint pas la vérité. Il cherche à donner une vision esthétique de la vie. Il se peut que je trouve ça assez triste, mais c'est ainsi.


On vous fait beaucoup de reproches, souvent contradictoires. D'être fasciste. Ou bien stalinien. Ou encore raciste, islamophobe, etc. Maintenant, on va vous reprocher de faire l'apologie du clonage, et de vouloir être cloné. Ce qu'on vous reproche profondément, n'est-ce pas de montrer le monde tel que vous le voyez devenir, sans critiquer cet état de fait, sans appeler à le changer, sans proposer de résister ?

Sûrement. On me reproche de montrer, en détail, ce qu'est l'humanité moyenne. Et d'être certain, comme je le disais au début de notre entretien, que tout ce qui est techniquement possible sera entrepris, même si ce n'est pas vraiment humain. Le clonage aura lieu.

Etre cloné, moi ? Je ne sais pas si j'en ai tellement envie. Peut-être. Toutefois, je n'aimerais pas voir mon clone. Il faudrait que je meure au moment de son avènement. Mais, profondément, je pense que tout cela est irréversible. Et qu'il est inimaginable que cela ne produise pas non seulement des états dépressifs, mais de terribles névroses. Dont certains n'aiment pas que je fasse le constat.

Propos recueillis par Josyane Savigneau

Article paru dans l'édition du 21.08.05
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 24 Aoû 2005 - 16:20

Courrier international - 23 août 2005

Revue de presse

LITTÉRATURE - Le phénomène Houellebecq jugé par la presse étrangère

Un voile de mystère entoure le prochain roman de Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, dont la sortie est prévue le 31 août. A ce jour, seuls quelques critiques gagnés d'avance ont pu se procurer le dernier opus de l'auteur controversé, qui est aussi la dernière star de la scène littéraire française connue à l'étranger.

"Le dernier Houellebecq est une île quasi inaccessible", déplore Le Soir. La maison d'édition parisienne Fayard, qui publie La Possibilité d'une île, de Michel Houellebecq, n'a pas distribué d'exemplaires aux journalistes avant sa sortie, comme le veut la tradition. Pour le quotidien belge, "Fayard a édifié une véritable muraille de Chine, sans autres trous que ceux que l'éditeur et l'écrivain ont bien voulu percer pour permettre quelques maigres fuites à l'intention de quelques amis".

D'après The Times de Londres, cette stratégie pourrait bien jouer en faveur de Houellebecq, décrit comme un auteur "politiquement incorrect, dépressif et maître provocateur". En faisant planer une aura de mystère autour de l'œuvre, "Fayard s'est attiré une large couverture médiatique, ainsi que des critiques hostiles de versions piratées, et pourrait ainsi contribuer à faire de Houellebecq le premier auteur français à entrer dans les palmarès américains depuis Marguerite Duras".


En 1994, la France avait découvert Michel Houellebecq grâce à son premier roman, Extension du domaine de la lutte. Mais, en 1998, l'auteur gagne une reconnaissance planétaire en publiant Les Particules élémentaires, roman coup de poing dans lequel Houellebecq règle ses comptes avec l'establishment libéral et la génération des baby-boomers. "La colère [de ceux-ci] a permis de vendre 300 000 exemplaires du livre en quelques mois à peine", rappelle The Independent, qui fait remarquer que Houellebecq joue depuis longtemps la carte de la polémique. "Pour ses admirateurs, il est le porte-flambeau d'une tradition littéraire provocatrice qui remonte au temps du Marquis de Sade et de Baudelaire", estime le quotidien britannique.

Houellebecq avait aussi fait les manchettes lorsque, en 2001, il avait décrit l'islam comme "la religion la plus stupide au monde" dans une interview pour la promotion de son livre Plateforme, dans lequel il dénonce le terrorisme islamique. Il revient à la charge quatre ans plus tard avec La Possibilité d'une île, où il dépeint une secte promettant l'immortalité à ses membres et vante les vertus du... clonage.

"Le ton de ses écrits est d'une aliénation et d'un ennui radicaux, et ses livres sont parsemés d'exposés lugubres, même pour un écrivain français qui, à une certaine époque, était fréquemment traité pour cause de dépression nerveuse", commente l'hebdomadaire américain LA Weekly. Mais, pour ses admirateurs, c'est justement sa triste banalité qui fait de Houellebecq un génie.

"Ses critiques - en réalité, ce sont surtout des persécuteurs débordant de jalousie et de haine - sont victimes d'un malentendu consternant", écrit en effet le correspondant du magazine allemand Der Spiegel, qui fait partie des heureux élus ayant reçu un exemplaire du livre. "Ce n'est pas parce que Houellebecq évoque dans un style d'une platitude provocatrice un monde qui court à sa propre ruine que le résultat est lui-même plat ou creux. Son sujet, c'est le trash moderne, qui s'insinue dans tous les domaines de la société des loisirs, mais le roman, lui, ne fait pas pour autant partie du trash."

Jérôme Labbé

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=54301&provenance=europe&bloc=01
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 25 Aoû 2005 - 0:28

Le roman de Michel Houellebecq en librairie le 31 août est déjà un événement.

La fabuleuse chevauchée de Michel Thomas

Michel Thomas est devenu sous le nom de Houellebecq un phénomène de société, imposant l'image dérangeante d'un personnage neurasthénique écrivant calmement des romans provocants, mais révélateurs de notre temps. Voici l'itinéraire d'un enfant pas très gâté.

