Propos insignifiants

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 U.S.A. de John Dos Passos

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LP de Savy
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MessageSujet: U.S.A. de John Dos Passos   Mer 12 Oct 2005 - 17:15

"USA" : les USA désespérants de John Dos Passos

Il était devenu en France l'auteur d'un seul livre, "Manhattan Transfer". La publication intégrale de sa trilogie pourrait lui redonner sa place de grand écrivain.
USA (Le 42e Parallèle, 1919, La Grosse Galette) de John Dos Passos. Préface de Philippe Roger, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par N. Guterman, Yves Malartic, Charles de Richter, révisions par C. Jase et S. Boulogne.

Gallimard, "Quarto", 1 342 p., 30 €.

Faulkner admirait Dos Passos, Dos Passos admirait Faulkner. Chacun jugeait l'autre meilleur écrivain que lui. A constater la différence de leurs fortunes littéraires, on se dit que Faulkner devait être bien modeste. Dos Passos considérait Hemingway comme un maître du style lyrique sec, Hemingway voyait en Dos Passos un grand chroniqueur, peintre de fresques d'histoire. Puis ils se fâchèrent, sur la question communiste. Tous les deux étaient allés en Espagne voir la guerre civile ; Dos Passos tenait pour les anarchistes et trotskistes, Hemingway soutenait les staliniens. La politique brouillait tout, les meilleurs amis, soudain, se tournaient le dos.

Quand Jean-Paul Sartre, en août 1938, dans la NRF, réfléchissant sur Le 42e Parallèle et 1919, déclarait pour finir : "Je tiens Dos Passos pour le plus grand écrivain de notre temps", il avait pourtant repéré le dessein de son art : "Nous faire sentir que les jeux sont faits." Sartre avait perçu la contradiction entre un art de conter tout neuf et un désespoir historique qu'alors, à un mois de Munich, il n'était pas loin de partager (1). Selon lui, Dos Passos voulait faire sentir que "dans la société capitaliste les hommes n'ont pas de vie, ils n'ont que des destins". Si nous le sentons, nous vient le désir de briser nos destins : "Nous voici des révoltés : son but est atteint."Mais, en nous enfermant avec ces personnages dans un passé gelé "derrière la glace", il gelait aussi notre révolte, car dans ce monde-ci, le monde réel, les vrais révoltés veulent changer la condition présente des hommes, ce qui entraîne des actions au jour le jour. Or, des actions, John Dos Passos avait fini par désespérer : les desseins des hommes, dans la réalité, tournent toujours mal. Mieux vaut opter pour le moindre mal. Ainsi devint-il, aux yeux de ceux qui continuaient à vouloir changer le monde, un réactionnaire. Après la guerre, il se mit sur la défensive : l'Amérique étant menacée par une puissance totalitaire ennemie et surarmée, il en vint à soutenir publiquement la politique du sénateur McCarthy (mais il témoigna en faveur d'un de ses anciens camarades de lutte).

La guerre froide a tué John Dos Passos, comme auteur à lire. Il a fallu jusqu'à aujourd'hui pour que USA, la trilogie que l'écrivain avait rassemblée sous ce titre en 1936, soit enfin accessible au public francophone dans son intégralité, avec le prologue et l'épilogue.


UN ART INTACT

L'événement est considérable, il pourrait faire réévaluer l'œuvre de Dos Passos - toute son œuvre -, et même réviser le canon des valeurs littéraires américaines vues d'ici. La collection "L'imaginaire" a repris récemment La Belle Vie (2). Datant de 1964, le livre était passé quasiment inaperçu - Dos Passos, alors, soutenait Barry Goldwater aux présidentielles ! Ces Mémoires dynamitent l'idée reçue selon laquelle c'est l'écrivain qui aurait été accidenté dans son virage à droite. Son art est intact. Pour la gauche intellectuelle, cet homme était devenu un traître, et d'abord à lui-même.

Le plus frappant, dans USA, est la réussite d'une technique littéraire "moderniste". Quatre modes d'écriture alternent : les "actualités" (collages de titres de journaux, fragments d'articles, affiches, paroles de rengaines, etc.) ; "l'œil-caméra" (visions subjectives écrites en style éclaté et qui sont des instantanés d'autobiographie) ; les biographies- minute de personnalités publiques (parmi lesquelles : Thorstein Veblen le théoricien radical qui n'a jamais pu se résoudre au "oui essentiel", Isadora Duncan, la danseuse aux écharpes, William R. Hearst, le propriétaire de journaux aux ambitions politiques) ; enfin, et pour le corps du roman, les récits de vie, en style objectif, de douze personnages appartenant à diverses couches de la société et dont les itinéraires parfois se croisent. Ce sont eux qui s'échinent à réaliser le rêve américain et que ce rêve, une fois coulé dans la matière, et monnayé, écrase physiquement ou moralement. Jamais ils ne sont jugés ni analysés psychologiquement ; ils sont montrés, à mi-distance, pas vraiment de l'intérieur, pas complètement de l'extérieur, jamais de derrière par un narrateur qui saurait tout sur eux. Montrés dans leurs conduites, leurs actes, ils sont privés d'une dimension, la profondeur ; ils parlent, marchent, naviguent, travaillent, gagnent et dépensent de l'argent, se fatiguent, se battent pour la justice, se font fendre le crâne par les matraques des flics et des milices patronales, boivent comme des trous, voyagent, tentent de se faire aimer, de grimper dans l'échelle sociale, meurent brutalement ou se dégradent. Tous échouent, même dans la réussite.

