Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 La rentrée littéraire 2005

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LP de Savy
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MessageSujet: La rentrée littéraire 2005   Mar 28 Juin 2005 - 15:52

Les livres sont envoyés aux médias, les éditeurs manoeuvrent et les libraires passent les commandes

La rentrée littéraire a déjà commencé

Dans le monde des lettres, c'est déjà l'automne quand l'été vient à peine de commencer. La rentrée littéraire, qui bat son plein en septembre et trouve son apothéose dans les prix décernés en octobre, a en réalité démarré depuis quelques jours déjà. La plupart des quelque 600 romans qui vont être mis en vente à partir du 17 août, journalistes et libraires les ont chez eux dès maintenant. C'est la course. Car c'est à qui sera le premier à parler d'un livre, bien avant sa parution, et parfois sans en avoir lu une ligne. Et le pire est que l'on ne s'étonne même plus de ces pratiques dépourvues de sérieux.

Mohammed Aïssaoui et Astrid de Larminat (Le Figaro du 28 juin 2005)


Résumons la situation : si vous êtes déjà connu, on parlera de vous, quitte à ne pas avoir lu des auteurs de moindre notoriété, et les débutants s'en trouvent ainsi sanctionnés. On avance dans l'absurde avec les dames du Femina qui, pour la première fois dans leur histoire, ont établi une liste «indicative». Y figurent trois romans français qui ne seront pas disponibles en librairie avant la rentrée !


Les habitués des gros tirages

Depuis son premier ouvrage, Hygiène de l'assassin, paru en 1992, Amélie Nothomb n'a jamais raté le rendez-vous d'automne. Elle s'y présentera avec Acide sulfurique, roman qui a pour toile de fond une émission télévisée où la cruauté est poussée à son comble pour exciter le voyeurisme. Infatigable pondeuse, la jeune Belge peut se targuer d'entrer dans le Petit Larousse 2006. Autre familier du succès, Jean d'Ormesson. Dans Une fête en larmes, l'académicien raconte sa vie «telle qu'elle aurait pu être» : de l'art de s'inventer des souvenirs... Alexandre Jardin a écrit le roman de sa famille composée d'originaux, où l'on retrouve son grand-père, dit le Nain jaune – ancien directeur du cabinet de Pierre Laval, à Vichy –, et son père, qu'il avait déjà évoqué dans Le Zubial. Son livre s'intitulera, simplement, Le Roman des Jardin.


Très attendu également, après l'immense succès des Ames grises (dont on verra l'adaptation cinématographique le 21 septembre), le retour de Philippe Claudel. Le prix Renaudot 2003 racontera, dans La Petite Fille de M. Linh, l'épopée d'un vieil homme qui fuit son pays en guerre, un nourrisson dans les bras.


Dans le registre polémique, Maurice G. Dantec, encore peu connu du public, fera sans nul doute parler de lui. L'an passé, ses propos islamophobes déversés sur un site Internet avaient provoqué l'indignation. Son prochain roman, Cosmos Incorporated, plus extravagant encore que les précédents, explore le monde déshumanisé qui aurait survécu à une guerre civile mondiale : une intrigue policière qui mêle futurisme, métaphysique et politique. Mais cet ouvrage ne sera qu'un hors-d'oeuvre. Son journal, qui devrait paraître en 2006, s'il n'est pas trop expurgé par son nouvel éditeur, Albin Michel, pourrait être autrement tapageur.


Houellebecq, classé confidentiel

Au premier étage du Flore, on ne parle plus que de ça. Du prochain roman de Michel Houellebecq qui paraît le 31 août. Il est présenté maintenant sous la couverture des Editions Fayard, qui essayent de provoquer le suspense. Contrairement aux usages, la presse n'a pas reçu les épreuves de ce roman dont le contenu est classé confidentiel. Seuls quelques journalistes, dont le goût est considéré comme sûr par l'éditeur, pourront lire, et par conséquent rendre compte avant les autres, de La Possibilité d'une île.


En attendant, à défaut de la prose du romancier, on se contentera d'ouvrages consacrés à l'auteur de Plateforme. Comme cet essai de Jean-François Patrico intitulé Houellebecq ou La provocation permanente (Ecriture). Ou cet exercice d'admiration de Fernando Arrabal, qui, en toute simplicité, s'appelle Houellebecq. Deux autres ouvrages, promettant moins de louanges, sont annoncés : l'essai de Dominique Demonpion, Houellebecq, enquête (non autorisée) sur un phénomène. Et Au secours, Houellebecq revient, d'Eric Naulleau, dont on connaît les talents de pamphlétaire (Chiflet & Cie, à paraître le 18 juillet). Extrait : «En matière de scandale et de provocation, Houellebecq est passé du stade artisanal au stade industriel.» Une bagarre s'annonce.


