Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 La rentrée sera houellebecquienne !

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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 26 Aoû 2005 - 23:31

Semaine du jeudi 25 août 2005 - n°2129 - Le Nouvel Observateur

Des Etats-Unis à la Corée....

Pourquoi les étrangers l’adorent

Dites 36... Oui, vous avez bien lu, Houellebecq est traduit dans pas moins de 36 langues étrangères. De l’Albanie à la Corée (chez Munkhakdongue Publishing), en passant par la Lettonie, la Serbie, l’Islande et les Etats-Unis (dans la prestigieuse maison Knopf), il est Brigitte Bardot et le commandant Cousteau réunis. Un colloque international sera même consacré à l’auteur de «Plateforme» les 28 et 29 octobre prochain: il réunira à Edimbourg de grands spécialistes de Houellebecq. A noter une communication de Christian van Treeck sur les «Aspects de la réception de Michel Houellebecq en Allemagne» (9h30) et un speech sur «la Nature dans l’œuvre de Michel Houellebecq: un chez-soi possible?», prononcé par Julia Pröll, d’Innsbruck (vers les 14 heures). De Copenhague, nous guetterons les conclusions de Mads Baggesgard («Houellebecq, un challenge», room B). Rien sur les putes en Asie du Sud-Est? Ah si, tout de même: Keith Reader, éminent professeur à Glasgow, compte bien s’attaquer, face nord, à l’Everest pornographique de l’œuvre de Houellebecq, et à l’épineuse question du «phallus». A 19 heures, conférence-banquet. On va guincher.
Houellebecq, notre nouveau Balzac? A l’étranger, nombreux le pensent, comme Gavin Bowd, organisateur du colloque et professeur à Saint Andrews (Ecosse): «Pour moi, c’est le plus grand écrivain actuel. Par la manière qu’il a de cerner, avec humour, noirceur, profondeur et virtuosité, les tendances lourdes de la vie d’aujourd’hui. "La Possibilité d’une île" est à mon avis son chef-d’œuvre. Si certaines allusions à la culture populaire française peuvent échapper au public anglo-saxon, nombreux sont ceux qui connaissent suffisamment la France pour apprécier tout le sel du livre.» L’éditeur espagnol Juan Gonzalez, qui publie «la Possibilité d’une île» en Espagne et en Amérique latine, n’est pas en reste: «Houellebecq est l’un des plus grands écrivains contemporains, et certainement le plus grand romancier français de notre temps. Il se préoccupe authentiquement de ce qui est actuel, avec élégance, tendresse, audace et humour.» Même son de cloche chez son éditrice italienne, Elisabetta Sgarbi (Bompiani), qui prévoit un tirage initial de 30000 exemplaires pour son nouveau roman («Plateforme» s’était vendu autour de 50000): «J’ai découvert Houellebecq bien avant qu’on parle du cas Houellebecq: c’était à l’époque d’"Extension du domaine de la lutte". J’ai tout de suite été saisie par sa voix inimitable, et sa manière de rendre compte du réel dans ses aspects les plus pertinents.» Et de confirmer l’importance à ses yeux de «la Possibilité d’une île»: «C’est son meilleur roman. Houellebecq a la faculté exceptionnelle de créer des mondes narratifs que les autres écrivains, au nom de l’esthétique postmoderne, n’explorent plus.»
Polémiques en deçà des Pyrénées, admiration au-delà? C’est que les positions controversées de Houellebecq (sur l’islam, la prostitution, les sectes) semblent avoir eu un retentissement moindre à l’étranger. «Je n’ai jamais pensé que Houellebecq était misogyne, explique Gavin Bowd. Ses positions sur la prostitution, par exemple, sont trop idéalisées, édulcorées, comme dans le film "Emmanuelle". Il me semble d’ailleurs qu’il a rectifié cela dans "la Possiblité d’une île". En tout cas, les analyses de Houellebecq sur la marchandisation sexuelle sont très pertinentes. Quant à sa critique de l’islam, pourquoi le sujet serait-il tabou? Et, pour les sectes, on peut s’en moquer et croire dans le triomphe de la certitude rationnelle, il n’en reste pas moins qu’il n’existe aucune société sans religion.» En Espagne, où ses livres se vendent autour de 50000 exemplaires, Houellebecq ne passe pas non plus pour un dangereux énergumène. «Ses avis ont le mérite de la franchise et de la gravité, explique son éditeur espagnol, Juan Gonzalez. Ils sont beaucoup plus complexes, riches et nuancés que beaucoup de gens ne le pensent. Et il y a fort à parier que le temps finisse par lui donner raison.»
Si ses livres connaissent un succès fort partagé, c’est surtout dans les pays du Nord qu’on trouve le plus d’admirateurs de Houellebecq, comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne. Le romancier John Banville saluait ainsi en lui un écrivain «plus noir même que Beckett, car il ne s’autorise pas ces transports lyriques qui par instants illuminent la nuit de Beckett». En Allemagne, où l’on a vendu 140000 exemplaires des «Particules élémentaires» et plus de 200000 exemplaires de «Plateforme», on se lèche aussi les babines à l’idée de dévorer son prochain livre. C’est même dans ce pays qu’on tourne l’adaptation cinématographique des «Particules élémentaires», sous la direction d’Oskar Roehler, un film produit par Bernd Eichinger («la Chute»). Pas un hasard si Houellebecq a conservé, pour «la Possibilité d’une île», l’entière propriété de ses droits pour l’Alle-magne (négociés parallèlement avec DuMont Verlag).
Seul bémol: l’avis de Michael Kleeberg, dans «Die Welt»: «Il y a une certaine ironie à voir les bourgeois de gauche politiquement corrects d’Allemagne se délecter de l’apathie morale de l’auteur et du cynisme qui l’accompagne. Car, s’il était allemand, ils le soupçonneraient des pires turpitudes (l’utopie génétique des "Particules élémentaires" a pu être comparée aux projets eugénistes des nazis) et ne laisseraient sans doute même pas ses romans aller jusqu’à la publication.»

Didier Jacob
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 26 Aoû 2005 - 23:35

Semaine du jeudi 25 août 2005 - n°2129 - Le Nouvel Observateur

Exclusif

Houellebecq vu par Stephen King

Le maître américain de l’horreur a préfacé l’édition américaine de l’essai de Houellebecq sur Lovecraft, l’un des pionniers de la littérature fantastique. Extraits

L’essai assez long de Michel Houellebecq intitulé «H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie» est un remarquable mélange de réflexion critique, d’ardent parti pris et de biographie bienveillante – une sorte de billet doux érudit, voire la première vraie lettre d’amour cérébrale. Mais cela vaut-il la peine de consacrer une explosion de créativité aussi riche et aussi inattendue à ce qui n’est ordinairement qu’un sujet ennuyeux comme la pluie, croulant sous les notes en bas de page? Ce Johnson de littérature de gare, mort depuis belle lurette, mérite-t-il un tel Boswell? Oui, répond Houellebecq, pour qui H.P. Lovecraft compte encore énormément au xxie siècle.
[…] Avec sa passion fort peu universitaire, Houellebecq lance des affirmations qui susciteront la controverse et déclencheront des discussions. J’en mets moi-même certaines en doute. La vie est-elle vraiment douloureuse et décevante? Douloureuse, il se peut, mais seulement par moments; décevante, sans doute, mais seulement pour d’aucuns. Est-il inutile d’écrire de nouveaux romans réalistes? Avec les 2000 pages environ de prose qu’il a écrites au cours des quatorze dernières années, je crois que Tom Wolfe serait d’un tout autre avis. L’humanité ne nous inspire-t-elle plus qu’une curiosité mitigée? Ah, mon cher Houellebecq! Je croise tous les jours au moins soixante personnes dont quarante que je serais curieux de suivre jusque chez elles pour voir ce qu’elles fabriquent.
Il y a encore d’autres assertions – les plus discutables étant sans doute que Lovecraft se serait désintéressé de la sexualité et aurait rejeté Freud –, mais nous devons passer outre sans en débattre: si cette préface est trop longue, elle va avaler le livre lui-même. De toute façon, l’affirmation de base de Houellebecq – Lovecraft a été un des écrivains américains les plus importants du xxe siècle –, si elle n’est pas absolument indiscutable, est de moins en moins facile à contester à mesure que, au fil des décennies, ses livres sont republiés et ses œuvres de plus en plus étudiées dans les cours de littérature aux Etats-Unis et au-delà. Et l’importance littéraire de Lovecraft est peut-être secondaire par rapport au fait – dont témoigne la passion de Michel Houellebecq – que HPL ne continue pas seulement à avoir, à chaque génération, la faveur des lecteurs qui acquièrent de la maturité, mais qu’il demeure viscéralement important pour un noyau d’auteurs qui écrivent les histoires bizarres et fantastiques d’une génération – cartographiant, ce faisant, les peurs les plus profondes des générations successives.
[…] Quel que soit mon désaccord avec Michel Houellebecq sur certaines de ses suppositions et de ses conclusions, je suis pleinement d’accord avec sa thèse centrale: les livres de Lovecraft s’opposent au monde et à la vie. En tant que lecteur et auteur de littérature de l’étrange, j’ai tout de suite compris que Houellebecq avait mis là par écrit une chose que je ressentais depuis longtemps mais que je n’avais jamais pu exprimer: la littérature de l’étrange, de l’horreur et du surnaturel lance un tonitruant «non» au monde tel qu’il est et à la réalité telle que le monde voudrait qu’elle soit. Et – Houellebecq ne le formule pas ainsi mais toute son admiration pour Lovecraft le proclame, le crie sur les toits – plus est grande l’imagination, plus est fort le lien entre écrivain et lecteur, et plus ce «non» est énergique et convaincant. Houellebecq expose la technique permettant de faire entendre ce «non» catégorique dans les sous-titres qui ponctuent son livre, et cela ne nuira sans doute pas à son objectif d’ensemble si je les regroupe: «Attaquez le récit comme un radieux suicide, prononcez sans faiblir le grand "non" à la vie; alors vous verrez une puissante cathédrale, et vos sens, vecteurs d’indicibles dérèglements, traceront le schéma d’un délire intégral qui se perdra dans l’innommable architecture des temps.» Indispensables conseils pour celui qui voudrait écrire de la littérature de l’étrange. Et pour celui qui ouvre Lovecraft pour la première fois, utile pierre de touche (comme l’essai de Houellebecq d’où cela est extrait) qui permet de comprendre comment il s’y prenait.
Quant à savoir comment il y parvenait, c’est un mystère qu’aucun livre, essai ou séminaire universitaire ne débrouillera jamais. Cela se passe entre chaque lecteur et le Lovecraft que celui-ci découvre, le Lovecraft qui ouvre l’imagination de chacun avec ces longs passages pénétrants qui semblent hurler… avant de devenir une voix qui murmure tard le soir, quand le sommeil ne vient pas et que la lune, d’un air froid et interrogateur, regarde par la fenêtre. […] Je voudrais terminer (noterez-vous peut-être avec soulagement) en disant que rien n’a jamais mieux prouvé la qualité des textes de la maturité de Lovecraft que l’essai de Michel Houellebecq. Si vous avez lu tout Lovecraft, «Contre le monde, contre la vie» vous donnera peut-être envie d’y retourner et vous permettra de le voir sous un jour neuf; si vous abordez pour la première fois le Prince noir de Providence, la voie ne saurait être ouverte de manière plus stimulante ni plus passionnante.

S. K. (Traduction Philippe Mikriammos)

© Stephen King, 2004.
© Editions du Rocher, 2005, pour la traduction française.
« H.P.Lovecraft.Contre le monde, contre la vie », par Michel Houellebecq, Le Rocher, 144 p., 15 euros.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Ven 26 Aoû 2005 - 23:40

Semaine du jeudi 25 août 2005 - n°2129 - Le Nouvel Observateur

Un entretien avec Michel Houellebecq

«Je suis un prophète amateur»

Comme Daniel1, son personnage principal, l’auteur de «la Possibilité d’une île» explique comment et pourquoi c’est «l’idée d’immortalité» qui l’a attiré vers la secte des raéliens

Le Nouvel Observateur. – Il y a deux ans, vous avez défrayé la chronique en participant à un congrès de la secte des raéliens, en posant pour la photo avec le gourou Claude Vorilhon et en plaidant pour le clonage. Cette rencontre est-elle à l’origine de «la Possibilité d’une île»?

Michel Houellebecq. – Non, pas du tout. Après «Plateforme», je m’étais lancé dans un livre dont j’ai déjà écrit 60 pages, mais auquel je n’ai fixé d’autre deadline que ma propre mort: il s’agit d’un long commentaire des textes de Schopenhauer que, dans le même temps, je retraduis. J’ai laissé ce travail de côté pour commencer ce roman lorsque j’ai rencontré à Berlin la journaliste allemande Harriet Wolff dans les circonstances exactes relatées à la première page du livre. Elle était venue m’interviewer, mais avant de poser ses questions elle m’a raconté une fable dans laquelle elle m’imagine enfermé dans une cabine téléphonique après la fin du monde. Je téléphone, mais on ne sait pas si je parle à des survivants ou si je monologue. Le voilà, le vrai point de départ de «la Possibilité d’une île». La vie éternelle dans une cabine téléphonique…

N. O. – Le roman présente pour l’essentiel l’autobiographie d’un humoriste d’aujourd’hui, Daniel 1, laquelle est entrecoupée d’autres récits autobiographiques, ceux qu’ont rédigé jusqu’au xxiiie siècle les clones successifs de Daniel. Avez-vous écrit le livre de manière continue ou avez-vous intercalé après coup les témoignages des néo-humains dans celui de Daniel1?

M. Houllebecq. – J’ai écrit le roman dans l’ordre exact où il se présente à vos yeux. Je n’ai eu aucune difficulté à me glisser dans la peau et l’esprit de Daniel24 ou de Daniel25, sans doute parce que j’habitais alors en Espagne, le plus souvent seul avec mon chien, dans une résidence privée, protégée et située dans une station balnéaire hors saison. J’avais vraiment le sentiment étrange d’être coupé du monde, de vivre la situation de science-fiction que je décris dans le livre. Quand je quittais la résidence, c’était pour rouler sans fin sur l’autoroute. J’avais quitté le monde des humains. Pendant deux ans, je n’ai fait qu’écrire ce livre, surtout la nuit et le matin, sans rien faire d’autre. A deux exceptions près: une préface à la «Théorie générale de la religion», d’Auguste Comte (Mille et Une Nuits, 2005) et un compte-rendu du Festival de Bayreuth pour un journal allemand.

N. O. – Le récit de Daniel1 débute ainsi: «Comme ils restent présents à ma mémoire, les premiers instants de ma vocation de bouffon!» Si je vous dis que cet antipathique humoriste de gauche est un personnage très houellebecquien, que répondez-vous?

M. Houellebecq. – L’homme est moralement moyen, intellectuellement un peu supérieur à la moyenne, et d’une grande honnêteté, d’une grande franchise. Il ressemble en effet aux anti-héros de mes romans précédents. Il est très sombre et il fait rire. Il fait d’autant plus rire qu’il est sombre. Lorsque j’ai réalisé «la Rivière», un court métrage pour Canal+, j’ai fait appel à un directeur de casting qui avait travaillé sur la série des «Gendarmes». Je lui avais aussitôt demandé de me parler de mon idole absolue au cinéma qu’est Louis de Funès. Avec une gravité inhabituelle chez lui, il m’avait parlé de l’immense tristesse qui, parfois, saisissait de Funès. La méditation sur cette fameuse «tristesse des comiques» m’a beaucoup aidé à construire la psychologie de Daniel1.