PRODIGIEUSE VITALITÉ

André Gide craignait un "prompt vieillissement" de ces techniques trop apparentes. Il se trompait : la lecture est jubilante. Et une fois le livre refermé, vous reste le sentiment d'un formidable dynamisme au service de rien, le souvenir de gallons d'alcool absorbés, de torturantes envies de baise rarement assouvies, d'idées généreuses ou bêtes, de jeunesse, de couleurs, d'odeurs capiteuses ou écœurantes, de petits jours, de crépuscules, de fêtes, de bagarres. Le roman vous a coulé sous la peau sa mélancolie historique. Rien de plus vivant que cette chronique de la mort des illusions, rien de plus accablant que cette prodigieuse vitalité de l'Amérique victime d'elle-même, rien de plus émouvant que cette protestation : "Nous sommes là, vaincus, Amérique."

Les années 1898-1927 que couvre le roman, note Philippe Roger dans sa remarquable préface, ce sont les "trente glorieuses" de la puissance américaine. "Dos Passos en fait la froide chronique d'une spoliation, une histoire de l'infamie ou, pour reprendre un titre hugolien, l'histoire d'un crime." L'arme de ce crime est la Grande Guerre et l'intervention décidée par Wilson. Cette guerre signe l'arrêt de mort du socialisme américain et des luttes menées par les coalitions ouvrières et paysannes fédérées par le pacifisme. L'extrême gauche, marginalisée dans l'opinion, est systématiquement réprimée au nom du patriotisme et de l'effort de guerre. En ce sens, USA est un livre d'histoire. Et c'est un grand roman, parce qu'il nous donne cette histoire à sentir comme l'histoire du siècle américain, et à penser ensuite comme chacun l'entend. Esthétiquement, la splendide réussite de Dos Passos est d'avoir créé un style à partir de la peinture, du cinéma, de Flaubert et de l'américain parlé.

Michel Contat

(1) Article repris dans Situations I (Critiques littéraires).
(2) Introduction de François Weyergans, traduit de l'anglais - Etats-Unis - par M.-E. Coindreau et C. Richard, Gallimard, "L'imaginaire", 342 p., 8,50 €.

Le Monde 13/09/02
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: U.S.A. de John Dos Passos   Mer 12 Oct 2005 - 17:17

Par Philippe LANÇON

jeudi 17 octobre 2002 (Libération)

John Dos Passos
U.S.A.
Le 42e parallèle
Traduction de l'américain par N. Guterman, révisée par C. Jase.
1919
Traduction de l'américain par Yves Malartic, révisée par C. Jase.
La Grosse Galette
Traduction de l'américain par Charles de Richter, révisée par Sabine Boulongne.
Préface de Philippe Roger.
«Quarto» Gallimard,
1342 pp., 30 euros.


Le 28 septembre 1970 au matin, John Dos Passos meurt d'une crise cardiaque. Il a 74 ans. Sa seconde femme est sortie acheter le journal. La première, Katy, a péri en 1947, dans un accident de voiture. Il est entré dans un camion. Elle meurt sur le coup. Il perd l'oeil droit et ne peut assister aux obsèques. La mort de Katy rejoint pour son mari un deuil plus ancien : celui des illusions politiques ; depuis 1937, depuis la guerre d'Espagne, cet homme jadis très engagé à gauche les a perdues. On le lui a peu pardonné. Le Petit Larousse 1964 n'a que ces mots pour le décrire: «Auteur de récits réalistes et pessimistes.» C'est un peu comme si l'on écrivait de Proust : «Auteur de récits mondains et psychologiques.»

