Propos insignifiants

Des livres et des écrivains, en toute légèreté.
 
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 Sylvie Germain

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LP de Savy
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MessageSujet: Sylvie Germain   Mer 28 Sep 2005 - 22:31

"A l'écoute d'une rumeur intérieure"

Dans la lignée d'un Dostoïevski ou d'un Bernanos, l'oeuvre de Sylvie Germain est empreinte de mystique. La philosophe et romancière nous raconte le processus créatif de son dernier roman, Magnus.


Est-ce un hasard si le premier roman de Sylvie Germain, paru voici tout juste vingt ans chez Gallimard, a pour titre Le Livre des nuits ? Habitée par la démence du monde, nourrie d'orages et de ténèbres fantastiques, profondément marquée par la Shoah et l'horreur des guerres contemporaines, frottée à la lecture de la Bible, proche d'un Dostoïevski ou d'un Bernanos, hantés comme elle par la question du mal, son oeuvre marie avec une force singulière liberté de l'imaginaire et souffle mystique. Volontiers lyrique, concret et charnel, sensible au sacré comme aux liens chamaniques avec la terre et les arbres, son univers est proche de la fable et du conte.

Magnus, son dernier roman, qui paraît chez Albin Michel, conte l'histoire d'un rejeton du nazisme à la poursuite de son identité. Née en 1954, docteur en philosophie, Sylvie Germain y fait une nouvelle fois la preuve de son talent et de ses obsessions.

Télérama : « En chacun la voix d'un souffleur murmure en sourdine », écrivez-vous au début de Magnus. Avant d'ajouter : « Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur. » Que voulez-vous dire ?

Sylvie Germain : La fosse du souffleur, c'est une grande trouée qui ouvre sur l'inconscient. Vers ce que j'appelle la fabrique de l'imaginaire, où sont accumulés toutes sortes de matériaux : le langage, bien entendu, mais aussi des images, des rêves, des émotions, des sentiments, des idées, des pensées. Tous ces matériaux, entassés au fil du temps, sont broyés, mélangés. Ils forment une pâte, une espèce de glaise semblable au limon que les fleuves déposent sur les berges. Descendre dans la fosse du souffleur, c'est se mettre à l'écoute de cette rumeur intérieure que chacun porte en soi, mais qui reste le plus souvent inaudible. L'écriture agit alors comme une formidable source d'énergie psychique et mentale, provoquant une sorte de précipité, au sens chimique du terme : des souvenirs depuis longtemps oubliés reviennent à la surface, à la surprise souvent de l'écrivain lui-même.

Télérama : Cette voix du souffleur, précisez-vous, « peut apporter des nouvelles insoupçonnées du monde, des autres et de soi-même »...

Sylvie Germain : On sous-estime en effet l'ampleur des limons déposés en nous par le temps, en strates successives, à l'image des poupées russes. Il y a d'abord la mémoire personnelle qui s'accumule dès la petite enfance, s'élargit à travers le discours des parents, par exemple, ou les photographies que l'on nous montre. Cette mémoire privée s'étoffe peu à peu, se nourrit de toute l'histoire familiale, des amitiés, des amours. Cette mémoire n'est pas figée, elle bouge, se transforme en fonction de ce que nous devenons. Elle s'inscrit dans le cadre d'une langue qui la structure, d'une culture transmise notamment par l'école : mémoire du pays auquel nous appartenons et plus largement de l'Europe, mémoire du cinéma, de la peinture, de la musique, de la littérature parfois très ancienne, celle d'Homère ou de l'épopée de Gilgamesh, mémoire ancestrale des mythes. Mesurons-nous à quel point nous sommes faits de la foule des autres ?

Télérama : Dans Les Personnages, publié l'an dernier chez Gallimard, vous dites que ceux-ci entrent toujours dans vos romans « à l'improviste et par effraction ». C'est ainsi que fonctionne votre inspiration ?