N. O. – La vie de Daniel bascule le jour où il découvre la secte où l’on vénère et attend le retour des Elohim. Pourquoi n’appelez-vous jamais, dans votre roman, la secte par son nom, celle des raéliens?

M. Houellebecq. – Ce n’est pas, comme vous le sous-entendez, par peur des procès. C’est simplement que le mot raélien met trop l’accent sur le prophète alors que celui d’élohimite met l’accent sur la divinité qu’ils attendent.

N. O. – Comment s’est passée votre propre initiation?

M. Houellebecq. – Je m’étais à l’époque documenté sur la plupart des sectes. J’ai choisi finalement celle qui me paraissait la plus intelligente. Je sais qu’avec elle il n’y aura ni suicide collectif ni détournement d’argent. Elle est adaptée aux temps modernes, à la civilisation des loisirs, elle n’impose aucune contrainte morale et surtout elle promet l’immortalité. C’est cette idée d’immortalité qui m’a attiré vers les raéliens. Je n’ai jamais aimé la manière méprisante et suspicieuse dont, en France, on parle des sectes. Et j’ai toujours pensé que la phrase banale selon laquelle la religion est une secte qui a réussi correspond simplement à la vérité. J’avais donc besoin d’aller voir de plus près, de l’intérieur, ce qu’est une secte.

N. O. – Et comment les raéliens vous ont-ils accueilli?

M. Houellebecq. – Ils avaient conscience du danger. Mais, depuis «Lanzarote», ils savaient que je ne leur étais pas hostile. Ils ont donc pris le risque de m’accueillir et de me parler sans rien cacher. J’ai découvert la secte lors d’un stage d’été en Slovénie. Ensuite, je suis allé à une manifestation à Crans-Montana au cours de laquelle, d’ailleurs, «le Monde» a retrouvé ma trace et a suggéré que je pouvais être un adepte du gourou Raël. Ce qui est faux: je le trouve seulement sympathique. Et pour un fan de SF comme moi, ses idées sont intéressantes. Cette initiation, je la raconte dans «la Possibilité d’une île», mais à ma manière. Je suis du genre expressionniste: ce que j’ai vécu, je le relate en accentuant les contrastes et en grossissant les traits. La vie sexuelle du prophète, par exemple, est beaucoup moins débridée que je ne le dis…

N. O. – Depuis «Plateforme» et la description que vous y faites d’un attentat islamiste en Asie, on a fait de vous une sorte de voyant. Cette fois, vous prédisez la mort des grands monothéismes et le triomphe de la secte des raéliens…

M. Houellebecq. – C’est une conviction que je tire d’une simple expérience personnelle. Pendant deux années, j’ai vécu à cheval entre deux pays naguère très catholiques, l’Irlande et l’Espagne. J’y ai assisté, médusé, à l’écroulement brutal de la religion. C’est comme si les Irlandais et les Espagnols oubliaient leur civilisation originelle. La tradition catholique a totalement disparu. De la même manière, je suis sûr que l’islamisme, actuellement très en vogue chez les jeunes, disparaîtra lui aussi. De la religion musulmane, comme du mouvement punk, il ne restera rien de plus qu’une esthétique. Si, en revanche, je ne parle guère du judaïsme, c’est que je le connais mal. C’est une religion plus tribale, elle a un peu plus de chances de persister. Elle s’adresse à un peuple, une communauté, pas au monde entier. Cela dit, on a tort de lire mes romans comme autant de prédictions. On ne mesure pas, en effet, combien j’aime à me comporter en prophète amateur. Cela m’amuse autant que d’écrire de faux scénarios de films. Ce qui m’intéresse, au fond, ça n’est pas d’envisager l’avenir, c’est l’écriture. J’accorde plus de prix à la qualité de mes textes qu’à la validité de mes intuitions.

N. O. – Mais vos intuitions sont fondées sur une recherche scientifique dont on sent bien qu’elle vous passionne...

M. Houellebecq. – C’est vrai, je travaille beaucoup ce qui, dans mes livres, relève de la science. J’ai beaucoup lu sur le clonage, sur la fabrication d’un être humain à l’identique. Je pense qu’on pourra un jour créer directement un néo-humain adulte, c’est-à-dire de 18 ans, à partir du schéma fourni par l’ADN. Mais je m’interroge sur la reproduction de la personnalité, qui est encore hypothétique. C’est ça aussi qui m’intéresse chez les raéliens. Ils parlent de moins en moins des Elohim et de plus en plus de leurs projets scientifiques. Même si, parfois, ils en font trop. Je doute qu’ils aient réussi cette expérience de clonage dont ils se sont récemment vantés...

N. O. – Votre engagement en faveur d’une secte jugée dangereuse va susciter à nouveau une polémique...

M. Houellebecq. – Non, je ne pense pas. Je suis même assez optimiste. Il y a quelques mois, en pianotant sur internet, je suis tombé par hasard sur les débats qui ont entouré la sortie de «Pogrom», le livre d’Eric Bénier-Bürckel. On interrogeait les gens en leur rappelant «l’affaire Houellebecq», et la plupart répondaient: Bénier-Bürckel n’est qu’un provocateur, ce n’est pas un authentique écrivain comme Houellebecq. Or, il y a sept ans, on disait: Houellebecq n’est qu’un provocateur, ce n’est pas un authentique écrivain comme Céline. Et je me suis dit: ouf, ça y est, j’entre dans la catégorie des classiques inoffensifs. Il me semble qu’on est en train de se lasser de moi comme sujet de polémique. Ce qui compte, c’est le style. Et j’aime vraiment «la Possibilité d’une île». Je crois que c’est mon meilleur roman. Il y a un signe qui ne trompe pas. Quand je relis des pages à haute voix, j’en suis content. Pour la première fois, j’ai réussi ici à intégrer de la poésie au milieu de la prose. Ça fait sens. Je suis satisfait de ce livre, comment dire, physiquement.

N. O. – Où vivez-vous aujourd’hui?

M. Houellebecq. – Je vis toujours en Irlande. Mais je vais acheter quelque chose en Espagne. J’en ai un peu marre du monde anglo-saxon. Je ne suis presque jamais à Paris. Paris ne me manque pas. Sans doute parce que je n’y suis pas né.

N. O. – Votre roman est publié simultanément en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. A quoi tient que vous captiviez tant les étrangers?

M. Houellebecq. – J’ai maintes fois constaté que les étrangers continuent en littérature et après des décennies de déceptions à attendre quelque chose de la France. Tant pis si ma réponse n’est pas modeste, mais chaque fois que je rencontre des lecteurs de ces pays-là, jusqu’aux Pays-Bas, le pays où je vends le plus de livres par rapport à la population, on me parle de Sartre et de Camus. Il faut croire que je m’inscris dans la tradition des écrivains français qui posent des questions au monde d’aujourd’hui et ne renient pas la narration balzacienne. Fin octobre, j’assisterai même à Edimbourg à un colloque universitaire sur mon œuvre. Les Anglais sont fascinés par les sciences, et je vois bien que, sur «la Possibilité d’une île», traducteurs et éditeurs me demandent déjà des commentaires d’ordre épistémologique. C’est, me disent-ils, le livre qu’ils attendaient de moi. L’Extrême-Orient en revanche reste imperméable à ce que j’écris.

N. O. – Pourquoi, au détour de quelques pages de votre roman, cette haine envers André Breton et Michel Onfray?

M. Houellebecq. – Je n’aime pas le surréalisme, que je trouve être un mouvement publicitaire. Ni la personnalité de Breton. Je reconnais pourtant une grande beauté à son poème, «l’Amour libre», dont la RATP avait fait une affiche, mais j’aime aussi le graffiti que j’ai lu sur cette affiche: «Au lieu de vos poésies à la con, vous feriez mieux de nous mettre des rames aux heures de pointe.» En général, pour écrire un bon poème, il ne faut pas chercher à être trop intelligent… Quant à Michel Onfray, je n’ai pas attendu son «Traité d’athéologie» pour être allergique à cet indigent graphomane. Il faut être un crétin pour se définir comme un nietzschéen de gauche. Dans le roman, la production du film de mon héros a raison de préférer Jean-Pierre Marielle. Lui au moins, c’est un vrai comédien.

N. O. – Qu’avez-vous lu pendant que vous écriviez «la Possibilité d’une île»?

M. Houellebecq. – Les romans d’Agatha Christie, bien sûr, mais aussi une trilogie de Jeffrey Ford, «Memoranda», «l’Au-delà» et «Physiognomy», c’est de l’excellente SF. Parmi mes contemporains français, j’aime bien Maurice G. Dantec et puis Michka Assayas, dont une phrase d’«Exhibition» me trotte toujours dans la tête plusieurs années après: «Il se tenait sur le divan comme un tas de couvertures ayant pris par hasard forme humaine…»

N. O. – Votre état d’esprit à l’heure où nous parlons?

M. Houellebecq. – Une grande sérénité. Peu de doutes. Et un sens moral de plus en plus aigu. Finalement, je suis un romancier kantien.

Jérôme Garcin
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Fabien
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 27 Aoû 2005 - 12:28

Le nouveau site de Michel Houellebecq, réalisé par lui-même :

http://www.michelhouellebecq.com
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 27 Aoû 2005 - 14:17

Bernard B a écrit:
Le nouveau site de Michel Houellebecq, réalisé par lui-même :

http://www.michelhouellebecq.com

Merci pour le lien Bernard. Mais dis moi, c'est une blague ? Une parodie ?
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 27 Aoû 2005 - 19:28

"Nouveau scandale", "grosses polémiques en vue", feignent de s'émouvoir quelques hypocrites gazettes à propos de l'invraisemblable lancement de "La possibilité d'une île". D'une île au trésor, bien sûr.

Encore une chance que, selon son propre site Internet, Michel Houellebecq, interviewé le week-end dernier par "Le Monde" et invité vedette de Guillaume Durand (France 2) lundi prochain 29/8, ai décidé, en 2002, "de ne plus jamais répondre aux médias". On mesure la marée d'entretiens qui aurait alors suivi la tonitruante sortie (1) de son nouveau roman, "La possibilité d'une île"...

Cette définitive décision de mustisme résultat, de même source, d'une "interview tronquée dans le magazine "Lire" : en l'occurrence, la fameuse petite phrase qui lui valut un procès (il fut relaxé) et selon laquelle "la religion la plus con, c'est tout de même l'islam". Dans de récentes interviews qui lui auront échappé, Houellebecq assure qu'il "regrette un peu ses propos sur l'islam". Mais s'ils ont été "tronqués", donc déformés, pourquoi les "regretter" ?

Il faut tristement s'y résoudre, dès qu'il s'agit de notre auteur, la presse tricolore, en effet déchaïnée sur l'Evénement (au moins cinq critiques parues alors que l'ouvrage n'est officiellement "pas disponible"), retombe dans ses plus fageuses ornières : "Il n'y a qu'en France que les journalistes s'intéressent à ces histoires de promotion et de tirages, soupire l'éditeur de Michel, le ponte de Fayard Raphaël Sorin. Leurs confrères allemands me posent des questions d'une autre teneur : a-t-il lu tout Schopenhauer (l'une de ses grandes références) ? Le préfère-t-il à Nietzsche ? En Hollande, il doit participer à un colloque avec 25 universitaires, etc." Le "non" du 29 mai était un vote de raison : la France ne mérite pas l'Europe.

Et à un aucun niveau d'ailleurs. C'est, bien sûr, par dévotion pour la philo allemande qu'en avril 2004, lors d'un raout à Deauville, Arnaud Lagardère, le patron d'Hachette (Fayard en est la filiale), avait triomphalement claironné à la presse le débauchage du très vendeur Houellebecq au concurrent Flammarion. Détail, "La possibilité" - qui ne rompt semble-t-il pas avec la tradition porno-blasée de l'auteur - fera aussi l'objet d'un film naturellement produit par une autre filiale d'Hachette et que Michel se propose de réaliser lui-même.

L'à-valoir global dépasse le million d'euros. (Presque) une paille : s'y ajoute en effet une avance (à partager entre l'auteur et l'éditeur français) dans chacun des 20 pays qui, Slovénie comprise, doivent publier le pavé (488 pages) avant la fin 2006. "C'est vrai, j'aime bien les grands groupes"', a encore assuré l'écrivain. Et depuis toujours : son premier roman, "Extension du domaine de la lutte", est paru, en 94, chez l'alors octogénaire Maurice Nadeau, robuste figure du monde littéraire, mais minuscule éditeur.

"En le (Houellebecq) voyant, je me disais : voilà quelqu'un qui fait tout pour se faire haîr", se souvient un de ses anciens profs dans la "bio" qu'un journaliste du "Point", Denis Demonpion, vient de consacrer à Michou (2). L'ouvrage - que Houellebecq a en vain proposé d'annoter dans une version commune - révèle notamment que notre ami s'est rajeuni de deux ans (il est né en 56, pas en 58), qu'il se nomme en réalité Michel Thomas (Houellebecq est le patronyme de sa vénérée grand-mère paternelle). Et enfin que, loin d'avoir quitté cette terre après une conversion à l'islam, comme le laissait entendre son gracieux fiston, son anesthésiste de mère vit toujours, en agnostique, à la Réunion.

On se retient mal de succomber dans l'instant à la chaleur humaine de l'amène Houellebecq, q'un parcours heurté (une enfance pas trop choyée, des séjours en établissements psy) pourrait cependant rendre attachant. "Le monde manque de compassion", aime-t-il à déplorer. Il n'est pas le seul. Des proches du Grand Ecrivain parlent à son sujet de sa "difficulté à donner". Sa propension à retenir est plus apparente.

Informaticien en disponibilité de l'Assemblée nationale, Michel est domicilié en Irlande, laquelle exempte d'impôts les écrivains qui ont choisi son sol. C'est ainsi : Houellebecq, qui vit aussi en Espagne, est toujours là et ailleurs. "L'islam religieux, tout con" ? Pas lui, donc, les niais du journal "Lire". Les "nègres" qui, les "juifs" que, le "torchon de cuisine autour de la tête d'Arafat", les femmes à "vergetures" à l'étal des plages échangistes ? D'un autre auteur sans doute ou alors de personnages romanesques qu'il ne maîtrise décidément pas.

Idem du lancement de "La possibilité". Fayard est formel : la maison n'est pour rien dans la circulation prématurée d'exemplaires du bouquin (selon une technique houellebecquienne de vente éprouvée, les passages "à polémiques" et le nom des personnages vivants agressés par le bon Michel sont déjà parus dans plusieurs journaux). "Du piratage, soupire toujours Sorin. Peut-être des gens qui ont détourné des épreuves à l'étranger."

Sûrement, mais c'est tout de même par des coursiers Fayard que les dix jurés du Goncourt (Mi-Mi a déjà virtuellement remporté leur prix) ont reçu chacun un exemplaire de "La possibilité". Et pour qui connaît la consanguinité des jurés et critiques, parfois eux-mêmes directeurs de collection ou membre de jurys... Remarquez, Fayard a ses raisons que le bilan comptable connaît : si le Houellebecq ne fait pas un tabac, c'est Harry Potter (Gallimard) ou le nouvel Astérix (la famille d'Uderzo) qui décrochera le pompom de la rentrée littéraire...

Patrice Lestrohan (Le Canard enchaîné - 24/08/2005)

(1) Le mercredi 31 août. A relever aussi un "Houellebecq" pas trop hostile par Arrabal (Le cherche midi).