Tendances : de l'égotisme au voyage

La vogue des romans réalistes et intimistes que l'on baptisa «autofictions», tirerait-elle à sa fin ? Dorénavant, plutôt que de se confesser en arrangeant les choses, les écrivains voyagent. Dans le temps ou l'imaginaire. On note un retour à l'enfance pour les uns ; un retour au pays pour les autres, qui sont d'origine étrangère. Les livres d'immigrés, d'où qu'ils viennent, font florès. Le succès, à l'automne dernier, du roman de Faiza Guene, Kiffe kiffe demain (Hachette Littératures), n'y est sans doute pas étranger. Dès qu'une recette a tant soit peu marché, elle est copiée. En outre, nombre de romans glissent hors de la vraisemblance et de la rationalité et composent un univers étrange. Soit que le héros devienne fou, soit que le récit intègre des éléments surnaturels ou fantastiques à un paysage parfaitement contemporain. Un nouveau genre littéraire ?


Etranger : en attendant Ellis

Parmi les auteurs «traduits de», le plus attendu est annoncé pour la fin du mois d'octobre. Cinq ans après Glamorama, Bret Easton Ellis propose Lunar Park, où il y a une maison hantée, le spectre d'un père mort, un narrateur qui s'appelle Bret Easton Ellis, et d'autres personnages déjà vus chez l'Américain, comme Mitchell Allen dans Les Lois de l'attraction, et Patrick Bateman, dans American Psycho. Pour patienter, le lecteur n'aura que l'embarras du choix.

Beaucoup, qui ont une renommée bien plus sûre, tentent l'aventure en français : Salman Rushdie, V. S. Naipaul, Russell Banks, Paul Auster, Colm Toibin, Antonio Lobo Antunes, Cynthia Ozik, dont on a reconnu très tard la valeur, Ismaïl Kadaré et Richard Russo.

Au rayon des surprises, signalons un court et sulfureux récit de Doris Lessing, la traduction de deux essais de David Foster Wallace, dont on parle depuis des lustres sans l'avoir lu, le retour du Néerlandais Gérard Reve, qui passe de Gallimard à Phébus, le deuxième Gary Indiana, qui lorgne du côté de Truman Capote, et un Espagnol inconnu, José Carlos Llop.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Mar 28 Juin 2005 - 15:54

L'été des grands mouvements

(le Figaro du 28 juin 2005)

Déménagements, acquisitions, fusions, transferts d'auteurs : la géographie de notre paysage éditorial est en train de se modifier. Et tout ça se machine durant l'été, afin d'être en ordre pour l'automne.


Dans l'édition, ça déménage, au sens propre comme au figuré. Chez Flammarion tout d'abord, où Teresa Cremisi, ancienne directrice éditoriale de Gallimard, nommée récemment PDG du Groupe Flammarion, va progressivement imposer son style. Frédéric Beigbeder, qui devrait récupérer en septembre la chronique littéraire du «Grand Journal», sur Canal +, n'y sera plus directeur éditorial, mais simplement éditeur. Et l'arrivée de nouveaux auteurs alimente les rumeurs. A quoi s'ajoute le fait que Flammarion abandonne ses locaux historiques de la rue Racine pour le quai Panhard-et-Levassor, dans le XIIIe arrondissement, non loin de la BNF, où seront réunis tous les bureaux du groupe (J'ai Lu, Librio, Fluide glacial, Beaux-Arts Magazine... ). Le Dilettante, qui vient de fêter ses vingt ans, quitte, lui, son XIIIe arrondissement si loin du restaurant «Chez Lipp», récupérant une partie des locaux de Flammarion, rue Racine, et s'installant de la sorte au coeur même du quartier de l'édition.


Côté acquisitions, aucune turbulence en vue au Cherche-Midi qui fut racheté il y a quelques semaines par Editis. La maison fondée par Jean Orizet et Philippe Héraclès il y a un quart de siècle reste dans ses murs, conserve pour le moment ses dirigeants et son autonomie. En revanche, on ignore encore ce qui va se passer au Rocher, qui a été vendu tout récemment, par son patron Jean-Paul Bertrand, au groupe Fabre, déjà propriétaire des Éditions Privat. L'écrivain Xavier Patier, le nouveau directeur, conservera-t-il les locaux de la place Saint-Sulpice (autrefois ceux de Robert Laffont) et la même ligne éditoriale ?


Côté transferts enfin, on saura bientôt si Alexandre Jardin, Sylvie Germain et Maurice G. Dantec, transfuges de chez Gallimard, l'un pour Grasset, les deux autres pour Albin Michel, ont fait le bon choix. Un grand prix littéraire, par exemple, ne leur déplairait pas.
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Fabien
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Mer 29 Juin 2005 - 11:33

LP de Savy a écrit:
Dans le registre polémique, Maurice G. Dantec, encore peu connu du public, fera sans nul doute parler de lui. L'an passé, ses propos islamophobes déversés sur un site Internet avaient provoqué l'indignation. Son prochain roman, Cosmos Incorporated, plus extravagant encore que les précédents, explore le monde déshumanisé qui aurait survécu à une guerre civile mondiale : une intrigue policière qui mêle futurisme, métaphysique et politique. Mais cet ouvrage ne sera qu'un hors-d'oeuvre. Son journal, qui devrait paraître en 2006, s'il n'est pas trop expurgé par son nouvel éditeur, Albin Michel, pourrait être autrement tapageur..

