Propos insignifiants

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 Kangouroad Movie d'A.D.G.

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LP de Savy
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MessageSujet: Kangouroad Movie d'A.D.G.   Jeu 29 Sep 2005 - 22:11

A.D.G.
Kangouroad Movie
Gallimard, «La Noire», 320 pp., 17,50 €.

L'histoire du manuscrit de Kangouroad Movie ressemble à son auteur. «J'avais très mal pris de ne pas être réédité pour le cinquantenaire de la Série Noire, moi, un des seuls auteurs à lui être toujours resté fidèle. Alors, parano aidant, j'ai décidé de fabriquer une supercherie : un polar australien,traduit par mes soins. Comme ça, pour les emmerder.» A.D.G. serait allé jusqu'au bout de la farce sans un incident de parcours. «Pour la première fois, j'utilisais un ordinateur et j'ai écrasé un chapitre entier. C'était une partie compliquée, très technique, et je dois dire que ça m'a méchamment troué la bite. J'ai tout laissé tomber pendant trois ans.» L'homme n'est pas du genre à peaufiner indéfiniment. Il écrit comme il vit, sans jamais regarder en arrière. «J'ai fait tous mes polars en vingt ou trente jours. En général, je livre ma première frappe, sans hésitation, sans remords.» A.D.G. aime jouer à l'emmerdeur, une discipline dans laquelle il excelle depuis un peu plus de cinquante-six ans. Jadis chroniqueur à Minute, abonné des fêtes Bleu-Blanc-Rouge, ami intime de Le Pen, il reste aujourd'hui une des signatures régulières du Rivarol. «Le premier journal où a écrit Antoine Blondin, un vieux copain.»

Peut-être que si A.D.G. manie la plaisanterie sarcastique avec tant d'obstination, c'est parce qu'il n'est pas l'auteur du premier gag de sa vie. Ses parents, monsieur et madame Fournier, eurent la pétillante idée de le prénommer Alain. Pour un type qui veut faire des livres et qui a vécu la lecture du Grand Meaulnes comme une péripétie scolaire douloureuse, le coup est rude. C'est ainsi qu'il choisit les initiales A.D.G., diminutif d'un de ses pseudonymes, Alain Dreux Galloux, avec lequel il signe des oeuvres de jeunesse. C'est aussi de cette claquante signature qu'il paraphe une de ses meilleures Série Noire, le Grand Môme, suite apocryphe du roman de Fournier, dans lequel il intronise son personnage fétiche, le journaliste Serguei Djerbitskine, alias Machin. Plus tard, il emprunte un autre nom, Alain Camille, pour signer les Trois Badours, poilante épopée de trois clowns ringards de music-hall qui commettent le hold-up le plus minable du polar français.

Car, bien avant de devenir l'alibi littéraire contemporain du Front national, A.D.G. a surtout été un des plus brillants écrivains du polar français. Roger Giroux, traducteur de Lawrence Durrell, le découvre avec la Divine Surprise en 1971. Il enchaîne avec Cradoque's Band, hommage célinien comme son titre l'indique, Je suis un roman noir, La marche truque, puis ses hilarantes chroniques berrichonnes, la Nuit des grands chiens malades et Berry Story. Une quinzaine de romans qui l'installent dans le paysage des années 70 et 80, avec Jean-Patrick Manchette, comme l'un des jeunes carnassiers qui mixent critique sociale virulente et sens narratif hors du commun. Pourtant, alors que tous les autres sont issus de l'héritage de l'ultragauche de 68, lui se prétend un réac pur et dur. Son rôle de vilain petit canard atteint son point d'orgue lors d'un homérique Droit de réponse, l'émission de Michel Polac. «En qualité de chroniqueur de Minute, j'étais venu témoigner, sincèrement, de mon regret de voir Charlie Hebdo disparaître. Surtout, on était tous bien chargés et, après quelques minutes, j'ai mis des gifles à Siné qui m'insultait et j'ai été expulsé du plateau. Choron, qui en tenait une bonne aussi, a protesté parce qu'il trouvait cela injuste. Il a été expulsé aussi et nous nous sommes retrouvés au pied de la Maison de la radio pour une biture mémorable.»

