Propos insignifiants

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 Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.

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LP de Savy
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MessageSujet: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 25 Juin 2005 - 13:08

Le mot de l'éditeur :

"Concentration" : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme! Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l'audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l'horreur dénoncée.
Etudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l'aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi.
Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l'audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s'élève mais personne ne s'abstient de voter et Pannonique joue sa vie...
Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d'hypocrisie bien-pensante où l'individu a perdu toute liberté d'agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l'humanité selon Nothomb!

Merci à la liste Peplum.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 25 Juin 2005 - 13:14

Une brève du Figaro Magazine : (25 juin 2005)

"Rumeur à propos du livre annuel de la romancière Amélie Nothomb. Intitulé Acide sulfurique, il a pour décor une émission de téléréalité poussée à son paroxysme jusqu'à évoquer l'univers concentrationnaire. Avant de sortir en librairie, le livre aurait fait l'objet d'une relecture attentive des avocats de l'éditeur Albin Michel."
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Winnie
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Dim 26 Juin 2005 - 13:49

Merci pour ces articles!

Qu'est-ce que je suis impatiente de le découvrir et dire qu'il y a encore au moins 2 mois à attendre (vu qu'en Belgique, ça prend toujours du temps à arriver!)...
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Lun 27 Juin 2005 - 0:02

L’éditeur Albin Michel vient de révéler quelques détails du nouveau livre d’Amélie Nothomb, à paraître le 24 août prochain. En premier lieu son titre : Acide Sulfurique. Et un thème on ne peut plus d’actualité, puisqu’Amélie y évoquera la télé-réalité. L’émission "Concentration" est la reconstitution d’un camp nazi dans lequel les candidats perdent leur noms pour se voir attribuer un numéro. Une étudiante splendide, du camp des prisonniers, sera le coup de foudre d’une chômeuse désignée comme Kapo...
Un "Belle et la Bête" du vingt et unième siècle qui nous fait trépigner d’impatience. Voyez Michel H., on ne perd pas grand chose à dévoiler un peu de son livre... (22 juin 2005)

http://www.midilibre.com/tpslibre/livresbd/
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 9 Juil 2005 - 2:47

rendez-vous est pris !
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Lun 11 Juil 2005 - 16:03

Wow merci pour cette info !! J'attend avec impatience le 24 août ! Ca m'a l'air d'être du très bon Nothomb, avec un soupçon de "Running Man" ou de "Marche ou crève"... On attend voir mais je pense que ça va être un de ses meilleurs !! Vive Miss Nothomb !
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Lun 11 Juil 2005 - 22:16

Depuis des années, la sortie du petit dernier d'Amélie Nothomb est un rite. Ensuite, les lecteurs s'affronteront sur la qualité du cru.
Tentateur, je viens de découvrir votre site, je lui souhaite une longue continuation !

ps. Le lien du site est dans la partie "membres" du forum.
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tyler
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mar 12 Juil 2005 - 14:34

LP de Savy a écrit:
L’éditeur Albin Michel vient de révéler quelques détails du nouveau livre d’Amélie Nothomb, à paraître le 24 août prochain. En premier lieu son titre : Acide Sulfurique. Et un thème on ne peut plus d’actualité, puisqu’Amélie y évoquera la télé-réalité. L’émission "Concentration" est la reconstitution d’un camp nazi dans lequel les candidats perdent leur noms pour se voir attribuer un numéro. Une étudiante splendide, du camp des prisonniers, sera le coup de foudre d’une chômeuse désignée comme Kapo...
Un "Belle et la Bête" du vingt et unième siècle qui nous fait trépigner d’impatience. Voyez Michel H., on ne perd pas grand chose à dévoiler un peu de son livre... (22 juin 2005)

http://www.midilibre.com/tpslibre/livresbd/

Je ne voudrais pas casser l'ambiance, mais vous ne trouvez pas que cela évoque un peu trop le dernier roman de Duteurtre, avec sa "Martyre Académie" ? Nothomb n'est sans doute pas soupçonnable de plagiat, d'autant qu'elle publie ses romans très longtemps après les avoir écrits si j'ai bien compris, mais tout de même, la coïncidence est étrange. L'éditeur devrait éviter de faire croire que le sujet est une nouveauté dans les lettres françaises.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mar 12 Juil 2005 - 14:57