Qu'attend-on de la littérature ? Qu'elle soit de qualité ou qu'elle soit "tapageuse" ?

Pour moi, Dantec est bien meilleur quand il écrit des romans, avec ce mélange unique de polar, de science-fiction, et de cyber-culture que dans ses journaux "polémiques" où il lance des imprécations à tout va qui n'intéresseraient pas grand monde si l'auteur ne s'était pas bâti une réputation méritée grâce aux "Racines du mal", "La sirène rouge", ou "Babylon Babies".
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Mer 13 Juil 2005 - 23:35

Comme chaque année, le mensuel Lire publie des extraits de romans qui sortiront lors de la rentrée littéraire.

Le cru 2005 : Jean d'Ormesson, Philippe Claudel, Yasmina Reza, Maurice G.Dantec, Paul Auster, Philippe Besson, Jean Hatzfeld, Marie Darrieussecq, Régis Jauffret, Alexandre Jardin, Pierrette Fleutiaux, Pierre Mérot, V.S. Naipaul, Paula Fox et Arto Paasilinna.

J'ai l'impression qu'il y en a pour tous les goûts.
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Lun 8 Aoû 2005 - 0:48

[Que d’arbres, que d’arbres !]

La surenchère de la rentrée

La rentrée littéraire est monopolisée par Houellebecq à qui l’on tresse déjà des tonnes de lauriers. Pourtant, ce ne sont pas les livres qui vont manquer. Petit tour d’horizon des cartes abattues par les gros éditeurs...

Qui pour contrer le bulldozer Houellebecq ? La possibilité d’une île sera disponible le 31 août. Tirage annoncé, 250 000 exemplaires. Parallèlement, Fayard sort une édition de luxe, et plusieurs traductions de ce quatrième roman seront lancées le même jour que l’édition française (Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Allemagne...). Fayard entoure cette sortie d’un mystère absolu. Beigbeder, toujours plus malin que les autres quand il s’agit de démontrer que son train arrive en avance, en a dévoilé la première phrase dans sa chronique littéraire de Voici, taclant au passage le jackpot Flammarion parti chercher fortune chez Fayard : "Qui, parmi vous, mérite la vie éternelle ?". C’est un peu court pour juger... Alors, quelles solutions reste-t-il à un éditeur quand son concurrent a élaboré une stratégie marketing digne de Star wars pour monopoliser les tables des libraires et l’ensemble des médias ? La réponse est simple. Jouer dans la même cour.

Albin Michel réplique avec la (trop) prolifique et ultra vendeuse Amélie Nothomb. C’est vrai, Nothomb passe bien à la télé et, avec un peu de chance, elle grimpera sur la deuxième place du podium des ventes de septembre (180 000 exemplaires quand même). Albin récupère également le dérangeant Dantec et son Cosmos Incorporated, espérant sans doute générer un scandale qui éclipsera (un peu) Houellebecq. 50 000 exemplaires seulement, car Dantec est beaucoup plus difficile à suivre que Nothomb... Grasset mise sur Alexandre Jardin le gentillet, qui promet de tout raconter sur père et mère dans Le roman des Jardin. Comme toujours quand on promet des révélations, le tirage s’envole. Vous m’en mettrez 100 000 ! Chez Stock, on compte sur Philippe Claudel pour parvenir à faire son trou. Il avait séduit avec Les âmes grises (dont l’adaptation sort d’ailleurs le 28 septembre au cinéma), il n’y a pas de raison pour que La petite fille de monsieur Linh ne trouve pas sa place dans le cœur du lectorat. Allez, 100 000 aussi ! Robert Laffont fait le pari Jean d’Ormesson, invité permanent des émissions de télé, pour récupérer sa part du gâteau. Avec Une fête en larmes (sortie le 18 août, rien ne sert du courir ?...), le Séguéla de la littérature en alignera également 100 000. Ouf...

L’idéal serait que les jurys des fameux prix littéraires de la rentrée récompensent des ouvrages qui le méritent. On le sait, les Goncourt se mordent encore les doigts d’avoir raté Houellebecq (en tout cas, il n’obtiendra pas le Flore, c’est déjà fait). Bon... C’est tellement prévisible qu’on se demande si cela relève encore du possible. Parce que des romans, ça ne va vraiment pas manquer. 449 fictions françaises et 214 étrangères, voilà pour les chiffres. Autant dire qu’il y aura l’embarras du choix, du connu et du moins connu, du talentueux et du moins talentueux, du médiatique et du non médiatique... Et comme toujours, le lecteur aura son mot à lire. En tout cas, nul besoin d’être devin pour prédire que, dès le 1er octobre, Houellebecq aura perdu sa première place, détrôné par Harry Potter. Trop malins chez Gallimard !

David Desvérité


http://www.avoir-alire.com/spip/article.php3?id_article=6809
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Lun 8 Aoû 2005 - 0:58

Rentrée littéraire 2005
Par Benjamin Aaro, juillet 2005.