Dossier réalisé par Sabine Audrerie, Jean-Christophe Buisson et Etienne de Montety

[20 août 2005] Le Figaro Magazine



Un jour de 1998, un cadre des Editions Gallimard avise le dos de kiosque d'un hebdomadaire représentant le visage de l'écrivain dont tout le monde parle : Michel Houellebecq. Il détaille les traits du quadragénaire dont la photo s'étale sur le boulevard : le regard perdu, la mèche barrant un grand front luisant. Il pense : «C'est curieux, on dirait Michel Thomas.»


Michel Thomas est le garçon qui a épousé sa cousine Jacintha le 5 juillet 1980, rencontrée par l'intermédiaire d'un de ses condisciples à l'Agro. A l'époque, il passe pour un être doux, un peu dépressif, un peu provocateur, qui détonne dans cette famille de la bonne société de province. Avant de se séparer, le couple a eu un garçon, Etienne - qui vit aujourd'hui à Bangkok, flirtant avec la marginalité et communiquant avec son père par mandats postaux.



Vingt-cinq ans plus tard, Michel Thomas, le cousin falot, l'amateur de poésie, est devenu un phénomène de société. En trois romans et autant de scandales, il s'est imposé avec grand talent comme une star de l'édition française, et son transfert d'un éditeur à un autre a été un événement médiatique et économique pour lequel Arnaud Lagardère s'est investi personnellement. Ses propos, ses provocations donnent le la d'une époque qu'il paraît incarner à la perfection, en cultivant un air névrosé et volontiers cynique. Après Diogène, Schopenhauer ou Cioran, Houellebecq se rêve-t-il grand penseur désespéré de son siècle ?... L'ermite vit avec son chien, le welsh corgi Clément, comme Schopenhauer avec son caniche Atma. Ses proches le disent empli d'obsessions. Après avoir résolu son problème capillaire, il serait aujourd'hui dévoré par ses dents, capable pendant des heures d'entretenir de sa santé bucco-dentaire son éditeur, à cran. Après avoir souffert, Houellebecq travaille le genre. Subtile association de pantalons branchés et de polos ringards, phrasé lent, mèche peignée... Pose ou nature, le gimmick le fait ressembler aux personnages de ses livres, exutoire à la vision désespérée de son physique et de sa propre sexualité.


Dans La Nouvelle Revue de Paris, qui accueillit ses premiers textes en octobre 1988, Michel Houellebecq se présentait ainsi de façon laconique et goguenarde : «Né en 1956 à Saint-Pierre-de-la-Réunion. Enfance chaotique, déménagements fréquents. Famille provenant d'un peu partout. Pas de racines précises. Au bout du compte élevé par sa grand-mère. Jeunesse studieuse. Etudes d'ingénieur agronome, sans conviction. A travaillé non sans dégoût dans l'informatique de gestion. Aujourd'hui, vit à Paris.»


Pourquoi Houellebecq ne dit-il pas que sa fiche d'état civil porte la date du 26 février 1955, et non 1956 - ou 1958, comme il l'écrit depuis Extension dans toutes ses notices biographiques ? Autre aménagement : l'usage du pseudonyme. Michel Houellebecq est le fils de René Thomas et de Jeannine Ceccaldi. Son pseudonyme, Houellebecq, plus singulier que Thomas, est inspiré du nom de sa grand-mère paternelle, Henriette. Une généalogie sur laquelle il revient de manière romancée dans les Particules élémentaires en 1998, brouillant un peu plus les pistes.


A la fin des années 80, Michel Thomas rencontre l'écrivain et éditeur Michel Bulteau au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice. Ils sympathisent et l'aîné prend le cadet sous son aile, l'initiant à des auteurs rares comme le baron Corvo, dont Houellebecq fait aujourd'hui un de ses écrivains fétiches. Bulteau anime alors La Nouvelle Revue de Paris, aidé de jeunes gens nommés Olivier Frébourg et Jean-René Van der Plaetsen. Soutenue par Jean-Paul Bertrand, qui vient de racheter les Editions du Rocher, la revue accueille les jeunes désireux de publier. Bulteau et Bertrand tiennent donc table ouverte tous les jeudis après-midi rue de l'Odéon, autour d'un verre de vin rouge ou de champagne. Passent Patrick Besson, Frédéric Berthet ou Michka Assayas. «Je me souviens d'un homme introverti, dans un coin, qui parlait de poésie d'une voix lente. Il n'avait encore rien publié mais était déjà celui qu'on connaît aujourd'hui», dit Bertrand. Olivier Frébourg confirme : «Un soir, Bulteau et moi sommes allés rendre visite à Thomas dans son appartement en travaux près du Luxembourg. Il nous a reçus couvert de plâtre, sa cigarette entre le majeur et l'annulaire, écoutant Iggy Pop & The Stooges. On aurait vraiment dit un personnage fin de siècle.»

A l'époque, Michel Thomas exerce ses talents d'informaticien au ministère de l'Agriculture puis à l'Assemblée nationale. Il ne jure déjà que par la poésie, ne parle que de poésie. Avant Rester vivant, sa «méthode», et le recueil la Poursuite du bonheur (La Différence, 1991 et 1992), ses premiers poèmes sont publiés par La NRP en 1988 : «Cela fait très longtemps que je survis. C'est drôle/Je me souviens très bien du temps de l'espérance/Et je me souviens même de ma petite enfance/Mais je crois que j'en suis à mon tout dernier rôle.»


Dès ses débuts, Houellebecq sculpte sa statue, soigne sa différence. Dans un numéro consacré aux «infréquentables» en 1989, et avant son essai dans la collection du même nom au Rocher, là où certains se recommandent de Rivarol ou de Nimier, lui choisit Lovecraft, une «passion de jeunesse». Il conclut son texte par cette remarque : «Tout écrivain, c'est vrai, peut à l'occasion être amené à manipuler des forces dangereuses. L'infernale puissance de la littérature à créer un univers ne va pas sans contrepartie. Il y a toujours un prix à payer.»