Sylvie Germain : Quand j'écris un roman, je ne pars jamais d'une idée précise, ni même d'un plan. A l'origine, il s'agit plutôt d'une image mentale, souvent énigmatique, qui s'impose à moi et s'enrichit peu à peu de mes pensées, de mes émotions. Je ne tente jamais de forcer ce processus de cristallisation. J'attends patiemment, parfois deux ou trois ans. Quand je passe à l'écriture, je sais que l'image est mûre, mais j'ignore toujours où elle va me mener. C'est ce qui s'est passé avec Magnus. Au départ, je voyais un homme de dos, vêtu d'un grand manteau qui lui battait les flancs. Il était appuyé contre un mur au fond d'une impasse. Cette image, je l'ai décrite dans mon essai Les Personnages, mais elle n'est finalement jamais venue dans le roman. Peut-être n'avait-elle plus de raison d'être. Ce personnage m'est arrivé avec un nom : Magnus. Sa consonance scandinave m'a fait imaginer une ascendance islandaise, sans doute à cause de ma fascination pour les fameuses sagas de ce pays. Il était d'ailleurs en quête de ses origines. Et puis un autre personnage a surgi de manière impromptue d'un de mes livres précédents, Jours de colère, écrit il y a quinze ans. Le dernier rejeton de la grande fratrie des Maupertuis. A la fin de ce roman, il entrait comme simple frère convers dans une abbaye. Et le voilà qui revient sans crier gare, imposant la fin du nouveau livre et bouleversant le destin de son héros principal. C'est exactement ce genre de phénomène qui me donne envie de continuer. A quoi bon écrire si je ne suis pas la première surprise ?

Télérama : Et la forme, comment vient-elle ?

Sylvie Germain : Elle s'impose également d'elle-même. Pour mon dernier roman, par exemple, il m'a semblé que je ne devais pas dire tout de suite que Magnus était le nom de l'ours en peluche de mon personnage, qui a 5 ans au début du récit. L'idée m'est alors venue de le préciser dans une « notule » intercalée entre les chapitres, eux-mêmes intitulés « fragments ». D'autres paragraphes, nommés « séquence », « écho », « résonances », se sont par la suite insérés naturellement, comme des scansions du texte. Il y a une logique implacable de l'inconscient comme de l'imaginaire sur laquelle il faut se garder d'intervenir de façon trop intellectuelle.

Télérama : Le conte est une forme que vous affectionnez...

Sylvie Germain : A la limite, tous mes livres sont des contes. Magnus certainement, mais aussi Chanson des mal-aimants, mon précédent roman, qui racontait le destin d'une jeune femme abandonnée dès sa naissance, trimballée de famille en famille pour finir chanteuse des rues. Mes premiers livres, imprégnés de fantastique et de merveilleux, étaient également proches du conte. Les contes sont une source de sagesse et de pensée extraordinaire.

Télérama : A ce propos, vous citez volontiers cette phrase de Saint-John Perse : « Le poète doit être la mauvaise conscience de son temps. » C'est votre ambition ?

Sylvie Germain : Je ne me pose pas la question en ces termes. Pour moi, ce serait démesuré. Mais on essaie évidemment de s'expliquer avec soi-même et avec le monde, quand on écrit. J'avais à peine 10 ans quand mes parents m'ont emmenée visiter le camp de concentration du Struthof, à l'occasion d'un voyage dans les Vosges. Je me souviens d'un tas de cheveux, d'un autre de chaussures, d'un amoncellement de lunettes. A l'époque, je n'avais aucune idée des crimes nazis. Je me souviens d'un choc, d'un désarroi colossal. Je ne comprenais rien à ce que je voyais. Cette expérience a dû me rester, dans un coin de la tête, comme une image d'effroi, sur laquelle sont ensuite venues se greffer les informations reçues à l'école : la guerre de 1870, qui fut, comme celle de 1914, une fameuse boucherie. Le second conflit mondial et la Shoah. Vers 18 ans, j'étais capable de faire le lien et d'en concevoir une véritable blessure de conscience.