Absent des trois dernières rentrées littéraires, Michel Houellebecq, phénomène médiatique, fraîchement débarqué chez Fayard, refait surface cette année avec son quatrième roman, La possibilité d’une île. Un ouvrage dont le contenu est un secret des plus hermétiques. Une histoire de sectes apparemment ou de clonage selon le L.A. Weekly, toujours à la sauce H, et qui est sensiblement similaire aux Particules élémentaires, donc forcément cynique, pessimiste et polémique.

Houellebecq occupera tout l’espace de cette rentrée 2005. Mais, on peut s’attendre à ce qu’il en reste un peu afin d’accommoder la controverse que va soulever le montréalais d’adoption Maurice G. Dantec lors de ses diverses entrevues pour publiciser, Cosmos incorporated, sa fresque post-moderne apocalyptique. Ce ne sera pourtant qu’un avant-goût, puisque l’essai, American black box, véritable bombe à retardement, lui ne sera diffusé qu’en février 2006.

Refusés par trois éditeurs avant d’être courageusement retenus pour publication par Albin Michel, les deux livres de Dantec vont sans aucun doute contribuer à pimenter l’actualité littéraire. Chez Albin Michel aussi, la plaquette annuelle d’Amélie Nothomb, Acide sulfurique, abordera la télé-réalité tout en ressassant un des thèmes récurrents de l’auteur belge, l’opposition de la beauté à la laideur.

En littérature populaire, quelques titres à noter, Le roman des Jardin, d’Alexandre Jardin, un tableau de famille romancé. Plus tard en octobre, la suite de Nous les Dieux, Le souffle de l’histoire de Bernard Werber, Les Messieurs de Grandval de Christian Signol et Doggy bag de Philippe Djian, une série littéraire, une peu comme une série télé qui comptera quatre ou cinq volumes.

La rentrée littéraire coïncide avec le départ de la course folle pour les prix littéraires, devenus des outils de promotion incontournables. Ce sera la première année que Bernard Pivot participe au jury du prix Goncourt. On s’attend à ce que celui-ci démocratise le prix vénérable, lui qui s’est dit ravi de l’attribution de la récompense, l’année passée, à Actes Sud, au détriment des habitués Gallimard et Grasset. Est-ce un signe avant coureur que Houellebecq va l’emporter et ainsi exaucer le souhait de certains?

Un autre titre semble avoir une longueur d’avance dans cette pêche pour les prix, Une fête en larmes de Jean d’Ormesson, les confidences du vétéran des lettres concernant la vie rêvée. On peut aussi très bien s’imaginer que Sophie Jabès pourrait séduire le comité du prix de Flore, avec le dernier tome d’une trilogie fantaisiste, Clitomotrice.

En juin, le jury du Fémina publiait une courte liste indicative où figurait entre autres deux gros canons, Lutetia de Pierre Assouline et La Mauvaise vie de Frédéric Mitterrand, deux titres déjà parus et de prime abord, difficile à supplanter. Cette liste contenait trois titres de la rentrée dont Mes mauvaises pensées de Nina Bouraoui, en tête d’affiche chez Stock. Cette maison mise aussi sur La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, un roman moins gris, encore situé pendant la guerre comme son Renaudot, et abondamment louangé par ceux qui ont eu le privilège de le lire.

On reconnaît dans le groupe de la rentrée, des noms connus, d’anciens récipiendaires de prix : Philippe Besson, fidèle de cette période, offrira Un instant d’abandon, le déchirement suite à la mort d’un enfant dans une tempête en mer; Yasmina Reza étudie la solitude avec Dans la luge de Schopenhauer, trois personnages malheureux, reliés par leur psychiatre; et Pierrette Fleutiaux, Les amants imparfaits, raconte le mystère de jumeaux à travers le regard d’une troisième personne.

Bernard Chambaz sera de la première rentrée de la petite maison Panama avec Kinopanorama, un roman en partie nourri des souvenirs de l’enfance; le Magnus de Sylvie Germain, c’est un ours appartenant à un enfant amnésique qui doit apprendre à se forger une identité dans une Allemagne en guerre; et Jean Hatzfeld parle de l’impact des conflits armés contemporains sur les journalistes dans La ligne de flottaison;

En bref d’autres parutions françaises : Maryline Desbiolles avec Primo, l’écrivain à la recherche de son histoire, Pierre Mérot et son roman sombre L’irréaliste, l’homme moderne qui succombe à la dérive; le premier tome de la saga familiale et sociologique de François Taillandier, Option Paradis; Pierre Péju, Le rire de l’ogre, un homme et une femme explore un passé marqué par l’horreur; et Régis Jauffret qui s’attaque de nouveau au couple et à la famille dans Asiles de fous.

Si la rentrée 2004 avait été particulièrement faible dans son offre de romans étrangers, cette année, c’est tout le contraire. Nous aurons enfin le gigantesque opus de l’américain Edward P. Jones, Le monde connu, une saga historique en période d’esclavage pré-guerre civile, gagnant du prix Pulitzer, National Book Critics Circle et IMPAC International.