Dans les années 80, le trublion se fatigue. Après s'être fâché, un gag récurrent chez lui, avec une partie de la rédaction de Minute, il s'installe en Nouvelle-Calédonie. «C'était le Far West avec les cow-boys, les Indiens et même le 7e de cavalerie.» La rencontre avec sa future épouse n'est pas totalement étrangère à son nouveau cantonnement près de Nouméa. «Et puis ça a pété...» Il abandonne la rédaction du second tome du Grand Sud, saga de la Nouvelle-Calédonie commandée par Louis Nucéra, alors directeur de collection chez Lattès, pour écrire trois polars ­ pas très bons, de son propre aveu ­ et pour créer un hebdo anti-indépendantiste qui lui vaudra une flopée d'ennemis, une nuit mouvementée de garde à vue et l'oubli dans un sinistre suicide littéraire. «Je suis revenu à Paris en 1991, après mon divorce, totalement dépressif. Ensuite, on m'a diagnostiqué un crabe aux poumons. J'ai souvent entendu que le cancer était une maladie longue et douloureuse. C'est surtout une maladie très chiante.»

Libération du 15 mai 2003
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Kangouroad Movie d'A.D.G.   Jeu 29 Sep 2005 - 22:13

Patrick Raynal, le directeur de la Série Noire, connaît bien l'énergumène : «Depuis des années, je lui proposais de publier un nouveau polar. Un de ceux qu'il écrivait avant, mais je n'y croyais plus. Finalement, après avoir lu le manuscrit, je l'ai tout de suite appelé pour lui assurer qu'on le prenait. Impossible de le joindre, il était parti en vacances.» Entre les deux costauds, c'est une vieille histoire. «Nous nous sommes rencontrés au premier Salon du polar de Grenoble. Un soir, dans une brasserie, nous étions tous là et je me souviens que l'association 813 voulait prendre le pouvoir en faisant de l'entrisme. A moi, un ancien de la GP, on n'allait pas me la faire ! Jean-François Vilar a fait un scandale en disant qu'A.D.G. était un facho et qu'il n'avait pas sa place parmi nous. Alors, Robert Soula, qui était alors le directeur de la Série Noire, est allé s'asseoir à côté d'A.D.G. et moi, par solidarité pour le talent de cet écrivain, je les ai rejoints.»

Aujourd'hui, ils moins nombreux à trouver les livres d'A.D.G. infréquentables, même si ses positions politiques sont toujours aussi nauséeuses . Michel Le Bris vient de l'inviter au Festival de Saint-Malo. «Je préfère un écrivain dérangeant que sans talent. Ce genre de débat me rappelle les années 70 quand on subissait un mauvais artiste qui chantait contre la torture en Espagne. Si on applaudissait, cela voulait dire qu'on aimait le chanteur et si on n'applaudissait pas, cela signifiait qu'on était franquiste !»

A Saint-Malo, A.D.G. présentera donc son Kangouroad Movie, un livre de retour. L'histoire se déroule au fin fond de l'Australie, entre désert à perte de vue, serpents venimeux, légendes aborigènes et complots industriels. Le héros est Paddy O'Flaherty, Irlandais tête de cochon pur sucre, immigré de la troisième génération et ancien sous-off des SAS australiens. Un baroudeur un peu bas du front, claquemuré dans sa misanthropie et qui cherche sa rédemption dans un boulot qui n'existe que dans cette partie du monde. Il surveille et répare la plus grande prison du monde, la barrière anti-dingos : 5 300 kilomètres de clôture. Aux côtés de Paddy, il y a Pickwick Pickwick Kadigbaku, un aborigène dickensien qui, «quand je dis une bêtise, [il ]me regarde comme si j'étais un tableau accroché de travers».

