Propos insignifiants

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 Le plateau télé de Patrick Besson

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LP de Savy
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MessageSujet: Le plateau télé de Patrick Besson   Mer 5 Oct 2005 - 12:04

Le plateau télé

Les lésions dangereuses

Par Patrick BESSON
[06 septembre 2003] Le Figaro Magazine


Les Liaisons dangereuses (TF1). On va commencer par le plus gros problème du téléfilm, celui de l'âge des interprètes. «a fait longtemps que je préfère les vieux aux jeunes. Un retraité pauvre est dix fois plus libre d'esprit qu'un employé riche. Les vieux lisent, alors que les jeunes bouquinent. Ma meilleure amie a 83 ans et mon meilleur ami 70. Elle a traduit le général de Gaulle (en serbe) et il adore Brasillach, ça fait une moyenne. Une moyenne d'âge !
Mais comment admettre une Merteuil de 61 ans (Catherine Deneuve), ayant au bas mot une vingtaine d'années de plus que Valmont (Rupert Everett) ? De Merteuil à grand-Merteuil ! Et Jercourt (Andrzej Zulawski), fiancé à la petite Volanges de 17 ans alors qu'il en a lui-même 63 ! A cet âge-là, ce ne sont plus les liaisons dangereuses, ce sont les lésions dangereuses. On ne les sent pas trop à l'aise dans les escaliers, tous ces sexagénaires qui usurpent des rôles dans des aventures dont ils n'ont plus l'âge. Ils ont raison : chez Laclos, les escaliers sont traîtres. La Présidente (Nastassja Kinski), à 42 ans, cède plus facilement à Valmont que si elle avait les 25 ou 30 ans imprenables et royaux qu'elle a dans le livre (ou dans les films de Vadim ou de Frears). Je passe sur les 86 ans de la tante de Valmont (Danièle Darrieux), ce qui lui fait 46 ans de plus que son neveu. C'est beaucoup. Quant à la mère de Cécile de Volanges (Françoise Brion), elle a eu, selon mes calculs, sa fille à... 52 ans ! La réalisatrice a situé l'action dans les années 60, époque où ses interprètes féminines étaient jeunes, sans doute dans le but de les rajeunir, mais ça ne marche pas, même avec des cannes.

Depuis plusieurs décennies qu'il écrit, Schmitt n'a jamais réussi à faire un mot d'esprit, à exprimer un sentiment original, à inven- ter une histoire nouvelle. C'est le bon laboureur du théâtre, le fonctionnaire sérieux du cinéma, le pugnace menuisier de la télé, le bétonneur suave du roman. Il organise Laclos comme il organise tout : sérieusement, gravement, tristement. Quant à la réalisation de Josée Dayan, elle est soignée, mais ça ne sert à rien, car Laclos n'est pas malade. Il n'est même pas mort ! Le drame de Josée Dayan, c'est qu'elle a beaucoup d'énergie, beaucoup d'intelligence et peu de talent. Dans ses films, tout est mou, tout est morne, tout est mort. Elle n'a pas d'inspiration, juste une aspiration. Comme Schmitt, faisant mine d'être, elle feint de créer. Le résultat de cette collaboration lugubre afflige l'âme.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Le plateau télé de Patrick Besson   Sam 22 Oct 2005 - 11:31

Premières nouvelles
DE PATRICK BESSON
[22 octobre 2005] Le Figaro Magazine


8 h 36 : j'allume LCI. Pourquoi est-ce que je n'écoute jamais la radio ? Cette impression, quand j'entre dans le bâtiment de RTL ou d'Europe 1, d'irréalité. Comme si toutes ces personnes travaillaient dans le vide, puisque je n'ai pas connaissance de ce qu'elles font. On ressent la même chose quand on rencontre, dans un pays étranger, des gens célèbres dont on ignore le nom. On voit bien qu'ils se sentent recouverts d'une gloire que nous-mêmes nous n'apercevons pas. Ils se croient nus mais sont habillés, ou l'inverse.


Il faut arrêter d'embêter Mélissa Theuriau avec sa beauté, elle finirait par croire qu'elle n'est pas intelligente. Je pense exactement le contraire : il n'y a rien de plus intelligent que la beauté. Elle est l'expression pure du génie de Dieu, c'est même pourquoi nous l'adorons et, parfois, mourons d'amour pour elle.