Deux romans politiques, le lauréat du prix Booker, La ligne de beauté d’Allan Hollinghurst, un retour-arrière aux années 80, dans les milieux parlementaires britanniques sur fond de scandale sexuel. Et un effort remarqué intitulé, Neige, par le turc, Orhan Pamuk, traitant de la confrontation entre l’Islam traditionaliste et les libertés occidentales. Poésie, amour et terrorisme.

Proclamé par le Los Angeles Times comme le livre de l’année 2004, c’est Laffont qui sortira la traduction de l’écrivain homosexuel Colm Tóibin, Le maître, une fiction portant sur la vie de Henry James. Pour sa part, Actes Sud récidivera avec le toujours populaire Paul Auster, Brooklyn follies, qui paraîtra simultanément en français et en anglais. Comme à son habitude, Auster raconte les liens qui unissent ses personnages, cette fois dans un New York émoustillé par les élections de 2000. Chez la même maison, l’autre gros poulain américain, Russell Banks, nous offrira en octobre, American darling, le portrait d’une radicale et de la politique dans les années 60 en Afrique et aux USA. Curieusement, Douglas Kennedy dans Les charmes discrets de la vie conjugale, a opté pour une trame similaire.

Plusieurs titres américains seront à l’honneur : Le monde d’en bas de Sue Miller, l’histoire d’une femme qui trouve le journal de sa grand-mère après le décès de celle-ci; Un as dans la manche de Annie Proulx, un voyage au cœur des prairies du Texas via le récit d’une femme tentant d’acheter les terres à des paysans réticents, dans le but de faire l’élevage de porcs; Le cercle des initiés de T.C. Boyle, qui revisite la révolution sexuelle en utilisant la voix de l’assistant du docteur Kinsey; Le grand incendie de Shirley Hazzard (prix NBA), une histoire d’amour en Asie pendant la seconde guerre mondiale; et Un monde vascillant de Cynthia Ozick, l’arrivée d’une jeune servante dans une famille chaotique de New York au temps de la grande dépression.

Dix ans après sa parution originale, le controversé roman de Scott Heim, Mysterious skin, relatant les conséquences de l’abus sexuel sur deux jeunes garçons, sera traduit (Au Diable Vauvert), en octobre pour profiter de la sortie du DVD. Ce mois amènera aussi le plus récent Salman Rushdie, Shalimar le clown, une étude socio-politique tissée autour d’un ambassadeur assassiné. Enfin, Bret Easton Ellis, saura assurément combler les attentes de ses lecteurs avec Lunar Park, une fausse autobiographie où l’écrivain confronte les démons qu’il a lui-même inventé dans ses ouvrages précédents.

En rafale, des œuvres étrangères moins marquantes par des écrivains qui le sont : Quatre saisons à Mohawk de Richard Russo, Leela de Hari Kunzru, Les chutes de Joyce Carol Oates et Solos d’amour de John Updike, un recueil de nouvelles.

Du côté des mauvais genre, Henning Mankell mène le bal avec Avant le gel, huitième polar du suédois chez Seuil, une enquête de la fille de Wallander avec comme toile de fond les dangers du fondamentalisme islamique. L’automne n’est pas la période de prédilection du roman policier. On note tout de même un effort moyen de Stuart Woods, Un très sale boulot, une affaire d’adultère; également un autre polar historique dans le monde de l’art de Iain Pears, Le secret de la vierge à l’enfant; le thriller d’Allan Folsom, L’exilé, un duel entre le bien et le mal qui s’étend sur deux continents; un thriller légal de Phillip Margolin, Un lien très compromettant; et enfin un autre épisode dans la série de l’agent sportif Myron Bolitar, Faux rebond de Harlan Coben, directement en format poche.

Les fanatiques de fantastique pourront lire en septembre la conclusion de La tour sombre de Stephen King qui portera le titre peu original de la série, La tour sombre. Un mois plus tard, ce sera le retour en force de Gene Wolfe avec le premier tome sur deux de la série du Chevalier-Mage, Le chevalier, une aventure solide de « heroic fantasy »; le talentueux China Mieville, croulant sous les prix, reviendra avec Le Balafré, une autre incursion dans son univers macabre; et les éditions Pygmalion ajouteront sur les tablettes le douzième volume de la série L’assassin royal de Robin Hobb, L’homme noir.

En littérature jeunesse, Gallimard va bénéficier de l’engouement des jeunes lecteurs pour la suite de Artemis Fowl d’Eoin Colfer, Opération opale, dans laquelle le héros doit sauver de la destruction le monde des fées; et bien sur aussi de la méga-parution le 1er octobre de J.K. Rowling, Harry Potter et le prince de sang mêlé, qui révélera enfin l’identité de ce mystérieux personnage titre.