(2) "Houellebecq non autorisé. Enquête sur un phénomène" (Maren Sell Editeurs. Sortie le 26 août). Sans oublier un petit ouvrage plémique déjà paru : "Au secours, Houellebecq revient", par Eric Naulleau (Chifflet et Cie)
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 27 Aoû 2005 - 22:35

Michel Houellebecq par Jean-Jacques Nuel :

La chasse à l’homme est ouverte. Haro sur Michel Houellebecq, coupable de vendre, coupable de n’être pas un écrivain maudit (ou plutôt si, maudit, mais pas dans le sens du 19e siècle…), coupable d’être, dans le désert littéraire français, le seul écrivain de sa génération d’envergure internationale. C’est que Houellebecq vise juste, et frappe fort. Donc dérange. Après l’article indigne d’Angelo Rinaldi dans Le Figaro, les agressions perfides du bien-pensant Assouline sur son blog, le pamphlet de Naulleau (si les premiers livres de Jourde et Naulleau ont été remarquables, utiles et salutaires, leur petit commerce du dénigrement ressassé commence à faire long feu…), on a donc plaisir à découvrir un livre en faveur de l’auteur des Particules élémentaires pour rétablir un peu la balance, même s’il est sans nuance ni recul, puisque dicté par l’amitié et l’admiration.

Arrabal et Houellebecq, c’est d’abord une histoire d’amitié. Celle de deux écrivains, de deux créateurs, de deux poètes. « Une fois décédés la plupart de mes meilleurs amis tels que Beckett, Ionesco ou Topor, aujourd’hui Houellebecq occupe une place très spéciale dans ma vie. Nous parlons de théologie, de philosophie, de sciences et d’amour avec la gravité éclairante de l’humour. » Ce livre relate donc leurs rencontres, leurs conversations, les lettres échangées, le dialogue de deux esprits non conformistes.

Arrabal tient Houellebecq pour l’un des plus grands, pour un génie. « Plateforme est le traité de morale et le poème lyrique de notre temps. » Derrière la provocation reprochée par beaucoup à l’auteur de Plateforme (et qui n’est pas faite pour déplaire à Arrabal, lui-même, membre avec Topor et Jodorowsky du mouvement Panique, ayant largement pratiqué tout au long de sa vie la provocation élevée au rang de l’un des beaux-arts), provocation qui n’est que l’énoncé d’une vérité (« Celui qui dit ce qu’il pense cause des effets dévastateurs parmi les Gribouilles adeptes d’idéologies fossiles mais fortement mobilisatrices. »), Arrabal voit la profondeur de l’œuvre. Houellebecq est un sismographe, mesurant l’intensité des séismes, les connaissant si bien qu’il les prévoit et les annonce, « C’est le dernier résistant qui (sans perdre sa gaieté) témoigne face aux « bulldozers » des passeurs sous silence, des censures et des intimidations. », un témoin d’une implacable lucidité sur la situation de l’homme dans la société moderne (« les êtres humains, souvent cernés par la misère, passent leur vie dans la solitude et l’amertume. Les sentiments d’amour, de tendresse et de fraternité ont presque totalement disparu. Dans leurs rapports ils font preuve d’indifférence et parfois de cruauté. », écrit-il dans Plateforme), mais derrière ce pessimisme, se devinent la tendresse pour la femme et le rêve d’un monde meilleur.

Procédant par fragments, « arrabalesques » et « jaculatoires », sacrifiant à son goût pour la définition et l’étymologie, Arrabal tourne autour de son sujet, autour de ses thèmes et de ses obsessions, Houellebeq n’étant plus qu’une des étoiles de sa galaxie mentale. Il parle aussi beaucoup de lui-même, de ses amis et connaissances vivants ou disparus (Beigbeder, Kundera, Bennny Lévy, John Lennon, Yoko Ono, Hallier …). On est d’abord surpris et gêné par les redites, les mêmes phrases resservant d’un article à l’autre, avant de leur trouver un effet littéraire de répétition, comme la technique d’un peintre qui procéderait par petites touches, retours, avancées circulaires, pour préciser peu à peu le motif complet de sa toile. Ces répétitions deviennent une sorte d’incantation, et dans les raccourcis poétiques, les courts-circuits du sens, Arrabal trouve des formules qui sont des révélations, celle par exemple sur le clonage : « Lancelot du Lac, chevalier de la Table Ronde, rêvait d’être purifié par le Graal comme Houellebecq par le clonage. » Et Lanzarotte est Lancelot en espagnol !

En septembre 2002, Houellebecq comparaissait devant la 17e chambre du Palais de Justice de Paris pour « blasphème », un délit pourtant aboli en France depuis plus d’un siècle. Arrabal fut l’un de ses meilleurs défenseurs. Ayant été lui-même accusé en 1967 du même délit, étant passé sous le régime franquiste par les cachots de Murcie et par la prison de Carabanchel, il eut alors l’honneur d’être défendu par Cela, Aleixandre, Canetti, Paz et Beckett, futurs prix Nobel de littérature. Beckett eut cette phrase admirable pour la défense d’Arrabal : « C’est beaucoup ce que doit souffrir le poète pour écrire, n’ajoutez rien à sa propre peine. »

Au final, un portrait s’est dessiné, pas forcément conforme ni fidèle à l’intégralité de l’original, peut-être gauchi par l’amitié, mais près de l’intime de l’homme et du ressort de sa création. Un Houellebecq tendre comme ces vers reproduits de son poème Le Temps qui terminent l’ouvrage : Au fond j’ai toujours su / Que j’atteindrais l’amour / Et que cela serait / Un peu avant ma mort.


Houellebecq, de Fernando Arrabal, Le Cherche-Midi éditeur, 2005, 13 euros.

http://nuel.hautetfort.com/
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 31 Aoû 2005 - 23:24

LP de Savy a écrit:
Bernard B a écrit:
Le nouveau site de Michel Houellebecq, réalisé par lui-même :

http://www.michelhouellebecq.com

Merci pour le lien Bernard. Mais dis moi, c'est une blague ? Une parodie ?

Je m'incline bien bas devant Bernard, l'adresse du site est sur la 4 ème de couverture de La possibilité d'une île. Merci à Kalamazoo pour l'information.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 1 Sep 2005 - 22:12

Littérature française

Une île flottante

Michel Houellebecq revient avec un gros livre, lourd de promesses tenues et de déceptions annoncées.

Par Jean-Baptiste HARANG

jeudi 01 septembre 2005 (Liberation - 06:00)

Michel Houellebecq
La Possibilité d'une île Fayard, 494 pp., 22€.


Un des 663 romans qui nous pendent au nez en ces temps de rentrée littéraire s'intitule la Possibilité d'une île, son auteur, qui a choisi le pseudonyme de Michel Houellebecq, s'est fait connaître sous ce nom par la publication d'autres ouvrages dans les années précédentes et une activité médiatique importante. Michel Houellebecq est né en 1956 et s'intéresse (il s'en inquiète même) à la question bien triste du vieillissement de l'individu, ce qui intrigue de la part d'un si jeune homme, et témoigne de sa précocité. Son premier roman, Extension du domaine de la lutte (Nadeau, 1994), parlait de cul et de bien d'autres choses, il eut du succès. Le deuxième, les Particules élémentaires (Flammarion, 1998), parlait, entre autres choses, de cul, il eut du succès, de la polémique, quelques traductions et un petit procès. Le troisième, Plateforme (Flammarion 2001), entre peu d'autres choses parlait de cul, il eut du succès, plein de traductions, pas mal de polémique, quelques procès de mauvaises intentions, dont un devant la justice. La fin du livre racontait un attentat d'extrémistes musulmans contre la débauche de l'Occident, quelques semaines plus tard deux avions de ligne transperçaient les tours du World Trade Center et l'on retrouva parmi les dégâts collatéraux les plus dérisoires de ce spectaculaire et dramatique attentat l'idée que ce jeune écrivain français avait des dons prophétiques ou, plus fort encore, l'intelligence de la prémonition.

La Possibilité d'une île aura du succès, des traductions sont prévues, vers trente-six langues, les polémiques ont précédé sa mise en place, ourdies par ceux qui en tireront bénéfice, d'autres que ça agace, et reprises par de pures âmes qui n'avaient pas encore lu le texte. La Possibilité d'une île aura du succès : ça parle de cul, entre autres. Le titre est assez joli, il dit, contre le cours du livre, que, quelle que soit la mer (la mère, la mort) où l'on se noie, reste toujours la possibilité d'une île, il le dit en chantant quand les neuf dixièmes du roman sont derrière le lecteur assommé d'ennui et de désolation :

«Entré en dépendance entière,

Je sais le tremblement de l'être

L'hésitation à disparaître,

Le soleil qui frappe en lisière

Et l'amour où tout est facile,

Où tout est donné dans l'instant ;

Il existe au milieu du temps

La possibilité d'une île», page 433.

On écrit «le lecteur assommé d'ennui et de désolation», entendons-nous bien : ce n'est pas pour dire que le livre est assommant, ennuyeux et désolant, non, pas seulement, au contraire, on veut dire que l'ennui et la désolation sont des thèmes principaux du roman et que l'auteur y excelle, au risque d'assommer un peu. Il faut dire qu'un bon livre sur l'ennui, pour être efficace se doit d'être un poil trop long, ici, à deux doigts des cinq cents pages, c'est parfait. Mais commençons par le commencement. Le véritable début se trouve page 19, avec ce qui est clairement annoncé comme «première partie», mais ce début est précédé de quelques pages et phrases éparses dont rien ne dit qu'elles font partie du livre, qu'elles sont de la plume d'un des narrateurs qui ne vont pas tarder à apparaître, ou brutes d'auteur. Ces petits avant-propos semblent disposés ici afin d'énerver les lecteurs qui n'iront pas plus loin afin qu'ils puissent participer aux débats pugilistiques entre les gens de bonne compagnie qui ne lisent pas les livres : Houellebecq y évoque «la position d'écrivain qui est la mienne», à l'attention de ceux qui penseraient qu'il a viré modeste, puis «dans ma prochaine incarnation je retrouverai mon petit chien Fox», pour ceux qui craindraient qu'il en ait fini avec la misanthropie, bien appuyé par «il est possible qu'à une époque antérieure les femmes se soient retrouvées dans une situation comparable ­ proche de celle de l'animal domestique», et, au cas où l'idée viendrait à certains de lui pardonner sa misogynie, il ajoute : «Les femmes donnent une impression d'éternité, avec leur chatte branchée sur les mystères ­ comme s'il s'agissait d'un tunnel ouvrant sur l'essence du monde, alors qu'il ne s'agit que d'un trou à nains tombé en désuétude», et conclut par ce haïku magique :«Je suis seule comme une conne/avec mon/con.»

Ces prolégomènes délicats sont clos par un ukase : «Craignez ma parole», et, tandis que les contempteurs riches de ces bribes de provocation offerte s'égayent dans Paris pour alimenter la chronique, le vrai livre peut commencer. Le texte se développe avec l'alternance des «récits de vie» de trois Daniel, Daniel1, Daniel24 et Daniel25, chacun ayant lu les Daniel qui le précèdent et le commentant. Le gros du livre est le récit de Daniel1, personnage principal qui évoque assez l'auteur pour qu'on reproche à celui-ci les extravagances inventées pour celui-là. Daniel est un comique sur le retour (il a l'âge de l'auteur en constant constat d'andropause depuis qu'il cause), sa première livraison est dans le ton de ce qui précède : «Voici, pour situer, une des plaisanteries qui émaillaient mes spectacles : "­ Tu sais comment on appelle le gras qu'y a autour du vagin ? ­ Non. ­ La femme"» (page 22). Page suivante, à la frontière de l'autoportrait, on peut lire : «Le plus grand bénéfice du métier d'humoriste (...), c'est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité, et même de pouvoir grassement rentabiliser son abjection», et l'on se dit qu'un homme capable d'autant de cynisme autodérisoire ne peut être foncièrement mauvais. Encore que, comme le rappelait dimanche un chroniqueur, «on peut être un méchant homme et écrire de très bons livres», notation juste qui a pour effet pervers d'autoriser Houellebecq à se comparer à Céline (ce dont il ne se prive pas) et de faire oublier les autres cas de figure, être méchant homme et écrire de mauvais livres, brave type et mauvais livres, brave type et très bons livres, sans compter ceux, bons ou mauvais, qui n'écrivent pas. Le second épisode du récit de vie de Daniel contient cette phrase : «Le jour du suicide de mon fils, je me suis fait des oeufs à la tomate» (page 29), ce genre de phrases (on peut manquer celle-ci, chaque page en contient) est pour le lecteur une proposition d'aiguillage, il peut choisir de lire la suite à la recherche de cette obscénité (les oeufs à la tomate) ou emboîter le pas d'un homme perdu (son fils s'est suicidé). Daniel a fait fortune, sa célébrité lui ouvre toutes les portes et toutes les femmes, il s'ennuie et guette avec angoisse les signes de vieillissement sur les visages, celui de la femme qui l'aime, Isabelle, le sien lorsque la femme qu'il aime, Esther, devient beaucoup trop jeune pour lui. Au-delà de la misogynie convenue et affichée, ces deux portraits de femmes, celle qui aime et n'aime guère baiser, celle qui baise et n'aime guère aimer, échappent à la caricature annoncée, et font de Houellebecq ce qu'il s'acharne à maquiller : un romancier, un raconteur d'histoire, un animateur de personnages, un directeur de consciences inventées, lui qui se prend (ou plutôt voudrait qu'on le prenne) pour un penseur, cheveux courts, idées longues.

Cette angoisse de vieillir nourrit tout le livre et en fournit l'argument science-fictionnel : le clonage comme antidote à la condition de mortel. Daniel1 vit à notre époque, avec pour seule anticipation la pratique du clonage humain. Il rencontre une secte, les Elohimistes, calquée sur les Raëliens (que Houellebecq a fréquentés), puis y adhère afin que son ADN déposé lui ouvre la voie de la vie éternelle. Encore une fois, ces pages de quasi-reportage chez les sectaires enjoués apporte au moulin de l'auteur une eau qu'il feint de refuser : le talent de décrire (et la naïveté qu'il faut pour bien voir), que les mots engendrent des images plutôt que des idées, des personnages, comme ce Vincent, qui succédera au prophète, et reste la seule figure originale et surprenante du livre. Tout le reste, les presque cinq cents pages, est littérature, on n'en espérait pas tant, littérature et coquetteries houellebecquiennes, il pourrait s'en passer, nous aussi, sauf qu'il est drôle, insupportable et qu'il a du bagout.

A la fin, lorsque tout le monde est mort et ressuscité deux ou trois douzaines de fois, lorsque les affects et le monde respirable ont enfin disparu, lorsque le lecteur se réveille en sursaut à la sortie du long tunnel, on a pris un coup de jeune, loin de la malédiction annoncée page 25 : «La vie commence à cinquante ans, c'est vrai ; à ceci près qu'elle se termine à quarante.» Dans ce registre , on préfère Diderot : «La vie est courte, ce sont les journées qui sont longues», les journées et les romans de Michel Houellebecq. Un type comme ça, avec un talent pareil, il ferait mieux d'écrire des livres.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 1 Sep 2005 - 22:16

Lire Houellebecq, enfin. Se concentrer sur son dernier roman, La Possibilité d'une île, faire abstraction de l'effervescence médiatique, des polémiques, de l'"affaire". Revenir aux mots, aux phrases, au livre. A l'essentiel.

Voici donc Daniel 1, le héros du roman, sorte d'auteur comique à succès, dont le sommet de la carrière, médiatiquement s'entend, fut le spectacle "On préfère les partouzeuses palestiniennes". Sa compagne, Isabelle, lui ayant dit qu'un "soupçon d'antisémitisme destiné à contrer le caractère globalement antiarabe du spectacle" ne ferait pas de mal à son show, il a eu l'idée d'ajouter une parodie de film porno joliment intitulé Broute-moi la bande de Gaza (mon gros colon juif). Ce sympathique personnage s'était fait des oeufs à la tomate le jour du suicide de son fils. "Je n'avais jamais vraiment aimé cet enfant, confie Daniel 1 : Il était aussi bête que sa mère, et aussi méchant que son père. Sa disparition était loin d'être une catastrophe ; des êtres humains de ce genre, on peut s'en passer."