Pour comprendre le sens de la trilogie U.S.A., ce prophétique kaléidoscope américain chargé d'énergie et de dépression, il faut d'abord saisir ces illusions que l'oeuvre anime et détruit. Dos Passos est le petit-fils d'un cordonnier portugais de Madère qui dut fuir l'île pour avoir joué du couteau. Son fils, John R., devient un avocat célèbre aux Etats-Unis. Il se lève tôt, fait ses exercices, se baigne dans l'eau froide, puis fonce dans la journée «comme un taureau». Marié, il tombe amoureux de la future mère de John Dos Passos. Il ne peut reconnaître son fils que lorsqu'il épousera celle-ci en 1910. «John Roderigo Dos Passos Junior» a 14 ans.

L'enfant a déjà beaucoup lu et voyagé avec sa mère en Europe. L'adolescent suit des études à Harvard, mais se dégage vite des «esthètes». En 1917, il se rend en Espagne pour y apprendre la langue. Il y rencontre le poète Juan Ramon Jimenez et l'écrivain anarchiste Pio Baroja. Il apprend en France la mort de son père et rentre au pays. Peu après, il s'engage dans les ambulanciers, croise une première fois Hemingway en Italie. Ils deviendront amis à Paris, six ans plus tard. La Première Guerre mondiale est au coeur du second volume d'U.S.A., 1919, qui se déroule principalement en Europe. Une phrase récurrente du livre résume le désenchantement que le conflit provoqua chez tant de jeunes «gentlemen volontaires» : «La guerre c'est la santé de l'Etat» ; d'où la méfiance envers l'Etat. Hemingway la reprendra dans ses lettres. C'est une phrase indivise de la «génération perdue».

Dos Passos voudrait être architecte ; il n'est alors que journaliste et se sent «révolutionnaire». Pendant vingt ans, il est de toutes les luttes sociales et politiques. Il se bat pour les mineurs en grève, contre l'exécution de Sacco et Vanzetti. Il découvre l'URSS et comprend vite la nature naissante du stalinisme : ses articles de 1928 le prouvent. A Moscou, il croise dans un hôtel l'agent publicitaire de Rockfeller, Ivy Lee. Celui-ci n'a personne à qui parler anglais et lui raconte sa vie. Il est le modèle de J. Ward Moorehouse, l'un des principaux personnages d'U.S.A. Venu en Europe dans la traîne du président Wilson, Moorehouse vend le modèle américain. Il dit : «Le seul moyen que nous ayons de préserver les bénéfices de la paix dans le monde c'est de le dominer.»

«La Belle Vie»

Dos Passos compose sa symphonie avec ce qu'il a vu et entendu: hommes et faits. Sa force fondatrice rappelle ce que l'écrivain disait de son ami le peintre Fernand Léger : «J'avais l'impression qu'il abordait la peinture comme un boucher : avec violence, adresse et précision.» L'oeuvre forme aussi, pour son auteur, une charnière et un constat. La Révolution ne fonctionne pas. Le capitalisme et l'individualisme ont gagné. Les hommes vivent comme ils peuvent: mal et sans liberté. U.S.A. ferme avec grandeur la porte aux rêves de jeunesse d'un pays et d'un homme.

Dans l'autobiographie publiée quatre ans avant sa mort, la Belle Vie (1), Dos Passos écrit: «Il y a une période dans la vie d'un homme où chaque soir est un prélude. Vers cinq heures, l'air commence à piquer. C'est ce soir-là, si l'on boit assez, si l'on parle assez, si l'on marche assez, que la série d'événements magiques commence.» Pour lui, ces événements ont sans doute disparu quand il a compris, vite et bien, quel rôle de flics et d'assassins jouaient les communistes dans le camp républicain espagnol.

La Belle Vie s'achève d'ailleurs sur le souvenir d'un voyage en Espagne, avec sa femme Katy, dans les années vingt. Pour Dos Passos, l'Espagne est alors ce qu'il appelle dans une série d'articles (2) «la république des honnêtes gens». Les routes sont mauvaises. Les hommes sont généreux et ont le sens de la liberté. John et Katy sont vivants et amoureux. C'est l'époque où «nous nous sentions capables de nous mesurer avec notre poids de chats sauvages.» Il arpente le Mexique, l'URSS, l'Europe, l'Italie, le Moyen-Orient. Ses livres se vendent mal. Ses reportages le font vivre. Il suit les courses de taureaux avec son ami Hemingway ou le regarde, à Key West, pêcher le marlin et se prendre peu à peu pour Hemingway. Oui, c'est la belle vie.

Vingt ans plus tard, l'anticommuniste Dos Passos soutient la croisade de Mac Carthy puis Barry Goldwater. Il appuie avec John Wayne l'intervention américaine au Vietnam. Et quand Woodstock a lieu, en 1969, il se demande amèrement si les jeunes ont jamais entendu parler de la répression par Trotski des marins de Kronstadt. Si bien qu'à sa mort, beaucoup préfèrent oublier l'auteur jadis célébré de Manhattan Transfer (1925) et d'U.S.A. (1930-36). Le cliché veut qu'il ait ensuite perdu son talent. La Belle Vie ou Milieu de siècle (3), publié en 1961, l'un des rares romans postérieurs à U.S.A. qui soit encore disponible, indiquent le contraire. Plus que jamais, Dos Passos y développe avec sincérité son esthétique de la précision et de la pudeur.