En 1994, Houellebecq publie chez Maurice Nadeau son premier roman, Extension du domaine de la lutte, où il utilise son expérience professionnelle pour brosser du cadre moderne un portrait sarcastique et développer sa théorie de la sexualité comme système compétitif. Est-ce le titre aux allures altermondialistes, le choix de l'éditeur, chic et élitiste ? L'écrivain devient la coqueluche des milieux branchés. Lectures, soirées dans des salles de concert parisiennes, où il se fait désirer jusque tard dans la nuit, paralysé par le trac ou créant déjà le happening. Saint-Germain-des-Prés frémit. En 1996, il reçoit le prix de Flore pour le Sens du combat (Flammarion), poussé par Frédéric Beigbeder, Frédéric Taddeï ou Edouard Baer. Le voilà lancé à Paris.


A La Nouvelle Revue de Paris, Houellebecq professait volontiers un amour insolite et immodéré pour Neil Young, et Michka Assayas lui commandera une notice pour son Dictionnaire du rock (papier à ce point impressionniste que l'éditeur devra le compléter par des informations plus rigoureuses). Evénement élitiste : pour France Culture, son recueil de poèmes le Sens du combat est lu sur scène par son auteur, sur fond musical. En 2000, le producteur Bertrand Burgalat lui propose d'enregistrer un disque qui s'appellera Présence humaine. Succès décalé pour l'écrivain. L'aventure sera consacrée par une tournée en Allemagne avec le groupe AS Dragons. «Nous n'étions jamais sûrs qu'il serait sur scène avec nous chaque soir, raconte un roadie. Ça dépendait de la dose d'alcool qu'il avait bue dans la journée. Le dernier soir du tour, nous devions jouer à Berlin. A 19 heures, alors que la balance était déjà prête, sa femme, Marie-Pierre, nous téléphone : "Nous sommes à 400 kilomètres et Michel a commencé à boire." Panique. Nous faisons attendre les 1 500 personnes jusqu'à minuit. Finalement, nous avons joué sans lui, et cette plaisanterie a mis la tournée en déficit.»

Cette attitude sonne le glas des relations entre Burgalat et Houellebecq... Relations déjà refroidies par le caprice de l'auteur, qui jugeait la pochette de l'album «pas assez décevante». Sans parler de ses crises d'autoritarisme dans les coulisses des salles de spectacle, où il martelait : «Faut m'obéir !»


Last but not least, l'avarice maladive d'un écrivain incapable de débourser un sou a aussi fortement ébranlé l'admiration du producteur. «On donnait à chaque musicien une enveloppe quotidienne d'environ 150 francs pour les faux frais, cigarettes, sandwichs, etc. Michel a exigé la sienne. Et plusieurs semaines après la tournée, la production a reçu des notes de frais de cafés et de petits pains achetés sur l'autoroute !» Exactement les mêmes que celles reçues par son éditeur Flammarion... Michel Houellebecq «super-radin» ? Pourtant, avec le succès des Particules élémentaires en 1998 (500 000 exemplaires vendus) et les traductions du livre partout en Europe, l'écrivain paraît, au moins pour un temps, à l'abri du besoin. Son transfert de Flammarion aurait coûté au groupe Lagardère près de 2 millions d'euros et ses revenus sont évalués par la presse économique à 3 millions d'euros.

Avec Extension du domaine de la lutte, Houellebecq est devenu un écrivain en vue. Son style simple est aussitôt reconnaissable. Son humour parfois grinçant fait mouche.

L'homme a du flair. Ce qu'il écrit dans la Possibilité d'une île peut s'appliquer à chacun de ses romans : «Racisme, pédophilie, cannibalisme, parricide, actes de torture et de barbarie : en moins d'une décennie j'avais écrémé l'ensemble des créneaux porteurs. Il était quand même curieux, me dis-je une fois de plus, que l'alliance de la méchanceté et du rire ait été considérée comme si novatrice par les milieux du cinéma ; ils ne devaient pas souvent lire Baudelaire dans la profession.»


Son talent est en effet de choisir avec soin les sujets sensibles de l'époque : eugénisme, tourisme sexuel, islam. Et, dans la Possibilité d'une île, le vieillissement ou le clonage. De tous ces sujets, il parle avec calme, voire cynisme, à grand renfort de citations (tirées de revues spécialisées) ou de considérations à fortes connotations scientistes. Parfois au risque de l'invraisemblable. Juliette Joste, éditrice chez Flammarion, se souvient de sa lecture de Lanzarote : «A la lecture d'une scène de sexe à trois, j'avais tiqué. J'avais beau me représenter aussi schématiquement que possible les positions respectives de Pam, Barbara et du narrateur, tout cela n'était pas faisable, même pour des gymnastes professionnels. Les joues rouges comme sans doute les fesses de Pam et Barbara au soleil de Lanzarote, j'ai osé lui en parler, et nous avons retravaillé le texte pour plus de crédibilité.» <

Comme jadis le petit garçon plongé à longueur de journée dans Tout l'univers, le travailleur méticuleux dévore toutes sortes de documentations. Pour Plateforme, il épluche les pages saumon du Figaro afin de décrire l'essor d'un grand groupe hôtelier, ou les brochures de tour-opérateurs pour restituer les tics de langage des voyagistes. Pour la rédaction de la Possibilité d'une île, le bruit court que Houellebecq a effectué un stage chez les raéliens, décrits dans le roman sous le nom d'elohimites. Des scènes relatant des réunions d'information et des dialogues accréditent cette thèse.


