Propos insignifiants

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 Amélie Nothomb dans Femme actuelle

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LP de Savy
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Date d'inscription : 06/04/2005

MessageSujet: Amélie Nothomb dans Femme actuelle   Mer 24 Aoû 2005 - 15:52

Depuis 1992 et son entrée remarquée en littérature avec Hygiène de l'assassin, Amélie Nothomb court de succès en succès. Et a su tisser des liens privilégiés avec ses lecteurs. On la dit mystérieuse,décalée... mais c'est une jeune femme sincère que nous avons rencontrée.

Brigitte Kernel: vous avez écrit un roman dans lequel une émission de Real TV a lieu dans un camp de concentration...

Amélie Nothomb : j'ai choisi d'imaginer un camp de concentration pour dire attention à la violence, cela peut revenir, il ne faut détruire ce qui a été construit si difficilement : la civilisation! la décadence romaine a commencé avec les jeux du cirque, le spectacle de la barbarie. Alors pourquoi les RealTV poussés à l'extrême n'arriveraient pas à u n jeu tel que Concentration, le cadre du roman. c'est un jeu que regardent des spectateurs voyeurs aimant voir souffrir ceux qui sont dans l'arène. En tout cas, ce n'est pas un romn sur la RealTV. C'est un livre sur l'humain mais aussi sur le mal.

B.K. : Mais c'est inspiré des RealTV?

AN : Inspiré dans ;le sens où j'y ai pensé au départ, peut-être. Mais, dans mon livre, "Concentration" est un cadre. Le plus important n'est pas l'émission mais ce qui se passe à l'intérieur et à l'extérieur du cadre. L'attitude de ceux qui acceptent de jouer aux kapos ou aux victimes parce qu'on les regarde à la télé et l'attitude des téléspectateurs enthousiastes.

BK : Pensez-vous que l'humain occidental vive une étape périlleuse de la civilisation?

A.N : Je le crains. Pour moi, la décadence commence là où l'humain prend du plaisir à observer la douleur des autres. Dans le "Loft" ou autre RealTV, le spectateur est déjà dans l'arène. Des millions de gens admirent des humains enfermés,humiliés, souffrants. Et le spectacle de la douleur devient un feuilleton. Or le spectacle de la barbarie n'est pas c'est le néant. C'est le moment où l'on arrive au spectacle de la souffrance.

B K : Comment est né ce livre?

A.N. : A un moment où on ne parlait que du "Loft" et émissions de ce genre.Je me suis interrogée. Pourquoi ça plaisait tant? Qu'est-ce que ces émissions disient de l'humain?
Je me suis dit que la télévision sous prétexte de faire de l'audience,pourrait atteindre le néant.
Le néant, c'est l'anéantissement des règles, de la civilité. Ces émissions n'offrent ,à mon sens que du vide. C'est de l'anti-civilisation. J'ai forcé le trait à l'extrême pour le dire : à "Concentration", il y a des travaux concentrationnaires obligatoires, des punitions, des mises à mort, et il faut parler le moins possible. Chaque personne qui est là, a choisi de vivre cette horreur pour être admirée de l'extérieur.

BK : Dans votre roman, les kapos veulent entrer de force dans le jeu, personne ne les force.

A.N. : Chacune se bat pour rester pour être vu, pour imaginer qu'il est admiré même s'il souffre. Dans la RealTV telle qu'elle est aujourd'hui, ou dans mon roman, chacun se fait avoir. Il faut être naïf pour imaginer que la RealTV est une opportunité pour ceux qui y participent.

B. K. : Dans la réalité,baucoup de gens apprécient ces émissions...

A.N. : Je sais. Moi, je n'ai jamais regardé, je n'ai jamais eu envie de regarder une chose pareille. On peut éviter de regarder la télévision. J'espère que mon livre sera un objet de réflexion à propos de la mise en scène de la peur ou, comme dans l'arène romaine, de la torture, qui est obscène.Il n'y a rien de pire que le mal pour le mal. Ca me fait penser...

B.K. : Oui, à quoi ?

A.N. ... à ma grand-mère.

B.K.: Votre grand-mère? est-ce qu'on peut en parler?

A.N. : Oh, vous pourrez l'écrire maintenant. Elle est morte, le temps a passé. A son contact, j'ai approché le mal en ce qu'il a de plus pur et de plus affreux. Elle ne le faisit paspour s'enrichir ou se faire plaisir,non. le mal pour le mal. Je me souviens qu'elle attrapait les chats du quartier et les tuait,pour rien,parce qu'elle n'aimait pas les chats.Et aucun voisin ne comprenait où était passé son chat. les vielles dames sont insoupçonnables. Je peux vous dire que je connais le mal,je l'ai approché par son biais. Ca marque forcémment.

B.K. : pensez-vous qu'une émission comme "Concentration" pourrait vraiment exister ?

A.N.: Je pourrais parfois le craindre. Partout où la barbarie s'installe, la civilisation recule.

B.K. : Vous poussez donc un cri d'alarme?

A.N. : Peut-être pas un cri d'alarme mais un avertissement. Ce que je veux dire dans mon roman, c'est qu'il faut vraiement conserver ce que la civilisation a mis si longtemps à bâtir. C'est fragile, il faut le garder car c'est du côté de la substance et non du vide, de la destruction et de la déhumanisation. Evitons d'être acteurs ou spectateurs des jeux du cirque.

B.K. : Pourtant l'amour est présent dans votre livre?

A.N. : Oui, l'amour est présent et va contre le néant. L'amour, c'est plein, ça répare. Mais çà n'arrive pas tout le temps. Dans mon roman, l'amour existe. En fait, ce livre n'est pas d'une noirceur absolue. Ca se termine presque bien. Pourtant c'est un constat assez dégueulasse sur l'humanité. Mais, à la fin,il y a un personnage dans le camp qui est purement beau.Il y aura un sursaut à travers la beauté.

propos recueillis par Brigitte Kernel

Femme actuelle 22 août 2005 (merci à la liste Peplum)
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