Depuis, son destin n'a guère changé. On ne lit plus celui dont l'oeuvre influença Hemingway, Sartre, Doctorow, Tom Wolfe, Victor Serge, Norman Mailer. «And he was out» : Dos Passos semble être sorti de l'histoire littéraire comme le marin Joe Williams, personnage central de 1919. Joe s'épuise à traverser l'Atlantique sur des bateaux marchands pendant la Première Guerre mondiale. Deux fois, il est torpillé. Quand il revient au pays, les citadins qui enfourchent la propagande, lui reprochent son manque d'enthousiasme. Il a ramené des châles pour sa sinistre soeur Janey : devenue secrétaire d'un grand publicitaire politique, cette vierge froide l'évite. Il épouse une idiote égoïste. Elle ne pense qu'à sortir avec des officiers. Tout rejette Joe, marin sensible qui n'a pas les moyens intellectuels et sociaux de réagir à la violence du monde. Il meurt aux deux tiers du roman, stupidement, une bouteille sur le crâne dans un bar de Saint-Nazaire. «And he was out» : Joe disparaît sur cette phrase sèche, ambigüe et pudique, comme Dos Passos a quitté sur une déception froide, vers la fin des années trente, le panthéon des auteurs à lire. Dans U.S.A., d'autres personnages dégagent ainsi du texte, sans prévenir, sans lendemain, «comme le début d'un roman abandonné avant d'avoir été terminé». Ce n'est pas un artifice : c'est le mouvement même de nos vies. La phrase de Dos Passos périme la plupart des romans contemporains. Elle continue à donner le pouls du monde et ses arrêts du coeur.

Si ce monde était juste, la nouvelle publication d'U.S.A. devrait donc le ressusciter en France. Cette grande et som bre rosace conserve la puissance des premiers jours. On a souvent écrit après le 11 septembre 2001 que l'Amérique avait perdu son innocence. On aurait mieux fait de lire U.S.A. : on y voit l'Amérique perdre non pas son innocence, mais le mythe de cette innocence. Dos Passos le pénètre, l'épouse et le détruit.

Les trois romans font vivre trente années d'Amérique au moment où celle-ci devient maître du monde. A travers une vingtaine de destins petits ou grands qui s'entremêlent, on voit s'affoler et s'ensanglanter le XXe siècle. On regarde s'installer dans la vieille Europe le langage démocratique et marchand. On observe la prise de contrôle de Cuba par les Etats-Unis, la fin de la révolution mexicaine, l'arrivée partout des soldats et des banquiers américains, puis le repli jusqu'à la grande dépression. On sent naître ce mélange d'égoïsme avide et de bonne conscience volontaire qui permet aux Etats-Unis, déjà, de se rêver gendarme et argentier du Bien. «C'est la plus grande croisade de l'Histoire ; si nous gagnons, le monde deviendra meilleur ; si nous perdons, il succombera au bolchevisme et au désespoir», déclare un personnage dans 1919, une fois la paix signée avec l'Allemagne. Ce personnage est un ex-syndicaliste «jauni» et vendu au capital. Dans le troisième livre, la Grosse Galette, chacun est rentré chez soi et les affaires continuent.

Les personnages de Dos Passos ont des vies éclatées, souvent dures : «Quand l'Histoire nous marche sur la figure, dit l'un d'eux, Dick Savage, ce n'est pas le moment de faire du sentiment». Il abandonne par carriérisme la femme naïve qui l'aime, enceinte de lui : c'est le prix à payer pour réussir. Elle se tue à l'aube dans un accident d'avion. Un jeune pilote français lui montrait Paris vu du ciel. Les existences sont marquées par la vitesse, la violence, les déplacements, l'égoïsme forcé, la crise de croissance du monde, ses luttes sociales, son individualisme acide. Les personnages sortis brutalement de certains chapitres réapparaissent (ou pas) vingt ou cinq cents pages plus loin, fatigués, vieillis, alcooliques, cyniques. Quand ils reviennent, pendant quelques lignes on les confond. Puis on les «remet», comme dans la vie. La chronologie et le glossaire de l'édition permettent de les replacer dans le contexte.

Tous sont pris dans des actions ou des pulsions qui les dépassent ; pris, surtout, dans un tissu de faits d'une extrême densité. Chaque phrase décharge ces faits par petits coups secs. Ils plombent sans répit la conscience du lecteur, comme à la chevrotine. Une odeur de poudre violente et âcre se dégage assez vite du texte : celle de la vérité ; et avec elle, une émotion : celle de la solitude sans destin.