Pour l'instant, A.D.G. se contente du plaisir d'être à nouveau en librairie. Avec Kangouroad Movie, mais aussi avec la Nuit myope, une jolie nouvelle parue chez Balland il y a presque vingt ans et rééditée aux éditions Durante. Il y a fort à parier, néanmoins, qu'il va se remettre au travail. «Il faut d'abord que je m'acclimate. Depuis le temps, j'ai perdu la France. Je serais incapable de décrire un printemps en Touraine. Ça me rappelle une histoire d'Antoine Blondin. Il s'était disputé avec sa femme, aussi saouls l'un que l'autre. Elle l'a étendu pour le compte d'un coup de poêle à frire. Après son coma, il ne savait plus utiliser les mots. Blondin qui ne trouvait plus ses mots ! Il est allé à Dourdan chez Audiard où un orthophoniste lui réapprenait tout, jour après jour. Moi, c'est un peu pareil, je vais avoir besoin de ça pour tout réapprendre.»

Manifestement, il est sur la bonne voie. A.D.G. n'a pas changé. Il évoque même un prochain roman où l'on retrouvera Machin. «Je lui réserve un chien de ma chienne parce que je me suis fâché avec le gars qui m'a inspiré le personnage.» Pas de doute, le dingo a trouvé la sortie de sa prison.

Libération 15/5/03 Bruno Icher
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Kangouroad Movie d'A.D.G.   Jeu 29 Sep 2005 - 22:14

Semaine du jeudi 5 juin 2003 - n°2013 (Nouvel Obs) - Livres
Du rififi chez les kangourous

A.D.G., le retour

On le croyait parti aux antipodes. Il y était. Il en a même rapporté un roman aussi noir qu’au bon vieux temps

C’était il y a longtemps, Jurassic Park, un autre siècle, en bref une bonne trentaine d’années. Le thriller français style «hard boiled» se renouvelait ou s’inventait grâce à deux hommes: à gauche Jean-Patrick Manchette, plus ou moins anar ou trotskiste sur les bords, et à droite A.D.G., à qui l’on accrochait l’étiquette de facho et qu’on n’en parle plus. Et puis Manchette est mort et A.D.G. a disparu de la circulation, exilé quelque part aux antipodes. Ils avaient eu des héritiers: Daeninckx, Fajardie, Vilar, Topin, et l’on en passe. La page en somme était tournée. On le croyait du moins. On avait tort.
A.D.G. certes était bien parti aux antipodes. Fallait-il pour autant l’enterrer? Quinze ans après la publication de sa dernière Série noire, le voici de retour. En pleine forme. Une voix surgie du plus profond du désert ou de l’Outback australien, là où son héros, Paddy, un ancien baroudeur du SAS, a trouvé un emploi, on n’ose pas dire une retraite, comme responsable de l’entretien d’un tronçon d’une interminable clôture métallique qui traverse les étendues désertiques du bush afin de protéger les zones exploitées des ravages des dingos et autres lapins sauvages. Aucun risque d’ennui, avec A.D.G. Ça va, ça vient, ça canarde, ça explose à chaque page. On vise des hélicoptères en plein vol. Des poids lourds se chassent, se renversent et s’embrasent à l’approche des agglomérations. On se bagarre dans des saloons comme au bon vieux temps de la conquête de l’Ouest. Des apparitions volantes et furtives, non identifiées, massacrent en plein désert de douteux touristes. Des gardes du corps jouent les Mad Max à moto. En fait de retraite, Paddy, flanqué d’un aborigène au nom irréfutable de Pickwick-Pickwick et d’une jolie Suissesse trop écolo pour être honnête, vit des aventures assez peu pantouflardes. C’est du cinéma. Du pur cinéma. Mel Gibson n’est pas loin. «Kangouroad Movie»: A.D.G. abat ses cartes avec le choix de son titre.
Pourtant, là n’est pas l’essentiel. L’auteur garde de meilleurs atouts dans sa main. En vérité, il s’est laissé envoûter par l’Australie bien plus que par les prouesses aventureuses et pyrotechniques de ses héros. Le voilà, le personnage central de ce livre, amoureusement, ethnologiquement et botaniquement décrit: son décor! Rien ne lui échappe. Ni les appels criards des cacatoès gallahs ni les silhouettes des pandanus et des filaos le long des creeks asséchés. Il y a presque chez A.D.G. comme une mystique du paysage, une fascination pour ces étendues minérales et infinies saupoudrées de villes à l’abandon, d’exploitations rurales semblables à d’improbables paradis ou de réserves hantées par des aborigènes qui ne savent plus guère à quel passé, à quelle tentation ou à quelle multinationale minière s’abandonner. Le tout servi par une langue désinvolte, brutale, argotique et précieuse, qu’il serait ridicule comme certains en ont eu la tentation, autrefois, de qualifier de célinienne. Il suffit de rester à des altitudes plus modestes. Le ton A.D.G., c’est déjà très bien. Cette musique oubliée et retrouvée, désinvolte et entraînante. Comme un air de country venu de l’autre bout du monde, une mélodie rugueuse, familière et mélancolique sous ses dehors bravaches.
«Kangouroad Movie», par A.D.G., Gallimard «la Noire», 320 p., 17,50 euros.