Le matin, maintenant, sur LCI, ils sont deux : un homme et une femme. Quand c'est Mélissa Theuriau, l'homme l'appelle tout le temps «Mélissa». Ils se sourient, font des petits commentaires entre eux. Ils donnent l'image d'un couple complice, amical, heureux. Ça doit être voulu par la direction de la chaîne. Moi, je préférais quand LCI était plus mormon. Hussenot en jeune pasteur solitaire et famélique, Kelly en égérie célibataire protestante black. Avec eux, on commençait la journée d'un bon pied quaker : la discipline et la rigueur. Le petit marivaudage du nouveau couple matinal de LCI donnerait plutôt envie de se recoucher.


On la retrouve à 9 heures, Kelly. Un peu enrhumée. Il ne faut pas dormir la fenêtre ouverte, surtout quand on habite au rez-de-chaussée. Elle porte un joli petit haut noir brodé, dont trois couches de titres sur l'écran cachent le décolleté. Tant pis. Les nouvelles, aujourd'hui, ne sont pas bonnes. Cachemire, SNCM, General Motors. Ils en ont du courage, les journalistes de télé, de passer leur vie à être des oiseaux de mauvais augure. Et, quand même : le nombre d'avortements a baissé, grâce notamment à la pilule du lendemain. Ce calvaire vécu par les femmes qui aimaient le sexe, depuis la plus haute antiquité.


Après Christine, Valérie Expert. Sujet du débat : trop de déchets. Expert est en noir. En deuil d'une planète propre ? J'aime aussi beaucoup son émission avec les libraires. Dans la chaîne de la littérature, les libraires sont ceux qui font le plus d'exercice physique, puisqu'ils retirent les nouveautés des cartons où ils remettent ensuite les invendus. Ça ne les empêche pas d'être aussi ceux qui lisent le plus de bouquins. Du coup, ils connaissent la fin du livre dont ils parlent, alors que beaucoup de chroniqueurs littéraires, à la télévision, n'en connaissent pas le début !


Par conscience professionnelle, je suis passé sur iTélé où c'était le «Journal des médias». Depuis le temps que je lis Ariane Chemin dans Le Monde, je suis bien content de voir son visage. C'est pour ça que les journalistes doivent écrire des livres : qu'on voie leur visage.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Le plateau télé de Patrick Besson   Mer 2 Nov 2005 - 23:18

Bon sang, mais c'est bien sûr !

de Patrick BESSON

[29 octobre 2005] Le Figaro Magazine


Retour de Gambais, dimanche soir. Nous avons déjeuné avec Kad dans sa nouvelle maison où il ne vit pas avec Olivier mais avec Emmanuelle, son épouse. Pagny est arrivé en voisin au dessert avec sa liberté de penser. Il y avait aussi Xavier Giannoli, qui cherchait dans de vieux Lui la signature de son père Paul.


La nuit d'automne est presque tombée. On s'arrête devant le cimetière de Gentilly, où je sais qu'est enterré Raymond Souplex, ex-commissaire Bourrel. Tour Jade, mauvaise surprise : aucune image dans le poste de télé. Et mon plateau, alors ? J'avais prévu de parler de Fogiel. J'avais même un titre : On ne peut pas déplaire à tout le monde. J'ai repensé à Souplex et décidé de regarder un vieux Cinq dernières minutes en vidéo : Une balle de trop (1970).


Je me demande si, à l'époque, les critiques TV, dont mon cher André Brincourt, aujourd'hui secrétaire général du jury Renaudot, ont noté les nombreux points communs entre les commissaires Bourrel et Maigret. Le poids, le chapeau. Leurs déplacements incongrus dans toutes les régions de France. Leur passion commune pour les petits cafés et les petites gens. La même grâce pataude avec laquelle ils s'introduisent dans les cuisines, les living-rooms, les jardinets. Leur douceur attentive et intraitable pendant les questions informelles. Et leur air gourmand de gros chat quand ils coincent le coupable : souvent une souris.


Une balle de trop se passe à Dunkerque. C'est une ville en noir et blanc, comme le téléfilm. Un marin danois est assassiné dans le port. Par un mari jaloux, des trafiquants de devises ou sa maîtresse ?

Avec son pardessus et son noeud papillon - le noeud papillon est, à la réflexion, la seule chose qui distinguait Bourrel de Maigret -, le commissaire mène l'enquête. Ses soupçons pèsent sur Roger Van Loo, interprété par Maurice Garrel.