Voyez Eveline Hutchins, amoureuse à Paris d'un publicitaire froid, qui se console par dépit dans les bras de son futur mari : «A peine se mirent-ils au lit que Paul s'endormit la tête sur l'épaule d'Eveline. Elle se releva pour éteindre la lumière et ouvrir la fenêtre, puis se glissa en grelottant contre le corps de Paul, tiède et alangui comme celui d'un enfant. Dehors la pluie tambourinait sur la verrière. Quelque part dans le bâtiment un petit chien geignait et glapissait désespérément sans arrêt. Eveline ne parvenait pas à s'endormir. Quelque chose enfermé dans son âme geignait comme le petit chien. A travers la fenêtre elle apercevait l'arête noire d'un toit et quelques cheminées qui se découpaient sur le ciel violet. Elle finit par s'endormir.» Eveline, plus tard, est quittée par un amant journaliste et se tue.

Dans l'article qu'il lui consacra en 1938 dans la NRF, Sartre a décrit ce qu'on éprouve à suivre ces destins sans gloire : «Les actes, les émotions, les idées s'installent brusquement chez un personnage, y font leur nid, le quittent, sans qu'il y soit lui-même pour grand-chose. Il ne faudrait pas dire qu'il les subit : il les constate - et personne ne saurait assigner de loi à leurs apparitions.» Ce qui a changé, c'est la perception de l'espace, le rythme du temps, la place des hommes qui s'y débattent. Par son ampleur, U.S.A. prend le relais d'A la recherche du temps perdu. Dos Passos invente la forme qui convient pour décrire le nouveau monde, comme Proust avait inventé celle qui convenait pour enterrer l'ancien.

«Le son des mots»

Il utilise et mêle quatre techniques de narration. Elles ne cessent de se succéder et de faire contrepoint les unes aux autres. Les 78 séquences d'«Actualités» regroupent sans commentaire des chants et poèmes patriotiques, des coupures de presse, des déclarations officielles ou des extraits de manifeste : tout ce que Francis Ponge appellera «le flot de purin de la mélodie mondiale». On y lit le règne de propagande et des lieux communs démocrati ques, et la manière dont la presse les soutient. Les 51 séquences de «L'oeil de la caméra» sont des notations impressionnistes, visiblement personnel les, à la fois précises et poé ti ques. Leur allure expérimentale a vieilli. Elles rappellent certains poèmes de Blaise Cendrars. Cendrars était l'ami de Dos Passos, qui fut le premier à traduire ses textes. «L'oeil de la caméra» est une carotte subjective et sensible prélevée par l'auteur dans la banquise sociale.

Les brèves biographies en vers libres de personnages célèbres sont de petits chefs-d'oeuvre : Dos Passos y chante, avec enthousiasme, ironie ou indignation contenue, les vies des grands hommes de ces années-là : Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, Thomas Edison, John Reed, le banquier Morgan, W.R. Hearst, des leaders syndicaux, de grands scientifiques. Ces textes ont un aspect biblique : Dos Passos dénonce implicitement le pouvoir de l'argent et la cruauté des intérêts en lutte, mais la puissance que son pays dégage le fascine et se communique à sa prose. La force du texte naît de cette tension. Cesare Pavese l'avait remarqué dès 1933 : «Cette énergie de l'écriture, tout entière tendue du côté du réel et qui sauve le vers libre américain du fade impressionnisme du vers libre européen, est l'héritage de Walt Whitman.» (4)
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: U.S.A. de John Dos Passos   Mer 12 Oct 2005 - 17:18

L'ensemble de l'oeuvre est vertébré par treize vies (six femmes, sept hommes). Découpées en chapitres, elles alternent entre elles, se relaient, se mêlent les unes aux autres, rythmées par les trois autres séquences, qui semblent autant d'entractes et de perspectives. On a dit qu'U.S.A. était marqué par le cinéma naissant ; l'oeuvre a autant influencé le cinéma qui a suivi : des films comme ceux de Robert Altman, par exemple. On pourrait baptiser U.S.A. : «Large cuts».

Chaque vie est contée du point de vue de son personnage, mais à la troisième personne : pas de monologue intérieur. Les dialogues sont nombreux. Le travail sur le langage est précis : Dos Passos glisse les termes et les tournures populaires, les mots étrangers, les façons de parler, comme des virus dans sa phrase. C'est une langue mélangée, capillaire. Elle semble tantôt parlée, tantôt écrite, tantôt les deux : elle fond les dialectes et les perceptions dans la redoutable neutralité du narrateur. Dos Passos affirmera plus tard que dans sa jeunesse il ne vivait que pour ce qu'il voyait et pour «le son des mots» : U.S.A. le confirme. La traduction révisée tente de faire passer ce langage à la fois factuel et «parlécrit», sa limpidité et ses effets d'essoufflement.