Enfin, méthode éprouvée par Houellebecq depuis les Particules, chacun de ses livres distille railleries et caricatures de quelques personnages emblématiques du temps. Au tableau de chasse de l'écrivain, citons pour mémoire Philippe Gloaguen et le Guide du Routard, traités dans Plateforme de «connards humanitaires protestants» (guide édité par Lagardère, que le romancier a rejoint en signant avec Fayard). Dans son prochain roman, on trouve, en vrac, Michel Onfray, Karl Lagerfeld, Catherine Millet, Bernard Kouchner, etc. C'est le processus classique : provocation, réaction, sanction, et au final un livre lancé comme un objet de scandale. «Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas un provocateur, suggère son avocat, Emmanuel Pierrat, qui le défendit en 2002 lors de son procès. Quand il écrit, il reste en deçà de ce qu'il pense. Plutôt que de misanthropie, je parlerais d'une absence d'humanisme généralisée.»

Au-delà des polémiques, une revue strictement littéraire, L'Atelier du roman, groupée autour de Lakis Proguidis, Benoît Duteurtre ou François Taillandier, s'est vite intéressée à cet écrivain qui, qu'on l'aime ou non, impose un nouveau ton. Proguidis le fait connaître à un autre habitué de L'Atelier, l'académicien Michel Déon. Et lorsque Houellebecq s'installe en Irlande (où les écrivains ne payent pas d'impôts sur leurs droits d'auteur), Déon et Houellebecq se rencontrent à plusieurs reprises. D'abord près de Dublin, et ensuite à Bere Island, dans la baie de Bantry, où l'écrivain s'est installé. Entre les deux auteurs, les sujets de conversation ne manquent pas. Déon apprécie chez son interlocuteur son anticonformisme et sa culture insolite : au menu, Aldous Huxley et Auguste Comte, philosophe du positivisme et l'un des inspirateurs de Charles Maurras, dont Houellebecq connaît bien l'oeuvre et la vie.

Les visiteurs qui passent à Bere Island le décrivent comme un homme à la recherche du calme, passant des heures à revoir les Dix Commandements de Cecil B. DeMille ou les films de Louis de Funès, et captivé par les chaînes de télé évangélistes américaines. A l'automne 2001, Houellebecq l'Irlandais adopte un profil bas. Dans son roman Plateforme, il multiplie les provocations, jouant sur l'ambiguïté entre les propos prêtés à un personnage de roman et la pensée de l'auteur. «L'islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux», dit un personnage. En septembre, il fait la déclaration suivante au journaliste Didier Sénécal : «La religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré.» L'indignation est immédiate. Des associations musulmanes portent plainte. Son éditeur tente de jouer l'apaisement en rendant visite au recteur de la Grande Mosquée de Paris. L'écrivain se cache, entre Paris et l'Eire. Il fait l'objet de menaces. Un jour, Michel Déon reçoit un appel angoissé de Houellebecq : sa femme, qui ne supporte plus la situation, vient d'être internée après une crise de démence, et il lui demande l'hospitalité. Sans tergiverser, Déon prend son 4 x 4 pour traverser l'Irlande au milieu de la nuit. Quelques jours plus tard, les deux amis regardent en direct deux avions percuter les tours de Manhattan : nous sommes le 11 septembre. Houellebecq murmure : «Je suis sauvé...» Toutefois, l'événement fera fléchir les ventes du livre, au profit des essais sur l'islamisme et la guerre en Afghanistan.

Faut-il voir un début d'explication a posteriori dans cette phrase tirée de son prochain roman : «Je prenais un risque, c'est vrai, mais un risque calculé ; les intégristes islamistes apparus au début des années 2000 avaient connu à peu près le même destin que les punks : (...) ils avaient été ringardisés par l'apparition de musulmans polis issus de la mouvance tabligh : un peu l'équivalent de la new wave.» Un risque calculé ? Le contentieux entre Houellebecq et les musulmans sera réglé le 17 septembre 2002 devant la 17e chambre correctionnelle, où il comparaîtra pour propos injurieux devant un parterre très parisien. Il sera relaxé une semaine plus tard. Beaucoup de bruit pour rien. Il aurait déclaré à la sortie du tribunal : «Les médias, pour moi, c'est fini.»

Tiendra-t-il parole ?
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 25 Aoû 2005 - 0:30

L'écrivain a choisi de s'installer en Andalousie

Voyage en houellebecquie

Un lieu du bout du monde brûlé par le soleil, tel est le décor où Houellebecq a situé son prochain roman. Nous avons effectué un repérage.

Sabine Audrerie
[20 août 2005] Le Figaro Magazine

Une atmosphère de fin du monde. C'est le sentiment qui saisit le visiteur à sa descente du bimoteur à hélices qui relie Almería au reste de la planète. A l'extrême sud du continent, cette région andalouse susurrée par Gainsbourg semble défier les âges et les saisons. C'est ici, dans le parc naturel du Cabo de Gata, près du village où García Lorca situait ses Noces de sang, que Michel Houellebecq s'est retiré avec son welsh Clément, après son séjour irlandais. Depuis la recherche effrénée du monstre du loch Ness, on avait rarement vu telle agitation autour d'un phénomène. L'auteur vivant le plus traduit à l'étranger serait-il une chimère ? Qui l'a vu pour la dernière fois ?