Je n'ai pas l'impression que l'éditeur parle de nouveauté mais d'actualité. Les thèmes traités dans les romans d'Amélie Nothomb ne sont jamais nouveaux ni originaux. Tout est dans la manière de les traiter.
Je n'ai pas encore lu le dernier roman de Benoït Duteurtre. Si tu veux ouvrir un fil pour en parler un peu, il sera bienvenu.
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Winnie
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mar 12 Juil 2005 - 15:09

tyler a écrit:
LP de Savy a écrit:
L’éditeur Albin Michel vient de révéler quelques détails du nouveau livre d’Amélie Nothomb, à paraître le 24 août prochain. En premier lieu son titre : Acide Sulfurique. Et un thème on ne peut plus d’actualité, puisqu’Amélie y évoquera la télé-réalité. L’émission "Concentration" est la reconstitution d’un camp nazi dans lequel les candidats perdent leur noms pour se voir attribuer un numéro. Une étudiante splendide, du camp des prisonniers, sera le coup de foudre d’une chômeuse désignée comme Kapo...
Un "Belle et la Bête" du vingt et unième siècle qui nous fait trépigner d’impatience. Voyez Michel H., on ne perd pas grand chose à dévoiler un peu de son livre... (22 juin 2005)

http://www.midilibre.com/tpslibre/livresbd/

Je ne voudrais pas casser l'ambiance, mais vous ne trouvez pas que cela évoque un peu trop le dernier roman de Duteurtre, avec sa "Martyre Académie" ? Nothomb n'est sans doute pas soupçonnable de plagiat, d'autant qu'elle publie ses romans très longtemps après les avoir écrits si j'ai bien compris, mais tout de même, la coïncidence est étrange. L'éditeur devrait éviter de faire croire que le sujet est une nouveauté dans les lettres françaises.

Moi je ne juge pas, j'attends de lire l'opus pour savoir quoi et me faire ma propre opinion...
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mer 13 Juil 2005 - 13:01

Cette histoire de camp nazi reconstitué a existé, en Angleterre dans les années 80, je crois.

Ce n'était pas pour la télé, mais c'étaient des week-ends organisés pour des amateurs assez masos, dans un coin de campagne où les conditions des camps étaient plus ou moins recréées. Ca a fait scandale et ça n'a pas duré très longtemps, enfin officiellement.

Ca avait d'ailleurs inspiré un de mes copains dessinateurs de BD, qui avait transposé ce scénario dans l'univers concentrationaire soviétique, il en a publié un album qui s'appelle "Goulag Dancing" ! Laughing
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Jeu 21 Juil 2005 - 16:24

Frédéric Beigbeder consacre sa page de Voici (18 juillet 2005) à Acide sulfurique. Extrait de sa critique :

"Amélie Nothomb laisse libre cours à sa folie cruelle et à ses fantasmes gothico-SM. Certaines scènes grand-guignolesques rappellent Solo de Pasolini. C'est sans aucun doute le roman le plus violent de toute l'oeuvre de la romancière belge. La prochaine rentrée française est placée sous le signe de l'anticipation : Houellebecq imagine une secte de cloneurs fous, Dantec reste dans ses croisades cyberpunk, et c'est finalement Nothomb qui se renouvelle avec le plus de férocité."
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Winnie
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Jeu 21 Juil 2005 - 18:05

LP de Savy a écrit:
Frédéric Beigbeder consacre sa page de Voici (18 juillet 2005) à Acide sulfurique. Extrait de sa critique :

"Amélie Nothomb laisse libre cours à sa folie cruelle et à ses fantasmes gothico-SM. Certaines scènes grand-guignolesques rappellent Solo de Pasolini. C'est sans aucun doute le roman le plus violent de toute l'oeuvre de la romancière belge. La prochaine rentrée française est placée sous le signe de l'anticipation : Houellebecq imagine une secte de cloneurs fous, Dantec reste dans ses croisades cyberpunk, et c'est finalement Nothomb qui se renouvelle avec le plus de férocité."

Merci pour cet extrait de critique! Cela donne ENCORE plus envie de le lire, c'est pas possible, encore plus d'UN mois à attendre avant sa parution, c'est une torture!! Mad shaking pale
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mer 27 Juil 2005 - 12:19

Amélie Nothomb rencontrera ses lecteurs le 11 octobre 2005 à 17 heures 30 à la FNAC des Ternes.
Merci à Crysse et à la liste Peplum pour l'info.
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mer 24 Aoû 2005 - 15:24

C'est fait, le "petit dernier" est sorti. Il figure déjà en bonne place sur le présentoir de ma librairie de quartier. Les premiers commentaires ne vont pas tarder sur la liste Peplum.
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mer 24 Aoû 2005 - 19:06

LP de Savy a écrit:
C'est fait, le "petit dernier" est sorti. Il figure déjà en bonne place sur le présentoir de ma librairie de quartier. Les premiers commentaires ne vont pas tarder sur la liste Peplum.