Télérama : Celle-ci est au centre de votre oeuvre.

Sylvie Germain : Elle m'est constitutive. Comment concilier la beauté de l'héritage occidental, celui de la chrétienté, tout ce qu'ils ont produit sur le plan artistique, culturel ou théologique, avec ce temps des génocides ? Comment concilier l'héritage de la culture allemande, dont j'aime la langue, la musique, la poésie - les poètes que je préfère sont tous de langue allemande -, avec la plus grande abomination qui ait jamais vu le jour ? Depuis mon premier roman, cette question du mal court à travers tous mes livres. C'est un des thèmes majeurs de l'art contemporain. Du cinéma, de la peinture - ce n'est pas un hasard si Guernica, de Picasso, est l'un des tableaux emblématiques du XXe siècle. Ou si les oeuvres de Rothko, sur la fin, ces grands rectangles noirs, évoquent des tombeaux. Et que dire de la musique contemporaine, à ce point cassée, déstructurée ? Tous les artistes sont les enfants d'une époque.

Télérama : Cette question du mal en entraîne une autre, qui parcourt également votre oeuvre, celle du silence de Dieu, celle de son consentement...

Sylvie Germain : Ce n'est pas un consentement, justement. En Occident, le discours théologique s'est considérablement nuancé depuis la Shoah. Chez les juifs, évidemment, mais également chez les chrétiens. Il était temps ! Moi, ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les théologies évoquant un Dieu tout-puissant. Ce sont plutôt des penseurs comme Maurice Zundel (1897-1975), qui envisagent un Dieu pauvre, dépouillé de tout, à l'instar du Christ sur la croix, un Dieu qui s'est démis de tous les pouvoirs. Et qui fait écho à ce qu'on appelle le çimçum dans la mystique juive, cette idée de la rétractation de la divinité pour laisser place au monde. Si Dieu est partout, il n'y a plus d'espace pour la création. En se rétractant, Dieu laisse toute liberté à l'humanité qui va son chemin. Il serait temps, comme l'écrivait le philosophe Emmanuel Levinas, d'avoir le courage d'affronter un ciel vide. Et de se dresser sur ses deux pattes sur cette terre, certes splendide, mais aride et violente. Non, le silence de Dieu ne signifie pas son consentement, mais liberté laissée aux hommes. Qu'ils aient enfin le courage de s'en prendre à eux-mêmes.

Télérama : Vous avez reçu de nombreux prix, en particulier le Femina pour Jours de colère, mais demeurez relativement méconnue. Votre réputation d'écrivain un peu mystique vous aurait-elle desservie ?

Sylvie Germain : Sans doute, bien qu'on ne m'ait jamais attaquée de front. Mais qu'importe, nombre d'excellents écrivains qui mériteraient largement d'être reconnus le sont beaucoup moins que moi. Aujourd'hui, certains auteurs sont lancés comme des produits. On leur demande de se conduire comme des acteurs ou des vedettes de télévision. D'autres rêvent d'être à la fois dans la Pléiade et dans Gala. Je regarde tout cela de loin.


Magnus, de Sylvie Germain, de Sylvie Germain, éd. Albin Michel, 260 p., 17,50 €

http://livres.telerama.fr/edito.asp?art_airs=M0509261148120&rub=3&page=a_la_une&srub=3

Télérama du 28 septembre 2005
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 23 Oct 2005 - 12:41

Je ne sais pas si c'est rendre service à Sylvie Germain de la comparer à Bernanos et à Dostoïevsky. Je l'avais un jour entendue se dire marquée par le Giono du Chant du monde plutôt, l'écriture à la fois très sensuelle et onirique. Même s'il y a une dimension spi.
Que vaut son dernier bouquin? Tu l'as lu, LP (c'est comme ça qu'on t'appelle ici, c'est un peu sec !)?
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Ven 28 Oct 2005 - 16:17

Le Livre des nuits :