Loin du battage médiatique, c'est sur les terres des anciens gisements de Rodalquilar que le roi Midas est venu chercher sa mine d'or : son prochain livre. La Possibilité d'une île commence, s'achève près d'Almería, comme il commence, s'achève sur cette apostrophe : «Qui, parmi vous, mérite la vie éternelle ? » Quel autre lieu pouvait fournir à l'auteur meilleure synthèse entre le passé et l'avenir de l'homme ? Tandis que Lanzarote la lunaire est pour lui au sens littéral un «finistère», le Cabo de Gata est vécu, contemplé et écrit comme un lieu de transition, « d'attente préapocalyptique». On ne sait ce qui frappe le plus dans ce paysage des sierras brûlées par le soleil, des pistes caillouteuses à perte de vue à peine perturbées par les lézards et les agaves ou des falaises noires qui plongent à pic dans le bleu éclatant de la Méditerranée. Ici, le décor des westerns spaghettis de Sergio Leone s'est mué en lieu de villégiature tranquille pour artistes madrilènes.


Qui vient y chercher Michel Houellebecq le trouve : si l'on était décidé à ne plus employer cette épithète symptomatique d'une époque, on est bien forcé d'avouer que tout, ici, est «houellebecquien». Ambiance apocalyptique, quotidien des classes moyennes, «extension du domaine de la lutte»... Surtout, la désolation du désert y côtoie paradoxalement l'excitation des complexes hôteliers.


Comme Houellebecq, le personnage de son dixième livre, Daniel, humoriste désabusé devenu superstar («un Zarathoustra des classes moyennes»), s'est retiré dans la région. Tel un évangéliste dans l'attente de la Résurrection, il y rédige son «témoignage de vie» à l'usage de ses descendants. En fait d'héritiers, les siècles à venir verront lui succéder des clones semi-humains qui préparent l'«avènement des Futurs». Génération après génération, chacun d'entre eux se tient face à la mer, assistant «sans regret à la disparition de l'espèce. Un dernier rayon de soleil rase la plaine, passe au-dessus de la chaîne montagneuse qui barre l'horizon vers l'est, teinte le paysage désertique d'un halo rouge». La luxueuse résidence andalouse de Daniel, perchée «un peu au sud de San José, près de la playa de Mónsul», deviendra sa sépulture métaphorique, autant que celle de l'humanité.


C'est donc ici que vit l'écrivain. Près du petit port de pêche où il reçoit son courrier poste restante depuis plusieurs mois. L'adresse fournie par les renseignements ibériques au nom de Michel Thomas nous conduit plus au nord de Mónsul, jusqu'à, surprise ou évidence, une résidence naturiste très sélecte : murs crème, piscine d'eau douce, personnel discret, lauriers roses et joncs de mer. Un must houellebecquien...

Est-ce là que le romancier s'épanouit ?


Cassandre ou visionnaire, persuadé du caractère irréversible de toute mutation, Houellebecq s'est à l'évidence imprégné d'un lieu insolite où peuvent éclore toutes ses marottes : effondrement des croyances traditionnelles, émergence d'une nouvelle humanité, fascination pour une jeunesse sans limites. «Le corps physique des jeunes, insiste-t-il dans la Possibilité d'une île, seul bien désirable qu'ait jamais été en mesure de produire le monde, était réservé à l'usage exclusif des jeunes, et le sort des vieux était de travailler et de pâtir. Tel était le vrai sens de la solidarité entre générations : il consistait en un pur et simple holocauste de chaque génération au profit de celle appelée à la remplacer.» Depuis sa terrasse, Michel/Daniel observe la plage naturiste, son libertinage larvé ou fantasmé. Là s'exprime la «vraie nature» de l'homme : la nouvelle génération y frôle l'ancienne, vouée au ridicule. «De temps en temps, je me branlais un petit peu sur la terrasse en matant les adolescentes à poil (...), je gérais plus ou moins bien ; je faillis quand même me jeter du haut de la falaise trois fois en l'espace de deux semaines.»


Est-ce là, face à tout ce bleu, que le poète Houellebecq a pu encore s'épanouir ? « Je descendis jusqu'à la playa de Mónsul. Observant la mer, et le soleil qui descendait sur la mer, j'écrivis un poème.» Des vers optimistes empreignent de lyrisme cette sombre destinée. Pourtant, il note : «Toute cette beauté, ce sublime géologique, je n'en avais en fin de compte rien à foutre, je les trouvais même vaguement menaçants. "Le monde n'est pas un panorama", note sèchement Schopenhauer.»


On poursuit la route jusqu'à l'adresse indiquée sur le plan. Enseignes lumineuses, poussière, station-service et figuiers de Barbarie se succèdent le long de l'autovía Mediterránneo. C'est sur cette autoroute que Houellebecq a découvert le «monde des hommes», au volant de son coupé-cabriolet Mercedes 600 SL acheté par curiosité, vite revendu, comme d'autres se procurent de la testostérone sur internet. Il a vu un univers «peuplé de représentants et de camionneurs, un monde violent et triste où les seules publications disponibles sont des revues pornos et des magazines de tuning automobile (...). On parle peu de cet univers, et c'est vrai qu'il n'y a pas grand-chose à en dire (...). Un monde peu connu, et qui ne gagne nullement à l'être.» Après la sortie 534, restent quelques kilomètres de mauvaise route avant d'arriver à El Playazo. Un Christ blanc domine la vallée. Relique de la civilisation séculaire qui bat encore dans les ruelles des villages, sous les pas des vieilles à mantille noire. En contrebas s'étale le kitsch touristique, face à la Méditerranée. A peine franchies les grilles de la résidence ultrasécurisée, on entend le bruit rassurant du ressac et le crissement du sable. Un homme marche sur la plage, un livre à la main. Un welsh corgi sautille à son côté. To be or not to be Michel Houellebecq ?
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 25 Aoû 2005 - 0:32

Que ferai-je le jour du vote au Goncourt ?

L'académicien a lu et aimé "la Possibilité d'une île". Il nous dit les raisons de son coup de coeur.