En somme, une rentrée bien relevée avec son lot d’auteurs à succès, un soupçon de controverse et assurément beaucoup de talent.

http://www.lapage1.com/editorial.htm
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Dim 21 Aoû 2005 - 1:12

Un guide de la rentrée littéraire très décevant dans le Nouvel Observateur du 18 août, juste trois pages avec de courts paragraphes et des listes de titres et d'écrivains. A noter cependant des extraits "en exclusivité" de la Possibilité d'une île annoncés pour la semaine prochaine.
Mais j'ai l'impression que des extraits sont déjà présents dans le Figaro Magazine d'aujourd'hui.
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Sébastien
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Dim 21 Aoû 2005 - 14:17

Decevant certes mais on apprend au passage que Philippe Muray va sortir un nouvel essai : Moderne contre moderne et Richard Millet un nouveau livre (roman ?) Le Goût des femmes laides.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: La rentrée littéraire 2005   Mer 7 Déc 2005 - 23:59

Par ici la sortie !

Trois mois après le grand tintamarre de la rentrée littéraire, les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Et les regrets aussi. Secrets, ratés et succès de la grand-messe annuelle.


« La rentrée littéraire, c'est comme le beaujolais nouveau. Les millésimes sont vite oubliés », ose Jean-Marie Ozanne, gérant de la librairie Folies d'encre, à Montreuil. Quelle sagesse, trois mois après le vacarme de la rentrée 2005 ! Souvenez-vous : le déferlement sans précédent des techniques marketing. La presse qui marche comme un seul homme. Houellebecq, Houellebecq et Houellebecq ! Les couvertures tonitruantes. Les dossiers de huit pages dans les magazines. Les affiches dans le métro et les gares. Le Goncourt colonisé et attribué d'avance. Et la guerre des piles entre éditeurs pour tenter d'occuper un maximum d'espace en librairie.

Trois mois après, tout cela ne paraît-il pas déjà très vieux, oublié, dérisoire ? A l'instar de ces tracts chahutés par le vent quelques heures à peine après leur distribution ou de ces vieilles affiches décaties pendouillant sur les murs ? Que reste-t-il de cette rentrée, maintenant que Houellebecq s'est fait souffler le Goncourt par François Weyergans et que les ventes, pour l'essentiel, sont jouées ? Combien de livres ont-ils survécu, des 663 romans propulsés à l'automne en librairie ? Quelle est, à l'heure de l'exigence de rentabilité immédiate, de ventes à flux tendu et de rotation rapide des stocks, la durée de vie d'un livre ? Et comment les libraires, en particulier les indépendants, font-ils face à ce déferlement des cartons et du marketing ?

Tout commence au printemps, quand fleurissent les premières « épreuves », c'est-à-dire les textes des romans à venir. Conscients de la vivacité de la concurrence, les éditeurs les distribuent de plus en plus tôt et de plus en plus largement. Dès le mois de mai, les attachés de presse contactent ainsi les journalistes pendant que les éditeurs s'empressent auprès des libraires. 2005 voit s'accentuer le mouvement entamé les années précédentes : celui des grandes manoeuvres de séduction. Le 31 mai, par exemple, 120 libraires sont conviés par la maison Stock dans les prestigieux locaux de l'Institut du monde arabe, sur les bords de la Seine. Au menu : présentation des livres de la rentrée, rencontre avec les auteurs, petits-fours et grands sourires. Plon fait de même au musée Dapper, Albin Michel à la Maison de l'Amérique latine et Actes Sud au Théâtre du Rond-Point. Objectif : donner envie aux libraires de lire les textes de la maison. L'enjeu est de taille : personne n'est évidemment capable d'ingurgiter 663 romans avant la fin août, date à laquelle ils seront mis en vente.

La séduction pouvant ne pas suffire, cette rentrée 2005 voit parallèlement se développer quelques mesures plus insistantes concernant les livres jugés « vendeurs » par les éditeurs. La technique consiste à grossir le tirage initial pour occuper le terrain en tentant de convaincre le libraire qu'il s'agit d'un incontournable commercial. « Quand j'ai commencé dans la librairie, il y a vingt-cinq ans, raconte Jean-Marie Ozanne, cette pratique concernait ce qu'il était convenu d'appeler les "gros livres de l'été". Aujourd'hui elle tend à envahir la rentrée littéraire. » A ce jeu où les chiffres gagnent sur les lettres se distingueront évidemment les romans des auteurs les plus attendus : Amélie Nothomb (180 000 exemplaires), Jean d'Ormesson (100 000), Alexandre Jardin (100 000), Philippe Claudel (60 000) ou Maurice G. Dantec (50 000).

Et Houellebecq ? Le pauvre homme ! Dès le mois d'avril, la rumeur court d'une stratégie de choc concoctée par son éditeur, Fayard : embargo sur le texte jusqu'à la sortie du livre. Hormis trois ou quatre médias « amis », personne ne pourra lire le nouvel opus. Subtile manière de faire monter la sauce, qui va bientôt se retourner contre le livre, La Possibilité d'une île. « Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons été agacés, raconte ainsi Marcelline Langlois, de la librairie La Boîte à livres, à Tours. Et j'ai trouvé cela très méprisant vis-à-vis des autres auteurs Fayard de la rentrée. Résultat : nous n'avons placé le roman de Houellebecq ni en vitrine ni sur les premières tables. » Mais n'anticipons pas...