SNIF, je peux encore attendre, en BELGIQUE!!! Mad Mad Shit Shit
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Mer 24 Aoû 2005 - 22:52

Winnie, pour t'aider à patienter :

Chronique d’une polémique annoncée

Certains l’adorent, d’autres ne comprennent pas comment de tels textes peuvent être publiés… Amélie Nothomb est, par nature, sujette à polémique. Cette année, le débat risque d’être d’autant plus vif que la Nothomb a de son propre aveu « accouché d’un monstre ». Acide sulfurique nous projette dans une civilisation postmoderne dont la particularité est de proposer une émission de télé-réalité se déroulant dans… un camp de concentration. Les producteurs organisent des rafles au hasard et nomment des kapos. Et les téléspectateurs plébiscitent ce programme ignoble. Ils savourent la manière dont une pauvre fille nommée Zdena, désignée comme kapo, martyrise une prisonnière de son âge à la beauté absolue, la divine Pannonique. La polémique tournera à n’en point douter autour du décor dans lequel Nothomb place son intrigue. Un camp de concentration, il fallait oser. Mais, pour l’auteur, il ne s’agit nullement de provocation. « Un camp, c’est ce qu’il y a de plus abject. J’ai été si consternée et si nervée d’entendre parler à tout bout de champ des émissions de télé-réalité que j’ai imaginé la pire qui soit. » Cela dit, Acide sulfurique est surtout un Nothomb hors normes et parfaitement réussi. Pannonique ressemble à ces héroïnes cornéliennes dont la force implacable réside dans l’acceptation de son destin. En cela, elle se rapproche d’autres héroïnes, bien réelles celles-là : les authentiques rescapées des camps de la mort. Le thème d’Acide sulfurique est le comportement humain face à l’aléatoire. Qui, parmi les raflés, sera victime ou bourreau ? Nul ne le sait… Le destin décide du casting. Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que Nothomb campe des intrigues dont la persécution est la clé de voûte. En général, comme dans les Catilinaires ou dans Antéchrista, le harcèlement prête à rire. Or, ce n’est guère le cas ici. Certains crieront au scandale, à l’utilisation infâme de la Shoah à des fins littéraires. Il n’est pourtant pas question un instant dans ce livre de génocide ni même de haine ethnique ou religieuse. Nothomb parle au contraire des tortures infligées sans haine par des êtres manipulés, comme Zdena, dont l’unique sentiment restant est l’amour de sa victime.
Bien sûr, Amélie Nothomb est consciente de ce qui l’attend à la sortie de son livre, la semaine prochaine. « Mais, pour moi, explique-t-elle, en tant qu’écrivain, le risque le plus grand aurait été de renoncer à le publier et qu’importe une polémique que je n’ai pas cherchée ».

Marianne, 20 août 2005
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Jeu 25 Aoû 2005 - 9:43

LP de Savy, je ne peux que te remercier!!!

J'ai demandé aux parents de mes copains de me ramener le bouquin de Saint-Malo, en espérant qu'ils le trouvent!! Enfin, ça ne doit pas être difficile!!!!
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Dim 28 Aoû 2005 - 12:33

Lu sur la liste Peplum :

(Attention, ce message contient des spoilers de la mort sur le dernier Nothomb ! Ami lecteur, lis-le avant !)