A.D.G.
Né en 1947 à Tours, il publie son premier roman en 1971 dans la Série noire sous pseudonyme, par mesure de prudence, expliqua-t-il, «car l’action se passait dans le milieu marseillais avec des gens qui existaient». Parmi ses polars les plus célèbres: «la Nuit des grands chiens malades», «Berry Story», «Balles nègres» et «Joujoux sur le caillou».

Frédéric Vitoux
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MessageSujet: Re: Kangouroad Movie d'A.D.G.   Jeu 29 Sep 2005 - 22:15

Année 70 : le néo-polar

S. Lapaque
[27 mai 2003, le Figaro]

La France s'ennuyait. Rangés les drapeaux rouges et dispersées les barricades, la rue Gay-Lussac était triste. Accrochés à leur machine à écrire, une poignée de jeunes gens en colères cherchaient désespérément un moyen de retrouver leurs illusions perdues. La littérature s'imposa comme une fin, le polar comme un moyen. En 1971, Jean-Patrick Manchette publia sa première «Série Noire», Laissez bronzer les cadavres, puis L'Affaire N'Gustro, inspirée par l'enlèvement à Paris en 1965 de Mehdi Ben Barka par les services secrets marocains. Le roman noir français s'était trouvé une belle gauche. Avec A.D.G., qui fit paraître La Divine Surprise, on comprit qu'il avait également une bonne droite, même si ce premier opus n'était pas aussi maurrassien que son titre ne le laissait supposer. Enthousiasmés, les lecteurs ne cherchèrent pas à opposer Manchette à A. D. G, se souciant peu de savoir que celui-ci écrivait dans Minute et celui-là dans Charlie-Mensuel.

Ce qu'il goûtèrent, c'est un même réalisme, un même sens de la critique sociale, un même goût d'une écriture soignée chez deux écrivains nourris de jazz, de cinéma et de littérature américaine. Le néo-polar était né. Il régala les amateurs pendant près de dix ans, du règne de Georges Pompidou à l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

Mis au parfum, le public plébiscita également Pierre Siniac, Jean Vautrin, Alain Demouzoun, René Reouven, Hervé Jaouen et Hervé Prudon, avant de s'intéresser à un dernier jeune homme en colère en la personne de Frédéric H. Fajardie. En 1979, ce cadet nerveux et doué signa Tueurs de flics, violent roman témoignant de la réalité sociale et de la crise économique. Un quart de siècle plus tard, Jean-Patrick Manchette et Pierre Siniac sont morts, mais la plupart des chefs de file du néo-polar sont toujours là. Sans mettre de l'eau dans le noir de leur encre, ils ont ressenti le besoin de faire respirer leur inspiration au grand large, quittant les rives du polar pour les territoires magnifiques et sauvages du roman d'aventures. Épopées historiques ou affaires présentes, elles ont stimulé l'imagination d'A. D. G (Le Grand Sud, Kangouroad movie), de Frédéric H. Fajardie (Les Foulards rouges, Le Voleur de vent) et de Jean Vautrin (Le Temps des cerises, Les Noces de Guernica). A ce dernier, l'air du large a plutôt bien réussi. Un Grand Pas vers le Bon Dieu, saga chez les Cajuns de Louisiane au tournant du XIXe et du XXe siècle, a été couronné par le prix Goncourt en 1989.
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