Nous n'en sommes pour l'instant qu'au début de l'été, quand libraires et journalistes entament leur grand « marathon de lecture », pour reprendre l'expression de Françoise Magnaval, de la Fnac de Montpellier. Une épreuve de résistance dont sortiront les noms des premiers élus. Une course perdue d'avance, aussi. « Même s'il parvenait à lire un livre par jour, il faudrait deux ans à un libraire pour absorber une rentrée de 663 romans », pointe Pascal Thuot, de la librairie Millepages, à Vincennes. Tous se débrouillent alors comme ils peuvent. Chez Millepages, ils sont neuf à se partager la rentrée. « On ne fait pas de répartition, chacun est libre de lire ce qu'il veut. » A La Boîte à livres, à Tours, ils ne sont que trois, qui n'hésitent pas à confier des textes à certains de leurs clients qui leur donneront un avis. « Cet été, raconte Marcelline Langlois, j'ai lu 37 romans pendant le mois d'août. Coup de foudre pour Magnus, de Sylvie Germain. Et un autre pour Loin de Chandigarh, premier roman d'un auteur indien, Tarun J. Tejpal. A la fin novembre, j'en ai déjà vendu 75 exemplaires. »

Tous les libraires insistent sur ces choix de l'été, qu'ils installeront en bonne place dès la fin du mois d'août. A ce moment-là, en effet, une partie essentielle est déjà jouée. Matthieu de Montchalin, qui dirige la librairie L'Armitière, à Rouen, explique comment se fait le choix des livres qui se retrouveront bien en vue sur les fameuses « tables ». « Sur les 1 500 mètres carrés dont nous disposons, 150 sont réservés à la rentrée littéraire. Soit 230 romans sur tables. La sélection se fait sur plusieurs critères. D'abord la notoriété de l'auteur, qui rend son livre incontournable. Soit une trentaine de titres. Viennent ensuite les écrivains avec lesquels nous avons une histoire, que nos clients apprécient. Jean-Philippe Toussaint, par exemple. Ou Philippe Besson. Cela fait environ 70 livres. La moitié de nos tables se remplissent ainsi très vite. Restent entre 100 et 130 places, réservées aux romans que nous avons repérés pendant l'été. "Nous", c'est-à-dire 30 à 40 personnes, salariées - libraires ou non - de la maison, qui lisent chacune entre 5 et 10 titres. Le 15 août, on passe au bouche-à-oreille. Et quand un livre commence à circuler entre libraires, c'est gagné. Il portera le bandeau "Choix de L'Armitière" et sera destiné aux clients qui veulent aller au-delà des romans dont tout le monde parle. »

Ces tables, évidemment, vont « bouger » au fur et à mesure des semaines. Certains livres, découverts sur le tard, repérés grâce aux articles dans la presse ou aux échanges avec les clients et d'autres libraires, vont faire leur apparition. Au total, estime Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, le journal de la profession, « 50 % des romans publiés à la rentrée bénéficient d'une réelle visibilité ». Les autres sont relégués dans les rayons et parfois ne sortent même pas des cartons. « A la fin novembre, il y a des titres que j'ai vendus à un ou deux exemplaires. Voire pas du tout », constate Matthieu de Montchalin.

Et Houellebecq ? Le pauvre homme ! Son roman, La Possibilité d'une île, ne risquait évidemment pas de passer inaperçu en cette rentrée 2005. A moins d'avoir passé plusieurs mois dans une île de Micronésie, nul ne pouvait ignorer qu'il s'agissait de « l'événement » de la rentrée. Son transfert de Flammarion chez Fayard, le montant faramineux de son contrat - la rumeur évoque le chiffre de 1,3 million d'euros -, son installation en Andalousie, son amitié pour son chien Clément avaient été abondamment commentés avant même qu'il n'ait écrit une seule ligne.

Fin août, c'est le déferlement voulu par son éditeur, mais... peut-être pas tel qu'il l'avait souhaité. L'embargo sur le texte va d'abord en contrarier beaucoup. A commencer par ses lecteurs. « Nous nous sommes sentis dépossédés de cet auteur, que nous avions soutenu dès son premier roman, Extension du domaine de la lutte, analyse Pascal Thuot, de la librairie Millepages. Le contrat entre Houellebecq et ses lecteurs avait commencé à se fissurer à la sortie de Plateforme, son précédent roman, déjà lancé comme une voiture. Cette fois, quand nous avons vu débarquer le livre, nous avions lu tellement de papiers dans la presse que nous avions le sentiment d'avoir tout vécu à l'avance. C'était usé. » Dès le 11 juillet, en effet, dans Voici, Frédéric Beigbeder, son ancien éditeur chez Flammarion, vend la mèche et dévoile l'essentiel du livre, que visiblement il n'apprécie guère. « J'ai dû employer des ruses de Sioux pour en obtenir la photocopie... D'où vient l'impression qu'on reste sur sa faim ? »

A partir du 18 août, les papiers pleuvent, insistant sur le « phénomène », le « mystère » ou le « scandale » Houellebecq. Lancé comme un livre « people » ou comme un document de choc, le roman se vend de la même manière : très fortement les trois premières semaines, avant de s'essouffler définitivement. « Dans une librairie comme la mienne [L'Armitière, à Rouen], le lancement qui a eu lieu a été catastrophique pour le livre, analyse Matthieu de Montchalin. J'ai dans mon équipe des gens qui l'ont aimé. Mais, faute de l'avoir lu à temps, ils n'ont pu le vendre comme il aurait fallu. Et nos clients ont été fortement troublés par le battage médiatique. On l'a bien vendu en septembre, mais presque plus en octobre. » Constat partagé par l'ensemble des libraires que nous avons interrogés.