Voilà un titre qui me paraît une excellente synthèse ! Je ne hurle pas au chef-d'oeuvre, mais oui, allez, on va pas faire le snob, j'ai passé un très bon moment de lecture. Amélie a même réussi à flatter mon ego de lettré en citant explicitement Boule de suif à un moment, moi qui depuis trente pages n'arrêtait pas de me dire "Oh ! j'aime bien, ça ressemble à Boule de suif !" J'ai fortement apprécié que, contrairement à ce qu'elle fait dans sa (déplorable) interview de Femme Actuelle, elle n'insiste pas trop dans la pensée moralisatrice et dans les bonnes vieilles analyses à deux francs sur la barbarie du mal qu'il est pas bien. Bon, par moments, elle le fait quand même en point de vue externe, et là je dois bien dire que ces moments précis ne m'ont pas enchanté.
En revanche en revanche, l'intrigue elle-même avance bien (même si, comme trop souvent, la fin est bâclée, et la phrase de fin davantage encore), les personnages sont hauts en couleurs et suffisamment étranges pour être plaisants, l'horreur est décrite au scalpel avec beaucoup de brio et un savant mélange de réalisme cruel et d'inventivité presque rigolote. C'est un peu bateau, bon, oui, d'accord, ça ne vaut certainement pas Biographie de la fin et son extraordinaire passage sur le Bangladesh, ça manque d'un côté jouissif comme on trouve dans Hygiène et Le Sabotage ou d'une vraie vraie bonne situation comme dans Les Catilinaires, mais il y a indéniablement là du rythme, du nerf, de belles trouvailles dans la manière d'agir du personnage principal, et surtout une réjouissante vision des media, certes convenue, mais d'une délicieuse férocité.
Il y a au fond un véritable élan, trop souvent stoppé par les blablas verbeux sur le mal et la choucroute, alors que ce qui nous intéresse vraiment, là-dedans, c'est encore et toujours le rapport entre les êtres et la manière dont ils le vivent directement, sans qu'il y soit nécessaire d'ajouter des commentaires extérieurs. On pourra alors reprocher à Amélie un manque d'ambition dans son écriture par rapport à l'étendue de son sujet : son style nerveux et tranchant fait certes mouche, son ironie et sa méchanceté sont de qualité, mais voilà, quand on parle du mal absolu, de ce qu'il y a de plus terrifiant en l'homme, quand on dresse un parallèle avec les camps nazis, ça ne suffit peut-être pas. A la place de sa soupe habituelle (qui se boit très bien), j'aurais aimé quelque chose de plus grand, de plus violent, de plus énorme, de complètement démesuré. Maintenant, cette déception passée, oui, je maintiens mon titre : je l'ai lu ; je n'ai pas regretté.

*Celeborn, dodo
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Lun 29 Aoû 2005 - 19:31

Marc Lambron n'a pas aimé :

Amélie Nothomb : la Nothomb Academy

Quand une émission de téléréalité met en scène l'univers concen-trationnaire nazi. Amélie Nothomb tricote une métaphore sulfureuse... mais le pseudo-roman-scandale fait pschitt.


Avec « Acide sulfurique », Amélie Nothomb donne son quatorzième roman. Une rumeur a flotté pendant l'été : ce livre serait, ainsi que son titre le souligne, acide et sulfureux. Examinons ce que recouvre cette tautologie. En fait, une fable construite sur l'équivalence entre les émissions de téléréalité et l'univers concentrationnaire. Une chaîne de télévision organise un reality-show qui se déroule dans « un camp semblable à ceux pas si anciens des déportations nazies ». Toutes les séquences sont suivies par des caméras : rafles, wagons à bestiaux, baraquements, coups de schlague, « moments d'émotion » sur les paillasses, puis élimination physique des participants par vote interactif du public. Du tatouage de matricule à la soupe carencée, rien n'est épargné aux participants de ce nouveau jeu du cirque élégamment baptisé « Concentration ». Les personnages, à peine esquissés, correspondent à leur nature de numéros. Pour corser le tout, on suit les émois d'une kapo, intellectuellement complexée, qui tombe amoureuse d'une lumineuse jeune fille internée. Un peu de Lesbos dans la SS Academy, telle est la fantaisie d'Amélie.

On voit l'intention. Esprit conventionnellement moderne en ce qu'elle ne recule pas devant l'hypertrophie de la métaphore concentrationnaire, Nothomb entend pousser à son extrémité la logique de la téléréalité : on veut du pathos, de l'audience et du sang. A la lire, l'espace qui sépare Himmler des dirigeants d'Endemol et Benjamin Castaldi d'un gardien de mirador ne serait qu'une affaire de degrés. Au sadisme voyeuriste l'écran ajoute le bêlement compassionnel. Quant à la masse des téléspectateurs, elle tient le rôle des collabos, tandis que ceux qui ont le courage d'éteindre leur poste occupent la place des résistants. Maniant avec légèreté des signifiants lourds, l'auteur de « Biographie de la faim » nous livre ainsi un « Portier de nuit » d'esprit Bibliothèque verte.