Par François Nourissier de l'académie Goncourt
[20 août 2005] Le Figaro Magazine

Roulement de tambour, tornade éditoriale, gros chiffres : c'est le lancement du quatrième roman de Houellebecq. Doit-on rejeter tout le reste à la gnognote et aux broutilles ? Ou bien, au risque de demeurer médusé, placer ce terrible point d'ironie dont le lecteur français se fait une spécialité dès qu'il sent en lui poindre un risque - quelle audace ! - d'admiration. Le roman est dressé, tracté, vérifié, allumé et jeté au ciel avec le soin un peu délirant que met une équipe à promouvoir son héros. Quelle lucarne a-t-on visée pour réussir un des rares tirs osés dans le Kourou romanesque ? «Quand on a travaillé comme je l'ai fait sur ce roman, me dit l'auteur en regardant jouer son chien Clément, on ne peut pas s'en empêcher : on pense aux grands.» Oui, il a dit les «grands». Qui ? Des noms pourraient se bousculer : Hugo, Dickens, Huxley vivant assez vieux pour lire Bradbury, Lovecraft ou Fredric Brown ? Un Abellio frotté d'Orwell ? Ou Eco ? Mais comme ces cousinages font province...


Boussole et sextant ne servent guère : une fois de plus, comme j'ai du mal à situer, résumer, «serrer» une oeuvre ! Attraper un roman au lasso et le présenter, pantelant et garrotté, à l'amateur qui hésite devant une aventure de 500 pages : essayez donc ! Houellebecq poursuit son rêve : émietter une classe moyenne fissurée de toute part, malade d'une dépression universelle, abandonnée à une fiévreuse allégorie prospective, sans défense contre les poisons d'époque. Durera-t-elle encore, cette société ? L'Empereur, au soir d'une bataille sanglante, bougonnait : «Une nuit de Paris réparera tout cela...» Mais aujourd'hui ? La sexualité s'est endormie ? Réveillez-la. Les dieux sont morts : vite, un succédané ! Les corps seront-ils mis au rancart ? Les généticiens, au fond des labos, piétinent. Les répertoires de la modernité, du pessimisme, de la crédulité parascientifique sont là, béants, à la discrétion des romanciers ambitieux. L'ambition littéraire aboutit souvent à une anticipation : rêve ou cauchemar, mais au futur. La désintégration d'une société passe désormais par sa fragilité dernière, dûment constatée et analysée.


Dans la Possibilité d'une île, où sommes-nous ? Sur cette fichue planète mais surchauffée, asséchée, l'eau claire tournée en boue. Quand ? Demain. Les «néo-humains», obtenus par clonage ou quelque autre bricolage, manquent de saveur. Ils sont heureusement interchangeables et numérotés. Les vieux ? Au trou ! Les dieux ? Les «grands monothéismes», comme on dit, sont moribonds. Les sectes font florès. Climat de sexualité froide. Seuls objets sexuels capables d'allumer le narrateur, les jeunes filles savent l'art de rendre affolante une minijupe. Elles jettent Nabokov à sa vieillarderie : une Lolita nubile et couverte de poils - quelle horreur ! Les hôtesses ne sont là que pour produire chez les VIP des érections et éjaculations honorables. Rassurons le lecteur qu'inquiète la réputation de pornographe torride que Houellebecq s'était faite (glaciale eût été plus juste). Sourdine sur le côté Jeannot Lapin. Sexe et baise sont ramenés à la norme. Enfin, une norme flatteuse. Ces retournements, succions, chevauchements sont devenus d'usage courant.


L'avant-garde littéraire mène moins souvent qu'autrefois aux effusions, aux forcèneries baroques, à l'opéra amoureux, et plus souvent à un style «laboratoire». La balance penche en faveur de Perec plutôt que de Lautréamont. Emprunts au langage computer, à celui des chimistes, des physiciens et généticiens «en recherche» (ou en perdition ?). On surprend plus de spécialistes des logiciels de création que de poètes taquinant leur luth. Efficacité garantie, prose calme, vigilance. N'oublions pas, au coeur du roman, son histoire d'amour. La rivalité d'Isabelle et Esther dans les passions du narrateur. La Blonde et la Brune, l'âme et la chair - pour simplifier. Je ne me suis pas trouvé si loin de Louise et Antoinette, les héroïnes de ma chère Pêche miraculeuse. «Quoi, un axe Houellebecq-Pourtalès ? Etes-vous fou ?» Non, je veux montrer que notre auteur joue aussi le jeu classique du roman. Une scène à faire ? Des sanglots à étouffer ? Eh bien parlez, criez, pleurez ! Cette fois, le romancier romance. Roman total ? Totalitaire ? Symphonique ? Silence de l'auteur. Grandes rêvasseries folles et «petits faits vrais» cohabitent. Belle tapisserie ! Méditez sur les lieux romanesques choisis : un camp de vacances, un autre (où se pratique l'échangisme amoureux), un journal pour adolescents, les longs moments passés à raffiner sur le rituel de la secte des elohimites, lequel affiche toutes les bêtises concoctées par les vertiges du vide. «L'homme sans qualités», l'Uomo qualunque : il y a depuis longtemps du gros poisson dans ces viviers-là. Allez-y voir. J'entends un murmure impatient : «Et que ferez-vous le 3 novembre ?» Ne vous en déplaise, rugueux démocrates, je regrette le temps où l'on votait, pour le prix Goncourt, «à la parlante»... On répétait le nom du romancier qu'on aimait autant de fois que nécessaire. Ni polémique, ni criailleries : il s'agit simplement de désigner un très bon roman de l'année 2005. Eh bien, je pense que vous avez deviné mon choix.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 26 Aoû 2005 - 23:28

Semaine du jeudi 25 août 2005 - n°2129 - Le Nouvel Observateur
Histoire d’une onde de choc

Après lui le déluge?