Le nerf de la guerre littéraire reste la description et la rapidité. Dos Passos a beaucoup lu Flaubert et Stendhal. Du mus cle, du regard, pas un mot de trop : tel est le credo. «Il faut du nerf pour vivre en ce monde», dit un personnage ; il en faut pour l'écrire. La bible anglaise est à la base. En 1925, à Paris, avec Hemingway, «nous lisions tous deux l'Ancien Testament. Nous nous récitions l'un l'autre certains passages. Nos favoris étaient le cantique de Deborah, les Chroniques et les Rois». Des histoires où le narrateur ne fait pas la morale ; sans psychologie, avec de l'action, des dialo gues, de la tragédie sans pathos, et, bien sûr, un sens épique du destin. En démocratie, David est n'importe qui et Goliath est partout. Dos Passos est le prophète déçu du rêve américain.

Une autre source, pour «Dos» comme pour «Hem», est le journalisme. Ils y apprennent à observer et à décrire. En reportage en Espagne pour un «journal prolétarien», Dos Passos s'aperçoit qu'il ne vaut pas grand-chose : «J'étais continuellement distrait par les paysages, la peinture, l'architecture, le "cante hondo" et le rythme grave des danses gitanes. Et les gens, les gens, toutes les variétés de gens infiniment tragiques, comiques, pathétiques et risibles.» La source d'U.S.A. est dans la conscience politique, mais aussi dans ce regard ferme, implicite. Il porte son émotion et son jugement en lui-même, comme un coquillage son mollusque. Après avoir lu et admiré 1919, Hemingway lui écrit : «Dans le troisième volume ne te laisse pas aller à introduire des personnages parfaits. [...] Si tu tombes sur un noble communiste rappelle-toi que le salaud se masturbe probablement et est jaloux comme un chat. Continue d'en faire des gens, des gens, des gens et ne leur permets pas de devenir des symboles. [...] Tu peux écrire mieux que n'importe lequel des salauds qui écrivent maintenant et tu t'es le plus baladé - tu écris de mieux en mieux. Au nom du ciel n'essaie pas de faire le bien. Continue de montrer les choses telles qu'elles sont. Si tu réussis à les montrer telles qu'elles sont réellement tu feras du bien.» C'est le manifeste de la trilogie.

U.S.A. vient du journalisme et l'a influencé. Mais le journalisme ne suffit pas. Il n'est qu'un outil parmi d'autres. A Moscou, en 1926, Dos Passos note la limite des «impressions» et des choses vues : «Les écrits qui en valent la peine sont faits de connaissances, de sentiments qui ont été cultivés, transformés en muscles, en visions, en sons, en goûts, en frissons, qui vous ont imprégné jusqu'à la moelle par une répétition impitoyable selon les modulations de la langue qui vous a été enseignée dès l'enfance.» (2) C'est bien la langue qui est sur l'établi.

Alors, pourquoi a-t-on oublié ce remarquable et indémodable écrivain ? D'abord, il impressionne. La critique enthousiaste de Sartre y est sans doute pour quelque chose : un homme que l'auteur de la Nausée tenait pour «le plus grand écrivain de notre temps» et qui l'a tant inspiré ne pouvait être que trop intelligent et trop complexe pour être vraiment bon romancier. Dos Passos est en effet intelligent, complexe et cultivé. Il est polyglotte. Il a lu énormément. Mais c'est l'un de ces globe-trotters du début de siècle qui sut mettre sa culture au service de ce qu'il voyait.

Ensuite, la trilogie a donné le tournis à des écrivains plus classiques. Ils ne comprenaient pas le sens de ces vies, de cette vitesse mise en mots. En 1943, Gide l'a parfaitement expliqué : «Je l'admire plus qu'il ne me ravit. Je sens du procédé dans sa manière ; son pointillisme me lasse, encore que des mieux réussis, et je vois dans son modernisme intrépide l'annonce d'un prompt vieillissement. Je l'accompagne bien à travers ses instantanés qui m'éblouissent tour à tour, mais restent incoordonnés dans mon esprit.» Gide ne saisit pas que les hommes sans gloire, «pulvérulents», n'ont plus la liberté de se construire sur un livre entier.