Au bout de cinquante pages, la cause semble entendue : Houellebecq va nous infliger une nouvelle provocation aussi scabreuse qu'ennuyeuse. Cet ancien ingénieur agronome-informaticien, qu'on avait découvert à l'occasion d'Extension du domaine de la lutte (Maurice Nadeau, 1994), et qui avait confirmé son statut d'écrivain avec Les Particules élémentaires (Flammarion, 1998), on craignait, depuis son dernier roman, Plateforme (Flammarion, 2001), qu'il ne se fourvoie dans des eaux passablement glauques.

Et puis voici que tout change, l'angle s'élargit, l'ouvrage s'épaissit, prend de l'ampleur à mesure que sa structure se complexifie. Pire : on s'attache à Daniel 1. On est ému, on rit parfois, et l'on se dit qu'il va sans doute falloir l'admettre : La Possibilité d'une île est un bon roman, sans doute le plus maîtrisé qu'ait écrit Houellebecq à ce jour.

Reprenons. Le livre est pour l'essentiel le récit de la vie de Daniel 1, écrit par lui-même peu avant de mourir, lu et commenté quelques millénaires plus tard par ses lointains descendants néo-humains clonés, Daniel 24, puis Daniel 25. Daniel 1, qui pourrait être une sorte de Michel Houellebecq se regardant dans une glace déformante, a croisé au cours de sa vie les animateurs de la secte des élohimites, sorte d'adorateurs des Elohim, extraterrestres responsables de la création de l'humanité. A la tête de cette secte, qui, au début de l'histoire, ne comprend que quelques centaines d'individus, un prophète, un sombre crétin plus ou moins manipulé par un mauvais génie, un savant fou spécialiste de génétique et de biologie moléculaire dénommé Miskiewicz. Son projet ? Faire naître par clonage les hommes du futur directement dans un corps d'adulte de 18 ans, de manière à atteindre la véritable immortalité. Vous souriez ? Sachez au moins qu'il aura tout de même fallu aux successeurs de Miskiewicz trois siècles de travaux pour obtenir la création des premières générations néo-clonées. Quelques millénaires plus tard, la Terre est pour l'essentiel peuplée de néo-humains qui passent leur temps à lire les "récits de vie" de leurs "ancêtres" humains et à souffrir d'avoir dû, à ce point, renoncer à l'amour et au désir. Seuls subsistent çà et là, perdus dans d'immenses forêts, dans New York en ruine ou dans Madrid anéantie après une guerre nucléaire, des "sauvages", en réalité des humains d'après la catastrophe, revenus en quelque sorte à l'état préhistorique.

Ce résumé succinct pourrait fort bien ne pas convaincre de l'intérêt du roman. En donner à lire des extraits ? Le style de Houellebecq est ce qu'il a toujours été, simple, assez plat, sans fioritures, efficace. Les scènes de sexe ? Elles sont nombreuses, plus sobres que dans Plateforme . Révéler enfin que Daniel 1 a parfaitement conscience que ses "spectacles sont globalement répugnants" et qu'il a été hanté, sa vie entière, par les vers sublimes de La Mort des pauvres de Baudelaire pourrait ne pas davantage emporter la conviction.

D'où vient dès lors que l'on finit par se convaincre que Houellebecq a réussi son voyage au bout de l'humanité ? Simplement, justement, parce qu'il est un romancier. Un formidable romancier même, noir et désespéré. Non pas, comme Daniel 1 le dit de lui-même, "une espèce de Zarathoustra des classes moyennes", mais plutôt un conteur d'histoires doublé d'un éclaireur hyperréaliste de la société d'aujourd'hui et du monde de demain, convaincu que tout ce que la science permet, y compris le moins souhaitable pour l'homme, sera réalisé. Peu importe en définitive que, scientifiquement parlant, le roman de Houellebecq puisse souffrir de nombre d'incohérences. Le propos, la vision demeurent, et c'est là l'essentiel.

Comme son maître Balzac, qui est d'ailleurs l'un des auteurs de chevet de Daniel 1, et comme dans ses autres romans, Houellebecq se préoccupe constamment de l'état de la société. Le clonage, les raéliens, les sectes, visiblement, il connaît, il s'est renseigné, il a enquêté. Pour autant, il n'y a là aucune sorte d'empathie. D'une certaine manière, sa description des élohimites et son récit de l'avènement d'une nouvelle Eglise font même écho aux propos récents de Benoît XVI. "La religion devient un produit de consommation, déclarait le pape le 20 août lors des Journées mondiales de la jeunesse. On choisit ce qui plaît et certains savent en tirer profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de bricolage ne nous aide pas." Etrange similitude.

Noir, sinistre même, Houellebecq l'est tout autant lorsqu'il évoque sa hantise du vieillissement et les rapports entre les générations. Daniel 1 : "Le corps physique des jeunes, seul bien désirable qu'ait été en mesure de produire le monde, était réservé à l'usage exclusif des jeunes, et le sort des vieux était de travailler et de pâtir. Tel était le vrai sens de la solidarité entre générations : il consistait en un pur et simple holocauste de chaque géné ration au profit de celle appelée à la remplacer, holocauste cruel, prolongé, et qui ne s'accompagnait d'aucune consolation, aucun réconfort, aucune compensation matérielle ni affective."

Roman d'anticipation autant que de mise en garde, La Possibilité d'une île est aussi une réflexion sur la puissance de l'amour. C'est le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), maintes fois cité, qui avait eu cette métaphore : "L'existence humaine ressemble à une représentation théâtrale qui, commencée par des acteurs vivants, serait terminée par des automates revêtus des mêmes costumes." Désespéré, Daniel 1 se demande "à quoi bon maintenir en état de marche un corps qui n'est touché par personne", avant de constater tout de même que la belle et sensuelle Esther avait réussi à lui rendre la "saveur de la vie vivante".

A la fin du livre, Daniel 25 n'en peut plus de vivre sa vie de néo-humain. "Notre existence dépourvue de passions , dit-il, était celle des vieillards ; nous portions sur le monde un regard empreint d'une lucidité sans bienveillance." Il erre dans une forêt quand il s'aperçoit que son chien Fox a été cruellement assassiné par des sauvages : "A présent, j'étais seul. La nuit tombait sur le lac, et ma solitude était définitive. Jamais Fox ne revivrait, ni aucun chien doté du même capital génétique, il avait sombré dans l'anéantissement intégral vers lequel je me dirigeais à mon tour. Je savais maintenant avec certitude que j'avais connu l'amour, puisque je connaissais la souffrance." Le futur était vide. L'humanité, définitivement, avait perdu.

Voilà, c'est fini, le livre est refermé, Houellebecq a gagné son pari. Daniel, Marie, Esther, tous les personnages sont encore là, étonnamment présents ; vite vient l'envie d'en parler, de comparer sa propre lecture à celle des autres. S'il est des livres que l'on a envie de garder pour soi, avec soi, profondément, il n'en est décidément rien avec ceux de Houellebecq ; comme s'ils offraient, à chaque fois, la possibilité d'une confrontation.

LA POSSIBILITÉ D'UNE ÎLE de Michel Houellebecq. Fayard, 488 p., 22 €.

Franck Nouchi
Article paru dans l'édition du 02.09.05 Le Monde
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Jeu 1 Sep 2005 - 22:21

Toujours dans le Monde :

Difficile en cette rentrée 2005 d'ignorer que Michel Houellebecq sort un nouveau roman. De L'Express au Nouvel Observateur en passant par Le Figaro Magazine, Le Point et Marianne, il n'est pas un hebdomadaire qui n'ait publié son enquête sur le "phénomène Houellebecq". Et comme si cela ne suffisait pas, voici que paraissent coup sur coup pas moins de cinq essais consacrés à l'auteur de La Possibilité d'une île.


Pour qui voudrait découvrir le personnage Michel Houellebecq, c'est à l'évidence Houellebecq non autorisé, enquête sur un phénomène, de Denis Demonpion (1) qu'il convient de lire. Conçu comme une enquête biographique sur Michel Thomas ­ le véritable nom du romancier, né le 26 février 1956 à la maternité de Saint-Pierre de la Réunion ­ ce livre décrit bien, en particulier, ce que furent l'enfance et l'adolescence du jeune Houellebecq. Au terme de cette enquête, Demonpion est allé interroger une consoeur de Libération, Marie-Dominique Lelièvre, qui avait rencontré Houellebecq pour un portrait de dernière page. "Avant que j'arrive, dit-elle, il avait beaucoup réfléchi à la façon dont il allait diriger l'entretien. Il l'a fait avec beaucoup de professionnalisme alors qu'il n'était qu'un petit informaticien à l'Assemblée nationale. Avec le recul, je me suis aperçue qu'à travers ce qu'il m'a fait vivre, il faisait son autoportrait." En parfait "Dandy accompli", ajoute Demonpion, qui se demande si, comme Gide, Houellebecq ne se dit pas parfois dans son lit avant de s'endormir : "Mon émotion est sincère, mais je la joue."

Avec les trois ouvrages suivants, changement radical de genre : on passe au pamphlet, à la charge univoque et souvent violente. Dans Michel Houellebecq ou la provocation permanente (2), Jean-François Patricola cherche à démontrer que l'oeuvre de Houellebecq n'a rien à voir avec la Littérature. "Nous entrons plutôt du côté de chez Paul Bourget que dans la cathédrale d'Honoré de Balzac", note-t-il d'une formule, précisant que, comme Houellebecq, Bourget aussi aimait conter la défaite des femmes avec sa longue litanie de romans de l'adultère. Se demandant si en définitive Houellebecq entend quelque chose à "la différenciation entre narrateur, personnage, auteur, lecteur, je, tu et il", il conclut en véritable procureur : "La littérature se pare d'une majuscule lorsqu'elle recherche le point dans l'espace où la langue n'est pas encore puissance, omniscience ou omnisciente. (...) A ce jour, l'écriture de Michel Houellebecq est absente de cet espace littéraire. Elle n'est que rapport de forces, provocation, suprématie de la langue et de l'idéologie nauséabonde ou vieillotte, fabrication artisanale. L'oeuvre n'est pas Œuvre."

Dans Ci-gît Paris, l'impossibilité d'un monde, pamphlet d'anticipation (3), Claire Cros propose un "petit ouvrage cruel, noir, acide, violent, sans limites qui se sert de la sortie d'un seul livre pour dénoncer la mort culturelle de Paris". Figurant en exergue de son ouvrage, une citation de George Steiner donne le ton : "Quand on détruit un livre ou qu'on exalte un mauvais livre, ce qui revient au même, on raccourcit les chances de la liberté humaine."


RENTRÉE À LIVRE UNIQUE


On regrettera, et ceci vaut pour l'ensemble des ouvrages cités ici, que ce livre ait été écrit sans que son auteur ait pu lire La Possibilité d'une île. Peut-être certaines accusations auraient-elles été nuancées. Car la charge est très violente. Dénonçant cette rentrée littéraire à livre unique (comme il y a des régimes à parti unique), Claire Cros explique que tout cela n'est que "manipulation" et "infamie". "C'est prévoir, ajoute-t-elle, que la Société, encore une fois, bonne foule, bien mouton ne, va acheter en masse, et contribuer elle-même à ce qu'encore une fois le Présent ne sorte indemne de l'affaire, que l'auteur reparte avec sa gloire, l'argent de la Médiocrité, vers le Goncourt, puis le Nobel, pourquoi pas ? Quoique : les choses sont dans l'ordre : ces prix sont de l'ordre du réel houellebecquien : sans valeur."

Même ton, même violence dans Au secours Houellebecq revient ! d'Eric Naulleau (4). Pour lui aussi, la cause est entendue : "Nous assistons à une évacuation progressive de la littérature du champ littéraire." Les "people", dit-il, encombrent les tables des libraires et occupent une place "non négligeable" dans les médias - ­ "d'où la littérature a pour ainsi dire disparu." S'en prenant au "Monde des livres", coupable d'on ne sait trop quelles accointances, il estime que "le phénomène Houellebecq ne pouvait éclore que dans un système critique déconnecté de l'évaluation des textes. Où les valeurs, fixées par avance, sont attribuées à la tête du client." Mais que les fans de Houellebecq se rassurent : ils peuvent se précipiter sans danger sur le Houellebecq de Fernando Arrabal (5). Ou encore se procurer le hors-série des Inrockuptibles qui lui est consacré.


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(1) Maren Sell Editeurs, 384 p., 20 €.

(2) Ed. Ecriture, 286 p., 17,95 €.

(3) Ed. Michalon, 160 p., 15 € (à paraître le 15 septembre).

(4) Ed Chiflet & Cie, 126 p., 10 €.

(5) Le Cherche Midi, traduit de l'espagnol par l'auteur, 236 p., 13 €.

A noter également, un entretien accordé par Fernando Arrabal à La Revue littéraire intitulé "Houellebecq et le paradis scientifique", éd. Léo Scheer, Septembre 2005, 12 €.

Franck Nouchi
Article paru dans l'édition du 02.09.05
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 10 Sep 2005 - 11:40

Un Jean-Michel intelligent et de droite ! Shocked Si, si, ça existe, sur le forum de "Lire" consacré à Houellebecq :

http://www.lire.fr/forum/viewposts.asp?forumId=142

A noter aussi sur ce forum une intervention tout à fait juste de Marie-Pierre Houellebecq, j'ai eu quelques doutes mais je pense que c'est vraiment elle.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 10 Sep 2005 - 16:23

Télérama n'est généralement pas trop ma tasse de thé, mais ils ont fait une bonne critique de "La Possibilité d'une île" (merci Sébastien !)

Télérama n° 2904

Livres/ Critique

CRITIQUE

Il nous clouellebecq

Avant d'être un phénomène médiatique, Michel Houellebecq est d'abord un auteur. Il le prouve avec La Possibilité d'une île, un roman convaincant, portrait âpre et drôle d'une civilisation en déshérence.

Comment ne pas le prendre en grippe, Michel Houellebecq ? Son nom partout en caractères d'affiche. Le « phénomène Houellebecq », le « mystère Houellebecq », l'« événement Houellebecq » en piles serrées à faire craquer les kiosques. Son masque flou de dandy épuisé en embuscade à tous les coins de rue. Tous ces dossiers, ces couvertures, ces numéros spéciaux, indifférents à force de mimétisme. Et la biographie de Houellebecq, l'essai sur Houellebecq, le pamphlet anti-Houellebecq comme autant de métastases d'une déprimante opération de promotion en forme de piège impitoyable : comment parler du nouveau livre de Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, sans participer soi-même au tintamarre ?

Car il s'agit de la sortie d'un roman, même si Fayard, son éditeur, avait mis l'embargo sur le texte jusqu'à la fin de l'été, histoire d'alimenter la rumeur et d'exciter les chiens. Tel se vantait ainsi de l'avoir lu dès juillet, en raison de son « amitié avec Michel ». Tel autre arguait de ses relations avec un traducteur. Tel autre encore l'avait trouvé « par hasard » sur un banc dans un jardin public parisien. Télérama, qui ne fréquente sans doute ni les bons cocktails, ni les bons squares, ne l'a reçu qu'à la fin du mois d'août, quelques jours seulement avant sa mise en librairie. Au moment où l'indigestion de Houellebecq menaçait déjà sérieusement.