Il [Victor-Flandrin] arriva au pied d'une colline couverte de chênes, de hêtres et de sapins ; la bise filait à ras de neige avec des sifflements aigus. Il gravit la route étroite qui serpentait au flanc de la colline selon des méandres de plus en plus tortueux. Il était impossible de s'orienter dans cette forêt transformée en immense congère où la lumière ne parvenait qu'assourdie et Victor-Flandrin avançait avec peine.
Il finit par être tellement essoufflé qu'il s'assit un moment sur une roche en saillie au bord d'une clairière. Le jour commençait déjà à décliner et pour la première fois depuis son départ Victor-Flandrin s'inquiéta de savoir où il coucherait la nuit venue. Il était complètement égaré , prisonnier de ce labyrinthe strident de vent.
Ce vent d'ailleurs se modulait bien étrangement, on aurait dit la voix d'un homme en émoi hurlant sa peine à la folie et Victor-Flandrin tressaillit soudainement tant cette voix avait des accents pareils au rire souffrant de son père.
Et voilà maintenant que ce vent se mettait à rôder autour de la clairière, se rapprochant imperceptiblement. Il restait là, cloué sur sa pierre, n'osant pas bouger ni même tourner la tête. L'obscurité s'était épaissie jusqu'à la pénombre, la nuit était déjà là, et le fin croissant de lune qui brillait très haut dans le ciel comme une infime virgule blanche parmi les étoiles n'éclairait que le centre de la clairière. Mais ce peu de lumière attira Victor-Flandrin ; il se leva enfin de la pierre où il commençait à s'engourdir et marcha vers elle comme si ce pauvre bout de clarté pouvait lui offrir un plus sûr asile. Deux autres lueurs perçaient la nuit. Il les découvrit alors qu'il s'avançait vers le halo de lune ; elles se tenaient assez loin encore, mais il put les distinguer grâce à la tache d'or qui donnait à son œil gauche une vision de chat. C'étaient deux minces traits obliques d'un jaune étincelant qui semblaient le fixer. Il ralentit son pas, et son cœur également se mit à ralentir. L'autre émergea enfin de la pénombre mais ne se dirigea pas directement sur Victor-Flandrin ; il se mit à longer la bordure de la clairière sans le quitter des yeux. Sa démarche était remarquablement souple et soulignait la minceur de ses reins. Son poitrail au contraire était ample et bombé, et son pelage gris argenté par le givre s'y hérissait en touffe plus claire.
Victor-Flandrin fit comme l'animal, il commença à tourner en rond, à sa cadence, ses yeux également rivés aux siens, et bientôt il répondit à ses grondements par des sons aussi rauques. Cette ronde à l'amble dura longtemps, puis le loup fit une brusque incartade qu'imita immédiatement Victor-Flandrin. Ainsi les deux se retrouvèrent-ils bientôt tout proches l'un de l'autre, tournant en cercles de plus en plus resserrés.
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Sam 29 Oct 2005 - 11:47

"Le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2004 a été attribué jeudi 27 octobre à Henriette Jelinek, âgée de 82 ans, pour "Le destin de Iouri Voronine " (éd de Fallois).

Henriette Jelinek a obtenu au 3ème tour 11 voix contre 10 à Valentine Gobyet son roman "L'antilope blanche" (Gallimard) et 4 à Sylvie Germain avec "Magnus" (Albin Michel)."

Henriette Jelinek a 82 ans. Elle a été découverte par Raymond Queneau en 1962. Elle a publié la moitié de son oeuvre chez Gallimard.
Pourtant je n'ai jamais lu une ligne de son oeuvre. Jamais rencontré quelqu'un qui la lisait. Sans doute les 7500 euros du prix ne lui seront-ils pas inutiles ?
Question : les critiques, la maison Gallimard font-ils leur travail ? L'Académie française est-elle dans son rôle ?
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Jacques Layani
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Lun 31 Oct 2005 - 12:15

Henriette Jelinek ? J'ai lu deux livres, La Vache multicolore et Madame le président de la République, distants de plusieurs années.