On aura compris que ce livre encourt l'objection, et la recherche peut-être. Certains attaqueront Amélie Nothomb sur les principes : comment ose-t-elle instrumentaliser un génocide pour satiriser un Audimat ? D'autres pourront la contester sur l'hyperbole, car il est douteux que la téléréalité accouche jamais d'un reality-show crypto-nazi. Mais le péché d'Amélie, à la réflexion, relève d'une autre nature. Son livre est formaté pour réussir dans l'univers qu'il dénonce : celui des gimmicks qui font parler et des remous d'opinion à 100 000 exemplaires. En s'aventurant dans une zone délicate, Nothomb sollicite un public, ou pour mieux dire drague une audience. Paragraphes de cinq lignes, typographie pour myopes, psychologie de bande dessinée : ce roman de dénonciation se place au niveau de la grammaire télévisuelle qu'il réprouve. L'apologue est aussi appuyé que le style est prépubère. Les wagons plombés y évoquent un petit train électrique circulant dans une ludothèque. En pointant la lunette du « Club des Cinq » sur l'univers de Primo Levi, la Fifi Brindacier de la rue Huyghens* trahit ce qui fait sa limite, et peut-être son ambiguïté : un esprit d'enfance moisi. Certains décrivent « Acide sulfurique » comme un roman-scandale ? C'est plutôt l'exercice de rentrée d'une petite dégoûtée qui cherche sa fessée

* Où siègent les éditions Albin Michel.

« Acide sulfurique », d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 193 pages, 15,90 euros).


© le point 25/08/05 - N°1719 - Page 100 - 497 mots
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Ven 2 Sep 2005 - 22:36

J'ai vu qu'Amélie est en couverture du "Libre Match" en Belgique, je ne sais pas si vous le trouvez en France... Si non, je peux toujours essayer de vous retranscrire l'article...

Amélie se trouve aussi dans le Télé Moustique, un magazine télé belge. Je peux aussi avoir l'article, normalement.

A bientôt!

Winnie
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Ven 2 Sep 2005 - 22:59

Proposition acceptée !
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 3 Sep 2005 - 0:08

LP de Savy a écrit:
Proposition acceptée !

Pas de problème mon cher LP de Savy.

En attendant je t'envoie un Thalys de bisous, pour que cela arrive plus vite!

Je pense fort à toi...
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 1 Oct 2005 - 14:56

Montalte sur la liste Peplum :

Voici donc le quatorzième livre d'Amélie Nothomb. Et finalement, malgré la publicité catastrophique de son auteure, un livre bien moins nul qu'il n'y paraissait. D'abord, il est toujours curieux d'entendre des gens dire qu'ils ont adoré tel Nothomb et détester tel autre car si l'on peut évidemment préférer épidermiquement celui-là à celui-ci l'ensemble de ces quatorze livres forme un tout cohérent, quasiment de même niveau. Un Nothomb reste un Nothomb, mais un lecteur de Nothomb non. Comme c'est souvent le cas dans la relation auteur-fan, c'est le fan qui change, qui finit toujours par se lasser après s'être investi outre mesure dans l'oeuvre, alors que l'auteur, lui, continue son bonhomme de chemin.

On a beau en dire tout le mal qu'on voudrait en penser (c'est fait dans le précédent post), Acide sulfurique suit les mêmes schémas nothombiens : conflit entre deux femmes, répulsion-attirance, sadomasochisme omniprésent, enfermement, chocolat salvateur, nom rédempteur, plèbe passive et complaisante qui assiste aux événements et qui joue le rôle d'une sorte d'un choeur antique abject - il faudrait creuser ce thème présent dans la plupart de ses livres : le mal, chez Nothomb, c'est toujours la collectivité, la foule, "l'espèce" (comme les enfants japonais qui la mettent nue pour la regarder et la bande de nageurs qui la violeront dans Biographie de la faim). Spécialiste de "l'autre", Nothomb met aussi en scène "des autres", du peuple, de la collectivité, des anonymes souvent détestable, représentants immondes du monde en général. Son côté Fritz Lang. Acide sulfurique va d'ailleurs encore plus loin dans ce thème puisque le mal ultime, elle n'a eu de cesse de le répéter partout, c'est le public.