«Poignard dans le dos»

Enfin, l'évolution politique de Dos Passos l'a discrédité. Hemingway, l'ancien ami, y a largement contribué. Tout se noue en 1937 en Espagne. «Dos» et «Hem» sont associés au projet du film pro-républicain de Joris Ivens. Plutôt favorable aux anarchistes, «Dos» flaire aussitôt le rôle ambigu des communistes. Il s'éloigne du projet Ivens. Son ami et traducteur est tué, sans doute par les communistes. Il rencontre George Orwell. Celui -ci, qui a combattu avec le POUM, achève de le convaincre du merdier. «Hem», lui, préfère rester aveugle. Il demande à son ami de ne rien écrire qui puisse diviser le camp républicain.

Mais, début 1938, «Dos» dénonce la présence et les actions soviétiques en Espagne dans ses articles. Hemingway l'accuse aussitôt d'avoir menti par intérêt et ajoute : «Quand les gens commencent à être malhonnêtes pour de l'argent ils finissent en général par être malhonnêtes à propos de tout.» Il conclut sa lettre ainsi : «Ces bons vieux amis. Toujours heureux avec les bons vieux amis. Les voilà qui vous poignardent dans le dos pour dix cents. Tarif normal deux pour vingt-cinq cents. Deux pour vingt-cinq cents, merde. L'honnête Jack Passos vous poignardera trois fois dans le dos pour quinze cents et chantera gratis Giovinezza. Merci vieux. Bon Dieu c'est bien agréable. D'autres vieux amis ? Emportez-le, Doc, il est entièrement découpé.» Dos Passos avait raison. Mais Hemingway est devenu grand écrivain. Ses jugements peuvent être de mauvaise foi : ils portent. En 1949, il écrit à Faulkner : «J'ai toujours eu de la sympathie et de l'estime pour Dos et pensé qu'il était un écrivain de deuxième ordre parce que manquant d'oreille. Un boxeur de deuxième ordre n'a pas de main gau che, même chose que l'oreille pour un écrivain, et en conséquence se fait mettre K.-O. et c'est ce qui est arrivé à Dos pour chacun de ses livres.»

Romancier intellectuel et obscur, donnant le vertige, manquant d'oreille et de punch, et, pour finir, traître à la cause : le mal est fait. La seule manière de le réparer reste de lire U.S.A.. On y découvrira le contraire.

Quand il apprend le suicide d'Hemingway, en 1961, Dos Passos retourne pour la première fois depuis 1937 en Espagne. C'est l'époque où il écrit : «La clarté de mes souvenirs m'effraie.»

(1) «L'imaginaire», Gallimard.(2) Sur toute la terre, Gallimard, 1936. Malheureusement indisponible.
(3) «L'imaginaire», Gallimard. Dos Passos a écrit une autre trilogie, malheureusement introuvable.
(4) Publié dans la revue Europe, mars 1996.


Dernière édition par le Mar 13 Déc 2005 - 0:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: U.S.A. de John Dos Passos   Mar 13 Déc 2005 - 0:08

Destins de l'Amérique

U.S.A.
John Dos Passos
Traduit de l'américain par N. Guterman,
Y. Malartic et C. de Richter
adapté par C. Jase et S. Boulongne
Gallimard (Quarto)
1344 pages, 30 euros.

Composition brillante, écriture sobre et audacieuse, distance et engagement, tout contribue à faire de U.S.A., volume qui réunit trois romans fondateurs de Dos Passos, un monument du XXe siècle. Un incontournable.



Ils partent tous. Mac. Janey. James Ward Moorehouse. Charley Anderson. Eleanor Stoddard. Ils connaissent des échecs massifs, ils manquent des trains et s'ennuient sur des yachts. Ils se saoulent pendant trente ans, ratent leurs mariages, s'endorment aux somnifères seulement. Un présent narratif permanent les saisit à la gorge, les met en lumière, puis les bascule dans l'ombre, sans un égard. Jamais de flash-back, pas de trucage par la mémoire, et c'est bien une des choses cruelles de ce roman dans lequel l'auteur laisse le lecteur libre de repérer dans les personnages de 1920 les enfants de 1900, dans la résignation d'automne la déchéance des espoirs d'été.