Les premières pages - autant prévenir le futur lecteur - n'arrangèrent rien, l'auteur se livrant à un festival de provocations dont il s'est fait une spécialité. Islamophobie, blagues racistes, dérapages machistes, plaisanteries graveleuses à tendance acnéique, et bien sûr attaques ad hominem - Vladimir Nabokov, « ce pseudo-poète médiocre et maniéré », Karl Lagerfeld, « un sauvage authentique », ou Michel Onfray, « l'indigent graphomane ». Bref, aux alentours de la page 50, le lecteur commence à ressentir un évident découragement face aux 400 pages qui lui restent à ingurgiter. Et il a tort. Car le ton change rapidement, comme s'il ne s'agissait que d'un gimmick de reconnaissance. Un tour de piste pour chauffer la salle. Une fois le livre refermé, l'impression est toute différente. La Possibilité d'une île est un texte passionnant. Discutable, ô combien, révoltant souvent, mais incontestablement ambitieux, âpre et drôle, malgré la noirceur de son propos, témoin aigu des mensonges de l'époque et de la décomposition sociale et morale de notre civilisation.

Au centre du livre, il y a donc Daniel, un clown triste et gris typiquement houellebecquien, un cousin du Bruno des Particules élémentaires, personnage morose perdu dans une course effrénée au plaisir sexuel, ou du Michel de Plateforme, éternel ado célibataire, égocentrique et parfaitement désabusé. Un individu moyen, au physique ordinaire, cynique et amer, nourrissant son universelle détestation (les « pétasses », les enfants, les ouvriers, les Arabes, les SDF) d'une irréductible haine de soi.

Comique en vogue, tendance post-desprogienne, Daniel est un bouffon doté de cet humour à la hache et du sens de la provocation qui ont fait le succès de son créateur. « Finalement, le plus grand bénéfice du métier d'humoriste [...], c'est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité, et même de pouvoir grassement rentabiliser son abjection, en succès sexuels comme en numéraire, le tout avec l'approbation générale.&nsbp;» Belle franchise qui permet à Houellebecq quelques clins d'oeil appuyés à son propre parcours : ses audaces calibrées - sur l'islam, la prostitution ou l'inceste - ou son art de passer des pages Spectacles aux rubriques Justice-Société. « L'ensemble de ma carrière et de ma fortune, explique ainsi Daniel, je l'avais bâti sur l'exploitation commerciale des mauvais instincts, sur cette attirance absurde de l'Occident pour le cynisme et pour le mal. »

Provocation, encore une fois. Mais pas seulement. Car le rôle du bouffon est aussi de dire la vérité, surtout si elle fâche. Dans La Possibilité d'une île, Daniel est le premier d'une longue lignée, chargé d'écrire un « récit de vie » qui servira à nourrir la mémoire des nombreux clones qui vont lui succéder. Car ce texte est aussi un roman de science-fiction, qui postule la réussite technique du clonage et alterne ainsi le récit de Daniel1 avec les commentaires, deux mille ans plus tard, de ses lointains successeurs, Daniel24 et 25. Habile façon de prendre de la distance avec cette société, la nôtre, que Houellebecq désosse impitoyablement, en bon anar de droite qu'il est certainement, mais aussi en moraliste marqué par le pessimisme de Schopenhauer, qu'il cite abondamment.

Culte de l'argent-roi, individualisme forcené, égoïsme généralisé, irresponsabilité revendiquée, peur de l'amour, « ce sentiment d'exclusivité, de dépendance », recherche éperdue de la jouissance immédiate, mirage de la jeunesse éternelle, déni de la mort, c'est l'effondrement d'une civilisation que constate Houellebecq. Ce qu'Isabelle, compagne de Daniel1 et rédactrice en chef d'un magazine destiné aux jeunes femmes, traduit avec une désarmante sincérité et un beau cynisme : « Ce que nous essayons de créer c'est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l'humour, qui vivra jusqu'à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs. »

Dans une telle société, pas de place pour les vieux, abandonnés à leur solitude, à la dégradation de leur corps, « parqués dans des mouroirs ignobles » ou décimés, dans l'indifférence générale, par les canicules estivales. « Seul un pays authentiquement moderne était capable de traiter les vieillards comme de purs déchets », ironise Daniel24.

Mais s'agit-il seulement d'ironie ? Dans une scène centrale où le héros discute cinéma avec Esther, sa nouvelle compagne, Houellebecq ne prend-il pas parti pour Michael Haneke contre Larry Clark ? Pour le cinéaste autrichien, « douloureux et moral », qui montre la violence des jeunes pour mieux en extirper les racines et la dénoncer, comme dans Benny's Video. Contre Larry Clark, le réalisateur d'art et essai new-yorkais, dont le travail ambigu et complaisant se perd dans la fascination pour les ados les plus dégénérés.

Alors moraliste, Houellebecq ? Sans doute, même si l'utopiste postmoderne, antihumaniste des Particules élémentaires revient avec ses rêves scientistes d'homme génétiquement bricolé, « libéré » de la souffrance d'aimer, de vieillir et bien sûr de mourir. Au début du cinquième millénaire, après le succès des élohimites, une secte qui ressemble beaucoup à celle des raëliens et a réussi à cloner l'homme, les néohumains Daniel24 et 25 vivent tranquillement l'éternité. En apparence, du moins, car Houellebecq ne se fait guère d'illusions : la planète est dévastée par les guerres qui ont mis fin au règne des hommes, les accidents nucléaires et les changements climatiques. Quelques hordes d'anciens humains, retournés à la barbarie et au cannibalisme, errent encore çà et là. Quant aux hommes nouveaux, débarrassés du rire et des larmes, de l'amour et du désir, sans contact, sinon virtuel, avec les autres, de plus en plus nostalgiques de ce qu'ont vécu leurs lointains « ancêtres », ils mènent une existence « plate et grise », une « vie calme et sans joie » qu'ils quittent sans regret à l'âge de 50 ans. En se suicidant.

Organisé autour du « récit de vie » de Daniel1, « central et canonique », chapitré à la manière des Psaumes ou des Evangiles, « Daniel1, 17 » ou « Daniel25, 8 », le roman de Michel Houellebecq distille pourtant un infime espoir qui lui donne, malgré ses contradictions, la dimension d'une quête mystique. Celle d'un monde, si restreint soit-il, où l'espérance et l'amour pourraient encore trouver une place. La possibilité d'une île.

La Possibilité d'une île, de Michel Houellebecq, éd. Fayard, 485 p., 22 €

Michel Abescat

http://livres.telerama.fr/edito.asp?art_airs=M0509051142100#
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 10 Sep 2005 - 23:42

Houellebecq passe chez Ardisson ce soir. J'ai vu ça sur le forum de Subversiv. Pour ceux qui auront la patience d'attendre fort tard dans la soirée.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 11 Sep 2005 - 17:53

J'ai manqué Michel Houellebecq chez Ardisson. Il y aura bien moyen de trouver des enregistrements de sa participation sur le net.
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 11 Sep 2005 - 19:54

Je l'ai vu, il n'était pas mal, mais je l'ai préféré chez PPDA. En fait, il a surtout répondu aux questions d'Ardisson sur son bouquin (que j'ai lu et aimé), sans ajouter grand chose par rapport à son contenu.

Ah si, il y a une anecdote qui m'a bien amusé : Houellebecq est fâché contre la presse qui l'a descendu (en même temps il peut comprendre qu'il fasse des jaloux Rolling Eyes ), et il a décidé de supprimer les pubs pour son bouquin dans tous les journaux sauf... "Chien 2000" !! Laughing
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 11 Sep 2005 - 21:50

J'adore ces anecdotes !
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 17 Sep 2005 - 23:47

Le Point n'a pas aimé :


Un livre somme assommant

Houellebecq nous propose un roman d'anticipation avec secte, apocalypse nucléaire, clones râleurs, nostalgie du grand amour, méditations transcendentales, prophète, manipulations génétiques et sexe machine. Avis de forte dépression.

Jacques-Pierre Amette

On avait laissé Michel, le héros vaguement dépressif de « Plateforme », dans sa chair triste... en « des temps malheureux et troublés », en septembre 2001. Quatre ans plus tard, les quatre cent et quelques pages de « La possibilité d'une île » poursuivent l'oeuvre, désormais escortée d'un tapage étonnant. Lumière saturnienne, rayonnement de fin du monde, une anxiété post-nucléaire. Le médecin Houellebecq continue son diagnostic sur nos sociétés malades. Car nous sommes avant et après « la » catastrophe. Combien ? Vingt ans ? Cinquante ans ? Cinq cents ans ? Nous sommes dans cette époque proche, chère aux auteurs d'anticipation, qui accuse nos défauts en gommant les acquis. En route vers « le meilleur des mondes, » avec ses sectes, sa robotisation, son uniformisation, son allure d'immense hangar un peu vide, climatisé, ses quelques individus en tunique ou en combinaison d'aviateur, les êtres supérieurs, les technocrates d'un nouvel âge fasciste.

Les personnages sont des clones. On les rencontre sur l'écran d'ordinateur. Marie 22 se présente : c'est un sexe pixellisé, « une chatte », dit sobrement l'auteur. Nous sommes en Espagne, au nord d'Almeria, là où la cueillette des fruits et légumes est automatisée. Puis nous faisons la connaissance de Daniel 1. Il se décrit comme un bouffon, doté « d'une conne de soeur », qui passe des vacances-club en Turquie. Ce Daniel rédige des sketchs et, au fond, il a obtenu pas mal de succès, ce qui le dégoûte. Il l'avoue du ton blasé du crooner de croisière qui trouve que, décidément, charmer des rombières est trop facile. On y verra une plaisante allusion aux récents succès « mondiaux » de Houellebecq. Il précise avec une ironie blanche, détimbrée, son ton : « J'étais un observateur acéré de la réalité contemporaine. » Donc, Daniel 1 ressemble énormément à l'auteur et à l'informaticien obsédé de minijupes d'« Extension du domaine de la lutte », son meilleur livre jusqu'ici. Il fait également penser au clown déprimé de « La grimace » du défunt écrivain allemand prix Nobel Heinrich Böll, alcoolisé, catholique déprimé par l'athéisme gagnant.

Sur des pages et des pages, description naturaliste du zoo humain : une société étriquée, malade, en panne d'ascenseur social, mais vue d'un cabriolet Mercedes. Le fameux parc humain décrit par le philosophe Peter Sloterdijk est sous nos yeux. Il y a de la randonnée sociologue, de la virée scolaire dans l'air... Influencé par les moralistes du XVIIe siècle, ce Daniel met en évidence la vanité et la compétition narcissique qui mènent notre société. On reconnaît là le monde de déprimés, d'ambitieux mous, d'obsédés sexuels nonchalants, de partouzeurs pleurnichards, de touristes bronzés en quête de chair fraîche cher à l'auteur, qui nous traîne par la main dans une immense boîte échangiste. Quelques stations-service et bars d'hôtels où on n'a pas envie de rire forment le décor. Sexe contre argent, sexe contre ennui, sexe contre vide. Dieu est mort et, malgré un faire-part joliment rédigé, la grande religion monothéiste a disparu. Méchamment, sadiquement, Houellebecq nous laisse sur le rivage d'un monde où les sentiments d'amour, de tendresse et de fraternité ont disparu. Comme dans la Bible ou dans Nietzsche, une colonne de feu va s'abattre.

Au fond, le roman-méditation philosophique se construit sur le monologue d'un mammifère désorienté. Daniel, l'homme qui n'en a « plus rien à foutre », se demande pourquoi il a épousé sa première femme, pourquoi il s'est fait des oeufs à la tomate le jour du suicide de son fils, pourquoi il a aimé Isabelle, rédactrice en chef de Lolita, et, malgré des seins et des « touffes » multiples, il s'agite dans un four à micro-ondes espagnol. Comme le Candide de Voltaire, il est d'une « franchise anormale ». Il va nous raconter sa vie à perte de vue, semblable à un raseur de hall d'hôtel ou de bord de piscine. Tout y passe : le développement sur la sexualité, le dépérissement, la vieillesse-naufrage, fins dernières, tout est dangereux, fini, bricolé, à bout de course. Régulièrement, les clones commentent Daniel 1. Ils sont monotones et plaintifs comme des numéros. Qu'ils sont...

Par bonheur il y a un chien. Daniel 24 trouve que le texte est entrecoupé de trop de descriptions pornographiques. Nous serions assez de son avis... Mais le morceau de bravoure, le coeur du livre, son message, sa culmination, le centre de gravité du manuscrit, c'est l'initiation dans la secte des élohimites. Le Très Saint, les prophètes, les longues tuniques blanches, les bâtiments, la hiérarchie, les conférences, les moeurs, les contraintes sexuelles, tout ce côté « stage de colonie de vacances », mais sans rires d'enfants, est décrit comme dans un catalogue touristique. New Age et darwinisme : tous les chromos des sectes sont là ! On communie sous la tente. Un spiritualisme à la carte pour naufragés spirituels en quête de charlatans... (Ça tend d'ailleurs au plat du jour. Sans dessert.) Le passage des humains aux néo-humains est intéressant comme un bon article de Science et vie, revue honorable mais assez loin de Chateaubriand tout de même. Littérairement, c'est austère, voire rabâcheur. Beaucoup moins savoureux qu'une matelote d'anguilles.

Houellebecq a fait ample provision de philosophie, de sociologie, lu des revues de sciences biologiques. On dit qu'il aurait même partagé l'expérience de la secte raélienne. Sans doute, sans doute. Plaisir de lire ? Nada, c'est la dèche. On n'y compte plus les « tunnels », les envasements, le cérébral surgelé.

Par bonheur, il y a un chien. Fox est un amour. Il nous sauve de l'ennui. Il est joyeux, léchouilleur, oreilles nerveuses, gamin, jeune, commode, adorable, fidèle, meurt plusieurs fois. Ses morts sont émouvantes, comme celle du père Goriot dans Balzac, auteur cité avec respect. Ce Fox nous rend tolérable cette « possibilité d'une île ». Il est étrange de voir combien de matériaux et de bibliothèques cet ingénieur agronome a dû consulter, de Platon au mathématicien René Thom, pour nous délivrer cette morne enfilade de dissertations à la Bouvard et Pécuchet. L'auteur le reconnaît quand il dit dans Les Inrockuptibles : « Je crois que la narration me fait chier. Je ne suis définitivement pas un storyteller. »

Malgré la présence du chien, l'apparition de Francis Blanche et d'une Lolita belle comme une catastrophe dans un bar à tapas, le livre tombe. Une pierre, ce livre.

La longue randonnée finale sort d'un téléfilm américain ou d'une série B des années 50 quand un héros, seul comme Robinson, parcourt des paysages basaltiques avec ruines d'immeubles et hordes de sauvages qui rôdent autour du feu. Il y a du Bob Morane dans ces pages...

On se demande pourquoi l'Espagne. « Sur beaucoup de sujets, les enjeux biologiques de la sexualité, du vieillissement, de la reproduction, les Espagnols sont moins hypocrites », répond l'auteur à ses intervieweurs. Pourquoi Lanzarote ? Parce qu'il fait 22° C degrés à longueur d'année, dit Daniel 1. Ainsi, entre le narrateur et l'auteur, les modes d'emploi, les explications permettent de mieux comprendre le personnage Houellebecq, qui, lui, reste un grand communicateur, véritable bénédiction pour les plateaux de télévision, avec sa cigarette mal consumée, son air lunaire timide, complètement sourd à la délicatesse. Pourquoi Isabelle, qui aime sans sexe, et Esther, qui baise sans amour ? Pour la beauté de la théorie, de la logique, du contraste, de la symétrie. Notre nouveau Swift, au fond, veut ôter l'âme au mammifère vertébré que nous sommes, en cela il est le vrai digne successeur des positivistes du XIXe siècle.