Après la rafle des futurs prisonniers (dont, et c'est la seule faiblesse du livre, on ne saura jamais pourquoi ce sont eux qui ont été enlevés - sont-ce des Juifs ? des sans-papiers ? des pauvres ?), le camp s'organise et l'histoire démarre.
On ne peut qu'admirer la description de Zedna qui se demande "si elle avait des idées" (p 14) et qui après avoir donné une interview grotesque aux caméras, est "épatée de ce qu'elle avait dit. Elle ne savait pas qu'elle pensait tant de choses." (p 17). Pour qui s'intéresse à la bêtise, Nothomb, très flauberienne, continue de plus belle ses figures d'imbécile triomphante dont "Antéchrista" demeure le modèle achevé. La bêtise, ce n'est pas seulement une inaptitude à comprendre, c'est aussi une énergie ravageuse qui gagne toujours contre l'intelligence. On le sait depuis Fubuki, dans un dialogue, c'est la réplique la plus superficielle, la plus littérale qui fait mouche ("vous ne ressemblez pas à David Bowie"), la bêtise raisonnant au ras des pâquerettes et finissant toujours par l'emporter contre celui qui pense la profondeur. Comme disait Adorno, "LE LITTERAL C'EST LE BARBARE."
Zedna se caractérise d'abord comme quelqu'un de fort, de barbare contrairement aux autres qui sont faibles - et civilisés. Et de fait, elle est forte, brutale, sans pitié, primaire, instinctive, authentiquement bestiale. Pour elle, la pensée compte moins que la domination.
Pannonique, au contraire, est la sainte-martyr comme les aime Nothomb. Dans un monde (réel et littéraire) qui brille par sa médiocrité et son caractère "moyen", houellebecquien, une héroïne aussi pure, aussi parfaite, aussi invraisemblablement univoque que celle de Nothomb est un contraste absolu et ma foi hygiénique. Amélie aime les prototypes, les jeunes filles farouches, les chevaliers servants, les Jeanne d'Arc fières, les Cauchon odieux, elle aime le Christ et Simon de Cyrène que voulez-vous ! Il ne faut jamais perdre de vue qu'elle est mystique et que son monde est fait de fauves et de vierges. Sa littérature est médiévale, édifiante, morale et cet Acide son livre le plus exemplaire. Une parabole christique. Une histoire de rédemption - la gentille fille qui convertit la méchante et qui ne couche même pas avec. De toutes ses héroïnes, Pannonique est sans doute la plus immaculée. Justine qui sauve Juliette en lui donnant une âme. C'est quand même pas mal non ?

Autre grande trouvaille et qui donne à Nothomb l'une des meilleures pages de toute son oeuvre : la méchante vieille, "ZHF 911", sorte de fée carabosse à la bouche plissée, "le pli caractéristique des lèvres mauvaises" (p 71), qui se fout de mourir et par là-même trouve la force de s'en prendre à ceux qui tiennent à la vie, et trouve son plaisir à trouver la faille de chacun pour le blesser. "Ses nuisances n'étaient que verbales : elle était une preuve des puissances maléfiques du langage." (p 71). La Parole corrompue, si ce n'est pas une thématique théologique, ça... "L'observation scientifique de ZHF 911 révélait d'autres traits du mal : elle était inerte, n'avait d'énergie que pour parler - mais une énergie inégalable. Si elle donnait une impression d'intelligence, c'était à cause de la méchanceté de ses réparties qui semaient les larmes et le désespoir.
Il était terrible de se rendre compte que l'être le plus mauvais du paysage appartenait au camp des détenus et non pas au camp du mal. C'était logique : le diable est ce qui divise." (p 73) Banal vraiment ? Court sans doute court, mais essentiel, bernanosien, fulgurant. Une fois de plus, Amélie fait mouche. Le mal n'est jamais là où on le croit.
Et non seulement, la vieille démoralise le jour, mais en plus elle hurle la nuit. On la déteste plus pour ses cris que pour ses paroles. "Pourquoi est-ce que je la hais davantage pour ses cris que pour les saloperies dont elle nous accable ? pourquoi suis-je incapable d'être juste ?" (p 79) se demande Pannonique à bout. L'enfer, c'est vous oblige à ne même plus pouvoir être juste, c'est ce qui brise la loi morale en vous. Et ne plus être moral, c'est ne plus être humain. Non, non, très très fort cette ZHF 911 ! Décidément, la grand-mère d'Amélie continue d'être sa grande inspiratrice...

Outre ce morceau de bravoure, je trouve à Acide un suspense étonnant, le meilleur qu'elle ait fait à ce jour - n'a-t-on pas plus envie que d'habitude de savoir la fin ? Ici, les morts sont nombreux. Avec Cosmétique ou Antéchrista, il fait partie des livres violents d'Amélie Nothomb où l'action se précipite, où le lecteur est tenu en haleine - par rapport aux récits plus posés, j'allais dire plus "spatiaux" et auxquels appartiennent les livres autobiographiques. Tout cela à préciser évidemment...
C'est là sont talent : mettre en scène une action squelettique avec des personnages à peine esquissés, quelques digressions métaphysiques ici et là et après foncer dans les nerfs du lecteur. Même après quatorze livres, j'avoue que la littérature d'Amélie m'excite toujours autant.