Une biographie non autorisée de Denis Demonpion et un pamphlet d’Eric Naulleau explorent le phénomène Houellebecq, cet agronome devenu le grand dynamiteur du roman français

Toi qui entres dans le nouveau roman de Michel Houellebecq, abandonne tout espoir. On avait quitté l’auteur avec l’attentat islamiste de la fin de «Plateforme», quelques jours avant les ruines du World Trade Center. On le retrouve avec «la Possibilité d’une île» aux avant-postes de la destruction totale du monde. Ce qui reste d’humanité erre dans un paysage ravagé, à mi-chemin entre le désert du réel imaginé par les frères Wachowski et la planète simiesque de Boulle. Quelques guerres religieuses, explosions nucléaires et catastrophes climatiques plus tard, les clones appelés «néo-humains» ont fait sécession. Derrière leurs écrans de contrôle, débarrassés du rire, du sexe et de toute émotion, ils observent ces hordes bestialisées qui errent dans les décombres, et lisent les «récits de vie» de leurs prédécesseurs. Daniel 24 se penche ainsi sur celui de Daniel 1, un showman politiquement incorrect du début du xxie siècle. Un escobar un peu sentimental, un peu cynique et trop lucide, qui aimait les chiens et se tuera d’amour inconsolé pour Esther, une jeune blonde.
Au sommet de sa cote marchande, après un transfert chez Fayard estimé autour de 1,5 million d’euros, Houellebecq renoue avec la veine génétiquement modifiée des «Particules élémentaires». Au passage, il abat aussi ses cartes à travers ce personnage de Daniel 1, «une espèce de Zarathoustra des classes moyennes», un «balzacien medium light», qui s’amuse de voir qu’il décroche de bonnes critiques dans «Télérama» et «Elle» en dépit de ses «dérapages machistes». Tout y est. Jusqu’à ce «ton de burlesque islamophobe léger» qui assure un scandale calculé, sans toutefois se mettre hors du jeu médiatique. «Il n’empêche que, l’espace d’une ou deux saisons, je m’étais retrouvé dans la peau d’un héros de la liberté d’expression.» De quoi sourire en effet, quand on se souvient de la bousculade à la barre de la 17e chambre correctionnelle de Paris, en septembre 2002, pour répondre de l’inocuité de ses considérations éthyliques sur l’islam, promu «religion la plus con» à la sortie de «Plateforme».
Il n’est pas au fond plus probe ni plus dégrisé commentateur de la méthode houellebecquienne que Houellebecq lui-même. «Je développais une veine anarchiste de droite qui de Céline à Audiard a déjà fait les grandes heures du comique d’expression française.» Mais attention, mêlée à une méditation sombre «qui n’était pas sans rappeler l’apologétique chrétienne», le tout enrobé dans des généralisations pseudo-scientifiques, à quoi l’on ajoutera une solide dose de sexe glauque. Voilà bien quelques-uns des ingrédients du cocktail explosif servi au pays en 1998 avec «les Particules élémentaires», trente ans après les barricades. Ceux-là mêmes qui feront de Houellebecq, poète confidentiel venu de l’agronomie et de la SF, le dynamiteur sous Tranxène du champ littéraire français. Le plus féroce pavé lancé dans la vitrine soixante-huitarde et son cortège de fausses émancipations. Le fossoyeur de la figure du grand écrivain engagé à la française. Le duce à pantalon couleur carotte de l’avant-garde des arrière-trains, celle-là même qui terrorisait dans les années 1990 les dames patronnesses du Goncourt et les maos reboutonnés en médiacrates. Le mutant idéologique affolant les instruments de mesure des «Inrockuptibles» et de tant d’autres, qui bien après la parution d’«Extension du domaine de la lutte» s’évertueront encore à le faire passer pour une sorte de militant anticapitaliste d’Attac sympathiquement branché cul. Le romancier quoi qu’il en soit le plus plagié du pays, le plus célébré, le plus exporté… le plus jalousé, aussi.
Alors que «la Possibilité d’une île» sort en librairie le 31 août, une première biographie «non autorisée» paraît simultanément chez Maren Sell Editeurs (1). Elle est signée Denis Demonpion, journaliste au «Point». Hormis quelques petits arrangements avec l’état civil qui mènent usuellement Michel Thomas – Houellebecq est le nom de sa grand-mère paternelle – à se rajeunir de deux ans – il est né le 26 février 1956, à la Réunion –, pas de quoi fouetter ici un Houellebecq tantôt décrit comme un «dandy fin de siècle», tantôt moins aimablement comme un «loser tendance glauque avec le profil idéal pour éblouir un siècle borgne». Des détails sur sa formation, de «Pif Pocket» à Novalis et Kant jusqu’à Iggy Pop. Ou sur sa baston avec «Perpendiculaires», groupe littéraire qui le virera pour déviances eugénistes et apologie comique-troupière de Staline. Ou encore sur ses rapports cordiaux avec le soucoupiste de satin blanc vêtu, le gourou Claude Vorilhon, alias Raël.
Quelques scènes croquignolesques rapportées par Demonpion, aussi. Comme ce rancard improbable avec Françoise Hardy, l’astrologue-chanteuse qui fera observer à Houellebecq qu’il a le même signe astrologique que Ben Laden: Poissons. «Je suis un messager de la mort. Je suis venu apporter la destruction», lâche-t-il alors à l’interprète de «Tous les garçons et les filles de mon âge», l’hymne quasi houellebecquien de ces adolescences acnéiques qu’on ne souhaiterait pas à son pire ennemi. Avec Houellebecq, on est souvent là: à mi-chemin entre la proclamation inquiétante et la franche guignolade.