Dans un monde que l'auteur juge un peu vite déchristianisé (voir ce qu'a déclenché dans le monde la mort récente de Jean-Paul II), on nous raconte « à la paresseuse » la dépression d'une civilisation occidentale dans le prisme d'un état dépressif personnel. Pourquoi pas ? Baudelaire a fait mieux dans le genre. On peut même constater que le fait d'être devenu un nouveau riche avec ses récents contrats, loin de consoler notre auteur, l'a rendu nomade, maussade. Solitude des bars, des piscines, des belles voitures, comble de l'horreur !

Enfin, après avoir achevé l'éprouvante lecture de ces monologues en miroir, on a le sentiment d'avoir rencontré un Français moyen qui se plaint de tout. Houellebecq devenu le philosophe officiel du clan des éternels mécontents, des éternels Diogène, des éternels masochistes, des éternels râleurs, des misanthropes piliers de bistrot. Ce roman d'anticipation ne rayonne que par la crudité des fellations, qui sont comme les refrains de la chanson du mal-aimé. Ce livre écrit avec cérémonie, sentencieux, à vide, n'est bon qu'à nous gâter un ou deux après-midi, à nous faire lever fatigué, à nous priver de l'agrément de dire des bêtises, de deviser du train du monde dans un beau jardin, en compagnie de jeunes femmes fraîches, avec des formules heureuses. Le roman refermé, on a envie d'Italie, de frivolité, d'amusement, de Woody Allen, de comédie, d'été, de paysages à charmilles, de conversations harmonieuses, de courtoisie entre hommes et femmes, de secrets, de respect, de platanes, de couleurs, de bals, de cartes à jouer, de dentelles, d'escarpolette, de longs firmaments. Abandonnons à leur sort ces Daniel 1, 2, 35, pauvres mammifères nus qui grognent entre deux coïts. Si on a vraiment la possibilité d'une île, c'est plutôt Cythère que je choisirai. Et pas cette possibilité de presqu'île irradiée

« La possibilité d'une île », de Michel Houellebecq (Fayard, 460 pages).


© le point 18/08/05 - N°1718 - Page 64 - 1515 mots
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 17 Sep 2005 - 23:52

Ca date un peu, ça n'a aucune importance par rapport au contenu du roman, mais c'est une nouvelle pièce à verser au dossier.

Edition : Opération Houellebecq

Le 31 août, « La possibilité d'une île », de Michel Houellebecq, sera mis en vente (éd. Fayard). La parution d'un livre de l'auteur des « Particules élémentaires » et de « Plateforme » est toujours l'objet d'un plan médiatique hors du commun. Démonstration.

François Dufay

«Au secours, Houellebecq revient ! » Le blockbuster de la rentrée littéraire n'est pas encore sur les présentoirs que déjà la première banderille est plantée, sous la forme d'un libelle publié ce 18 août. Du phénomène éditorial de l'année 2005 on ne connaît pourtant officiellement que le titre : « La possibilité d'une île ». Mais, d'ores et déjà, on peut douter de l'existence de l'improbable îlot où il serait possible d'échapper au tsunami programmé pour le 31 août.

Jamais en effet un écrivain français - de qualité, s'entend - n'aura bénéficié d'un lancement aussi fracassant. Contrat en or avec la maison Fayard, mise en place en tête de gondole de 200 000 exemplaires, traductions simultanées en Allemagne, Grande-Bretagne, Italie et Pays-Bas, floraison de livres favorables ou défavorables qui tentent de se raccrocher au triomphe prévisible, annonce d'une adaptation au cinéma par l'auteur lui-même... Cette fois, c'est sûr, notre très glauque contemporain capital, qu'on comparait jusqu'ici à Sartre ou à Céline, joue désormais dans la catégorie des Harry Potter et autres Dark Vador.

« De l'industrie lourde ? Non, de l'épicerie fine », tente de minimiser Raphaël Sorin, éditeur du livre chez Fayard. A l'en croire, c'est Michel Houellebecq lui-même qui a voulu ce lancement en Eurovision. Histoire d'asseoir son statut de « grantécrivain » européen, déjà couronné par des récompenses aussi prestigieuses que le prix Schopenhauer en Espagne ou le Dublin Impac Award irlandais (le prix littéraire le mieux doté du monde : 100 000 euros !). Encore inconnu il y a dix ans, l'auteur des « Particules élémentaires » a définitivement creusé l'écart avec les Beigbeder, Yann Moix et autres Dantec, jeunes loups des lettres qui oeuvrent eux aussi dans le politiquement incorrect. Quitte à pactiser avec un système qu'il dénonce jusqu'à la nausée dans ses talentueux romans.

« Je suis content, j'aime bien les grands groupes », a piteusement marmonné l'écrivain, pour justifier son arrivée chez Fayard, filiale d'Hachette, rendue publique le 24 avril 2004. Ce jour-là, à Deauville, devant un parterre de cadres cravatés du groupe Hachette, l'auteur le plus trash de sa génération s'était laissé exhiber sur scène par Arnaud Lagardère, ravi d'avoir débauché le numéro un des Lettres.

Ce transfert surprise, digne d'un footballeur, constituait surtout un coup fumant pour Claude Durand, le très hérétique PDG de Fayard, qui compte déjà à son catalogue Renaud Camus ou le pamphlet contre Le Monde de Péan et Cohen. Précédent éditeur de Houellebecq, Flammarion n'a rien vu venir (et aurait, semble-t-il, après d'âpres tractations, renoncé à faire valoir un éventuel droit de suite). L'explication de cette défection ? Houellebecq, dit-on, n'avait pas goûté les plates excuses aux autorités musulmanes formulées par la maison Flammarion après son dérapage de 2001 sur l'islam, « la religion la plus con ». Mais c'est surtout la perspective d'adapter lui-même son livre à l'écran qui aurait appâté Houellebecq, cinéaste rentré et auteur de quelques courts-métrages. Le contrat qu'il a signé avec Fayard se double - fait sans précédent - d'un second contrat avec une filiale audiovisuelle d'Hachette, GMT Productions. Le long-métrage, dont le scénario serait achevé, est annoncé pour l'automne 2006. Houellebecq se serait livré à quelques repérages dans sa chère île de Lanzarote.

Rien n'a été négligé pour faire monter la sauce. Mais l'argument massue du groupe Hachette pour débaucher Houellebecq a sans doute été, tout simplement, un pactole de plus de 1 million d'euros (voire 1,2 ou 1,4, selon certaines sources). Une commission de 10 % étant allée dans la poche de l'agent littéraire François Samuelson, patron de l'agence Intertalent, qui a négocié ce « transfert du siècle ».

Autant dire que la barre a été placée haut. Selon les estimations, Fayard devra vendre au moins 400 000 exemplaires de « La possibilité d'une île » pour rentabiliser son investissement. Rien n'a été négligé pour faire monter la sauce. Au printemps, un numéro spécial des Inrockuptibles, bastion du culte houellebecquien, a ouvert le bal. L'hebdomadaire branché offrait une interview filmée de l'écrivain réfugié sous le soleil de l'Espagne (même s'il est toujours domicilié en Irlande). Contrairement aux usages de l'édition, seuls quelques initiés auront eu le privilège de lire avant parution les épreuves de « La possibilité d'une île », une histoire futuriste de clown et de clones, où l'on retrouve les obsessions qui ont fait le succès de Houellebecq. Une manière de placer la critique sous contrôle, tout en faisant monter la pression. Le procédé a divisé Saint-Germain-des-Prés. Fierté des happy few, grincements de dents de tous les autres devant cette « censure »... et petites combines pour se procurer le texte convoité.

Et ce qui devait arriver arriva. Début août, dans sa chronique du magazine Voici, Frédéric Beigbeder, qui était encore il y a peu l'éditeur de Houellebecq chez Flammarion, a défloré le sujet du roman. Sous le titre assez perfide « Houellebecq se clone », il égratignait ce livre « drôle, étrange, inventif, terrifiant »... qui, à l'en croire, ressemble à un autopastiche, peine à démarrer et laisse le lecteur sur sa faim. Dépit d'éditeur ou jalousie d'auteur ? Il est vrai que Houellebecq, quand il a fait défection, n'a pas pris la peine d'en avertir Beigbeder, qui a appris la nouvelle par la presse. A l'inverse, dans son bloc-notes du Journal du dimanche, Philippe Sollers s'est par avance enthousiasmé pour ce « grand livre » qu'est « La possibilité d'une île ». « Rigueur de la composition et suspense constant » : avec cette somme romanesque, Houellebecq se révélerait « supérieur à tous les romanciers américains récents ». Rien de moins.

Après ces escarmouches, l'artillerie lourde va tonner. Le Nouvel Observateur, Le Monde, Les Inrockuptibles et France 2 seraient, sauf changements de dernière minute, les médias choisis pour distiller bonnes feuilles et/ou interviews du maître. Houellebecq a désigné les « journalistes de confiance » dignes d'être ses interlocuteurs. Jérôme Garcin, du Nouvel Obs, se verra récompensé d'avoir, dans un article, comparé Houellebecq à Balzac. Au Monde, c'est Josyane Savigneau, ex-responsable du Monde des livres, à qui devrait échoir l'honneur d'interroger le très misogyne auteur des « Particules élémentaires » : elle avait témoigné en sa faveur, en septembre 2002, quand des associations musulmanes avaient traîné l'écrivain devant les tribunaux.

Ce plan médias très politiquement correct, pour ne pas dire assez « gauche caviar », a de quoi étonner de la part de l'auteur le plus sulfureux de sa génération. Mais justement : Michel Houellebecq a peut-être intérêt à soigner son profil gauche, au moment où il est attaqué sur ses penchants idéologiques. Rançon du succès, une biographie non autorisée signée de Denis Demonpion, journaliste au Point, publiée le 26 août chez Maren Sell, va dévoiler le « misérable petit tas de secrets » de cet auteur beaucoup moins transparent qu'il n'y paraît. Faut-il s'en étonner ? Comme beaucoup d'écrivains, Houellebecq a fabriqué son propre personnage, quitte à truquer un peu son CV. Un seul exemple : l'auteur de « Plateforme » n'est pas né Michel Houellebecq en 1958, mais Michel Thomas en 1956... Réjouissante coquetterie de starlette que ce rajeunissement de deux ans chez ce grand démystificateur.

Moins anodin : à en croire Denis Demonpion, l'auteur des « Particules » n'est jamais très loin de la « beaufitude » de ses personnages, faisant preuve d'une misanthropie confinant au racisme. Un côté réactionnaire qui s'expliquerait par une enfance ballottée auprès d'une mère fantasque aux opinions tiers-mondistes et par des frustrations d'adolescent ingrat. Cerise sur le gâteau : Houellebecq, féru de science-fiction et de sexualité de groupe, montrerait de troubles sympathies pour la secte des raëliens, connue pour ses annonces fracassantes sur le clonage humain. Des photos, où on le voit tout sourire en compagnie de Raël lui-même, semblent en témoigner. La réponse de l'intéressé est toute prête : c'est pour se documenter qu'il a copiné avec le gourou, son roman décrivant une « Eglise élohimite » qui promet à ses adeptes la vie éternelle via des tripatouillages de l'ADN.

« Ce genre d'histoire passionnera les journalistes et quelques accros. Ce que le public et les libraires attendent, c'est un roman », se rassure Raphaël Sorin. A en croire Denis Demonpion, le « clan Houellebecq » n'a pourtant pas ménagé sa peine pour le dissuader de mener à bien son entreprise sacrilège. L'entourage de l'écrivain a aussi allumé quelques contre-feux. Ce 18 août paraît au Cherche Midi un dithyrambe de Houellebecq signé par Fernando Arrabal, traduction expresse d'un ouvrage publié en Espagne au mois de mars sous le titre « ¡ Houllebecq ! ». Auteurs l'un et l'autre de livres sur l'île de Lanzarote, le dramaturge espagnol et le romancier français se sont connus en 1998 et adorent discuter ensemble de sexe et de science (voir page 66). « Nous sommes complémentaires. Il est blond et je suis brun. Il est très beau, je suis très moche. Moi, j'ai un charme fou, lui, il le cache », s'enflamme Arrabal, qui ne craint pas de mettre son ami Houellebecq au rang des génies qu'il a naguère fréquentés, André Breton, Ionesco ou Beckett. Le clou du livre est un dialogue pataphysique entre les deux compères, qui, hélas, a été un peu expurgé.

L'Hexagone est-il encore à la mesure de ce poids lourd des lettres ? Pas question en effet, vu les enjeux économiques, de laisser Houellebecq déraper au-delà du nécessaire. C'est pourquoi l'incontrôlable vedette des lettres ne devrait faire à la télévision, au moins dans un premier temps, que des apparitions préenregistrées et visionnées par son éditeur, avec droit de coupe, comme l'émission « Campus » de Guillaume Durand. Une nouvelle « houellebecquerie » pourrait faire manquer l'objectif à peine secret de l'opération : le prix Goncourt. Le jury du plus prestigieux prix littéraire français se mord les doigts de n'avoir jamais couronné la nouvelle star de la littérature, lui préférant Paule Constant en 1998. En 2001, Houellebecq s'était chargé lui-même de saboter ses chances avec ses propos antimusulmans. L'auteur d'« Extension du domaine de la lutte » compterait dans le jury d'ardents supporters.

Reste la question à 1 000 euros : un outsider - Dantec ou un autre - peut-il faire de l'ombre au best-seller annoncé ? Du côté de chez Fayard, on se dit « tranquille ». A moins que le public ne succombe d'une surdose, Houellebecq devrait écrabouiller sans peine la concurrence...

Mais l'Hexagone est-il encore à la mesure de ce poids lourd des lettres ? Même l'Europe semble un peu étriquée à cet enfant du rock. Une maison d'édition californienne vient de publier son essai de 1991 sur l'écrivain fantastique Lovecraft (réédité au Rocher), lesté d'une préface d'un poids lourd anglo-saxon, Stephen King. « A cette occasion, Michel a même fait la une du Los Angeles Weekly », se félicite-t-on chez Fayard. « La possibilité d'une île » paraîtra, quant à elle, en mai 2006 chez Knopff. « C'est le seul auteur français que j'ai envie de publier », aurait déclaré le directeur de la maison américaine. Michel Houellebecq, qui vit seul avec son chien dans une villa du sud de l'Espagne près d'une plage de nudistes, rêve à présent d'être le premier auteur français à percer le marché américain depuis « L'amant » de Marguerite Duras

En librairie
A propos de Houellebecq, la biographie « non autorisée » de Denis Demonpion (Maren Sell). Chez Ecriture, « Houellebecq ou la provocation permanente », de Jean-François Patricola. Au Cherche Midi, le livre d'Arrabal (p. 66), chez Chiflet et Cie, celui d'Eric Naulleau, « Au secours, Houellebecq revient ! »

« Au secours, Houellebecq revient ! », d'Eric Naulleau (Chiflet et Cie, 124 pages, 10 E).

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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Sam 17 Sep 2005 - 23:54

Conversation entre amis

Fernando Arrabal et Michel Houellebecq sont amis. De leurs rencontres est né un livre de souvenirs et d'évocation, « Houellebecq », qui sort ce 18 août (Le Cherche Midi). Extraits d'un entretien réalisé en 2001.


Fernando Arrabal : Selon la presse internationale - du New York Times au Spiegel -, « les éditeurs de Michel Houellebecq lui ont interdit de s'approcher de la presse à moins de cent mètres » (M. Stouvenot). En effet, depuis le 5 septembre, vous n'acceptez pas - ou ne pouvez pas accepter ? - d'interviews. Vos éditeurs craignent-ils que...

Michel Houellebecq : ... ils n'ont rien à craindre. Je ne suis pas vraiment quelqu'un de courageux.