AUCUN intérêt.
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 0:25

Je n'ai toujours pas lu le Sylvie Germain, et un ami se pose la question de l'inviter dans notre bonne ville de province.
Quelqu'un a-t-il un avis ici ?
Voici celui de Dominique Fernandez :

"Sylvie Germain s'enlise
La romancière raconte la vie d'un orphelin, Franz-Georg, dont les parents furent nazis. Une parabole peu inspirée
Etonnante Sylvie Germain ! Un des meilleurs écrivains de sa génération, auteur d'une dizaine de romans indépendants de toute mode, qui nous ont laissé le souvenir d'une oeuvre taillée dans le roc d'une prose hautaine et forte. « Magnus » nous projette dans un univers très différent de la province française où elle ancrait précédemment ses textes. Franz-Georg, né juste avant la guerre, est le fils de nazis allemands. Ses parents ont disparu - morts ou cachés - et il doit grandir avec cet énorme poids de culpabilité indirecte. Problèmes d'identité, de langue. Qui suis-je ? Son puzzle familial ressemble à un tableau d'Otto Dix ou de Georg Grosz, ces peintres allemands qui ont érigé l'horrible en règle d'art, représentant des hommes et des femmes défigurés par la laideur, la bêtise, la cruauté.
Comment faire le deuil de tels parents ? «Ils tiennent son coeur captif; il est l'otage posthume de deux prédateurs auxquels la mort assure désormais une éternelle impunité, et donc une perpétuelle malfaisance à son égard.» Toute la première partie du livre se maintient à ce niveau, et l'on suit avec intérêt les aventures de l'orphelin et ses vains essais pour «tordre le cou au spectre paternel». Malheureu-sement la suite est bien décevante. Le jeune hom-me a recours aux femmes pour tenter de renaître à une vie acceptable. Le roman bascule alors dans la convention d'amours extrêmement banales. Ou plutôt, les deux maîtresses successives de Magnus (il a pris le nom de son ours en peluche, témoin et rescapé de son enfance) sont de simples emplois, sans consistance ni épaisseur. Comme élégie sur l'impossibilité de surmonter un passé trop lourd, le livre garde une certaine beauté ; comme roman, il est raté. En dehors de Magnus, les personnages n'existent pas. Les fragments de poèmes intercalés entre les chapitres (Shakespeare, Supervielle, Thomas Hardy, Celan) montrent bien de quel genre relève ce livre, qui eût gagné à être dégagé de toute intrigue. D'ailleurs, Sylvie Germain commente plus qu'elle ne raconte. On entend à l'arrière-plan sa voix, comme celle d'une pleureuse accablée par l'horreur des événements.
Quant à la partie finale, où l'on voit apparaître un certain « frère Jean », qui élève des abeilles dans une forêt et exerce une sorte de mission pacificatrice, elle pourra plaire à ceux qui trouvent dans la lecture de Coelho des consolations. On connaissait depuis longtemps cette dérive spiritualiste chez l'auteur autrefois plus abrupt de « Jours de colère ». Les bons sentiments, comme on sait, n'acèrent pas les plumes. «Chaque être aimé, en disparaissant, ravit un peu de chair, un peu de sang, à ceux qui restent sur la terre, tremblant de froid et de fadeur dans le crachin continu de l'absence.» Certes, mais n'est-ce pas dit sur un ton un peu trop sentencieux ?"
«Magnus», par Sylvie Germain, Albin Michel, 260 p., 17,50 euros.
Née en 1954 à Châteauroux, Sylvie Germain suit les cours d’Emmanuel Lévinas à la Sorbonne. Doctorat de philosophie à Nanterre. En 1981, elle entre au ministère de la Culture et publie plusieurs romans, dont « le Livre des nuits ». Elle a vécu sept ans à Prague.
Par Dominique Fernandez
Nouvel Observateur - 03/11/2005
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 0:27

LITTERATURE

Le Goncourt des Lycéens
décerné à Sylvie Germain

NOUVELOBS.COM | 07.11.05 | 15:35

L'écrivaine a été récompensée, par un jury composé uniquement lycéens, pour "Magnus", un roman qui retrace le destin d'un garçon élevé par un médecin nazi.