Un éclairage atroce surtout dans cette biographie sur ses liens avec une mère qu’il déclarait morte depuis peu en avril dernier dans «les Inrockuptibles», et qui s’avère ici non seulement bien vivante mais même suffisamment venimeuse pour raconter à l’enquêteur leur rupture dans un McDonald’s parisien en 1991, et repeindre au passage son fiston de 35 ans au moment des faits sous les traits d’un «fanatique d’ultradroite». Janine-Genitrix contre le nettoyeur-auteur matricide des «Particules élémentaires», tient-on là le mauvais feuilleton intergalactico-judiciaire à suivre dans les prétoires à la rentrée 2005?
De son côté, Eric Naulleau publie une charge titrée «Au secours, Houellebecq revient!» (2). «Un véritable marketing de l’abjection», tel est le sens de toute l’opération Houellebecq selon l’éditeur de «la Littérature sans estomac» de Pierre Jourde qui, lui, accordait au moins à l’auteur des «Particules» le bénéfice du doute. «Faut-il qu’on soit descendu bien bas, écrit Naulleau, faut-il que la situation soit grave pour considérer qu’un pastiche de "SAS" vient renouveler en profondeur la littérature française?» Et cependant, en en faisant ainsi le ground zero de l’écriture, on ne dit rien de l’onde de choc Houellebecq, ni de la façon dont elle a démonétisé les faiseurs de belles phrases et autres tenants du supplément d’âme sur la fanfreluche académique. Du brouillage des hiérarchies esthétiques il a de toute façon fait une attraction, mieux: un programme. Nabokov se voit ainsi requalifié dans «la Possibilité d’une île» en «pseudo-poète médiocre et maniéré», le surréalisme étant, lui, ramené à un simple «instinct publicitaire». Entartage cocasse, dira-t-on une fois encore. En avril 2002, Houellebecq tenait quoi qu’il en soit suffisamment son milieu pour s’offrir le luxe d’écrire dans l’ex-«NRF» de Gide que le «XXe siècle est un siècle nul qui n’a rien inventé», à l’exception de «la littérature de science-fiction».
Les livres de Houellebecq sont des livres d’après le krach total. Les témoins, poignants autant que complaisamment ambigus, du naufrage d’une civilisation: la nôtre. Ils se savent tels, c’est là leur force. Une force toxique ou tonique, selon le tempérament du lecteur. Selon son accoutumance aux substances spirituelles pessimistes, aussi. Un vieux routier de Schopenhauer y résistera mieux qu’un lecteur de Philippe Delerm qui fait des randos l’été, c’est certain. Comme son maître H. P. Lovecraft, auquel il consacrait en 1991 un essai-programme, Houellebecq a fait de la haine de l’époque son kérosène, et est bien déterminé à lui faire le maximum de mal. Dans cet essai sur l’auteur de «l’Appel de Cthulhu», «foncièrement raciste et ouvertement réactionnaire», il rendait grâce à celui-ci d’avoir su transformer «son dégoût de la vie en une hostilité agissante». Idem chez Houellebecq et, sauf à vouloir réhabiliter le roman édifiant, lui reprochera-t-on ? L’époque a une sale gueule et il le lui dit bien en face, démasquant au passage les mensonges de la radieuse modernité démocratique. Au bout de la liberté? L’insoutenable misère de l’homme sans Dieu, seul face au marché et à la brutalité du combat sexuel. Au bout de l’égalité? Le buffet du Club Med. Au bout de la fraternité? La haine de tous pour tous, sur fond de dislocation familiale généralisée. La mère disant dans les «Particules» qu’elle aurait de la peine si son fils se tuait à moto, mais qu’au fond elle se sentirait «plus libre». Le père qui dans «la Possiblité d’une île» se souvient que, le jour du suicide de son fils, il s’est mitonné des «œufs à la tomate».
«L’amoralité hypocrite des intellectuels progressistes», imposée de force à l’ensemble de la société à partir des années 1970, «a provoqué le suicide du monde qui se proclame "civilisé"», écrivait Houellebecq au début des années 1990, ajoutant que le seul véritable ennemi idéologique qu’il se reconnaissait était le libertaire, soit l’idiot utile du libéralisme. Une ultime fois, «la Possibilité d’une île» explore ces intuitions, mais sans qu’un clonage radieux ou un tourisme sexuel repeint en rose tendre viennent à nouveau jouer ici le rôle de réconfortantes utopies mortifères. L’amour sexuel fusionnel, voilà l’«île» enchantée du titre. Une île en réalité inacessible dans un monde où toutes les fictions sentimentales qui rendaient les ténèbres habitables se sont effondrées sous le poids du consommable. La pureté, le respect… autant de stigmates jugés préhistoriques autant que ridicules sur les rives de l’avilissement libertaro-marchand du sexe et de la mort. L’amour est un chien de l’enfer, disait Bukowski. L’amour, c’est l’infini à la portée de mon seul toutou, pourrait dire Houellebecq, corrigeant Céline. Un welsh corgie blanc et marron nommé Clément, le seul être auquel il accorde encore une élévation pétrarquiste en amour. Hormis ça, rien à attendre de cette vie sinon un ennui languide et le désespoir tranquille que procure la certitude de la «répétition du carnage». La catastrophe est inguérissable, la blessure intarissable, et au bout du compte Houellebecq crache le morceau : aucune clonerie future n’y remédiera jamais. Bonne rentrée à tous.

Aude Lancelin

(1) «Houellebecq non autorisé. Enquête sur un phénomène», par Denis Demonpion, Maren Sell Editeurs, 384 p., 20 euros.
(2) «Au secours, Houellebecq revient! », par Eric Naulleau, Chiflet & Cie, 128 p., 10 euros.
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