F. A. : Le courage ne me semble pas une vertu. Dans Libération, Catherine Millet se plaint que vos éditeurs aient présenté « de piteuses excuses » à ceux qui veulent vous éliminer...

M. H. : ... et pourtant son livre se place immédiatement derrière le mien en tête de liste des best-sellers.

[Nous rions tandis que Clément, son corgi, mordille la jolie boîte signée et numérotée qui renferme une Swatch.]

F. A. : Catherine Millet rappelle que Maurizio Cattelan - l'artiste - n'a pas comparu devant les tribunaux quand, il y a deux ans, il a présenté une effigie du pape déchiquetée par une météorite. « Oh la la ! dit la directrice de la revue Art Press, quel scandale si la direction de sa galerie avait dû s'incliner devant le Vatican ! » Aujourd'hui, on vous oppose un veto et on vous vitupère aussi radicalement que demain vous serez applaudi ?

M. H. : Même si cela devait arriver je ne le vivrais pas comme une revanche. Je n'ai pas éprouvé un sentiment de vengeance, même sur les Champs-Elysées lorsque je me suis trouvé nez à nez avec le pauvre diable clochardisé qui, dans mon adolescence, m'avait torturé dans les waters à l'école.

[...]

M. H. : J'ai déclaré publiquement que plus qu'un ami vous êtes mon « amythe »... J'ai si peu vu mon propre père depuis que je suis adulte, la dernière fois, c'était il y a cinq ans. Nous n'avons rien à nous dire.

F. A. : Mais il s'appelle René ! L'homme qui vous a donné la vie était un re-né ou né deux fois et il vous a prénommé Michel comme l'archange. La renaissance que vous annoncez archangéliquement se fera aussi en terrassant le dragon.

M. H. : Mais pas en gagnant le Goncourt. Vous savez que l'on m'a éliminé de la liste des finalistes ? Pour des raisons morales !

F. A. : Tant pis pour eux !... Robbe-Grillet...

M. H. : ... Je n'ai aucune idée à propos de ce prix... Robbe-Grillet et moi... nous avons tous les deux fait nos études dans la même école d'ingénieurs agronomes à quarante ans de distance. Excellente à coup sûr, je ne la renie pas./...

[...]

M. H. : Jusqu'à l'âge de 20 ans, j'ai eu la chance d'avoir été choyé par une femme : ma grand-mère, la mère de mon père, Henriette.

F. A. : Je crois que ce nom signifie « maison du roi ».

M. H. : Elle votait communiste... mais elle aurait voulu me voir vivre dans le plus beau des palais royaux.

F. A. : Je me l'imagine comme la grand-mère que nous aurions tous aimé avoir.

M. H. : Pour elle il n'y avait ni élections, ni campagnes électorales, ni discussions politiques... seul comptait son vote communiste, par habitude.

F. A. : Que dirait-elle aujourd'hui à propos de l'Afghanistan ?

M. H. : Que ce pays n'en serait pas là si c'était une république soviétique.

F. A. : Avec l'homme nouveau !

M. H. : Mais pas avec « l'homme moderne ». Notre contemporain, obsédé par le travail, évite l'amour. Par égoïsme, il ne peut pas accepter le mariage mais il ignore l'art d'aimer. Il a créé un système dans lequel il est impossible de vivre.

F. A. : Morituri te salutant !

[Et nous rions comme on éternue...]

M. H. : Ma grand-mère avait horreur du scandale. Tout comme Staline. Comme j'en ai moi-même horreur aujourd'hui. Je ne souhaite que l'ordre. Peut-être parce que ma mère, sa bru, adorait provoquer.

F. A. : Votre mère... Jeannine... ce qui signifie « Dieu accorde ».

M. H. : J'ai une demi-soeur de son côté : Catherine (khataros : pur). Je n'ai vraiment vécu ni avec mon père ni avec ma mère... il y a dix ans que je ne l'ai pas vue.

F. A. : On dit qu'elle prépare un livre sur vous.

M. H. : Dans sa période de liberté sexuelle et de gauchisme pur je crois qu'elle a tout fait, même un livre anticolonialiste sous le pseudonyme de Leloutre.

F. A. : Presque la loutre ! Elle ne s'est pas convertie à l'islam ?

M. H. : Elle en est bien capable pour emmerder les autres. Je crois qu'elle n'est plus seulement médecin mais qu'elle est devenue anesthésiste.

F. A. : Elle est venue vous voir pendant vos divers séjours dans des hôpitaux ou cliniques psychiatriques ?

M. H. : Jamais je n'ai reçu de visites de ma famille : ma grand-mère venait de mourir et j'étais déjà divorcé.

F. A. : Vous... avez été... si déséquilibré par votre entourage familial... que vous ne pouvez pas mesurer votre propre souffrance. Et aujourd'hui vous êtes la victime propitiatoire, le fruit des noces des justiciers et des bourreaux. Une fois proclamée l'ouverture de la chasse, vous êtes le jeune poète qu'on peut traîner devant les tribunaux, affubler de toutes sortes d'étiquettes, à qui l'on peut cracher au visage.

M. H. : On m'accuse même d'empester « la moitié du monde ».

F. A. : Votre première femme, Jacinthe, était-elle vraiment une fleur ?

M. H. : Ce fut une comète... Notre union a très peu duré : le temps nécessaire pour avoir un fils, Etienne... et commencer mon long pèlerinage dans des cloîtres psychiatriques.

F. A. : Etienne, le « couronné »... comme si vous l'aviez offert à celle qui a créé votre « maison de roi », votre grand-mère.

M. H. : Tout cela s'est passé quand j'avais 20 ans à peine. Mais, à 14 ans, quelle différence !.... J'étais un surdoué en mathématiques... et aujourd'hui, alors que j'ai 43 ans, je dois me bourrer de cachets pour dormir un moment. Ou consulter un hypnotiseur pour pouvoir... lever un bras.

F. A. : Beaucoup de mes meilleurs amis sont morts, comme Beckett, Cioran, Ionesco ou Topor, et vous occupez une place de choix dans ma vie.

M. H. : Avec vous, j'aime parler de théologie, de sexe, de philosophie, de sciences et d'amour... Avec la gravité éclairante de l'humour.

F. A. : Ce que vous racontez dans « Plateforme », est-ce plus proche de vous, parce que vous l'avez vu à travers le miroir ?

M. H. : Sur la prostitution je parle par ouï-dire. /...

[...]

F. A. : A cause de ce roman, on vous accuse d'être réactionnaire, mais Le Monde vous défend. On vous rejette en vous traitant de raciste, et pourtant vous avez commencé votre roman par le portrait de la séduisante Aïcha.

M. H. : Je n'ai jamais confondu les Arabes avec les islamistes.

F. A. : On vous calomnie en vous jugeant « pédophile », mais la Juliette de « Plateforme », la sublime Valérie, est loin d'être une Lolita : elle a 30 ans, est intelligente, antiféministe, amante experte et altruiste comme tant de jolies femmes d'aujourd'hui.

M. H. : Et les plus obscènement athées refusent aux personnages de mes romans le droit de nourrir des sentiments antireligieux.

F. A. : Dois-je dire « amen » ?

M. H. : Nous avons si peu d'illusions que nous ne pouvons même plus rendre grâces à Dieu ?

F. A. : Mais combien d'entre nous aimeraient croire sans les pinces fanatiques des kamikazes et des scorpions !

M. H. : Une religion compatible avec le savoir scientifique et l'indétermination quantique pourrait nous restituer les charmes de la divinité.

F. A. : Vous avez publiquement déclaré : « La religion la plus con est sans aucun doute l'islam. »

M. H. : En réalité ma devise, et peut-être la vôtre et celle de bon nombre de nos contemporains assoiffés de science et de foi, serait : « N'invoquons pas en vain son Saint Nom. »

F. A. : Vous confiez davantage nos incertitudes que vos vérités. Est-ce pour cette raison que vous répondez à la télévision par « d'interminables silences » ?

M. H. : Mais aujourd'hui depuis 11 heures du matin, et il est déjà 3 heures, nous n'avons interrompu notre conversation que pour jouer avec Clément./...

[...]

M. H. : « Plateforme » est apparu dans les librairies dix-huit jours avant la destruction des tours jumelles...

F. A. : ... Le mardi des Cendres. Plongé dans l'information désinformatrice, le romancier, comme dit notre ami commun Milan Kundera, exerce son don d'observation et a le devoir de nous communiquer ses rires et ses incertitudes.

M. H. : Seul le silence est assassin, raciste et obscène.

F. A. : Lorsque le romancier, vous, atteint les confins de la logique, le monde commence à se créer à son image et à sa ressemblance.

M. H. : Ce serait plus efficace de bombarder avec des minijupes plutôt qu'avec des missiles. Le maillon faible est la chatte. C'est la ressource stratégique.

F. A. : « Le maillon faible » du faible, c'est le sexe du « sexe faible ».

M. H. : Mais je ne peux pas imaginer une société viable sans le pivot fédérateur d'une religion.

F. A. : Vous rêvez d'un gouvernement mondial fondé sur la bonté et la fraternité ? Les précurseurs ne naissent pas pour les pompes et les trompes ! C'est plutôt le rôle des flatteurs.

M. H. : Une société régie par les principes de la morale durerait autant que l'Univers.

F. A. : Et pourtant, on vous reproche de « nier l'homme ».

M. H. : Les néokantiens défendront mes idées lorsque prendra fin le reflux [et, j'ajoute, le charme flou] de la pensée nietzschéenne.

F. A. : Que demanderions-nous à Grothendieck, René Thom, Hawking, Prigogine, Trin Xuan Thuan, ou aux philosophes, artistes et scientifiques contemporains préoccupés par la transcendance ?

M. H. : Qu'ils nous fixent les conditions d'une ontologie possible.

F. A. : Des propriétés de l'être...

M. H. : ... Clément va changer le monde !

[Alors que je m'approche de la porte, Clément essaie de me convaincre par son regard humain, mais... de quoi ?] (2001)

« Houellebecq », de Fernando Arrabal. Traduit de l'espagnol par Luce Arrabal (Le Cherche Midi, 233 pages, 13 E).


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Sébastien
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 18 Sep 2005 - 15:16

Joseph Macé-Scaron évoque Houellebecq sur son site :

Citation :
Houellebecq. Suite et suite. On ne peut que recommander la lecture de la possibilité d’une île (titre qui peut aussi se lire : « la possibilité du nihil »). Ce que je retiendrai pourtant ce n’est pas le néo-futurisme développé par l’auteur ni le côté poupées russes (si mode) du récit. Ce qui m’a plu ce n’est pas la verve caricaturale qui s’exerce à l’encontre de nos coups de phobies ordinaires. Ce que j’ai aimé, c’est la précision d’entomologiste avec laquelle il dissèque les tropismes qui bringuebalent les êtres.

Tristes tropismes ? Sans doute. Mais ils existent quand si peu de chose existe. On a écrit à tort et à travers que Houellebecq était « balzacien ». C’était sans doute exact s’agissant de l’auteur de l’Extension du domaine de la lutte ou des Particules élémentaires. Mais il me semble que l’écrivain cherche moins maintenant à changer le monde qu’à fouailler le plus intime. C’est assurément réduire Houellebecq a peu de chose que d’en faire le greffier de la post-modernité ou le peintre d’une réalité sociale un peu crue, une sorte de Zola en cockring. Non. C’est du côté de Stendhal qu’il faut plutôt chercher parce qu’avec labeur mais constance, il traque la contusion des sentiments. Ces deux égotistes étaient faits pour s’entendre et sur leur sulfureuse marchandise flotte le pavillon rouge et noir.

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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Dim 18 Sep 2005 - 18:09

Claude Allègre trouve qu'on parle trop de Michel Houellebecq. Que décide-t-il alors de faire ? D'en parler.

Houellebecq à tout prix?

par Claude Allègre (L'Express du 15/09/2005)

Quelle propagande pour un livre! Veut-on transformer le prestigieux jury littéraire en Goncourt Academy?


Avez-vous échappé à la déferlante houellebecquienne de la fin août? Moi non. Depuis trois semaines, il est impossible d'ouvrir journaux ou magazines sans être submergé de longues vagues sur Michel Thomas, son œuvre, sa vie, ses rêves et ses ruses. Sans précédent! Philippe Sollers ou Frédéric Beigbeder doivent en souffrir de jalousie, même si ce sont ses amis!

Je précise tout de suite que je ne déteste pas les livres de Houellebecq. Outre le style, plaisant, il décrit des situations et développe des thèmes qui ne me paraissent pas fondamentalement inexacts, même si son message n'est guère réjouissant. Certes, il pourrait se dispenser d'instiller quelques mots crus incongrus au détour d'un raisonnement qui se veut philosophique, ce qui n'apporte rien. Jésus-Christ utilisait sa bite pour pisser, et après? Les phrases provocatrices à l'emporte-pièce sur les femmes, l'islam, Hitler, les homosexuels atteignent souvent la bêtise, voire l'horreur. Je lui sais gré, bien sûr, d'intégrer le savoir scientifique dans la culture, non sans talent, même si sa vision de la science est celle de quelqu'un qui l'a apprise.

Lorsqu'il affirme que la science a toujours raison contre la littérature, puis-je lui dire que ce n'est pas si sûr et que, en ce qui concerne la poésie, c'est sûrement faux?
Mais ce qui m'a le plus choqué dans ce déferlement, ce n'est pas la description des fantasmes, de la baise triste, des relations avec sa mère, c'est l'article de François Nourissier dans Le Figaro Magazine.

Que François Nourissier aime Michel Houellebecq, c'est son droit, et d'ailleurs nul ne l'ignore. Le problème est que François Nourissier est un membre influent du jury du prix Goncourt. Et faire de la propagande pour un livre puis annoncer son vote me paraît incompatible avec l'appartenance au jury du prix Goncourt. Agir ainsi, c'est mépriser les autres candidats dont on n'a pas encore lu les livres et, plus encore, nier la dynamique d'une délibération de jury dans laquelle l'échange a précisément pour but de faire évoluer les opinions.

Imagine-t-on un membre d'une juridiction quelconque annonçant ce que doit être le verdict avant même le procès? Je puis témoigner d'expérience que de telles pratiques ne seraient pas tolérées dans un jury de grand prix scientifique.

A moins que, enfourchant la mode, François Nourissier ne veuille transformer la distribution du prix Goncourt en spectacle télévisé! Après tout, Goncourt Academy, avec débats, disputes, crêpages de chignon, invectives, ferait peut-être de l'audience... TF 1 ou M 6 seraient sans doute candidates. Ceux qui dénigrent les prix littéraires s'en réjouiront. Pas moi.

Le prix Goncourt est une invitation à la lecture pour des milliers de gens. Il ne garantit peut-être pas à un auteur la gloire littéraire, mais sûrement l'aisance matérielle. Houellebecq en a-t-il besoin, lui qui ne paie pas d'impôts, s'étant domicilié en Irlande? Pour moi, l'attribution du prix Goncourt à Houellebecq couronnerait la perte des valeurs de la société telle qu'il la dépeint.

Il est, comme on dit à Cannes, hors Goncourt!

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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 12 Oct 2005 - 17:32

Où est le vrai visage de Michel Houellebecq ?

