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 le Dictionnaire égoïste de Charles Dantzig

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LP de Savy
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MessageSujet: le Dictionnaire égoïste de Charles Dantzig   Mer 5 Oct 2005 - 17:06

Rencontre avec Charles Dantzig

Le lecteur égoïste

Romancier, éditeur, il publie un passionnant «Dictionnaire égoïste de la littérature française» où il affiche ses goûts et ses détestations. Explications

Il vénère Racine et Musset, sort son bazooka quand on lui parle d’Aragon, voit en La Bruyère un «porc-épic immobile», feint d’oublier que Michaux fut l’auteur du prodigieux «Un barbare en Asie», aime Giono mais n’aime pas Giono, tient que Mérimée est «l’un de nos meilleurs écrivains secs». Insatiable lecteur, Charles Dantzig est surtout, pour la formule qui tue, un extraordinaire tireur d’élite. «Pour quantité d’écrivains, la postérité, c’est tout de suite. Ce sont les écrivains nuls. Tout le monde les connaît.» Au fil des mille pages de ce passionnant et impitoyable dictionnaire amoureux de la littérature, Dantzig déboulonne quelques réputations, ravive quelques gloires et invente le littérairement incorrect.


Le Nouvel Observateur. – Dans ce volumineux dictionnaire de la littérature, vous accordez la plus grande place aux classiques. Pourquoi?
Charles Dantzig. – C’est un double effet de mon arbitraire et de mon ignorance. J’ai tenté de ne parler que des auteurs qui me faisaient plaisir. Certains classiques, d’ailleurs, manquent à l’appel, comme Ronsard. Mais c’est que Ronsard ne m’emballe pas. Et puis le livre s’est fait en se faisant, avec cette seule idée en tête: la vie est ennuyeuse, et la littérature ne l’est pas.

N. O. – Vous aviez une revanche à prendre sur vos années de collège pour vous lancer dans cette monumentale entreprise?
C. Dantzig. – Non, j’étais bon élève. Très mauvais comportement, mais bon élève. J’ai lu Verlaine à 7 ans et Baudelaire à 10. Au cours élémentaire, une institutrice écrivait au tableau un poème de Musset, que je connaissais par cœur parce que je le lisais depuis des semaines en cachette, et elle s’est trompée dans sa transcription. Je le lui ai fait remarquer. Elle ne pouvait évidemment accepter qu’un enfant la corrige. Alors oui, c’est ma revanche, si vous voulez, sur l’Education nationale.

N. O. – Vous ne parlez que des écrivains morts. Pourquoi?
C. Dantzig. – Sagan est, en effet, la dernière. C’est que je crois que la mort définit un écrivain. Si j’avais fait une notice sur Chateaubriand trois ou quatre ans avant sa disparition, cette notice n’aurait pas pu prendre en compte la «Vie de Rancé», qui est pour moi son plus beau livre. La deuxième raison, c’est que la mort, c’est la suppression de la bienséance. Si j’avais parlé de Sagan de son vivant, j’aurais dû prendre des précautions, parce que c’est une femme charmante. Après la mort, on parle sans crainte. Et on voit plus clair.

N. O. – Comment est née votre passion pour la littérature?
C. Dantzig. – Je suis né dans une famille de grands lecteurs, où l’on faisait ce qu’on appelait ses humanités. Ma grand-mère était une relation de Montherlant. Pour moi, le déclic, ça a été «l’Argent» de Zola, que j’ai pris par hasard dans la bibliothèque de mes parents. Un choc. Zola, c’est écrit sans mensonge. J’avais enfin, en le lisant, le sentiment qu’on ne me mentait pas. Je suis contre Cocteau lorsqu’il affirme: «Je suis un mensonge qui dit la vérité.» Pour moi, la littérature n’a rien à voir avec le mensonge.

N. O. – Quel est votre panthéon littéraire idéal?
C. Dantzig. - Il n’est pas très original. Proust, mais aussi Toulet ou Jean de La Ville de Mirmont. Je ne me passerais pas non plus de Musset, de Léautaud, de Racine.

N. O. – Vous n’aimez pas les écrivains qui ponctuent beaucoup. Comme Flaubert…
C. Dantzig. – J’adore Flaubert. Mais je suis pour une ponctuation maigre. Voltaire et Mérimée ponctuent peu. Barrès n’est pas un mauvais écrivain, mais il le devient lorsqu’il rajoute partout des virgules. Pour revenir à Flaubert, c’est vrai qu’il ponctue beaucoup. Mais il était normand, il avait un côté viking. Il aimait le clinquant. Flaubert est un barbare sublime.
N. O. – Proust vous a-t-il jamais déçu?
C. Dantzig. – Non, je ne crois pas. Proust n’est jamais long. Moins long que des auteurs de romans de 100 pages. Une chose, peut-être, me plaît un peu moins chez lui, c’est «Albertine disparue». Parce qu’il s’agit d’amour et que je ne vénère pas beaucoup ce petit dieu quelconque.

N. O. – De Balzac vous dites qu’il «agrandissait le roman»…
C. Dantzig. – Avant lui, c’était un genre pour chambrières. Tout d’un coup, il l’extirpe de son domaine nunuche en lui ajoutant de la pensée. D’ailleurs je crois que toute l’histoire de l’art est une conquête perpétuelle sur la vulgarité. Même chose pour le cinéma. Le cinéma, dans les années 1920 à Hollywood, c’était fait par des forains. De grands maîtres en ont fait un art.

N. O. – Vous avez aussi des bêtes noires. Cioran, par exemple.
C. Dantzig. – Je n’aime pas, chez Cioran, la forfanterie dans l’amertume. Mais Cioran n’a jamais été un faiseur pompeux, ni un King Kong de son propre génie. Voilà pourquoi je ne lui consacre pas de notice. Alors que Claudel, qui a emmerdé la France entière pendant bien longtemps, et qui continue de le faire, méritait bien qu’on s’attarde sur son cas. Je n’aime pas l’esbroufe, voilà pourquoi je n’aime pas Claudel. Je n’aime pas non plus les jeux de langage style Oulipo. Ça m’indigne. Parce que la littérature, ce n’est pas le Rubik’s Cube. C’est tout le contraire d’un jeu.
Propos recueillis par Didier Jacob

«Dictionnaire égoïste de la littérature française», par Charles Dantzig, Grasset, 968 p., 28,50 euros.

Editeur chez Grasset, Charles Dantzig est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, dont plusieurs essais, des poèmes et des traductions. Il a publié trois romans, dont «Nos vies hâtives», qui a obtenu les prix Roger-Nimier et Jean-Freustié.

Par Didier Jacob
Nouvel Observateur - 15/09/2005
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Jacques Layani
Bavard


Nombre de messages : 12
Date d'inscription : 29/06/2005

MessageSujet: Re: le Dictionnaire égoïste de Charles Dantzig   Mer 5 Oct 2005 - 17:33

"C’est que je crois que la mort définit un écrivain" : ah que peut-être que c'est bien tourné, ça, ah que comme phrase.
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