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 One Man Show de Nicolas Fargues

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LP de Savy
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Date d'inscription : 06/04/2005

MessageSujet: One Man Show de Nicolas Fargues   Mer 12 Oct 2005 - 17:21

Quand Nicolas Fargues prend ses distances

En guide d'adieu temporaire à la France, ce romancier-migrateur livre un petit "tour du propriétaire" de la lâcheté masculine agrémenté d'une critique caustique des milieux de la télévision et des lettres.

ONE MAN SHOW de Nicolas Fargues. POL, 240 p., 17 €.

Nicolas Fargues est un drôle d'oiseau migrateur. Et ce n'est pas la sortie de One Man Show, son troisième roman, ni l'agitation frénétique du milieu littéraire à pareille saison qui lui fera différer son départ pour Madagascar.

Bien au contraire, serait-on tenté de dire en l'écoutant évoquer, avec enthousiasme et un brin de malice dans les yeux, son poste de directeur à l'Alliance française de Diego Suares. Cinq ans après son retour d'Indonésie, la bougeotte a donc repris ce trentenaire élégant et courtois dont le regard critique sur lui-même et ses contemporains, jamais gratuit, ni méchant - qualité rare en ces temps de dénigrement systématique - ne cesse de s'affiner.

Migrateur donc, Nicolas Fargues l'est depuis l'enfance, lorsque son père, démographe, devint un spécialiste du Moyen-Orient puis de l'Afrique sud-saharienne. A 5 ans, le petit garçon (né en 1972 dans la région parisienne) quitte le Liban pour le Cameroun. "J'ai vécu entre ces deux pays jusqu'au divorce de mes parents." Après la Corse, où il vit un temps avec sa mère et sa sœur, il part à 11 ans rejoindre son père à Paris. De ses pérégrinations, Nicolas Fargues a conservé "des sensations physiques liées à des lumières, des odeurs et des saveurs. Rapidement, précise-t-il, j'ai éprouvé le besoin de les retrouver et aussi de connaître un autre système que celui auquel je suis habitué".

Avant cela, le jeune homme doit se frotter à celui de l'université. Inscrit en lettres à Paris-IV, il connaît un désenchantement immédiat. "En gros, la littérature s'arrêtait à Anatole France ou presque. Ce n'est qu'en maîtrise que j'ai pris goût pour mes études."Malgré la frustration de ne pouvoir travailler sur Jean Echenoz - "On m'a répondu que ce n'était pas un écrivain !" - Nicolas Fargues entame un mémoire sur Georges Henein, journaliste et écrivain égyptien francophone proche du mouvement surréaliste dans les années 1940. "Je l'avais déjà découvert dans la bibliothèque de mon père avec Notes sur un pays inutile aux éditions Le Tout sur le tout qui publiaient des auteurs auxquels je suis très sensible tels Raymond Guérin, Paul Gadenne, Henri Calet." Intarissable sur Henein, il poursuit "il fait partie des écrivains qui sont toujours au-dessus de moi lorsque j'écris. Henein, c'est Gracq avec l'humour et le détachement en plus".

Distance, détachement, volonté de n'être pas dupe de soi, telle est la leçon que le futur écrivain retiendra de ce "maître". Une leçon enrichie par son expérience de coopérant en Indonésie. De ce séjour, en compagnie de Luba, sa femme d'origine zaïroise, marqué par la naissance du premier de ses deux fils, il rapportera un essai non publié sur Georges Henein (GH ou l'incompatible) et la matière de son premier roman Le Tour du propriétaire (1).

Ecrit alors qu'il est agent d'accueil à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, ce récit met en scène un apprenti-écrivain parti en Indonésie pour tenter d'échapper à la mode du roman narcissique, étriqué et prétentieux. Outre une autocritique sans complaisance - une constante chez lui - nourrie par ses interrogations sur l'écriture et le rôle de l'écrivain, Nicolas Fargues pose les termes d'une critique sociale drôle et incisive qu'il approfondira dans ses livres suivants. Après la publication de ce texte - "le début d'un conte de fées" -, il multiplie les expériences : critique musical à Nova magazine, littéraire au quotidien québécois Le Devoir, lecteur chez Gallimard, concepteur de bandes-annonces pour M6 puis pour France 2. Et en fait son miel dans Demain si vous le voulez bien (2) qui brosse avec une tendre ironie le portrait d'une génération fin de siècle en mal de repères. Mais il est pressé d'en finir avec le "roman franco-français nombriliste" et l'autofiction déguisée. Christophe Hostier, le narrateur de One Man Show, est impatient, lui ausi, d'écrire ce roman "généreux", "parlant des autres avec profondeur, modestie et talent"...

Ce double de Fargues, quelque peu empêtré dans ses désirs contradictoires, écrivain, auréolé de deux prix et d'un passage chez Pivot, voit dans le voyage qu'il s'apprête à entreprendre le moyen de faire le point sur lui-même, sur Estelle son épouse et sur une vie de couple trop parfaite pour être sincère. "Toute femme de ma vie qu'elle était (...), je crevais de n'avoir jamais caressé d'autre corps que le sien, au nom d'un idéal de fidélité et de droiture morale que (...) je n'osais enfreindre par hantise d'avoir un jour de bonnes raisons de ne plus m'admirer."

UTOPIE DE LA TRANSPARENCE

Avant de gagner l'Amérique du Nord pour un séjour bref et décevant, notre anti-héros débute à Paris l'exploration de "ses mauvais penchants". Dans le milieu de la télévision, qu'il découvre le temps de concevoir les pilotes d'une émission au concept aussi fumeux qu'utopique ("dénoncer le mensonge et le règne de la représentation à la télé et ailleurs"), il croise quelques stars abîmées. Et surtout il s'éprend de la fragile Sidonie - archétype de la trentenaire, un rien "névrosée par la solitude", désespérément en attente d'un "type bien". Conjointement, il fréquente le milieu littéraire avec cette distance ironique de l'écrivain qui "en est" sans en être et juge, sans les avoir lus, ses confrères. A cet égard, tout autant que l'usage - au second degré - du name dropping, on se délectera du tableau caustique que fait Hostier de la jeune génération lors d'une soirée littéraire très parisienne.

Pour autant, si Nicolas Fargues épingle ces milieux et stigmatise les tares d'une société où l'image seule tient lieu de culture, c'est du malentendu amoureux, et surtout de la lâcheté masculine, qu'il est question dans cette corrosive étude de mœurs. Ultime volet sans doute d'un "tour du propriétaire" entrepris par un jeune homme sincère et lucide, pressé d'en finir une fois pour toutes avec des interrogations très "franco-françaises".

Christine Rousseau

(1) POL, 2000.
(2) POL, 2001.

Le Monde 30/08/02
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