Ils peuvent naître sous la plume de Dos Passos dans le troisième volet de cette trilogie, La Grosse Galette, devenir ambulanciers de la Croix-Rouge (comme le fut Dos Passos) dans le deuxième, 1919, ou bien militer dès le premier, Le 42e Parallèle. Ils vivent tant bien que mal dans U.S.A., centaine de personnages dont douze principaux servent de points d'appui à la longue focale objective du récit, mais quoi qu'ils fassent, ils ne restent jamais longtemps en scène : ahuris comme des chouettes, doubles, inconsistants et contradictoires, ils passent deux chapitres au premier plan, puis un coup du sort les élimine; ils sortent, ils meurent, leur amie, leur frère ou leur femme prend leur place, décore un appartement et subit un accident d'avion, avant de se faire éclipser à son tour. D'autres, comme le syndicaliste vendu George Barrow, resteront à l'arrière tout au long des trois livres, à attendre vainement leur heure de gloire. Cruel, mais tendre dans un même élan, le texte les alterne, les suit pas à pas, croise leurs intrigues ou redouble une narration en changeant le point de vue. Janey n'aime pas tellement Joe, son frère, et nous suivons Janey et nous savons pourquoi; mais également nous suivons Joe, et nous l'aimons malgré Janey. U.S.A., c'est d'abord ça : la vie des gens et leur parole, "the speech of the people", à leur niveau, dans leur disgrâce fondamentale. Du montage en série de ces vies fêlées, de leur inscription dans un dispositif narratif très vaste et très audacieux, émerge un portrait panoramique de l'Amérique de 1898 à 1927 -de la guerre contre l'Espagne à l'exécution de Sacco et Vanzetti. Lutte des classes, lutte des sexes, ascensions et chutes, personne ne gagne mais l'Amérique avance.


Ampleur et audace, car U.S.A. n'est pas qu'un monument d'écriture naturaliste et objectiviste par un auteur qui a lu et relu Jules Romains et Romain Rolland, Upton Sinclair et Sinclair Lewis : c'est aussi un roman d'expérimentation, sensible aux influences artistiques des années folles, - le collage surréaliste, le montage cinématographique après Griffith et Eisenstein, le photomontage après El Lissitzky et Heartfield -, un roman donc qui poursuit les innovations commencées avec Manhattan Transfer en 1925. On retrouve ainsi dans U.S.A. les séquences Actualités, - montages absurdes de titres, extraits et manchettes de journaux à sensations ("Une Jeune Fille Marche Sur Une Allumette / Sa Robe Prend Feu / Elle Meurt"), et les séquences L'Œil-caméra, où le récit consent à la première personne; l'auteur ajoute ces biographies-poèmes où les vies cette fois bien réelles des fondateurs de l'Amérique moderne -(inventeurs, industriels, journalistes, intellectuels, artistes; les frères Wright, Henry Ford, Isadora Duncan) courent sur trois pages, le temps d'être enfant, adulte, célèbre et mort, et de se résumer à une maxime ou à un leitmotiv - "Il croyait à un monde nouveau" ou (pour Thomas Edison) "chaque fois qu'il avait une idée il allait la tester dans son laboratoire".


Ce saut permanent entre fiction et réalité, histoires individuelles et héros collectifs, contribue à donner à U.S.A. son souffle épique et sa portée historique. Car que représente, pour la "parole des gens", cette période 1898-1927? Justement le moment où le speech capitaliste, politique et publicitaire commence à écraser le peuple, la charnière où les Américains abandonnent l'idéal jeffersonien et la doctrine Monroe, isolationniste, pour devenir les "Romains du XXe siècle", conduits dans la guerre européenne par le président Wilson; c'en sera fini du même coup des espoirs d'amélioration de la condition ouvrière, la guerre donne lieu à une répression sans précédent, le profit a gagné. Les États-Unis vont assumer un leadership mondial, et les parcours erratiques des personnages témoignent bien de cet élargissement du champ américain aux limites du monde : les syndicalistes finissent de rater au Mexique la lutte révolutionnaire commencée à Pittsburgh, les femmes du monde vont, avec une glace devant les monuments de Paris, oublier leur avortement de Chicago, les soldats font la bringue à Bordeaux avec les Tommies, avant d'aller vomir sous les bombes autrichiennes en Italie du Nord. Quand, au début de La Grosse Galette, l'Amérique rentre chez elle, elle injecte dans les industries nouvelles (telle l'aéronautique de Détroit) le Gros Argent qu'elle vient d'accumuler, et fête au champagne la perte de son âme dans les studios d'Hollywood ou les bureaux de Wall Street.


Première réunion en volume de ces trois romans datant respectivement de 1930, 1932, 1936, dotée d'un appareil critique d'excellente qualité (dont une présentation par Philippe Roger) la cathédrale moderne U.S.A., texte à penser pour Lukacs, Sartre et Bakhtine, fresque historique d'envergure dont le projet sera repris par le DeLillo d'Outremonde ou le James Ellroy d'Underworld USA, est un de ces livres qui une fois lus, s'incrustent dans la tête et ne quittent jamais la place. Ce sera d'ailleurs la dernière œuvre d'importance de l'ex-diplômé d'Harvard, l'apogée du sympathisant gauchiste et journaliste engagé Dos Passos qui, vieillissant, perdant la ferveur initiale, et virant conservateur, continuera d'écrire mais cessera de passionner.

http://bablon.rezo.net/Critique/DosPassos.htm
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