Le réalisateur Raymond Portalier nous fait visiter les chantiers du port de Dunkerque. En grue ! Poursuite de Van Loo par la police sur la plage et dans les dunes : la camionnette des policiers s'enlise dans le sable tandis que la moto de Roger file comme le vent du nord. Interrogatoire d'une prolo suspecte dans un autocar au petit matin. L'idéologie est de gauche mais non baveuse. On est en pleine fermeture des mines, bien dénoncée. Sévérité des plans, dignité des personnages. Personne ne dit de gros mots, même les gens en colère. Les dialogues de Jean Cosmos ne font pas un pli, tels ceux de Simenon. Les scènes sont longues, comme dans la vie. A l'ORTF, on ne coupait la parole ni aux comédiens ni aux écrivains.


Tout accuse Van Loo, on imagine donc que c'est lui le coupable. En même temps, cette solution paraît trop facile. Plus nous nous disons que ça ne peut pas être Van Loo, plus les scénaristes accumulent les indices contre lui. Pour que nous doutions de nos doutes. Et c'est ce qui arrive. Surtout quand, avec beaucoup de finesse et d'humanité, Loursais, Cosmos et Portalier nous montrent un Van Loo altier, intraitable, généreux. Innocent.


Nos parents et nos grands-parents n'avaient pas la vidéo. C'est peut-être parce qu'ils n'en avaient pas besoin.
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LP de Savy
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MessageSujet: Re: Le plateau télé de Patrick Besson   Dim 15 Jan 2006 - 0:24

Mazarine Pingeot, fille abusive (Patrick BESSON)

[14 janvier 2006] Le Figaro Magazine


Ce serait bien si un jour Mazarine Pingeot trouvait un autre sujet de conversation que son lien de parenté avec François Mitterrand. On commence à le savoir, qu'elle était sa fille. On dirait que, depuis le début de sa vie consciente, elle ne pense qu'à ça. On pouvait croire qu'avec le temps cette obsession finirait par se dissiper. C'est le contraire qui se produit. Elle a même atteint récemment une sorte d'apothéose avec un documentaire sur France 3 : le Secret.

Mitterrand était précieux, mais sa fille est ridicule. Surtout quand elle parle de lui. Et elle ne parle que de lui. Béate, elle embrasse l'arbre planté par son père dans leur jardin de Gordes. Attendrie, elle écoute ses anciennes copines de l'école Saint-Benoît raconter comment elles étaient, à l'époque, fascinées par la fille du président de la République. Eperdue, elle demande à ses anciens gardes du corps de lui raconter comment ils faisaient pour la déposer à la fac sans que ses camarades se rendent compte qu'elle avait des gardes du corps. Elle en vient ensuite, avec une gourmandise un peu nostalgique, au sujet de sa propre célébrité liée au fait qu'elle était, donc, la fille de François Mitterrand. Elle montre les unes des journaux people où elle a figuré en tant qu'enfant longtemps cachée du président de la République. Elle évoque ensuite sa grossesse. Ne porte-t-elle pas le petit-fils de Tonton ? Mazarine regrette que son père ne soit plus là pour voir la naissance du bébé. «C'est une partie de moi-même qu'il ne connaîtra pas.»


Visite à Robert Badinter pour l'examen de l'acte par lequel Mitterrand, en 1984, a reconnu Mazarine Pingeot comme sa fille. Elle est même son sosie. Quand il parle de François Mitterrand à Mazarine, Badinter ne le nomme que «ton père». Au cas où on n'aurait pas compris. Que Mazarine était la fille de Mitterrand ! Bizarre de ressasser une filiation, même prestigieuse, pendant une dizaine d'années. Pourquoi Mazarine ne s'occupe-t-elle pas d'autre chose ? L'enseignement est une tâche noble, elle pourrait s'y consacrer. Il y a aussi la télé, la presse, la littérature. Fille de François Mitterrand, ça n'est ni un métier ni une fonction. Il était peut-être Dieu, mais il n'était pas roi.


Voilà dix ans qu'il nous a quittés, le papa de Mazarine. Les monceaux d'ordures que ses ennemis et surtout ses amis ont déversés sur sa tête, au milieu des années 90, juste avant sa disparition. Et son antisémitisme dénoncé alors par d'Ormesson et Benamou, pourquoi plus personne n'en parle aujourd'hui ? Bousquet, la poignée de main avec Pétain, etc. Tout semble effacé. On aurait dû faire l'inverse : l'oublier à l'époque et en parler maintenant. La mort de François aurait été plus douce, et la vision que nous avons de lui aujourd'hui serait plus juste. Et ces images de LCI qui montraient les derniers mitterrandiens - Bergé, Delanoë, Mazarine encore - suivant à pied dans Paris, au milieu d'une absence de foule indifférente, l'itinéraire de la promenade préférée de leur ancien mentor. Heureuse bande bronzée de retraités de la réalité sociale.
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