Une fois de plus, la transcendance passe par le langage - et ici le prénom. "Habiter des syllabes qui forment un tout est l'une des immenses affaires de la vie." (p 96) On retrouve là le cratylisme d'Amélie, cité d'ailleurs dans le texte (par contre je n'y ai pas vu de "pneu".) Le prénom est la maison de l'être. Heideggerienne, la belge, je vous dis...

Enfin la réplique du livre : Pannonique hurlant aux téléspectateurs leur complaisance : "Vous faites le mal en toute impunité ! ET MEME LE MAL, VOUS LE FAITES MAL !" (p 178) Ma chère Guilaine, toi qui nous disais récemment que tu n'avais rien trouvé de quoi noter dans ce roman, et bien, je te recommande cette incroyable phrase, d'une simplicité confondante, mais qui est, si l'on s'intéresse à la morale, l'un des aphorismes les plus justes et les plus troublants que j'ai lus depuis longtemps. Faire mal le mal, faire le mal sans le faire exprès, ou le faire sans sentir qu'on le fait, ou le faire bêtement. Bruno Bettelheim disait déjà qu'il avait été étonné du manque d'imagination des SS quand il était en camp de concentration. Leur cruauté banale, idiote, même pas sadique ou consciente de l'être. Non, des abîmes, je vous redis...

Finalement, Zedna sauve tout le monde en brandissant son bocal d'acide sulfurique qu'on nous décrit, o l'allusion politique !, comme "un liquide rouge-brun" (p 182) - fin un peu bâclée comme souvent chez elle (à l'aise dans les actions intérieures, elle échoue la plupart du temps dans les actions extérieures) mais qui n'abîme pas l'ensemble.
Finalement, Amélie Nothomb, c'est "la Vertu sortant d'un puits et venant, armée d'un fouet, châtier l'humanité" comme dans le célèbre tableau de *****. A l'entendre, on la trouvera ridicule, à la lire, on dira que sa fessée nous a remis les idées en place. La télé réalité, c'est vraiment de la merde...
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.   Sam 1 Oct 2005 - 15:01

Toujours Montalte sur la liste Peplum :

(Texte intitulé "ce qu'elle dit", le précédent est intitulé "ce qu'elle écrit")