 
Sylvie Germain (Sipa)
  Le 18e prix Goncourt des Lycéens a été décerné lundi 7 novembre à Sylvie Germain pour "Magnus" (Albin Michel).
Le roman, de 276 pages, retrace l'étrange destin d'un jeune garçon à la recherche de ses origines après avoir été élevé par un médecin nazi. Il a obtenu 7 voix sur 13, devant "L'attentat" de Yasmina Khadra.
Le jury, composé de 13 élèves - douze filles et un garçon- s'était réuni dans une brasserie de Rennes (Ille-et-Vilaine).
La lauréate devrait rejoindre en fin d'après-midi les lycéens à Rennes pour rencontrer les membres du jury ainsi que sept classes ayant participé au vote.
18e édition
La présidente de l'Académie Goncourt, Edmonde Charles-Roux, et le ministre de l'Education Gilles de Robien seront également présents pour fêter les 18 ans de ce prix littéraire créé à Rennes en 1988 à l'initiative de la Fnac de cette ville et du ministère de l'Education.
Au total, près de 2.000 élèves issus d'une cinquantaine de classes de lycées de toute la France ou de l'étranger, ont eu deux mois pour lire 12 des 14 romans sélectionnés pour le Goncourt traditionnel.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 0:34

Il est vrai que Dominique Fernandez ne donne pas vraiment envie de lire Magnus.
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 0:38

Mais voici un contrepoids (moins crédible peut-être ?) :

"Journaliste : Patrick Kéchichian
Journal : Le Monde du 23 septembre 2005
Notre mémoire ne remonte pas au jour de notre naissance. Comblant le vide, nos parents sont, dans l'ordre naturel des choses, les dépositaires légitimes de ces souvenirs manquants. Ils nous les racontent, nous en montrent les images et, plus tard, nous apprenons, ou vérifions, de quels épisodes de l'histoire nous avons été, en nos toutes premières années, les inconscients et innocents contemporains. Sur le thème de cette mémoire manquante, enfouie ici dans le secret et la honte d'un XXe siècle de ruines et de carnages, Sylvie Germain a construit un roman complexe mais limpide, riche d'une sensibilité à la fois exacerbée et parfaitement maîtrisée. C'est l'art frémissant et sans retenue de l'auteur du Livre des nuits, de Jours de colère, ou du plus secret récit, La Pleurante des rues de Prague, que l'on retrouve ici en plénitude.

De l'histoire de Magnus, "homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes", Sylvie Germain aurait pu faire un très gros roman. Elle a choisi au contraire de concentrer sa matière dans un livre relativement court, disposé en brefs chapitres, qu'elle nomme "fragments" . Et ceux-ci sont coupés de notes, digressions et citations qui ne ralentissent en rien le rythme de la narration. De plus, cette disposition permet d'ouvrir des portes sur la réalité, ou sur la littérature, donnant au propos plus de profondeur... Avec audace et intuition, avec une force spirituelle et lyrique peu commune dans le roman contemporain, Sylvie Germain campe des personnages assez pleins et habités pour être crédibles, malgré la multiplicité et l'accumulation haletante des épisodes. Et c'est comme naturellement que l'émotion dont témoigne son écriture se communique au lecteur."
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Alix
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 0:43

Je pense que tu n'aimes pas du tout la littérature édifiante, Hannibal ?
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Sylvie Germain   Dim 13 Nov 2005 - 1:08

Alix a écrit:
Je pense que tu n'aimes pas du tout la littérature édifiante, Hannibal ?

Je ne sais pas vraiment ce que c'est... Peut-être des écrivains comme Coelho ? Alors je n'aime pas. Mais depuis que Marie Rêve en a écrit du bien, je ne considère plus la littérature de Coelho comme nulle.
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