« Houellebecq : 300 000 exemplaires », proclame son éditeur dans ses placards publicitaires, oubliant de préciser qu'il s'agit d'exemplaires « sortis » et non pas de livres vendus. Pour connaître le verdict du public, il faudra attendre que les libraires aient « retourné » leurs invendus au début de l'année prochaine. Pour l'instant, début décembre, le milieu professionnel s'accorde sur le chiffre de 180 000 exemplaires écoulés. Pas mal, évidemment, mais très loin des espoirs de l'éditeur, qui comptait sur le prix Goncourt pour relancer les ventes. Raté, encore une fois. Trop annoncé, sans doute, et beaucoup trop tôt. Le 3 novembre, quand François Weyergans fut proclamé lauréat, François Nourissier, principal soutien de Houellebecq, faisait, dans Livres Hebdo, brusquement assaut de lucidité : « Je pense que la stratégie de lancement du livre, comme toutes les stratégies qui se veulent très pointues, a raté son coup. Fayard a pris un retour de manivelle. »

Que reste-t-il alors de la rentrée ? Des succès plus ou moins attendus, mais pas seulement. A l'instar de celui de Michèle Lesbre (15 000 exemplaires), soutenue sans relâche par son éditrice, Sabine Wespieser, qui entama, dès le mois de mai, un tour de France des libraires. A l'image de la réussite du premier roman d'Hédi Kaddour, Waltenberg (30 000 exemplaires), poussé par l'enthousiasme de la critique et des libraires. A l'exemple encore de la fortune de Goliarda Sapienza, une belle histoire qui vaut d'être racontée.

Il était une fois une éditrice, Viviane Hamy, celle de Fred Vargas et de Magda Szabó (prix Femina étranger pour La Porte), qui croyait toujours, contre vents et marées, à la vertu du temps et de la ténacité pour faire connaître un auteur. Qui aurait parié, en août dernier, sur le succès de L'Art de la joie, roman posthume d'une Italienne complètement inconnue, Goliarda Sapienza ? Viviane Hamy, justement, qui ne cessait d'en parler depuis plus d'un an à tous ceux qu'elle rencontrait avec un enthousiasme irrésistible. Les libraires et les journalistes qui le lurent durant l'été prirent rapidement le relais. Le bouche-à-oreille enchaîna. Et le livre fait aujourd'hui partie des meilleures ventes de la rentrée : 50 000 exemplaires, chiffre non définitif, car Viviane Hamy n'est pas du genre à abandonner un livre en rase campagne au bout de trois mois.

C'est pourtant ce qui va arriver à la plupart des 663 romans lancés à l'automne. Poussés par une nouvelle « rentrée », celle de janvier, ils vont devoir céder la place sur les tables et dans les rayons. Dans le métier depuis trente ans, Charles Kermarec, patron de la librairie Dialogues, à Brest, le constate amèrement : « Depuis dix ans, le nombre de livres n'a cessé d'augmenter, tout comme les "rentrées". Aujourd'hui, nous avons celle de septembre, celle de janvier, celle de mars-avril. La rotation des livres est de plus en plus rapide et leur durée de vie de plus en plus courte. » Une inquiétude que partage Pascal Thuot, de la librairie Millepages : « Trois rentrées par an, est-ce bien raisonnable ? Quelle chance donne-t-on à un livre que certains retournent au bout d'un mois, faute de ventes immédiates ? » Et Jean-Marie Laclavetine, éditeur chez Gallimard, de confirmer à sa manière : « Nous vivons dans une société du Kleenex universel. »

Certains libraires tentent de résister, à l'instar de Pascal Thuot : « Chez Millepages, nous essayons d'abattre les cloisons entre les saisons, de prolonger la vie des romans que nous aimons pendant au moins un an. La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy, ou La Chorale des maîtres-bouchers, de Louise Erdrich, sortis en janvier dernier, sont toujours sur nos tables. » Marcelline Langlois fait de même à Tours, sans grande illusion : « Les romans que j'ai aimés, ceux de Sylvie Germain, de Yasmina Khadra ou de Christian Bobin, resteront en piles au moins jusqu'à l'été. Mais sur les 663 de la rentrée, combien seront encore visibles en janvier prochain ? Trente, peut-être. Et dix dans les années qui viennent... »

Que nous disait-il déjà, Jean-Marie Ozanne, libraire à Montreuil, au début de notre enquête ? « La rentrée littéraire, c'est comme le beaujolais nouveau... »

Michel Abescat
(avec Christine Ferniot)

Télérama n° 2917 - 7 décembre 2005

http://livres.telerama.fr/edito.asp?art_airs=M0512051227430&srub=1
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