Patrick Besson le disait un jour : les bons écrivains ne pensent pas, ils ont déjà suffisamment à écrire. Ils peuvent ainsi écrire des choses belles et intelligentes et penser des conneries. Le problème, c'est quand ils ouvrent la bouche pour dire ce qu'ils pensent, risquant de faire passer leur livre qu'on n'a pas encore lu comme le résultat de leur pensée et non de leur écriture. Ainsi d'Amélie Nothomb qui, déblatérant depuis un mois d'immenses inepties dans tous les journaux, ne donnait vraiment pas envie de se plonger dans son dernier roman. Qu'est-ce que c'était que cette façon de jouer, comme l'a si bien dit Marc Lambron dans Le Point, à "sa petite dégoûtée" ? La voilà qui découvrait la real TV et s'en offusquait comme la dame patronnesse qui a toujours pointé en elle, allant dire partout que c'était ignoble, honteux, que ceux qui disent que ces émissions sont nulles tout en les regardant sont pire que tout, des collabo infects, qu'elle ne les regarde jamais car, elle, n'est-ce pas, elle lit Nietzsche et Mishima, qu'il faut boycotter tout ça et "comme en 40 rentrer en résistance" (!!!!)
Pauvre petite fille modèle qui découvre les jeux du peuple et qui s'étouffe qu'on ne savoure pas comme elle un lieder de Schubert ! Et dès lors, qui part en guerre contre ce "DROIT A LA CAMELOTE", inhérente aux démocraties, qu'avait déjà stigmatisé Georges Steiner. Oui, en effet, les "gens" aiment voir la vie des gens en petit écran - la leur au fond. Oui, il y a toujours une part de voyeurisme et de sadisme dans le spectacle de la misère d'autrui (misère jouée et non vécue tout de même dans les émissions en question), oui, nous avons tous tendance à nous arrêter dans la rue pour voir de plus près l'accident, le cadavre, le sang partout, la tête qui roule dans le caniveau. Oui, nous sommes des porcs, des salauds, des indifférents. Et pourtant, on finit par se demander si celui qui ne s'arrête pas devant le cadavre, celui qui continue à lire son journal ou son Mishima, en ne jetant même pas un coup d'oeil vers la mort et la souffrance, celui-là n'est pas plus monstrueux que celui qui s'arrête. Car la mort et la souffrance attirent indéniablement, et non pas parce que nous sommes tous des voyeurs, mais parce que nous sommes tous des morts en sursis et des souffrants intermittents et que, comme dit Lucrèce au début de son second chant, il y a une "douceur à voir les maux auxquels soi-même on échappe" - et qui, il le précise, n'a rien à voir avec le plaisir sadique.
Amélie Nothomb qui dit "c'est malsain donc je ne regarde pas" me semble encore plus malsaine (et d'une vanité à tout casser, Nolween a bien vu ça) que celui qui regarde ces émissions, d'abord par complaisance, ensuite par besoin de comprendre ce qui risque un jour de lui arriver. Pas cathartique la réalité, ah bon ? Mieux vaut du littéraire ? du distant esthétique transfiguré et édifiant ? Shakespeare ? Mais, Shakespeare, c'est du luxe ! Ca ne vaut rien pour l'éducation des masses. Alors qu'il faut bien se rendre à cette peu happy few réalité : le Loft éduque. Que oui ! Même Philippe Sollers l'a dit. C'est un grand lecteur, spécialiste de Joyce et de Proust, un type qui a réfléchi sur la société du spectacle, il doit avoir raison.
Dans tous les cas, la Real TV n'est pas du tout ce qu'en dit la mère Amélie. Même si on voulait la critiquer, ce n'est pas dans ce sens-là qu'il faudrait aller. La Real TV passionne les gens non parce qu'elle est un spectacle de la souffrance (ce que les gens n'admettraient pas) mais parce qu'elle est un spectacle de l'intime. Scandaleux ? Peut-être. Mais il ne s'agit pas dire que c'est scandaleux, il s'agit de comprendre que notre époque post-néo-cyber-moderne est en train de faire. Briser l'un de nos grands tabous, à savoir la distinction du public et du privé, du social et de l'intime. C'est cela qui est intéressant - pas de voir dans le Loft une SS academy.
Et pour le coup, il ne faut pas être hypocrite. Nous sommes (presque) tous des lofteurs. Nous passons (presque) tous à raconter notre vie, à faire du outing permanent, nous passons (presque) tous à la télé. Nous avons (presque) tous nos blog "littéraires", narcissiques, égographiques. Le tout-dire à tout le monde devient la règle sociale numéro un. La transparence nous transperce de toutes parts. On s'en plaint, mais on en redemande. Auteurs comme quidam, people comme péquins, chacun y va de sa confession-exhibition, de ses petites souffrances ou de ses grands bonheurs. L'autofiction ou l'égodiarisme concerne autant Loana, Amélie, Tatiana, Marie-Coralie ou Kalamontaltzou. D'ailleurs, à ces nouvelles relations méta ou infra intimes correspondent de nouveaux dysfonctionnements, de nouveaux conflits. Ce n'est plus "tu m'as caché ce secret" mais "tu ne m'as pas caché ce secret" qui crée les drames. Et c'est pourquoi lorsqu' Amélie Nothomb vient nous seriner avec le camp de concentration du Loft, elle tombe à côté de la plaque. Au contraire, il n'y a plus de camp, il n'y a plus de barrière entre les individus. Il n'y a plus que des individus consentants qui se regardent et se reflètent les uns (dans) les autres. Et c'est pourquoi Acide sulfurique manque son but et se trompe de totalitarisme. Si un jour il y avait "Concentration" sur nos chaînes, ce serait avec des individus ayant choisi librement d'être détenus, humiliés et massacrés. Avec ses schémas "XXème siècle", Amélie croit qu'il faudra rafler des gens pour imposer ce genre d'émission, mais non justement, ce sont eux qui se présenteront à M6 ou TF1 avec leur CV de victime idéale. Le hollandais d'Embemol, père de toutes ces émission, a même dit un jour que si l'on faisait une émission d'un avion qui va se crasher à la fin avec dix candidats et neuf parachutes, il est sur d'avoir des files d'attente devant l'aéroport.
Ce que n'a pas vu Nothomb, trop classique, trop vieux jeu, trop vieille, c'est que la personnalité est en train de devenir une des facette du grand organisme humain. Tout le monde ressemble à tout le monde et c'est rassurant. On ne pourra rien contre ça. L'autre devient le même, le je devient tu, il, nous, vous, ils. C'est vers cela que la TV real nous amène, vers une démocratisation absolue et visible de toutes les vies. Et c'est cela qu'il faut "dénoncer" si l'on veut "dénoncer".
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