Michel Houellebecq est né en 1958 à la Réunion. Ses parents (père guide de montagne, mère médecin) le confient très jeune à sa grand-mère. Interne à Meaux, il intègre l’Institut national d’agronomie mais n’exercera jamais le métier d’agronome. Marié deux fois, il a un fils de 18 ans. Ancien matheux surdoué, il a gardé de son adolescence un goût prononcé pour les sciences. Il est lauréat du Grand Prix national des lettres et a obtenu le prix Novembre 1998 pour son roman "Les particules élémentaires".
Cet automne, Michel Houellebecq a fait de nouveau se pâmer les critiques français en publiant "Plateforme". Encore une fois, le chroniqueur du sexe gris et porno y fait preuve d'un grand talent psychologique et littéraire, en décrivant la trajectoire d'un homme à la recherche de l'amour dans un monde obsédé par le sexe mais ne parvenant à trouver ni plaisir ni joie. Pourtant, à la différence du Michel des "Particules élémentaires", paru il y a deux ans, le Michel de "Plateforme" parvient tout de même à s'arracher à la nausée et à la vacuité, au point de tangenter l'amour - pourquoi cela ne pourrait-il se passer aussi dans un réseau de prostitution thaïlandais ? C'est qu'en réalité, Michel Houellebecq, derrière ses allures nihilistes (la critique aime tant ça !), cache une âme inquiète, romantique et émouvante. On s'en rend compte en lisant ses poèmes. Ou l'interview que nous avions faite au moment de la sortie des "Particules élémentaires". La voici.


Nouvelles Clés : Il est rare de rencontrer un écrivain français contemporain qui sait ce qu’est le “nouveau paradigme” scientifique (mécanique quantique, etc). Et qui a fréquenté de près la scène du New Âge et n’en parle pas abstraitement, comme un entomologiste. Que vous n’ayez rien trouvé de bon dans cette cour des miracles, mais seulement de la misère morale, est une autre histoire, dont nous aimerions d’ailleurs bien parler...

Michel Houellebecq : Le premier sujet dont j’aimerais m’entretenir avec vous est certainement la mort. Sujet pour moi capital. J’ai eu l’impression, ces dernières années, d’une déculpabilisation des médecins par rapport à la morphine et à ses dérivés. C’est essentiel.
La suppression de la douleur permet de reposer entièrement le problème de l’accompagnement des mourants. Je suis tout à fait contre l’euthanasie. Il est fondamental que les gens aient l’occasion de vivre leur vie jusqu’au bout. Que cela se produise aujourd’hui en France est très important. Dans les Particules élémentaires, c’est l’un des aspects les plus touchants et les plus centraux : les deux femmes meurent, mais sans haine. La mort d’Annabelle est carrément... christique. Celle de Christiane est plus triste, mais sans haine non plus. On peut presque dire que mes personnages sont entièrement réinterprétables à partir du moment de leur mort. Cela faisait partie de mon but dès le début du livre : je voulais suivre les personnages jusqu’à la fin. Il m’a toujours semblé, de manière irrationnelle mais motivante et forte, que la mort justifiait la vie. L’état dans lequel on se trouve à la mort - le possible apaisement de la haine, en fait - redéfinit rétrospectivement toute l’existence. Réussir sa mort est vraiment un but. Ces idées, je ne vous le cache pas, déplaisent énormément. Je suis perçu comme un auteur extrêmement négatif, en partie parce que je tiens beaucoup à tout ça.

N. C. : L’autre sujet dont la présence frappe dans votre livre, c’est la science de pointe...
La mécanique quantique, en particulier, dont vous dites que l’enjeu est considérable.

M. H. : J’ai fait des études d’ingénieur agronome, dans une grande école. J’étais extrêmement doué, au lycée, en maths, mais au lieu de faire math-sup/math-spé, comme tout m’y invitait, j’ai choisi la préparation à l’agro parce que c’était complet : neuf heures de math, neuf heures de physique, neuf heures de biologie. Mais je n’ai pas fait une carrière d’agronome. Parallèlement, je passais des certificats de mathématiques à Jussieu. La première partie des Particules Élémentaires est assez autobiographique. J’étais vraiment cet enfant [le Michel du roman] qui lisait Tout l’Univers, nettement au-dessus du niveau de sa classe. Au début de la rédaction de ce livre, j’ai regardé d’anciennes photos et je me suis demandé pourquoi je n’étais pas devenu chercheur scientifique... - ça m’intéressait tant !

N. C. : Et vous vous rendiez déjà compte qu’il y avait dans la mécanique quantique une bombe à retardement ?

M. H. : À l’époque non. Je m’en suis rendu compte quand j’ai compris que la métaphysique matérialiste était hégémonique. Il y a un énorme écart : la majorité des gens est matérialiste et fait confiance à la science, alors que la science elle-même ne l’est plus ! Le mot “bombe à retardement” n’est d’ailleurs pas exagéré. Quand elle éclatera, l’effet sera énorme !

N. C. : Le bouleversement que les découvertes de ce siècle nous imposent ne concerne pas seulement la physique quantique. C’est général ! Wittgenstein, en linguistique, le théorème de Gödel en logique, Lacan et le sujet manquant... Un trou noir béant, une incomplétude radicale s’est imposée au cœur de la science, il y a soixante-dix ans. Comment en parler ?

M. H. : J’ai adopté, si l’on peut dire, la position de Niels Bohr : "Formuler en langage clair des discours partiellement contradictoires”. Il faut être conscient qu’un projet de réfonte ontologique [une nouvelle vision du monde] imposerait de renoncer à des structures fondamentales de notre langage. Le fait de qualifier des objets, donc d’user de noms - propres ou communs - et de les doter de propriétés par le biais d’adjectifs, est lié à une représentation matérialiste du monde : les objets sont censés être là, avec leurs propriétés, existant indépendamment de l’observation. Si on voulait fonder un langage correspondant à l’état des sciences, ce serait très différent. Ce serait...


Sainte Anne, la Vierge, l'Enfant et le Petit Jean. Dessin de Léonard de Vinci. Vers 1501. Londres, National Gallery.
Le dessin préféré de Sigmund Freud.

N. C. : ... tout ramener, non à des objets, mais à des mouvements ?

M. H. : Le titre de ce livre, Les Particules élémentaires, a été surtout compris dans le sens d’une société composée d’individus se sentant isolés, séparés les uns des autres, se croisant dans un espace neutre. Mais il y a un autre sens : nous sommes nous-mêmes composés de particules élémentaires, agrégats instables, se mouvant en permanence. Mais comment dire cela ? (il sort dans le couloir chercher un livre de physique). Pour comprendre réellement la mécanique quantique, il faudrait sortir d’un langage d’objets et de propriétés... pour passer à un langage d’états. (long silence.) Depuis la Renaissance nous avions la conviction d’être nous-mêmes des objets dans un monde d’objets. La science n’y croit plus, mais c’est tellement difficile à faire passer ! J’ai essayé. Mais, il y a un mois et demi, quand le livre est sorti, la plupart des gens m’ont dit qu’ils n’avaient rien compris. Ça me déprime (petit rire). C’est le passage le plus compliqué (il cherche)... Voilà, page 84-85, j’ai tenté une analogie entre la manière dont sont construites les histoires qui, peu à peu, vont permettre de reconstituer une histoire du monde et la mémoire que chacun a de sa propre vie - où l’on se souvient de choses différentes selon les cas. C’est une analogie qui m’a frappé. Mais ça ne passe pas. La mécanique quantique est vraiment un trop grand choc intellectuel.

N. C. : La plupart des physiciens eux-mêmes ne l’ont pas encore intégrée !

M. H. : À la fin du livre, il y a ce dialogue entre Welcott et Michel Djerzinski, où le premier défend une position positiviste dure, disant qu’il faut désormais renoncer à toute forme de métaphysique ou de compréhension de la nature des choses - il faudrait juste se contenter de découvrir et d’énoncer des lois, sans plus jamais se poser de question sur les causes premières. Je pense qu’aujourd’hui la plupart des physiciens font ça. Alors que Michel Djerzinski, lui, s’obstine à penser qu’il faut une vision ontologique pour que l’humanité tienne le coup. Mais à ce moment-là, l’inspiration lui arrive de tout à fait ailleurs. Je ne sais pas si vous connaissez... (il se relève et cherche un autre livre dans sa bibliothèque). Je parle du fameux Book of Kells. C’est là-dessus que mon personnage médite. (L’écrivain tient entre les mains un magnifique ouvrage : un Évangile enluminé par des moines irlandais au viie siècle. Il s’assied et nous regardons le livre ensemble). Pour moi, dit-il, c’est une source importante. Je suis allé en Irlande regarder le manuscrit. J’avais appris son existence par hasard. Ce fut l’un des grands chocs esthétiques de ma vie. C’est un univers clos. Sans déchirure. Immobile. Tout est là.

N. C. : Mais... un monde immobile ? Ça ne correspond pas au “mouvement permanent de la mécanique quantique”, dont vous parliez.

M. H. : Vous savez, quelqu’un qui écrit des romans, psychologiquement, ne souhaite pas vraiment apporter un message, mais plutôt porter l’attention du public sur des questions qui lui-même le perturbent. Par exemple, l’importance de la mécanique quantique. Les gens ne comprennent pas pourquoi c’est important.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée sera houellebecquienne !   Mer 12 Oct 2005 - 17:33

N. C. : Comme si, cinquante ans après Copernic, on ne parvenait pas à faire comprendre aux gens que c’est la terre qui tourne autour du soleil !

M. H. : On sait vulgariser l’astrophysique, mais pas ça. La non-objectivité du réel, c’est trop difficile. Il faut beaucoup d’efforts pour entrer là- dedans. Changer de métaphysique... ça ne se passe pas comme ça. J’attends beaucoup des chercheurs qui tentent de relier le monde quantique (la vraie nature de l’infiniment petit) au monde macroscopique (notre monde “normal” composé d’objets). Ces gens-là cherchent à établir une continuité. C’est difficile. Mais il est certain qu’une révolution considérable éclatera quand cette continuité sera établie. C’est la “troisième phase” de mon livre - en fait le vrai sujet. Personne ne l’a compris. Vu l’état actuel de la science et de la conscience du public, ce court-circuit formidable ne peut avoir lieu. Je ne cherche pas à jouer les prophètes, juste à signaler que quelque-chose va se produire... Quoi exactement ? Une nouvelle religion ? Cela reste très ouvert, imprévisible. J’en reviens à la conversation Welcott-Djerzinski, à la fin du livre : est-ce qu’une religion peut se juger à la qualité de la morale qu’elle inspire ? Ou bien est-ce une expression de l’univers ? C’est une vraie question.

N. C. : Pouvons-nous fonder quoi que ce soit de vraiment nouveau sans nous référer d’abord au passé, par “boucles de récapitulation-mémorisation”, comme dit la paléoanthropologue Anne Dambricourt ? Ce qui relègue le slogan “ Du passé faisons table rase ”, au rang de réflexe d’adolescent !

M. H. : La grande différence d’Auguste Comte par rapport aux révolutionnaires du XIXème siècle, c’est qu’il est important pour lui d’intégrer l’ensemble du passé. Il pense que le stade métaphysique succède au stade religieux et que le stade positif succède au stade métaphysique. Mais, pour lui, tous les stades sont utiles. C’est une théorie qui vise non seulement à tisser des liens entre l’individu et ses contemporains, mais aussi entre l’individu et son passé. C’est un peu sentimental : il veut intégrer les ancêtres.

N. C. : Vous en pensez quoi ?

M. H. : C’est important.


N. C. : Dans votre livre, vous dites que le New Âge a un côté fondamentalement ridicule - et Dieu sait si, tout le long, ils en prennent pour leur grade ! -, mais, très curieusement, cette cour des miracles va finalement s’avérer l’endroit où il y a des germes de quelque-chose - vous parlez d’un éveil du “potentiel humain” -, alors qu’ailleurs, dans les universités, dans l’intelligentsia, vous décrivez carrément le néant, sans germe de quoi que ce soit !

M. H. : Tout le ridicule du New Âge est lié à sa tentative de dissoudre les questions sexuelles ou affectives dans le spirituel. Il y a beaucoup de choses New Âge - comme il y a eu beaucoup de choses religieuses - qui n’ont pour but que de faire oublier aux gens leur solitude. Cela m’a toujours choqué. C’est une manipulation de la détresse contre laquelle je suis impitoyable. Nous vivons dans un monde dur. Mais la spiritualité sert trop souvent de baume aux problèmes sexuels, et ça ne me paraît pas bien. Cela n’empêche pas que, si nous supposons un individu accompli, au-delà du rationnel, il trouvera forcément les problèmes spirituels. Ils existent ! Je pense que l’amour peut résoudre tous les problèmes.
On peut d’ailleurs encore observer, parfois, des gens qui aiment, qui mettent leur vie entière à aimer quelqu’un, et qui - à partir de là - ne se retrouvent plus seuls. Et c’est très bien. C’est quelque-chose que seules les femmes savent vraiment faire, classiquement - elles ont beaucoup pratiqué cela. Les hommes, nettement moins. C’est une forme de solution magique. Peut-être la meilleure. Les gens qui adoptent ce type de solution, dans mon livre, sont les mieux traités. Ils meurent, mais c’est beau. Et cela n’est pas du tout intellectuel ! Ça existe.
Il faut toujours le rappeler. Aimer sans question, tout simplement. Donner sa vie par amour.
Il y a des gens qui en sont capables. C’est une sagesse d’ordre très supérieur.

N. C. : Tout le monde n’en est pas capable ?

M. H. : Oh non ! En général, les femmes en sont plus capables que les hommes. Le dire m’a valu les pires ennuis. Mais je le maintiens, c’est ce que j’ai observé. Les femmes ont moins peur de la mort que nous.

N. C. : Quelquefois, une certaine peur apparaît chez elles tout d’un coup, quand elles
donnent la vie...

M. H. : Il est clair qu’à l’aube de la vie, il y a un moment de flottement, quand la conscience du moi se forme, que l’être commence à se sentir une personne. Disons au passage que ce moment se situe, c’est évident, avant l’âge légal de l’avortement. D’où un certain problème, qui ne va pas me faire aimer non plus ! Dans l’avortement, souvent, on tue des personnes, il faut bien appeler les choses par leur nom. C’est un vrai problème moral. Le moment où la conscience du moi se forme est très mal exploré. J’ai un enfant. J’ai bien vu qu’à six mois, dans le ventre de sa mère, il avait une personnalité. On cherche le moment où le crime se commet. Catholicisme et bouddhisme sont d’accord là-dessus : évitement du meurtre... et compassion pour la meurtrière. Je suis d’accord. Ce n’est pas un sujet léger, comme par exemple les droits de l’homme.

N. C. : Un sujet léger, les droits de l’homme !?

M. H. : Dans ce cas-là oui ! Comparée à l’attitude de l’humanité par rapport au meurtre, la question de la liberté des femmes par rapport à leur corps est intéressant, mais mineur. Là, le corps de la femme n’est que l’outil qui permet à un être d’apparaître.

N. C. : Quelle boussole prendre dans ce débat ? Y a-t-il autre chose que l’alternative entre néant métaphysique matérialiste et pensée bouddhiste, dont on vous dit proche ?

M. H. : Il y a autre chose. Je crois à des sources de connaissance occidentale. Pour moi, il n’y a pas plus beau et plus simple que cela... (une dernière fois, l’écrivain me tend un livre : un très joli petit ouvrage relié de cuir ). Ce sont les épitres de saint Jean. Le texte chrétien le plus simple de tous.

N. C. : (je lis) : “La grande nouvelle que nous avons apprise de lui [...]. Dieu est lumière.
M. H. : Je ne suis pas croyant. Mais tout est là. Nul texte au monde n’est aussi complet, ni aussi simple. •

À lire
Plateforme, éd. Flammarion, 2001 Commander au Club
Les Particules élémentaires, éd. Flammarion,1998.
Interventions (courts essais), éd. Flammarion, 1998.
Extension du domaine de la lutte, éd.Maurice Nadeau, 1994, et éd. J’ai Lu, 1997.
Le Sens du Combat (poèmes), éd. Flammarion, 1996.

http://www.nouvellescles.com/Entretien/Houellebecq/Houellebecq.htm (2002)
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